Vagabondages

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 10 avril 2014

Littérature professionnelle populaire

Des collègues américains se sont amusés à détourner des couvertures de romans populaires. On y parle des lecteurs qui font du bruit, qui ne paient pas leurs amendes, des livres numériques, des plans d'urgence, de management, de budget, d'animation culturelle, de protection des libertés... Tout ce qui rythme la vie d'une bibliothèque.

Il y a ainsi une centaine de détournements, c'est drôle et bien amené.

Extraits :


 

mardi 8 avril 2014

Argumenter autour d'un fablab

Ceux qui s'intéressent aux fablabs et autres makerspaces connaissent certainement le réseau des YOUmedia.

Le premier de ces espaces de création destinés aux adolescents fut ouvert dès 2009 par le réseau des bibliothèques de Chicago et propose de nombreux outils de créations depuis les outils de montage au studio d'enregistrement. Cette même bibliothèque de Chicago qui, soit dit en passant, donne accès à une imprimante 3D (m'enfin, on trouve la même chose en France, à Quimperlé par exemple).

Je ne vais pas revenir sur ce que sont les fablabs ni sur leur intérêt en bibliothèque, de nombreux collègues s'y sont déjà essayé :



Ce qui m'intéresse est le discours qui a accompagné cette ouverture.

Dans la vidéo de présentation ci-dessus, la directrice de la bibliothèque explique :

YOUmedia is a concept that was brought to us by the MacArthur foundation. In 2008, they arrived with a lot of researchs that shows that in the 21st century, teens learn by making and doing, and it was their concept to take digital learning, digital media, mentors and an [archaist ?] librarian, and we brought books to the party as well, [voilà, here], and created this wonderful space.

(...) The books collection that is here gets the kids involved and they read, and then they go up and they do ; they create something with the digital media based on what they read : that's learning.

Comment donc explique-t-on la transformation de la bibliothèque, certes ouverte, certes troisième lieu et tout ce qu'on voudra, bref, comment explique-t-on l'arrivée des fablabs et des makerspaces dans les bibliothèques ? Comment explique-t-on que la bibliothèque va offrir soudainement un studio d'enregistrement, un hébergement de blog, un atelier de montage vidéo alors qu'elle est encore étroitement associée dans l'imaginaire collectif aux livres ?

Marie Dempsey, la directrice donc, y répond en replaçant le rôle et la mission des bibliothèques dans son axe de portail d'accès au savoir. La bibliothèque donne accès au savoir comme elle l'a toujours fait. Or les modes d'apprentissage ont changé : aujourd'hui les pratiques des usagers montrent que l'apprentissage passe surtout par le faire. Il devient donc dans la mission de la bibliothèque de répondre à cette évolution en proposant des espaces d'apprentissage par le faire. Ces espaces sont gérés par la bibliothèque mais, de même que les bibliothécaires n'ont pas toutes les connaissances et orientent les usagers vers les bons ouvrages, de même l'accompagnement des usagers dans la maîtrise de ces outils numériques passe par la présence de "mentors", des spécialistes du domaine.

Il me semble que c'est une approche très pertinente que de replacer ces étranges objets dans les missions générales de l'établissement. Un argumentaire qui parle également aux usagers et aux décideurs, je suppose, parce qu'il rétablit la bibliothèque dans un univers connu (le monde du livre et du savoir) pour s'en éloigner subtilement, à partir des pratiques, des besoins des usagers eux-mêmes. Je ne suis pas certain que parler de participation parle vraiment aux élus par exemple. That's learning, me semble donc une accroche plus efficace.

Peut-être plus également que l'autre argumentaire souvent employé.

Un makerspace, ce n'est pas seulement la mise à disposition d'outils. Derrière, surtout, se trouve toute une philosophie, des valeurs de créativité et de partage, rappellait Gaëlle Bergougnoux dans son article. Mary Dempsey les évoque d'ailleurs quand elle parle de fabrications à partir des lectures.

Mais encourager la créativité individuelle en soi n'est pas forcément comprise une mission évidente des bibliothèque, sauf si on la rapproche des missions culturelles et sociales. Une part belle faite à l'accès ouvert, au partage et à la capitalisation des connaissances qu'on retrouve d'ailleurs dans la charte des fablabs.

Partage et culture ouverte, des valeurs qu'on retrouve peut-être plus facilement pour accompagner la mise en place de laboratoires pour adultes (les Youmedia sont clairement destinés aux adolescents).

