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Bibliothèques - réflexions

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mardi 8 avril 2014

Argumenter autour d'un fablab

Ceux qui s'intéressent aux fablabs et autres makerspaces connaissent certainement le réseau des YOUmedia.

Le premier de ces espaces de création destinés aux adolescents fut ouvert dès 2009 par le réseau des bibliothèques de Chicago et propose de nombreux outils de créations depuis les outils de montage au studio d'enregistrement. Cette même bibliothèque de Chicago qui, soit dit en passant, donne accès à une imprimante 3D (m'enfin, on trouve la même chose en France, à Quimperlé par exemple).

Je ne vais pas revenir sur ce que sont les fablabs ni sur leur intérêt en bibliothèque, de nombreux collègues s'y sont déjà essayé :



Ce qui m'intéresse est le discours qui a accompagné cette ouverture.

Dans la vidéo de présentation ci-dessus, la directrice de la bibliothèque explique :

YOUmedia is a concept that was brought to us by the MacArthur foundation. In 2008, they arrived with a lot of researchs that shows that in the 21st century, teens learn by making and doing, and it was their concept to take digital learning, digital media, mentors and an [archaist ?] librarian, and we brought books to the party as well, [voilà, here], and created this wonderful space.

(...) The books collection that is here gets the kids involved and they read, and then they go up and they do ; they create something with the digital media based on what they read : that's learning.

Comment donc explique-t-on la transformation de la bibliothèque, certes ouverte, certes troisième lieu et tout ce qu'on voudra, bref, comment explique-t-on l'arrivée des fablabs et des makerspaces dans les bibliothèques ? Comment explique-t-on que la bibliothèque va offrir soudainement un studio d'enregistrement, un hébergement de blog, un atelier de montage vidéo alors qu'elle est encore étroitement associée dans l'imaginaire collectif aux livres ?

Marie Dempsey, la directrice donc, y répond en replaçant le rôle et la mission des bibliothèques dans son axe de portail d'accès au savoir. La bibliothèque donne accès au savoir comme elle l'a toujours fait. Or les modes d'apprentissage ont changé : aujourd'hui les pratiques des usagers montrent que l'apprentissage passe surtout par le faire. Il devient donc dans la mission de la bibliothèque de répondre à cette évolution en proposant des espaces d'apprentissage par le faire. Ces espaces sont gérés par la bibliothèque mais, de même que les bibliothécaires n'ont pas toutes les connaissances et orientent les usagers vers les bons ouvrages, de même l'accompagnement des usagers dans la maîtrise de ces outils numériques passe par la présence de "mentors", des spécialistes du domaine.

Il me semble que c'est une approche très pertinente que de replacer ces étranges objets dans les missions générales de l'établissement. Un argumentaire qui parle également aux usagers et aux décideurs, je suppose, parce qu'il rétablit la bibliothèque dans un univers connu (le monde du livre et du savoir) pour s'en éloigner subtilement, à partir des pratiques, des besoins des usagers eux-mêmes. Je ne suis pas certain que parler de participation parle vraiment aux élus par exemple. That's learning, me semble donc une accroche plus efficace.

Peut-être plus également que l'autre argumentaire souvent employé.

Un makerspace, ce n'est pas seulement la mise à disposition d'outils. Derrière, surtout, se trouve toute une philosophie, des valeurs de créativité et de partage, rappellait Gaëlle Bergougnoux dans son article. Mary Dempsey les évoque d'ailleurs quand elle parle de fabrications à partir des lectures.

Mais encourager la créativité individuelle en soi n'est pas forcément comprise une mission évidente des bibliothèque, sauf si on la rapproche des missions culturelles et sociales. Une part belle faite à l'accès ouvert, au partage et à la capitalisation des connaissances qu'on retrouve d'ailleurs dans la charte des fablabs.

Partage et culture ouverte, des valeurs qu'on retrouve peut-être plus facilement pour accompagner la mise en place de laboratoires pour adultes (les Youmedia sont clairement destinés aux adolescents).

Quoiqu'il en soit, il semble important de se positionner sur le terrain de son interlocuteur, de partir de ses représentations pour expliquer où on veut aboutir, et de lui exposer comment ses objectifs à lui (sociaux pour un décideur, d'apprentissage pour un usager) peuvent être rempli par le nouvel espace ainsi créé.

mardi 11 mars 2014

Marketing, lobbying et advocacy

Parmi les concepts anglo-saxons qui concernent les bibliothèques se trouve celui d'advocacy. En France, nous n'avons pas vraiment d'équivalent parce que la notion regroupe nombre de définitions et de domaines. Il s'agit de promotion, un peu de lobbying, de communication, de marketing sans être vraiment aucun des trois tout en en reprenant les principaux outils...

On voit globalement de quoi il s'agit sans parvenir à toucher vraiment du doigt ce que me terme recouvre.

S'adresser aux publics

On comprend bien l'origine du concept : avec la démocratisation et l'ouverture des bibliothèques, les professionnels ont cherché à mieux faire passer les messages auprès de leurs publics, avérés et potentiels. Ce message intéresse tout autant les partenaires des bibliothèques : les entreprises (si, si), les associations, les écoles, les autres services municipaux et universitaires. Encore plus les tutelles qui détiennent les cordons de la bourse d'une part et d'autre part valident les documents de politiques, notamment documentaires, que nous leur soumettons. On touche là, surtout dans les pays anglo-saxons, au lobbying comme à des formes de communication et de marketing (c'est à dire comment toucher le plus justement et le plus efficacement possible les publics auxquels on s'adresse), devenues d'autant plus prégnantes depuis quelques années avec l'émergence du web social et des réseaux sociaux.

Mais ces notions ne sont pas toujours bien passées auprès des professionnels qui ont vu arriver ces activités avec scepticisme, sinon avec mépris, comme le rappelle Cosette Kies dans son ouvrage Marketing and Public Relations for Libraries, citée par Pat Cavill :

There has been widespread skepticism, suspicion and scorn and many have regarded these activities as beneath the dignity of librarians. Some seemed to believe that libraries do not need to be touted in any special way because their innate goodness should some how be obvious to all.

[Il y avait un large sentiment de scepticisme, de suspicion et de dédain, et beaucoup regardaient ces activités comme indignes des bibliothécaires. Certains semblaient croire que les bibliothèques n'avaient pas besoin d'être valorisées de quelque façon que ce soit parce que leur bénéfice propre aurait dû être évident à tous.]

Bien évidemment ce n'est pas aussi simple que cela. Et si de nombreuses études soulignent l'amour du public pour les bibliothèques, il apparaît aussi que l'intérêt porté n'induit pas soutien actif, d'autant que les services proposés ne sont finalement pas très bien connus (combien ignorent encore qu'on peut trouver des tablettes ou des jeux vidéos à côté des sempiternels livres ?). 

Ce qu'est et n'est pas l'advocacy

L'idée est donc de dépasser la seule communication. Il ne s'agit plus de dire qui nous sommes, ce que nous faisons et pour qui. Il ne s'agit pas de réfléchir à la façon dont toucher les publics pour leur raconter les activités et la vie de la bibliothèque. Cette approche, légitime, convient plus à une mise en scène promotionnelle de l'établissement pour attirer de nouveaux publics ou informer sur les services. On part de la bibliothèque.