Quoiqu'il en soit, il semble important de se positionner sur le terrain de son interlocuteur, de partir de ses représentations pour expliquer où on veut aboutir, et de lui exposer comment ses objectifs à lui (sociaux pour un décideur, d'apprentissage pour un usager) peuvent être rempli par le nouvel espace ainsi créé.

mercredi 19 mars 2014

Ce qu'on devrait pouvoir faire dans une bibliothèque

Je reprends là le titre d'un billet paru récemment sur What's Next: Top Trends dans lequel l'auteur liste une quarantaine de choses qu'on devrait, selon lui, pouvoir faire dans une bibliothèque.

En soi, cette liste est assez intéressante à parcourir parce qu'elle trahit une certaine conception de la bibliothèque. On est là dans un modèle anglo-saxon, protestant si je puis dire, où la bibliothèque apparaît comme lieu ressource pour la communauté qu'elle dessert largement au delà de ses seules missions culturelles, au point que certains items nous paraissent complètement farfelus et inconcevable dans l'hexagone.

La liste commence plutôt bien :

  1. Emprunter des livres (Borrow books)
  2. Lire des livres (Read books)
  3. Emprunter de la musique (Borrow music)
  4. Écouter de la musique (Listen to music)
  5. Emprunter des films (Borrow films)
  6. Regarder des films (Watch films)

Jusqu'ici pas de surprise.

  1. Emprunter des jouets (Borrow toys)
  2. Offrir des jouets (Donate toys)
  3. Jouer aux légos (Build Lego)

Nous avons des ludothèques. Je ne sais pas si des bibliothèques françaises proposent des jouets dans leurs collections, mais ce me paraît peu probable. Hors jeux vidéos.

Le jeu légo se rapproche des techniques utilisées par Biblio-remix pour repenser le modèle de bibliothèque. Et puis il faut l'avouer que les bibliothécaires aiment ce jeu, jusqu'à en emmener dans leur congrès annuel.

  1. Réserver une salle (Borrow a meeting room)

Ça, c'est bon, on le propose également.

C'est ensuite qu'arrivent des items un peu étranges pour nos pratiques françaises...

  1. Emprunter des habits, notamment des costumes pour les entretiens d'embauche (Borrow clothes (especially work clothes for interviews))
  2. Offrir de vieux vêtements (Donate unwanted clothes)
  3. Emprunter un animal (Borrow a pet)
  4. Emprunter un chauffage d'appoint (Borrow a heater)
  5. Emprunter un réfrigérateur (Borrow a fridge)
  6. Manger quelque chose, surtout si vous ne pouvez pas vous l'offrir par ailleurs (Eat a meal (especially if you can’t afford to eat))
  7. Utiliser la salle de bain (les toilettes ?) (Use the (very clean) bathroom)
  8. Faire un check-in santé (Have a health check)
  9. Utiliser un téléscope, la nuit oui (Use a telescope (yes, at night))

Il y a quand même de bonnes idées à côté d'autres, farfelues.

J'aime bien celle du prêt de costume par exemple, pour l'entretien d'embauche, même si je ne suis pas persuadé que ce soit à la bibliothèque de proposer cela. Pareil pour l'électroménager. Remarquez, on prête bien des outils outre-atlantique alors...

Je trouve l'idée du point santé un peu dangereuse à moins d'être bien encadrée, ce que propose d'ailleurs la bibliothèque municipale de Lyon avec son espace Cap'Culture santé. J'adore l'idée du téléscope (et donc oui, j'adore l'idée de la nocturne dans ce cadre). En revanche, je demeure un peu sceptique quant au prêt d'animaux.

On sait que des bibliothèques possèdent des mascottes, souvent des chats mais pas uniquement, parfois à but thérapeutique (même à l'université) ou pour encourager les enfants à lire. Mais de là à en autoriser l'emprunt ?

Ensuite, l'auteur repart vers des usages plus courants :

  1. Emprunter un ordinateur, une tablette, une liseuse (Borrow a computer, iPad, Kindle etc.)
  2. Emprunter un expert (Borrow an expert in something)
  3. S'asseoir tranquillement toute la journée sans qu'on vous demande de partir ou d'acheter quelque chose (Sit quietly all day without being asked to leave or buy something)
  4. Se protéger du froid, de la pluie, du soleil (Get out of the cold and wet (sun in Australia))
  5. Apprendre une autre langue (Learn a language)
  6. Apprendre à utiliser des outils technologiques (Learn how to use technology)
  7. Apprendre à lire (Learn to read)
  8. Écouter des histoires (Listen to stories)
  9. Poser des questions (Ask questions)
  10. Assister à un événement local (Attend a local event)
  11. Faire des recherches généalogiques (Look up your family history)
  12. Accéder à des services publics (Access government services)
  13. Peindre, dessiner (Paint or draw)

Tous ces usages existent déjà en bibliothèque, y compris l'emprunt de l'expert qu'il s'agisse du bibliothécaire ou par des échanges de savoirs et de savoirs-faire comme c'est le cas des ateliers cuisine Melting Popotes à Romans-sur-Isère (un point qu'il cite d'ailleurs et que je mets en .34) ou dans les projets de bibliothèques imaginés pour Lezoux et à Biblio-remix.

  1. Échanger du savoir, de l'information, de la connaissance (Exchange knowledge, information and wisdom)
  2. Échanger des recettes de cuisine (Exchange recipes)
  3. Jouer avec une imprimante 3D (Play with a 3D printer)

Je rajoute aussi l'imprimante 3D que je rapproche dans ce cadre des maker-space et donc de l'échange de savoir. De nombreuses bibliothèques dans le monde se sont déjà équipées (cf cette conférence à la BPI aussi).

À partir de là, l'auteur met l'accent sur de grandes orientations, des valeurs que portent aussi les bibliothèques au delà du rôle social qui était décrit plus haut : des valeurs autour de la liberté d'information par exemple ou de la construction de soi.

  1. Échanger des graines (Swap plant seeds)
  2. Photocopier ou scanner des documents (Photocopy or scan things)
  3. Accéder à de l'information payante, gratuitement (Gain access to pay-walled information – for free)

Je mets ici l'idée de la grainothèque puisqu'elle touche celle de biens communs dont se sont emparés les professionnels des bibliothèques, et qui est d'ailleurs en place grâce à l'association Graines de troc. La question de la photocopie, si elle est disponible dans de nombreux établissements rejoint aussi celle de la copie privée et, partant, celle des copy parties organisées dans plusieurs établissements de France.

Une autre valeur soulignée par l'auteur du billet est celle du partage, de l'échange et de la construction de soi.

  1. Se trouver soi-même (Find yourself)
  2. Se rendre meilleur (Improve yourself)
  3. Rencontrer de nouvelles personnes (Meet people)
  4. Engager la conversation avec des personnes qui vivent seules (Engage in conversation with people that live alone)

On se rapproche ici des travaux de la commission Légothèque de l'Association des bibliothécaires de France qui travaille justement sur la bibliothèque comme espace de construction de soi et de lutte contre les stéréotypes. Le blog de la commission renvoie vers de nombreux exemples de collections, d'animations proposées dans les établissements tandis que ses propres travaux visent à aider les collègues et enrichir la réflexion.

On se rapproche aussi de la plateforme "Bibliothèques dans la cité" ouverte par la BPI et dont le but est de recenser et d’échanger des pratiques à destination des publics exclus ou en difficulté dans les bibliothèques.

Et vous, vous y auriez ajouté quoi ?



mardi 18 mars 2014

Une étude sur l’offre de livres numériques en France

La société d'audit (et d'expertise comptable) KPMG vient de publier ce mois-ci une étude sur le développement de l’offre de livres numériques et son impact sur les comptes des éditeurs. L'étude ne porte donc pas sur la demande et les usages mais propose un regard du point de vue éditeur.

Elle vient compléter les récentes fiches sur le Marché du livre (dont la fiche 4 consacrée au livre numérique) publiées le mois dernier par le SNE et celles publiées récemment par l'Observatoire de l'économie du livre du Service du livre et de la lecture de la DGMIC.

1er baromètre KPMG de l’offre de livres numériques en France

Le document précise :

Sur la base d’un panel de 56 répondants classés notamment par niveau de CA et secteur éditorial, ce baromètre met en lumière les profils des éditeurs disposant ou non d’une offre de livres numériques, leurs difficultés, leurs réticences et aussi leurs facteurs clés de succès.

L'étude a été élaborée suite à une enquète menée de novembre 2013 à janvier 2014 et porte sur les réponses de 51 éditeurs indépendants et 5 groupes (sur 138 questionnaires envoyés) et à vocation, affirment-ils, à être reconduite tous les ans. Elle se subdivise en huit parties :

  1. un introduction méthodologique
  2. l'offre de livres numériques
  3. la commercialisation des livres numériques
  4. les techniques mises en places
  5. les aspects chiffrés : ventes de livres numériques
  6. les contrats numériques
  7. l'opinion des maisons d'édition
  8. KPMG en un regard.