L'idée est également de dépasser l'approche marketing. Cette dernière s'interroge sur les publics, qui ils sont, quels sont leurs besoins spécifiques pour y apporter la réponse la plus adaptée. C'est la réponse aux besoins des publics qui devient primordiale, quitte à modifier le fonctionnement de la bibliothèque. C'est pour cela qu'on ne va pas s'adresser à un public en général mais à des segments identifiés permettant d'être plus pertinent. On part des publics.

Les collègues anglo-saxons évoqueraient également en troisième contre-point l'activité de lobbying, c'est-à-dire autour d'enjeux de défense d'intérêts avec des hommes politiques. Une dimension qui est moins importante de ce côté de l'Atlantique. 

L'advocacy est un moyen pour changer nos seulement les mentalités mais aussi les pratiques en faisant prendre conscience du ou des problèmes aux publics visés. Il peut utiliser les outils de la communication ou du marketing, mais ne part pas tant de la bibliothèque, ou des publics, que du problème lui-même. L'idée est d'appuyer et soutenir le changement, petit à petit, donc sur du long terme. L'idée est aussi de connaître son public, pour lui démontrer la valeur ajoutée de l'offre des bibliothèques, comme peut le faire un groupe d'influence. Dans son mémoire du diplôme de conservateur des bibliothèques, Anthony Merle explique aussi qu'Il s’agit d’associer les populations de façon pertinente pour qu’elles se sentent naturellement impliquées dans la défense et la promotion de leur service public. Une démarche qu'il fait reposer sur deux pieds politique et éthique :

La mise en place d’une démarche d’advocacy des bibliothèques n’est pas seulement le masque vertueux d’un corporatisme qui ne se soucierait que des intérêts de la profession. Le travail des bibliothécaires permet de rétablir le déséquilibre généré à la fois par le droit et par les lois du marché, ce qui fonde clairement le socle moral de l’advocacy. La société démocratique dans son ensemble a intérêt à disposer d’un réseau de lecture publique développé pour renforcer les valeurs qui lui permettent de fonctionner : la liberté, l’équité et la cohésion sociale.

Associer les populations, c'est commencer à comprendre les perceptions qu'elles développent autour des bibliothèques, ce qu'elles savent, et ce qu'elles ne savent pas en terme de bénéfices directs et indirects. À ce sujet, une étude parue en décembre dernier soulignait que chaque dollar dépensé dans le réseau de lecture public de Toronto rapportait $5.63 à chaque habitant.

C'est ensuite réfléchir à la façon dont on peut les impliquer, créer des relations, des partenariats, réveiller les consciences sur les problèmes que subissent les établissements, à la manière de la campagne -déjà ancienne puisqu'elle date au moins de 2010- "Geek the library" qui propose à la fois aux publics de partager ce qui les passionne (et qu'on trouve à la bibliothèque), de comprendre le rôle et la valeur des bibliothèques et en quoi elles ont besoin de leur soutien, enfin de soutenir effectivement les établissements. 

Pour aller plus loin :

jeudi 6 mars 2014

Juste une question d'amour

En décembre dernier, Sarah Houghton écrivait un billet sur les campagnes de promotion de l'ALA I Love Libraries. L'idée de l'association américaine est simple : stimuler l'intérêt en poussant les usagers à montrer leur amour pour leur bibliothèque. L'ALA, et le New York Times ont même créé un prix récompensant des professionnels proposés et plébiscités par leurs usagers. À la clef : 5.000$, une plaque à leur nom et un bon d'une valeur de 500$ pour venir assister à la cérémonie de remise du prix, à New York. Ça fait peut-être cabinet de psychiatre, mais ça doit être impressionnant quand même sur les murs d'un bureau.

Assez d'auto-congratulations, répond Sarah Houghton.

L'important n'est pas de savoir combien nos usagers nous aiment. Nous savons qu'ils nous apprécient, depuis le timide "merci" après une réponse au bureau de renseignement aux donations de la part d'usagers fortunés (aux États-Unis, les ressources propres sont très importantes pour le fonctionnement d'un établissement). Quel intérêt alors de le marteler et de dépenser autant d'énergie pour faire en sorte que les gens nous aiment ? Cette posture défensive ne nous sert pas du tout, assène-t-elle. Cela ne prouve en rien notre valeur, mais ressemble plutôt à un adolescent geignard qui essaie de se convaincre lui-même qu'il est cool en répétant aux autres enfants cool : "Hey, Je suis cool, non mais pour de vrai"

David Lankes prenait la même direction lorsqu'il énonçait, en août 2012, qu'il fallait cesser de se battre pour sauver les bibliothèques.  Il voulait dire par là qu'il était grand temps d'arrêter de se plaindre, de se montrer blessé et faible ; assez de ce modèle défaitiste. Embrassons plutôt les aspirations de nos publics, des territoires et des communautés desservis, pour leur montrer comment nous pouvons les aider à se développer et grandir. Ils nous soutiendront alors, non par obligation ou par pitié mais parce qu'ils reconnaîtront notre valeur et notre intérêt.

Sarah continue. Pour elle, il ne s'agit pas tant de chercher désespéramment à se faire aimer, que de simplement servir la population du territoire que nous desservons. C'est notre boulot, et nous croyons pour la plupart profondément en ce que nous faisons. Nous croyons dans le rôle éducatif des bibliothèques, dans son rôle social, dans son rôle économique (si, si !) et culturel. Nous savons que nous aidons à former des citoyens et c'est aussi pour ça que nous nous battons contre la censure. Nous savons que nous aidons à rendre la société meilleure en recherchant et favorisant des modalités de circulations et d'appropriation de l'information accessibles à tous, en veillant à la libre circulation des savoirs. Nous y croyons et nous nous battons pour cela.

À dire vrai, nous sommes probablement celles et ceux qui apprécions le plus nos bibliothèques. Et qu'aimons-nous encore plus que ces dernières ? Les gens. Les usagers. La population et les communautés que nous desservons. Car c'est à eux que nous nous adressons. Pour eux que nous faisons tout cela. Et c'est là le point essentiel : remplacer le "J'aime ma bibliothèque" par "la bibliothèque vous aime". Une espèce de révolution copernicienne qui remet une fois de plus l'usager au cœur du système.

C'est là aussi que réside le futur de nos établissements. Pas dans un bâtiment, ni une collection qui ne sont que des outils, pas dans la mise en place d'un service qui n'est qu'une réponse adaptée à un besoin, encore moins -même si elle fait du bien et devient parfois nécessaire- dans la reconnaissance par les usagers de notre travail.

L'avenir des bibliothèques réside dans la réalisation des communautés que nous desservons.

mardi 4 mars 2014

Perception des mobiles par les professionnels en Israël

Parfois il y a de drôles d'études dans les revues professionnelles. Récemment, mon intérêt était attiré par une étude parue dans le volume 75, numéro 2, de mars 2014, de la revue College and Research Libraries et intitulée "Mobile Libraries: Librarians’ and Students’ Perspectives". Quelles perspectives d'usage de terminaux mobiles en bibliothèques ? Mais en réalité, il en allait légèrement autrement.

L'article explique donc : 

Cette étude, fondée sur le modèle d'acceptation technologique (TAM), vise à déterminer si les bibliothécaires et les étudiants en SIB sont familiers avec les innovations technologiques les plus récentes et s'ils sont prêts à les accepter. La recherche a été menée en Israël au cours des premier et second semestres de l'année scolaire 2012 et a examiné deux populations : les bibliothécaires et les étudiants en bibliothéconomie. Les chercheurs ont utilisé deux questionnaires pour recueillir des données : un questionnaire détaillé individuel, et un questionnaire sur la technologie mobile. Dans l'ensemble, l'étude a croisé les deux variables de base du TAM (les perceptions sur la facilité d'utilisation et sur l'utilité), avec le degré de familiarité avec l'innovation, pour prédire si bibliothécaires et étudiants avaient l'intention d'utiliser des services mobiles dans leurs bibliothèques.

L'idée est donc d'interroger et analyser la perception qu'ont les professionnels (et les professionnels en devenir puisque sont interrogés les étudiants également) des technologies mobiles et, par extension, la représentation qu'ils peuvent se faire de services sur mobiles. Pourquoi pas.

Pour ce faire, l'étude se base sur le TAM, un modèle développé en 1989 par un certain Davis dans le but d'analyser les facteurs qui influencent l'acceptation de l'informatique par les usagers. Il repose sur deux éléments clefs : l'utilité perçue de l'objet d'une part et d'autre part la facilité de prise en main perçue. En gros, si les perceptions sont positives, les usagers vont avoir tendance à continuer à utiliser l'objet en question. Cette grille aurait déjà été utilisée en bibliothèque pour lire la perception de bibliothèques numériques par les usagers. L'autre perspective adoptée par l'étude concerne le degré de familiarité personnelle envers l'innovation (personal innovativeness). Ici, il s'agira d'étudier si les sujets ont plus ou moins de facilité à utiliser de nouvelles technologies de l'information.

Leurs hypothèses présupposent que, je résume, les étudiants ont une meilleure perception des terminaux mobiles que les bibliothécaires en poste et seront donc plus à même de proposer des services mobiles. Une hypothèse est également que le fait de posséder un smartphone influe sur la perception des services qu'on peut mettre en place.

Les réponses aux questionnaires envoyés (à des professionnels et étudiants israëliens, en 2012) montrent que les étudiants utilisent et développent donc de meilleures perceptions que les professionnels envers les terminaux mobiles. Et, du coup, ils sont plus enclin à utiliser ce genre de terminaux -i.e. de mettre en place des services adaptés à des mobiles- dans leurs établissements. L'étude explique de manière un peu rapide à mon sens -et mon expérience de formateur m'a parfois démontré le contraire- que les professionnels préféraient continuer à utiliser des environnements connus plutôt que d'investir des terrains nouveaux et non maîtrisés. Cela corrobore d'autres études qui soulignent que les étudiants montreraient plus d'intérêts à interagir avec fournisseurs de données et usagers via mobiles. En revanche, l'étude ne montre aucune plus grande ouverture personnelle à de nouvelles technologies de la part des étudiants. 

D'autres conclusions viennent ensuite étayer le modèle TAM en soulignant qu'une utilisation bénéficiaire augmentait les chances d'utiliser le terminal mobile dans son établissement. Cela signifie qu'il faut faire attention à l'utilisabilité des interfaces pour en faciliter l'appropriation par les usagers. Et, bien sûr, la perception d'un outil étant lié à son utilisation réelle, les détenteurs d'un smartphone sont plus à même de les utiliser d'un point de vue professionnel également. 

Et ?

Et rien. J'ai l'impression que l'étude enfonce des portes ouvertes. Certes avec des données pour les justifier mais quand même. J'aurai préféré qu'elle se penche sur l'usage effectif de services mobiles et sur les représentations ou les perceptions générées, mais bon. Peut-être dans un prochain article.

jeudi 20 février 2014

7 usages de Pinterest en bibliothèque

Vous avez déjà entendu parler de Pinterest. Ce réseau social qui épingle sur un mur virtuel des images, photos et autres liens participe pleinement de l'émergence de ce qu'on appelle le Visual Web au même titre que d'autres outils de partage de photos comme Snapchat, Instagram, voire dans une certaine mesure Tumblr.

L'an dernier, des études américaines révélaient que s'il y avait plus d'usagers sur les réseaux sociaux généralistes (Facebook, Google+, Twitter), ces derniers restaient plus longtemps en moyenne sur Pinterest que sur les autres et récemment, le Journal du Net annoçait que Pinterest était sur le point de doubler Facebook en revenu par visite apportée. Selon Shareaholic, le réseau aurait bénéficié d'une augmentation de trafic de 4% sur la deuxième moitié de 2013 et Pew Research précise même que 21% des adultes américains fréquentait ce réseaux contre seulement 18% pour Twitter.

Comme l'explique Arnaud Mercier dans son étude "Pinterest pour s’insérer dans l’écosystème du partage social et du flux d’informations", 

Maintenant que de nombreux outils de partage social sont accessibles (mais d’autres vont être créés à coup sûr) et que leur usage s’est largement imposé, on commence à entrer dans l’ère non de l’appropriation d’un réseau plutôt qu’un autre, mais bien dans une problématique de recherche des points d’équilibre et de complémentarité. Quel modèle mixte pour nos usages des réseaux sociaux, que l’on soit particulier, média d’information, institution publique, entreprise ou marque ? Le succès foudroyant qu’a connu Pinterest en Amérique du Nord depuis l’été 2011 prouve qu’il vient combler un vide, d’une façon ou d’une autre, et cela tourne forcément autour du visuel, de l’image.

Et cela ne touche pas que les anglo-saxons : l'entreprise a même créé un compte twitter dédié au public français.

Si on revient sur les principaux usages faits de la plateforme, en plus d'un outils de valorisation d'une marque (avec tout ce qui va autour comme la gestion de l'image de la marque, la mise en œuvre d'e-commerce ou les relations avec les clients), on remarque qu'il s'agit surtout pour les internautes de partager des centres d'intérêts, de rêver en partageant des paysages ou lieux de voyages, voire de partager une humeur, un message à travers la publication d'images humoristiques ou de citations. Plus rarement, on observe des tableaux de tutoriels ou de savoirs-faire. (cf.)

Alors, comment les bibliothèques peuvent-elles s'emparer de cet outil ? 

En parcourant les billets recensant les établissements sur Pinterest, et d'autres sur l'usage institutionnel du réseau, il me semble qu'on peut lister les principaux usages suivants :

1) Créer des tableaux de recommandations

A Montréal, la section jeunesse de la bibliothèque Réginald Dawson propose, parmi ses multiples collections, une série de conseils de lecture présentant des ouvrages, surtout une fois qu'on a dévoré une saga (que lire après..?). Dans le même ordre d'idée, la bibliothèque de Gif sur Yvette proposait ainsi une collection de BD intitulée "le choix du bibliothécaire". 

C'est surtout l'occasion pour les établissements de mettre en valeur des ouvrages et de valoriser parcours et bibliographies, disco et autres filmographies visuelles autour d'un thème, d'un genre, d'un auteur, d'un prix littéraire, d'une tranche d'âge

Il ne s'agit pas alors de proposer des titres seuls. Il est possible de les contextualiser, de les enrichir et de les commenter. En effet, les titres épinglés peuvent être accompagnés d'informations, de descriptions, de la côte du document afin de ne pas laisser l'image seule, sans médiation. C'est le cas par exemple à la bibliothèque d'HEC. A minima, comme au SCD de Brest, on peut renvoyer vers la notice dans le catalogue.  

2. Rendre visible les collections numériques

Il s'agit ici de profiter de ces affichages pour redonner un espace à des collections numériques qui n'en ont pas, par définition.