Quelques conclusions relevées :

  • Toutes les grandes maisons et tous les secteurs éditoriaux proposent une offre numérique (en tête littérature, jeunesse et scolaire) 
  • Il s'agit pour les maisons d'édition surtout de toucher un public différent, puis de rééditer d'anciens titres (les ventes se font au titre d'ailleurs, avec un prix fixé comme une décôte du livre papier).
  • Le format adopté demeure majoritairement le ePub et le Pdf 
  • Le lancement d'offre a décollé à partir de 2009 et devraient se poursuivre dans le futur
  • les versions proposés demeurent semblables à la version papier, et ne sont donc pas enrichies (ajout de vidéo, de son, d'annexe, d'animation, d'applications...) ; une pratique encore surtout restreinte aux livres pratiques, touristiques et au scolaire.
  • Les publications exclusivement numériques portent quant à elles sur les nouveautés et, pour un tiers des répondants, sur des indisponibles.
  • Pour lutter contre le piratage, 71% des répondants utilise des DRM ou le Watermarking.
  • Le volume de vente demeure cependant encore faible, mais proportionnel à la taille de la maison d'édition
  • Les groupes privilégient les e-distributeurs tandis que les indépendants ont recours surtout aux plateformes d’intermédiation.
  • Les clients des maisons d'édition étant majoritairement Amazone, Apple, puis Kobo ou la Fnac. Google play ne semble pas décoller au niveau de ces titres. 
  • Les droits d’auteurs numériques sont négociés majoritairement en % du PPHT et en même temps que les droits papier.

Vous trouverez l'ensemble de ces conclusions et d'autres encore en ligne sur le site du cabinet.

jeudi 13 mars 2014

Doc Explore, un écran pour lire les livres anciens

Je profite de la publication d'un reportage diffusé dans l'émission "Vu d'ici" sur France3 Haute Normandie pour évoquer le projet européen Doc Explore

Rien de nouveau en soi. Ce projet s’intéressant à la valorisation et à l’analyse par ordinateur de manuscrits historiques a débuté en avril 2009. Plus précisément, il s'agit d'un logiciel permettant

  1. de plaquer des fichiers numérisés sur des feuilleteurs 3D tactiles ou gestuels de façon à en faciliter la consultation et la manipulation par les utilisateurs, y compris via une indexation ou l'ajout de fonctionnalités de recherche
  2. de faciliter la compréhension des documents grâce à l'ajout de commentaires, d'annotations, de vidéos... d'un ensemble de paratexte enrichissant les documents consultés

Comme l'explique Pierrick Tranouez, il s'agit donc de répondre à des obstacles tant physique que culturel pour faciliter l'accès aux documents et valoriser les documents patrimoniaux.

Le projet se base sur l’expertise de groupes de recherche académique situés à l’Université de Kent et à l’Université de Rouen (le laboratoire du LITIS), ainsi que sur la collaboration des Archives de la Cathédrale de Canterbury et de la Bibliothèque Municipale de Rouen, qui apportent les livres et manuscrits anciens numérisés.

En septembre dernier, deux expositions à Canterbury d'une part puis à la bibliothèque Jacques Villon de Rouen ont permis de faire connaître cet outils auprès du grand public. Maintenant, il semble qu'une table tactile soit disponible de manière pérenne pour consulter ces documents dans la capitale de Haute-Normandie.

Le reportage précise que seule cette bibliothèque dispose de ce logiciel pour l'instant mais l'idée est qu'il soit accessible à tous sur le web dans les mois à venir. En consultation je suppose...

Pour aller plus loin :

PS : on voit les responsables manipuler les fonds anciens précieusement, avec des gants, ce qui est pourtant de plus en plus contesté et contre-indiqué.

mardi 11 mars 2014

Marketing, lobbying et advocacy

Parmi les concepts anglo-saxons qui concernent les bibliothèques se trouve celui d'advocacy. En France, nous n'avons pas vraiment d'équivalent parce que la notion regroupe nombre de définitions et de domaines. Il s'agit de promotion, un peu de lobbying, de communication, de marketing sans être vraiment aucun des trois tout en en reprenant les principaux outils...

On voit globalement de quoi il s'agit sans parvenir à toucher vraiment du doigt ce que me terme recouvre.