De facto, toute ressource numérique se voit concernée, qu'il s'agisse d'applications jeunesse à la bibliothèque de Mont-Royal au Québec ou musicales comme à Dôle. Aux Ulis, c'est une sélection de jeux flash qui se voit ainsi proposée au sein d'un même tableau tandis que la bibliothèque publique de Fullerton (EU) expose tout ce que les usagers peuvent faire à la bibliothèque dans un tableau sobrement appelé "Library resources" et qui liste la consultation de livres électroniques, l'apprentissage d'une langue en ligne aux côtés du renouvellement de passeport ou de la recherche d'informations concernant les entreprises locales.

Pour revenir aux livres électroniques, des établissements se servent de leur compte pour mettre en avant les couvertures des titres qu'ils proposent au format électronique, comme à la bibliothèque de l'Insa de Toulouse. Les Ulis proposent également une collection livres électroniques jeunesse qui parlent plutôt d'applications littéraires. 

3. Présenter l'établissement et ses agents

On vient de voir qu'on pouvait présenter les ressources de la bibliothèque. Au-delà, il s'agit également de s'attarder sur l'institution elle-même. Ainsi, à Pantin, comme à Cergy, on retrouve des tableaux censés présenter les bibliothèques du réseau. La bibliothèque des Sciences de l'Antiquité de l'Université de Lille3, très active sur les réseaux sociaux, évoque également l'Université dans laquelle elle s'inscrit (hier, aujourd'hui et demain) tandis qu'un autre tableau liste, quant à lui, les avatars numériques de l'établissement à savoir ses comptes wordpress, scoop it, delicious, zotero, twitter ou le site internet de la BSA. 

L'occasion également de présenter les équipes qui travaillent derrière les banques de prêts ou en back-office, d'évoquer le travail réalisé et d'affirmer le dynamisme de l'institution comme à Fullerton. Une idée reprise par la revue espagnole, El profesional de la informacion, qui évoque les activités de ses membres dans un tableau ou encore par l'American library association qui regroupe l'ensemble de ses présidences sous une même collection (hey, il y avait Melvil Dewey en 1890 puis en 1892 !). Il est intéressant incidemment de noter que les présidents hommes ont dominé l'association jusqu'à la guerre grosso modo, puis que les femmes ont progressivement pris le dessus jusqu'à devenir majoritaires à partir des années 1980. 

4. Valoriser des collections patrimoniales

On a déjà parlé des bibliothèques qui épinglaient certaines collections de photographies patrimoniales sur Pinterest. C'est le cas également des bibliothèques de Toronto qui valorisent les collections patrimoniales à travers des collections autour de l'histoire du bâtiment par exemple. La BSA encore propose des images patrimoniales. Toronto va jusqu'à vendre des cartes postales issues de ses collections afin de renforcer ses ressources propres.

Dans le même ordre d'idée, je ne voudrais pas passer à côté de la collection "Bibliothèques numériques" publié par l'American library association sur son tableau de bord. Chaque semaine, depuis 2007, une bibliothèque numérique, ou plus précisément une collection numérique, est ainsi ajoutée à la liste valorisant ainsi dans un même mouvement les fonds et le travail de médiation des collègues. 

On pourrait aller plus loin en évoquant l'extraordinaire travail de Gallica autour de cet outil comme autour d'autres réseaux sociaux. Cette équipe est vraiment impressionnante d'idées et de dynamisme et il convient de les féliciter chaleureusement. 

Gallica, donc, propose donc plusieurs collections thématiques valorisant l'ensemble de ses fonds patrimoniaux et rassemblant des documents jeunesse, des maquettes, des collections autour d'un auteur, d'un thème, mais ne s'arrête pas là. Elle va plus loin encore dans la médiation en essayant de dépasser le simple signalement et de proposer une mise en scène plus ou moins décalée : il s'agit alors de comparer les photos en un avant/après ou d'adopter un ton résolument humoristique en comparant des portraits de célébrités avec d'autres de son fonds de photographies. Ces sosies apportent ainsi une touche rafraichissante et suffisamment surprenante pour attirer les usagers dans la découverte des fonds. 

5. Les services

Les collègues n'utilisent pas uniquement cette plateforme pour mettre en valeur leurs fonds. Il peut s'agir également d'annoncer des événements (des animations à Bagnolet), d'accompagner des animations (comme un blind test à Dôle) ou de valoriser des services. Dans cette dernière optique, par exemple, l'ALA publie les réponses apportées aux questions posées via le service Ask the ALA.

Plus habituel, l'accompagnement d'événements physiques. Pantin renvoie vers des bibliographies proposées à l'occasion de leurs cafés philo. La bibliothèque de Darien (EU) valorise le travail des auteurs qu'elle reçoit en rencontres avec les usagers.  Dans les bibliothèques d'Athis-Mons, il s'agit d'accompagner une expo photos et de mettre en avant les lauréats. À Toronto, on détourne la fonction voyage  pour vous aider à préparer votre prochain séjour à Paris ou à New-York.

A ma grande surprise, finalement, peu d'usages pédagogiques. Il me semblait en effet qu'il pouvait y avoir là un moyen pratique et rapide de présenter des guides, des vidéos de tutoriels, de conférences ou des images. Certaines bibliothèques américaines cependant en proposent comme la FSU Law Library qui propose un tableau "guides de recherches" ou la bibliothèque publique de Fullerton qui rassemble des tutoriels, des "How to", dans un même espace.

6. Impliquer les usagers

Comme tout réseau social, il s'agit là de partage. Et qui dit partage, dit possibilité d'aimer une photo, de la commenter, de la republier sur son propre tableau de bord ou via un autre réseau social.

Si l'on considère les collections présentées, on retrouve ainsi une façon de mettre en avant ses lecteurs via une collection spécifique (gente leyendo el EPI). La bibliothèque de l'INSA Toulouse dans le même ordre d'idée publie une collection signalant "le choix des enseignants" et s'adresse directement à ses usagers à travers un compte-rendu d'une enquête de satisfaction menée en interne. 

Il peut s'agir simplement de valoriser les lectures des usagers, par le biais d'une collections éponyme "what are you reading" à Toronto ou en mettant en valeur les échanges d'un cercle de lecteurs aux Ulis ou à Pantin. Et pour les fans d'une série, proposer des panneaux entièrement dédiés à cette série (ex : Hunger Games). 

Enfin, proposer aux auteurs en auto-édition de valoriser leurs écrits via un panneau réservé à cet effet comme à la bibliothèque de Mont-Royal.

Toronto va plus loin encore puisqu'il se propose d'organiser un concours de photos ensuite publiées dans une collection propre : il s'agissait d'emmener une image avec soi en vacances puis de prendre une photo d'elle sur le lieu de villégiature.  Des collections où les usagers sont acteurs ont ainsi toutes les chances de favoriser l'appropriation de l'outil par les publics. 

C'est enfin, proposer des collections d'images qui ne concernent plus la bibliothèques mais directement le lecteur : les sorties cinémas aux Ulis, les instruments de musique à la bibliothèque musicale Arlette Sweetman,un fact-checking autour d'élections à la BU de Murray aux États-Unis.

7. Des collections à usage professionnel

Je terminerai par des usages strictement professionnels. Comme toute plateforme de valorisation, il serait dommage de ne pas profiter de Pinterest pour agréger une veille professionnelle spécifique, surtout si vous travaillez dans des domaines visuels comme la communication ou l'aménagement des espaces par exemple (library design).