S'adresser aux publics

On comprend bien l'origine du concept : avec la démocratisation et l'ouverture des bibliothèques, les professionnels ont cherché à mieux faire passer les messages auprès de leurs publics, avérés et potentiels. Ce message intéresse tout autant les partenaires des bibliothèques : les entreprises (si, si), les associations, les écoles, les autres services municipaux et universitaires. Encore plus les tutelles qui détiennent les cordons de la bourse d'une part et d'autre part valident les documents de politiques, notamment documentaires, que nous leur soumettons. On touche là, surtout dans les pays anglo-saxons, au lobbying comme à des formes de communication et de marketing (c'est à dire comment toucher le plus justement et le plus efficacement possible les publics auxquels on s'adresse), devenues d'autant plus prégnantes depuis quelques années avec l'émergence du web social et des réseaux sociaux.

Mais ces notions ne sont pas toujours bien passées auprès des professionnels qui ont vu arriver ces activités avec scepticisme, sinon avec mépris, comme le rappelle Cosette Kies dans son ouvrage Marketing and Public Relations for Libraries, citée par Pat Cavill :

There has been widespread skepticism, suspicion and scorn and many have regarded these activities as beneath the dignity of librarians. Some seemed to believe that libraries do not need to be touted in any special way because their innate goodness should some how be obvious to all.

[Il y avait un large sentiment de scepticisme, de suspicion et de dédain, et beaucoup regardaient ces activités comme indignes des bibliothécaires. Certains semblaient croire que les bibliothèques n'avaient pas besoin d'être valorisées de quelque façon que ce soit parce que leur bénéfice propre aurait dû être évident à tous.]

Bien évidemment ce n'est pas aussi simple que cela. Et si de nombreuses études soulignent l'amour du public pour les bibliothèques, il apparaît aussi que l'intérêt porté n'induit pas soutien actif, d'autant que les services proposés ne sont finalement pas très bien connus (combien ignorent encore qu'on peut trouver des tablettes ou des jeux vidéos à côté des sempiternels livres ?). 

Ce qu'est et n'est pas l'advocacy

L'idée est donc de dépasser la seule communication. Il ne s'agit plus de dire qui nous sommes, ce que nous faisons et pour qui. Il ne s'agit pas de réfléchir à la façon dont toucher les publics pour leur raconter les activités et la vie de la bibliothèque. Cette approche, légitime, convient plus à une mise en scène promotionnelle de l'établissement pour attirer de nouveaux publics ou informer sur les services. On part de la bibliothèque.

L'idée est également de dépasser l'approche marketing. Cette dernière s'interroge sur les publics, qui ils sont, quels sont leurs besoins spécifiques pour y apporter la réponse la plus adaptée. C'est la réponse aux besoins des publics qui devient primordiale, quitte à modifier le fonctionnement de la bibliothèque. C'est pour cela qu'on ne va pas s'adresser à un public en général mais à des segments identifiés permettant d'être plus pertinent. On part des publics.

Les collègues anglo-saxons évoqueraient également en troisième contre-point l'activité de lobbying, c'est-à-dire autour d'enjeux de défense d'intérêts avec des hommes politiques. Une dimension qui est moins importante de ce côté de l'Atlantique. 

L'advocacy est un moyen pour changer nos seulement les mentalités mais aussi les pratiques en faisant prendre conscience du ou des problèmes aux publics visés. Il peut utiliser les outils de la communication ou du marketing, mais ne part pas tant de la bibliothèque, ou des publics, que du problème lui-même. L'idée est d'appuyer et soutenir le changement, petit à petit, donc sur du long terme. L'idée est aussi de connaître son public, pour lui démontrer la valeur ajoutée de l'offre des bibliothèques, comme peut le faire un groupe d'influence. Dans son mémoire du diplôme de conservateur des bibliothèques, Anthony Merle explique aussi qu'Il s’agit d’associer les populations de façon pertinente pour qu’elles se sentent naturellement impliquées dans la défense et la promotion de leur service public. Une démarche qu'il fait reposer sur deux pieds politique et éthique :

La mise en place d’une démarche d’advocacy des bibliothèques n’est pas seulement le masque vertueux d’un corporatisme qui ne se soucierait que des intérêts de la profession. Le travail des bibliothécaires permet de rétablir le déséquilibre généré à la fois par le droit et par les lois du marché, ce qui fonde clairement le socle moral de l’advocacy. La société démocratique dans son ensemble a intérêt à disposer d’un réseau de lecture publique développé pour renforcer les valeurs qui lui permettent de fonctionner : la liberté, l’équité et la cohésion sociale.