Au-delà, et d'une manière un peu décalée, les tableaux abondent qui abordent la représentation du bibliothécaire à travers la production de goodies nous signale le BDP de Pierres Vives, des questions autour de la littéracie et de la formation des usagers ou simplement les images au cinéma ou dans la culture pop.


Pour finir, n'hésitez pas à consulter ce tableau sur l'usage de Pinterest en bibliothèque proposé par la bibliothèque de l'Université de Murray (avec le complet diaporama de Joe Murphy, ou encore ce poster de l'ACRL).

Quelques bibliothèques sur Pinterest

En lecture publique :

Dans l'enseignement supérieur :

bibliothèques spécialisées : 

à l'étranger :

Canada

États-Unis

Angleterre

Amérique latine

  • Pour les bibliothèques latino-américaines, le chercheur Nicolas Tripaldi a publié un rapport sur la plateforme ePrints :  BIBLIOTECAS DE IBEROAMERICA EN PINTEREST (pdf) où il analyse le ou les comptes de 394 établissements (304 espagnols, 18 brésiliens, 17 portugais, 15 argentins, 13 mexicains, 6 colombiens, 5 chiliens, 4 portoricains, 3 urugayens, 3 vénézuéliens, 2 péruviens, 2 dominicains, 1 salvadorien et 1 hondurien)

dimanche 16 février 2014

Tous à poil se termine en débandade

Les organismes à réagir suite aux appels à pressions contre les bibliothèques furent nombreux. Au communiqué du Ministère de la Culture, à celui de l'Association des bibliothécaires de France, se sont joints d'autres organismes professionnels comme l'Interassociative Archives Bibliothèques Documentation qui regroupe une quinzaine d'associations dont l'Association des archives de France, l'Association des directeurs des bibliothèques municipales et intercommunales des grandes villes de France, celle des personnels de direction des bibliothèques universitaires ou la Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale. L'Association de coopération des professionnels de l’information musicale s'est également engagée.

Plus largement, après la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, les éditeurs à travers le groupe jeunesse du Syndicat national de l'édition, ont pris la parole à leur tour. Enfin, réagissant avec humour, et à l'appel de Martin Vidberg, de nombreux dessinateurs et illustrateurs se sont mis à poils vendredi dernier ( à consulter via le hashtag  #tousàpoil sur Facebook) achevant d'enfoncer dans le ridicule un Jean-François Copé étonnement buté (lire l'article d'arrêt sur image à ce propos). 

PHOTO D.R - Midi libre

Qu'on le dise une bonne fois pour toute, de pressions il n'y en a guère eu, ou si peu. L'appel à la ruée dans les bibliothèques ou à l'envoi massif de courriels aux maires et aux établissements a fait long feu. En soi, ce n'est guère surprenant. Mais la question n'est pas là, peu importe leur réalité, le simple fait d'un appel à pressions, d'une liste de bibliothèques dites "dangereuses" nous impose, en tant que professionnels, comme l'a si bien fait l'AbF, de prendre position pour rappeler notre vocation démocratique.

Alors voilà. Une saine levée de boucliers d'une part et d'autre part... une terrible reculade de la part du Ministère de l'Éducation nationale.

Il y a quelques jours, Médiapart nous apprenait que le terme "genre", devenu trop sulfureux, faisait l'objet d'une véritable chasse aux sorcières et avait été retiré des rapports, manuels, livres ou discours des Ministères, de tous documents officiels ou pédagogiques visant à lutter contre les discriminations hommes-femmes, au prix parfois de longues et pénibles périphrases. Dans le même temps, des conférences se sont vu annulées dans les collèges et la parution d'ouvrages pédagogiques pour accompagner les enseignants, retardés.  La journaliste précise :

Abandonner un concept qui irrigue des disciplines aussi différentes que l’histoire, la philosophie, la sociologie ou même la biologie relève bien d’une très grave défaite idéologique et donc d’une défaite politique.

Une victoire incompréhensiblement accordée aux tenants de la Manif pour tous.

Mais le Ministère n'en est pas à une reculade près : voilà que, selon le Lab d'Europe1, à la faveur d'une refonte du site ABCD de l'égalité : des ressources pour l'égalité entre les filles et les garçons, la bibliographie jeunesse incriminée par les sites extrémistes et montrée du doigt par M.Copé n'est plus qu'une "ressource complémentaire"indicative et non une "activité pédagogique" recommandée aux enseignants. Plus précisément, la rubrique "activités pédagogiques" s'est vue renommée en "ressources complémentaires" parmi lesquelles se trouvent plusieurs sous-rubriques dont les "activités et outils pédagogiques" ou  la "littérature de jeunesse". C'est dans cette dernière sous-rubrique que se retrouve désormais déclassée notre bibliographie. L'article souligne également :

L'introduction elle-aussi a changé, avec un choix des mots très précis pour prendre des distances avec ces ressources complémentaires. Elles peuvent être désormais "consultées par les enseignants" et non "à utiliser en classe". Elles ne sont plus "sélectionnées" sur le web mais "recensées".

En soi, le changement est subtil mais il a son importance et apparaît plus que maladroit dans le contexte tendu actuel. On ne peut s'empêcher de penser à une énième reculade gouvernementale, probablement sous couvert d'apaisement ou "pour avancer sur l'essentiel" mais n'est-ce pas plutôt s'effrayer à la moindre fumée, donner à penser aux réactionnaires de tous poils justement qu'ils ont raison de s'agiter et les encourager à continuer ?

mercredi 12 février 2014

Nouveau coup de semonce contre les bibliothèques

Voilà une semaine que, derrière l'excuse de discussions autour du genre, plusieurs mouvements politiques et para-politiques se sont subitement rappelés qu'il existaient des bibliothèques. Je reste vague, mais il est ici hors de question de faire de la publicité à ces sites ou d'augmenter leur trafic internet. En soi, c'eut pu être une bonne chose s'il ne s'était agi de dénoncer la présence d'ouvrages dans les fonds des établissements dont les titres proviennent d'une bibliographie sur la "Littérature de jeunesse pour l’égalité [femme-homme] : Ouvrages pour le premier degré" proposée par le SNUipp-FSU 79.

Ce n'est guère une surprise. Régulièrement, les bibliothèques sont la cible de ce genre d'attaque, de mouvements d'opinions qui demandent la suppression d'ouvrages dans les bibliothèques, notamment et surtout pour la jeunesse, dans un ensemble apparemment parfaitement rodé : articles de presse, campagnes d’associations familiales catholiques traditionalistes, fausses indignations politiques... Rapide historique :

  • 1985 :  Marie-Claude Monchaux dénonce dans le pamphlet "Écrits pour nuire" un prétendu complot des éditeurs et bibliothécaires pour corrompre l'innocente jeunesse. Cela aboutit à la création d'une commission de contrôle des bibliothèques à la mairie de Paris (pour deux ans) sous la houlette de l'élue RPR Solange Marchal.
  • 1995 : le FN est élu à Orange, Marignane, Toulon. Dans les deux premières villes, sanctions sur les livres et la presse, refus d’achat de certains titres et acquisitions d'autres titres de presse notamment obligatoires). Les bibliothécaires qui essaient de résister pour défendre le pluralisme et le respect de l’éthique républicaine sont soumis à "des humiliations publiques, à des menaces physiques, à des pressions psychologiques [voire] peuvent se retrouver déplacés ou démis de leurs fonctions" (cas de bibliothécaires déplacés aux pompes funèbres municipales à Orange par exemple. (source ; témoignage de la directrice à l'époque de la BM d'Orange)
  • 1997 : le FN est élu à Vitrolles. D'abord la municipalité n'ose rien faire sinon gagner du temps en ne signant pas les bons de commandes. Puis elle prétend mettre en place un "comité de lecture pour plus de démocratie" (sic) chargé de contrôler les acquisitions. Réactions des associations locales, professionnelles. La DAC démissionne (est poussée à ?).
  • 1998 : article de Solange Marchal dans Santé Magazine, « Des livres qui font mal », et  multiples actions de l’ "Association pour les droits de la vie" et ses "Relais pour la vie", association familiale catholique intégriste présidée par Christine Boutin (qui n'hésitait pas d'ailleurs à amalgamer homosexualité et pédophilie). Les adhérents sont invités à envoyer aux responsables – d’écoles, de bibliothèques, de villes, etc. – des lettres individuelles et circonstanciées, dont le modèle et le contenu sont fournis, dénonçant certains livres, essentiellement ceux publiés par L’École des loisirs. Une fois de plus, il s'agit de démontrer que la littérature de jeunesse abrite un vaste complot organisé pour pervertir et démoraliser la jeunesse d’aujourd’hui.
  • 2005 :  la pédiatre Edwige Antier, par ailleurs conseillère municipale de la ville de Paris, s'inquiète des conséquences de la lecture de certains livres sur le développement des enfants, à propos notamment de l'album jeunesse «Jean a deux mamans» comme véhiculant "des antivaleurs" (j'en parlais déjà à l'époque).
  • 2013 : Les anti-égalités menés par le Printemps français et Béatrice Bourges profitent probablement de l'imminence des élections municipales pour faire pression sur les maires et les inciter à retirer des ouvrages promouvant la soit-disant "théorie du genre". Des bibliothèques (Rennes, Neuilly, Versailles...) reçoivent des messages agressifs. La ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, publie un communiqué dans lequel elle condamne ces allégations et affirme son soutien aux bibliothécaires.

À chaque fois, les professionnels se sont dressés contre ces mouvements. C'est encore le cas aujourd'hui pour les auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, ou pour l'Association des bibliothécaires de France qui vient de publier un communiqué condamnant la pression exercée sur les bibliothèques publiques. Il ne s'agit alors pas tant de réagir aux agressions subies par certains établissements -même si c'est bien sûr aussi le cas- que de se placer en amont et de réaffirmer les valeurs démocratiques qui sous-tendent le travail de professionnels où la constitution de collections répondant à des critères d’objectivité, d’impartialité, de pluralité d’opinion, l'absence de censure aucune, a pour objectif d'offrir aux usagers l’ensemble des éléments nécessaires à sa compréhension autonome des débats publics et de l’actualité. J'insiste sur le terme de professionnels des bibliothèques puisque les nécessaires choix opérés le sont dans les établissements en fonction d'une politique et donc d'une charte documentaire élaborée intellectuellement, construite scientifiquement et validée. 

La commission Légothèque de l'AbF, à laquelle j'appartiens, l'affirme encore quand elle écrit dans son à-propos :

Si le monde est un « espace en crise », pour reprendre l’expression de Michèle Petit , non pas uniquement d’un point de vue économique mais également en fonction de l’accélération des transformations sociales, l’accroissement des disparités et des inégalités culturelles et sociales, il nous semble que la bibliothèque se doit de lui opposer un espace d’opportunités, favorisant la rencontre de l’autre en soi et facilitant la construction ou la reconstruction de l’individu.

(...) Accompagner l’expression des minorités doit permettre également de lutter contre les stéréotypes en favorisant des rencontres et, sinon créer des prises de consciences, du moins faciliter la prise en compte de la différence. L’enjeu devient de mettre en exergue les minorités afin de créer la surprise, de proposer tours et détours aux rencontres inattendues et d’encourager le dialogue.

Mais le communiqué de l'AbF ne s'arrête pas là. Il souligne également l'implication des politiques dont certains projets en faveur d'une même diversité sur leur territoires, du moins à l'écoute, rejoint les préoccupations des professionnels et l'action d'usagers et des publics qui participent également de la construction de cette offre pluraliste en faveur de l'égalité.

Notons à ce sujet que l'ouvrage "Tous à poil" maladroitement vilipendé par M. Copé ces derniers jours, proviendrait d'une bibliographie initialement proposée par une association ardéchoise par puis reprise nationalement, mais surtout "unique en son genre par sa méthodologie, puisqu'elle a été établie par les familles qui ont plébiscité leurs titres préférés, en ont défini l'organisation par chapitres (identité ; des mamans et des papas ; la claque aux clichés…) et en ont rédigé les notices" (source).

Si maintenant les familles elles-mêmes suggèrent des titres pour l'égalité entre les femmes et les hommes alors...

lundi 16 septembre 2013

Améliorer la participation avec les univers virtuels ?

Birmingham, suite et fin.

Un dernier billet à propos de la récente bibliothèque de Birmingham. Cette tentative de recréer la bibliothèque sur Second Life m'a pas mal intrigué et j'ai contacté la bibliothèque afin d'en savoir plus. Il s'agissait alors essentiellement de savoir si les objectifs de participation étaient effectivement atteints ou s'ils étaient finalement restés un vœu pieu. L'idée initiale, je le rappelle, était d'impliquer les usagers dans l'agencement de la bibliothèque par le biais d'un certain nombre d'outils de consultation pour permettre aux usagers d'interagir avec la représentation virtuelle et, partant, de renseigner les professionnels sur leurs besoins. Les usagers avaient donc à leur disposition :

  • Un espace d'enquête (les podiums sur l'image renvoie à des sondages)
  • Des possibilité de sélection des matières et des décors (les layouts)
  • Une visite virtuelle guidée
  • Une visite automatique guidée sur un livre volant
  • Des icônes informationnelles
  • Une possibilité de laisser des notes avec des smileys (sourire / triste) : les usagers pouvaient laisser des commentaires que d'autres visiteurs pouvaient approuver (ajout d'un smiley souriant) ou infirmer (ajout d'un smiley triste).

Toutes les données étaient bien sûr enregistrées et accessibles par l'équipe projet sur internet.

De leur côté, les bibliothécaires avaient la main sur un certain nombre de données, pouvant corriger des éléments, changer le mobilier, les textures... La société Daden avait même créé un hall d'exposition où ces mobiliers étaient entreposés et où les professionnels pouvaient faire des essais d'aménagement. 

Cette bibliothèque virtuelle était ensuite mise à disposition des usagers, l'adresse étant largement communiquée sur les documents physiques et virtuels de la bibliothèque, et des sessions de démonstration et de formation étaient organisées en présentiel dans les différentes bibliothèques du réseau. En moyenne, ces sessions rassemblaient entre 40 et 50 usagers. L'occasion de toucher rapidement et simplement beaucoup de monde.

Quel usage réel de la représentation 3D ?

En fait, d'après les retours, il n'y a pas eu de fréquentation massive de la représentation 3D de la bibliothèque. Ce n'est pas une surprise : ces constructions virtuelles exigeaient au préalable une bonne connaissance de Second Life à défaut d'un réel intérêt. Avoir un ordinateur suffisamment puissant, télécharger le logiciel, se créer un avatar, apprendre à s'orienter.. autant de contraintes à maîtriser pour quelqu'un qui n'a pas forcément plus d'intérêt que cela dans le projet. Les développeurs expliquent donc que malgré tous leurs efforts, ils n'ont pas récolté autant de données qu'espérées.