Associer les populations, c'est commencer à comprendre les perceptions qu'elles développent autour des bibliothèques, ce qu'elles savent, et ce qu'elles ne savent pas en terme de bénéfices directs et indirects. À ce sujet, une étude parue en décembre dernier soulignait que chaque dollar dépensé dans le réseau de lecture public de Toronto rapportait $5.63 à chaque habitant.

C'est ensuite réfléchir à la façon dont on peut les impliquer, créer des relations, des partenariats, réveiller les consciences sur les problèmes que subissent les établissements, à la manière de la campagne -déjà ancienne puisqu'elle date au moins de 2010- "Geek the library" qui propose à la fois aux publics de partager ce qui les passionne (et qu'on trouve à la bibliothèque), de comprendre le rôle et la valeur des bibliothèques et en quoi elles ont besoin de leur soutien, enfin de soutenir effectivement les établissements. 

Pour aller plus loin :

jeudi 6 mars 2014

Juste une question d'amour

En décembre dernier, Sarah Houghton écrivait un billet sur les campagnes de promotion de l'ALA I Love Libraries. L'idée de l'association américaine est simple : stimuler l'intérêt en poussant les usagers à montrer leur amour pour leur bibliothèque. L'ALA, et le New York Times ont même créé un prix récompensant des professionnels proposés et plébiscités par leurs usagers. À la clef : 5.000$, une plaque à leur nom et un bon d'une valeur de 500$ pour venir assister à la cérémonie de remise du prix, à New York. Ça fait peut-être cabinet de psychiatre, mais ça doit être impressionnant quand même sur les murs d'un bureau.

Assez d'auto-congratulations, répond Sarah Houghton.

L'important n'est pas de savoir combien nos usagers nous aiment. Nous savons qu'ils nous apprécient, depuis le timide "merci" après une réponse au bureau de renseignement aux donations de la part d'usagers fortunés (aux États-Unis, les ressources propres sont très importantes pour le fonctionnement d'un établissement). Quel intérêt alors de le marteler et de dépenser autant d'énergie pour faire en sorte que les gens nous aiment ? Cette posture défensive ne nous sert pas du tout, assène-t-elle. Cela ne prouve en rien notre valeur, mais ressemble plutôt à un adolescent geignard qui essaie de se convaincre lui-même qu'il est cool en répétant aux autres enfants cool : "Hey, Je suis cool, non mais pour de vrai"

David Lankes prenait la même direction lorsqu'il énonçait, en août 2012, qu'il fallait cesser de se battre pour sauver les bibliothèques.  Il voulait dire par là qu'il était grand temps d'arrêter de se plaindre, de se montrer blessé et faible ; assez de ce modèle défaitiste. Embrassons plutôt les aspirations de nos publics, des territoires et des communautés desservis, pour leur montrer comment nous pouvons les aider à se développer et grandir. Ils nous soutiendront alors, non par obligation ou par pitié mais parce qu'ils reconnaîtront notre valeur et notre intérêt.

Sarah continue. Pour elle, il ne s'agit pas tant de chercher désespéramment à se faire aimer, que de simplement servir la population du territoire que nous desservons. C'est notre boulot, et nous croyons pour la plupart profondément en ce que nous faisons. Nous croyons dans le rôle éducatif des bibliothèques, dans son rôle social, dans son rôle économique (si, si !) et culturel. Nous savons que nous aidons à former des citoyens et c'est aussi pour ça que nous nous battons contre la censure. Nous savons que nous aidons à rendre la société meilleure en recherchant et favorisant des modalités de circulations et d'appropriation de l'information accessibles à tous, en veillant à la libre circulation des savoirs. Nous y croyons et nous nous battons pour cela.

À dire vrai, nous sommes probablement celles et ceux qui apprécions le plus nos bibliothèques. Et qu'aimons-nous encore plus que ces dernières ? Les gens. Les usagers. La population et les communautés que nous desservons. Car c'est à eux que nous nous adressons. Pour eux que nous faisons tout cela. Et c'est là le point essentiel : remplacer le "J'aime ma bibliothèque" par "la bibliothèque vous aime". Une espèce de révolution copernicienne qui remet une fois de plus l'usager au cœur du système.

C'est là aussi que réside le futur de nos établissements. Pas dans un bâtiment, ni une collection qui ne sont que des outils, pas dans la mise en place d'un service qui n'est qu'une réponse adaptée à un besoin, encore moins -même si elle fait du bien et devient parfois nécessaire- dans la reconnaissance par les usagers de notre travail.