Ce qui a bien marché en revanche étaient les sessions de démonstration proposées dans les différentes annexes de la bibliothèque, mais également dans les écoles et au cours d'événements culturels. Des avatars étaient alors à la disposition des particuliers, et ces derniers pouvaient évoluer, explorer et commenter... accompagnés d'un bibliothécaire. Ces évolutions étaient projetées sur grand écran, ce qui permettait à d'autres usagers de découvrir les lieux sans se forcer à entrer dans le monde virtuel.On ne soulignera jamais assez la nécessité de l'accompagnement dans ce genre de projet.

Quel intérêt alors à une représentation 3D ?

Aucun bénéfice pour cette expérience ? Nos collègues ne diraient -évidemment- pas cela. De manière complètement inattendue, les vrais bénéfices de l'opération sont venus de l'utilisation quasi quotidienne de la représentation 3D par l'équipe projet au cours de ces derniers deux ans et demi. Ça lui a permis de prendre les mesures du futur établissement et donc d'essayer plusieurs agencements possibles. Incidemment, les flux de circulations ont été revus, comme les endroits où les gens passaient plus de temps, observaient la vue,et les fonctionnalités de certaines pièce redéfinies.

Même les fournisseurs en ont profité pour discuter avec les bibliothécaires afin d'envisager les meilleurs emplacements, ce tant pour le mobilier que pour la signalétique ou l'emplacement des bornes wifi. Cet usage n'était absolument pas prévu initialement mais au final fort bienvenu par l'ensemble des membres du projet. Les réunions entre constructeurs, fournisseurs et professionnels se sont d'ailleurs organisées directement dans Second Life, sur les lieux même des discussions (et avec cet autre avantage de réduire les coûts de déplacement pour les personnes concernées).  

Une panacée ?

Bien sûr que non. Au niveau de la représentation virtuelle du bâtiment, il y a quand même quelques manques, dont les espaces internes. John Marsh, le chef projet à la bibliothèque de Birmingham explique ainsi :

the trick that was missed was that we only built the public part of the building. If we knew then what we know now, we could have put all the back office in, so now staff wouldn't be wandering around looking for their desk or even how to get out of the building - so they could understand where all their own facilities were as well as the public ones !

Question projet donc, pas vraiment de participation intensive des usagers, hors des présentations par l'équipe projet.

La dernière contrainte, et non la moindre, est l'emploi de la plateforme Second Life, qui en soi, ne décolle pas et rencontre de gros problèmes d'utilisation et de fréquentation. En 3 ans, depuis le début du projet donc, SL n'a pas vraiment évolué (sauf pour l'apport du MESH qui améliore la qualité de la représentation) ni franchement amélioré sa prise en main ou son utilisabilité. L'entreprise Daden ne travaille plus in world d'ailleurs, mais construit tous ses projets sur Unity3D, qui présente en plus l'énorme avantage d'être accessible à partir d'un navigateur ou depuis une tablette, ce qui devrait permettre, espèrent-ils, de renforcer la participation des usagers. Précisons enfin que les constructions résident sur des îles payantes sur SL ce qui a un coût non négligeable. Le Conseil municipal de Birmingham ne devrait pas continuer à louer la sienne d'ailleurs maintenant que la bibliothèque réelle a ouvert. Je vous engage donc à visiter son double virtuel avant la fin du mois si vous souhaitez y jeter un œil.

Vous trouverez plus d'information, et des diaporamas, sur le site de Daden Limited.

lundi 9 septembre 2013

Derrière la bibliothèque de Birmingham

Après l'article élogieux sur la nouvelle bibliothèque de Birmingham, il me semble intéressant de revenir sur d'autres considérations qui sous-tendent cette ouverture. 

Les dimensions sont pharaoniques : une surface de 31.000m² répartie sur pas moins de 10 étages et le projet aurait coûté 189 millions de livres sterlings (soit la bagatelle de 224M d'euros). 400.000 exemplaires en libre-accès (bien plus dans les magasins), 240 ordinateurs, des bornes tactiles placées dans des endroits stratégiques pour accéder aux contenus numériques. Un amphithéâtre de 300 places... D'après the economist, le directeur de la bibliothèque, Brian Gambles, illustre cette impression en expliquant : “We wanted to create a building that shouts out learning and culture.” Dans le billet précédent, j'expliquai de la même façon que l'architecte Francine Houben voulait ouvrir un "palais pour le peuple" (entretien en ligne), mais il me semble que ces notions se rapprochent des tristes "Temple du livre" d'après-guerre, à ceci près qu'en dehors du côté imposant (et potentiellement impressionnant donc rebutant) du bâtiment en soi, les collections se veulent accessibles ou tournées vers l'usager.

L'article de The economist est intitulé : "it's not all about the books". Le journaliste revient sur la multitude des services proposés et surtout sur leur diversité, depuis l'aide à la création d'entreprises aux centres multimédia. Une bibliothèque, c'est aussi un café (en l’occurrence, deux), des espaces de promenades, une boutique... On rejoint le modèle desIdea Store londoniens et de l'OBA d'Amsterdam. Question de praticité aussi, ou de réalisme, puisqu'un bâtiment de cette taille a un besoin impérieux de fonds privés. Dans le modèle anglo-saxon, les établissements dépendent aussi en grande partie du mécénat et des fonds propres. Trouver des sources de revenus est donc essentiel que ce soit par la location des locaux, les recettes des boutiques hébergées, les actions de formation ciblées ou le mécénat d'entreprise. Dans le même ordre d'idée, on se souvient que la prestigieuse bibliothèque de Seattle avait vu ses horaires d'ouverture réduits -voire dû fermer une semaine complète- en 2009-2010 suite à une réduction budgétaire dans un effort de la municipalité de faire face à la crise.

À Birmingham, il y a eut moins d'embauches que prévues, notamment suite à l'automatisation des prêts-retours et les horaires sont moins larges que prévus. Oh pas tant pour cet établissement porte-drapeau pour lequel, si tous les espaces ne sont pas ouverts constamment ou nécessitent une réservation, les horaires demeurent impressionnants : 8h-20h du lundi au vendredi, 9h-17h le samedi et 11h-16h le dimanche soit une moyenne de 73h hebdomadaire !  Les réductions devraient plutôt concerner les autres bibliothèques du réseau (39 annexes) qui voient réduire leurs services, heures d'ouverture et personnel professionnel (au profit de bénévoles...parfois).

Alors non, it's not all about the books. C'est aussi une question de sous bien sûr et dans un pays où les fermetures de bibliothèques font florès, ce n'est pas non plus anodin. Du coup, il est intéressant de se retourner vers le choix d'une super-structure multiservices quand tant d'annexes ferment. C'est un choix budgétaire bien sûr : un établissement figure de proue est censé dynamiser le voisinage à l'instar du très populaire Norfolk & Norwich Millennium, un forum qui propose en plus des services culturels des accès à un restaurant ou une galerie d'art. La bibliothèque attire les usagers et les touristes qui ensuite dépensent dans les commerces alentours.