L'avenir des bibliothèques réside dans la réalisation des communautés que nous desservons.

mardi 4 mars 2014

Perception des mobiles par les professionnels en Israël

Parfois il y a de drôles d'études dans les revues professionnelles. Récemment, mon intérêt était attiré par une étude parue dans le volume 75, numéro 2, de mars 2014, de la revue College and Research Libraries et intitulée "Mobile Libraries: Librarians’ and Students’ Perspectives". Quelles perspectives d'usage de terminaux mobiles en bibliothèques ? Mais en réalité, il en allait légèrement autrement.

L'article explique donc : 

Cette étude, fondée sur le modèle d'acceptation technologique (TAM), vise à déterminer si les bibliothécaires et les étudiants en SIB sont familiers avec les innovations technologiques les plus récentes et s'ils sont prêts à les accepter. La recherche a été menée en Israël au cours des premier et second semestres de l'année scolaire 2012 et a examiné deux populations : les bibliothécaires et les étudiants en bibliothéconomie. Les chercheurs ont utilisé deux questionnaires pour recueillir des données : un questionnaire détaillé individuel, et un questionnaire sur la technologie mobile. Dans l'ensemble, l'étude a croisé les deux variables de base du TAM (les perceptions sur la facilité d'utilisation et sur l'utilité), avec le degré de familiarité avec l'innovation, pour prédire si bibliothécaires et étudiants avaient l'intention d'utiliser des services mobiles dans leurs bibliothèques.

L'idée est donc d'interroger et analyser la perception qu'ont les professionnels (et les professionnels en devenir puisque sont interrogés les étudiants également) des technologies mobiles et, par extension, la représentation qu'ils peuvent se faire de services sur mobiles. Pourquoi pas.

Pour ce faire, l'étude se base sur le TAM, un modèle développé en 1989 par un certain Davis dans le but d'analyser les facteurs qui influencent l'acceptation de l'informatique par les usagers. Il repose sur deux éléments clefs : l'utilité perçue de l'objet d'une part et d'autre part la facilité de prise en main perçue. En gros, si les perceptions sont positives, les usagers vont avoir tendance à continuer à utiliser l'objet en question. Cette grille aurait déjà été utilisée en bibliothèque pour lire la perception de bibliothèques numériques par les usagers. L'autre perspective adoptée par l'étude concerne le degré de familiarité personnelle envers l'innovation (personal innovativeness). Ici, il s'agira d'étudier si les sujets ont plus ou moins de facilité à utiliser de nouvelles technologies de l'information.

Leurs hypothèses présupposent que, je résume, les étudiants ont une meilleure perception des terminaux mobiles que les bibliothécaires en poste et seront donc plus à même de proposer des services mobiles. Une hypothèse est également que le fait de posséder un smartphone influe sur la perception des services qu'on peut mettre en place.

Les réponses aux questionnaires envoyés (à des professionnels et étudiants israëliens, en 2012) montrent que les étudiants utilisent et développent donc de meilleures perceptions que les professionnels envers les terminaux mobiles. Et, du coup, ils sont plus enclin à utiliser ce genre de terminaux -i.e. de mettre en place des services adaptés à des mobiles- dans leurs établissements. L'étude explique de manière un peu rapide à mon sens -et mon expérience de formateur m'a parfois démontré le contraire- que les professionnels préféraient continuer à utiliser des environnements connus plutôt que d'investir des terrains nouveaux et non maîtrisés. Cela corrobore d'autres études qui soulignent que les étudiants montreraient plus d'intérêts à interagir avec fournisseurs de données et usagers via mobiles. En revanche, l'étude ne montre aucune plus grande ouverture personnelle à de nouvelles technologies de la part des étudiants. 

D'autres conclusions viennent ensuite étayer le modèle TAM en soulignant qu'une utilisation bénéficiaire augmentait les chances d'utiliser le terminal mobile dans son établissement. Cela signifie qu'il faut faire attention à l'utilisabilité des interfaces pour en faciliter l'appropriation par les usagers. Et, bien sûr, la perception d'un outil étant lié à son utilisation réelle, les détenteurs d'un smartphone sont plus à même de les utiliser d'un point de vue professionnel également. 

Et ?