Un autre article de the economist terminait ainsi : Libraries are not dead—just a little dusty. Et c'est justement le projet de Birmingham que de renouveler l'image et les services de ces établissements. Souvenez-vous du slogan : Rewriting the Book on public libraries. Au singulier, le livre, Book, c'est le modèle. Réécrire le modèle et transformer la bibliothèque.

mardi 7 mai 2013

Histoires de distributeurs automatiques de livres

Je vous signale un article très intéressant sur les distributeurs automatique de livres rédigé par John Geoghegan et paru sur The blog, du Huff Post. Sincèrement, je ne sais pas vraiment quoi penser de ce genre de machines. Elles me paraissent d'une horreur sans nom (comment proposer un livre comme on vend des bonbons ou des cigarettes ?) et, en même temps, permettent à leur façon de diffuser la littérature...

Quoiqu'il en soit, l'article nous informe que le premier distributeur est apparu en Angleterre en 1822, inventée par un certain Richard Carlile. ce libraire, désireux de vendre des titres séditieux comme Le siècle de la raison de Thomas Paine (un traité déiste qui critique notamment la religion institutionnalisée), eut en effet l'idée de créer une machine permettant de distribuer et vendre des titres polémiques tout en évitant au libraire une probable arrestation puisqu'il n'y avait plus de contact entre lui et ses clients. On ne sait pas bien comment le distributeur fonctionnait, mais cela n'a pas empêché les autorités de l'époque de condamner Carlile pour vente de "documents blasphématoires". 

1. Jusqu'au milieu des années '50 : Penguincubator et Book-o-mat

Le Penguincubator

Ce n'est que plus d'un siècle plus tard, en 1937 à Londres selon l'article, qu'est apparu le Penguincubator. Imaginé par le fondateur des éditions Pinguin, Allen Lane, cette machine proposait des ouvrages de littérature classique pour le prix d'un paquet de cigarettes.



A l'époque, vendre de la littérature n'était déjà pas très bien vue et en France, l'arrivée du livre de poche quelques décennies plus tard sera l'enjeu d'un vaste débat de légitimité culturelle (lire ici l’étude que lui a consacré Bertrand Legendre et voir là un reportage au salon du livre de 1964) alors les vendre dans un distributeur automatique. On frôlait l'anarchie, une volonté délibérée de déstabiliser l'industrie du livre. Mais sur le site des édition Pinguin, on trouve cette anecdote concernant la création de la machine : 

De retour d'un week-end où il rendait visite à Agatha Christie dans le Devon, Allen Lane se retrouva dans la gare d'Exeter à la recherche d'une de ses boutiques pour y trouver de quoi lire sur le trajet du retour. Stupéfié par les titres proposés, il décida qu'une fiction contemporaine de bonne qualité devait être accessibles à un prix attractif, non seulement dans les librairies traditionnelles mais également sur les quais de gares, les vendeurs de tabacs ou les chaînes de magasins.

Apparemment, une machine fut ainsi installée près de la gare de Charing Cross à Londres, à la consternation des libraires locaux, mais il faut convenir qu'elle ne fut jamais distribuée à grande échelle et n'eut pas d'impact retentissant sur le marché. 

Le Book-O-Mat

Deux machine portent le nom de Book-o-mat : d'abord, en Juin 1947, la revue Popular Science évoque une nouvelle machine capable de proposer une cinquantaine de livres, vendus un quarter (25 cents). Tandis que deux ans plus tard, c'est la société Rock-Ola Manufacturing Corporation, connue pour ses bandits manchots et autres juke-box qui investit le marché.

2. Aujourd'hui : Novel Idea et Readomatic

Bien sûr, c'est surtout en Asie qu'on trouve aujourd'hui ce genre d'appareil. Une demi-douzaine d'entreprises chinoises ont investi le marché tandis qu'au Japon, un pays où l'on trouve des distributeurs automatiques pour à peu près tout et n'importe quoi, depuis la canette de bière au magasine porno, se vendent des titres de livres et de mangas au format de poches et épais comme des annuaire.

En Occident, une entreprise irlandaise a fait une tentative en installant des Distributeur Novel Idea notamment dans l'aéroport d'Heathrow à Londres, mais fit faillite en 2010.

Mais d'autres distributeurs automatiques ont été remarqués, par le New York Times dans une station de métro barcelonaise en 2008, ou l'année dernière à l'aéroport de Stockholm.

3. Et en bibliothèques ?

Ce genre de distributeurs commence à essaimer... jusque dans les bibliothèques. C'est le cas, aux États-Unis notamment où la bibliothèque publique de Fullerton (dans le réseau des bibliothèques d'Orange County, en Californie) a récemment installé un distributeur automatique (description du projet, en pdf et diaporama) près d'une gare ferroviaire. Bien sûr, il n'est plus question ici de vendre des livres mais bien de les prêter, et les possesseurs d'une carte de bibliothèque peuvent repartir avec l'un des 500 titres de bestsellers de la machine. A rendre ensuite à la bibliothèque locale, donc. 

Outre en Californie (qui accueille des distributeurs de ce genre depuis 2007 à la bibliothèque d'État de Californie et dans quatre autres établissements du réseau), de nombreuses autres bibliothèques se sont équipées de distributeurs de livres. C'est le cas notamment :

En Angleterre :

  • à Warwickshire en Angleterre (mais avec la crise outre-manche et les objectifs annoncé d'améliorations du services et d'usages plus efficace des crédits, cette installation à un goût amère),
  • à la bibliothèque publique d'Edmunton
  • la bibliothèque de Newcastle,

Au Canada :

  • la bibliothèque d'Ottawa
  • la bibliothèque de Toronto l'envisageait un temps

La bibliothèque d'État du Queensland, en Australie, a d'ailleurs publié un rapport sur l'usage de distributeurs de livres en bibliothèques (pdf).

Le rapport explique que ces machines ont trois avantages majeurs :

  1. délivrer des livres à n'importe quelle heure du jour et de la nuit surtout
  2. disséminer la présence de la bibliothèque dans des lieux très fréquentés et donc toucher des non-usagers (dans les centres commerciaux, les aéroports, les cinémas) ou des usagers empêchés (les hôpitaux, les maisons de retraites...)
  3. rendre les services rapidement adaptables (on peut les déplacer rapidement en fonction des besoins ou de l'usage)

En outre, ces machines peuvent servir de plusieurs façons :

  • un distributeur pour le prêt (uniquement) de documents
  • une délivrance différée pour des documents qui n'ont pas à être en accès libre. Certaines machines permettent de stocker des documents et de les prêter comme d'accepter le retour de manière automatisée.
  • Une "annexe" : la bibliothèque est installé dans des quartiers éloignée et sert de point lecture pour les habitants. Les usagers peuvent emprunter les 400 livres proposés, attendre qu'ils soient changés ou faire des réservations via le logiciel intégré. la machine fait des emprunts et des retours. (exemple de la bibliothèque de Shenzhen, en Chine)

4. Vendre et faire découvrir

Le plus souvent, on trouve plutôt des titres de bestsellers dans ces machines. Il s'agit d'attirer le chaland et de proposer des titres susceptibles de vite l'intéresser. Le plus souvent mais pas toujours.

L'an dernier, la "patte de singe", une librairie de Toronto a mis en place une machine appelée BIBLIO-MAT. La nouveauté de ce distributeur réside dans les titres délivrés : en échange de deux dollars canadiens, la machine vous propose deux titres d'occasion choisis aléatoirement. Vous ne pouvez ainsi jamais savoir ce sur quoi vous allez réellement tomber. Un concept qui ferait fureur également dans les bibliothèques :



Cliquez sur l'image pour voir une vidéo.

Pour aller plus loin :

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