Et rien. J'ai l'impression que l'étude enfonce des portes ouvertes. Certes avec des données pour les justifier mais quand même. J'aurai préféré qu'elle se penche sur l'usage effectif de services mobiles et sur les représentations ou les perceptions générées, mais bon. Peut-être dans un prochain article.

vendredi 28 février 2014

28 février 2005

28 février 2005. C'est la date de mon tout premier billet. Aujourd'hui, le blog à 9 ans. C'est un grand maintenant. Certes, très honnêtement, ce n'est pas neuf ans de rédactions de billets. Bon an mal an, il y eut des périodes plus ou moins longues où je n'ai pas écris une ligne et en parcourant les pages de billets rédigés dans mon interface d'administration, je me suis rendu compte que les billets d'excuse pour les absences devenaient relativement réguliers.

Comme je l'écrivais précédemment, le déplacement de la veille sur les réseaux sociaux est en partie responsable de cette chute et, pendant un temps, je me suis contenté de conserver les informations importantes sur mon Diigo sans en produire de nouvelles notes ou, a minima, de les retransmettre sur Twitter. La participation au groupe Légothèque, au sein des groupes de travail comme de l'écriture de billets participe également de ce manque de temps, ce que je ne regrette en rien. Juste qu'à certains moments il faut faire des choix et je les assume. Comme j'assume celui de réécrire ici, et donc d'accorder légèrement moins de temps à d'autres activités.

Il y a neuf ans, peu d'autres blogs en bibliothéconomie existaient. Les plus importants étaient alors celui de Nicolas Morin qui a, depuis arrêté toute activité de blogging même s'il continue à tweeter et intervenir via d'autres réseaux, et à qui je dois d'avoir ouvert mon propre outil après une présentation lors d'une formation à l'enssib ; l'autre est le Figoblog de Manue, dont les articles se sont faits plus espacés et qui donc, fêtera dans quelques semaines ses dix ans, lui (n'est-ce pas Manue, il faudra en faire un billet !). 

Quant à moi, je continue mes activités ici. Il faudra que je prenne le temps de changer de template, de revérifier tous les liens et de les mettre à jour. Ils n'ont pas bougé depuis des années. Le mieux sincèrement serait de changer de plateforme également et de quitter Dotclear via Gandi pour Wordpress, mais ce sera certainement dans un second temps.

Je continuerai d'écrire sur les bibliothèques, les outils innovants et leur utilisation dans les établissements, l'actualité de la profession. Au moins jusqu'à ce qu'un billet apparaisse dans les documents d'une note de synthèse de concours. La consécration, en quelque sorte Ce qui précède est de l'ironie [point d'ironie, même si cela me ferait secrètement plaisir]

Alors, à l'année prochaine pour les 10 ans.

mardi 25 février 2014

Périodiques en Sciences de l'information

Pour ma veille, j'utilise encore principalement un agrégateur de lien. Plus précisément, depuis la fin de google reader, je me suis tourné vers The old reader afin de gérer l'ensemble des flux auxquels je me trouvais abonné. J'ai essayé d'autres outils, y compris mobiles comme flipboard, mais aucun ne m'a véritablement satisfait.

Très honnêtement, je consulte ces flux moins régulièrement. Probablement est-ce dû également au fait qu'une partie non négligeable de la veille se fait désormais en flux continu via d'autres canaux comme les réseaux sociaux ou l'outil de microblogging Twitter, ce qui implique d'autres compétences en terme de gestion, de recherche ou de validation de l'information. Ne serait-ce que pour trier les informations pertinentes du babillage permanent et pas toujours intéressant qui s'y déroule. L'autre souci étant depuis deux ou trois ans de me désabonner de plus en plus de flux redondants ou peu pertinents à court terme.

Parmi les outils sur lesquels je me suis penché se trouve bien sûr Netvibes. Je ne suis pas vraiment à l'aise avec la présentation en pleine page, mais je me sers également de l'outil à des fins pédagogiques et de présentations.

Dans l'univers public que je gère, j'ai ainsi ouvert un onglet "Revue de sommaires". il s'agissait de rassembler en une seule page la plupart des revues en Sciences de l'information et des bibliothèques dont je me sers plus ou moins régulièrement et qui publient des articles potentiellement intéressants.

On trouvera donc en bleu des titres français, en rose des titres francophones, en rouge un titre espagnol, en vert des titres en anglais. 

Des titres français :

Des titres francophones :

Un titre espagnol

Des titres en anglais et en américain :

Pour ce faire, j'ai dû transformer quelques pages en flux rss en utilisant Feedity ou Page2Rss, et lorsque ce n'était pas possible, j'ai utilisé le widget site web pour faire une capture de la page.

Il manque des titres incontournables selon vous ?

- page 1 de 82