Vagabondages

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Bibliothèques - réflexions

Fil des billets - Fil des commentaires

mercredi 21 avril 2010

"Bibliothèques" sur Ning

Ning est un réseau social un peu particulier : cette plateforme de réseaux plus exactement vous permet, en vous ouvrant un compte de créer votre propre réseau social entièrement personnalisé. A vous ensuite d'y ajouter des fonctionnalités de blog, de forums, de partage de photos, de liens, de lier votre profil Ning avec votre compte Twitter pour diffuser toute mise à jour de votre profil etc.

En mars 2007, suite au premier Bibliocamp réunissant une quinzaine de biblioblogueurs à la BPI si je me souviens bien, Willy Ten ouvrit un réseau Ning appelé "Bibliothèques". Ce réseau est aujourd'hui gros de 130 membres, mais il faut concéder qu'il est aujourd'hui dépassé par d'autres outils de communication et réseaux sociaux. Le forum arbore trois messages dans les 09 derniers mois et les derniers billets de blogs datent de 2007. Depuis la fin 2009, nous avons restreint les inscriptions -auparavant libres- à une modération censée bloquer les centaines de spams qui l'inondaient en quasi-permanence.

Dernier coup dans le dos du réseau : Ning vient d'annoncer la fin de la gratuité de ses plateformes. On comprend qu'ils peinent à se trouver un modèle économique rentable -ce que ne parvient pas à combler la publicité- mais je crains que ce coup de Jarnac ne soit un coup de grâce. A partir du 04 mai prochain, une nouvelle offre sera proposée aux utilisateurs, qui ne fera pas d'exception aux réseaux pédagogiques, ou professionnels comme le nôtre. D'ores et déjà, les utlisateurs cherchent de nouvelles solutions et une liste de réseaux gratuits commence à circuler : Wild Apricot Rsitez SocialGo BoonEx, BuddyPress, Elgg, Joomla, JomSocial, Tuiyo, WackWall, Crowdvine, Spruz, SocialEngine, KickApps , SocialCast, The Online Family Center, Google Friend Connect, Huminity, I-Neighbors, MediaWiki, Grou.ps, Webbours, Groupsite, Stribe, Imentor, IgroopsSocialSam, MemberWing, Webs, Neeetz, Mixxt, CircleBuilder, Shutterfly...

Quant à Bibliothèques, je crains que nous ne finissions enfin par le détruire. J'aimerais bien le clore -fermer seulement les inscriptions- et le garder à titre d'archives et de démonstration pour montrer que nous pouvons nous organiser et que cela demeure possible. Peut-être pas avec ce réseau qui pour le coup est bel et bien mort ; et comment en serait-il autrement vu que plus personne n'y va ni ne communique autour. Peut-être avec un autre, sur une autre plateforme, pour répondre à un besoin ponctuel, local, particulier. L'outil est là, à nous de le garder dans un coin de notre esprit pour le cas où. J'aimerais bien le clore donc, mais je n'ai pas trouvé cette fonctionnalité. Je pense donc que, début mai, il sera détruit.

Et en attendant, Bibliobsession nous propose de jeter un oeil sur le réseau Savoir solidaire.

jeudi 15 avril 2010

Usages des QR codes en bibliothèques

Les collègues de l'e-music box, à Limoges, nous proposent cette petite vidéo de présentation des codes barres 2D ou QR codes et de leurs usages en bibliothèques.

Ils listent les usages suivants :

  • Relier les documents aux avis d'autres lecteurs (vers Babelio par exemple) ;
  • Relier les documents vers des extraits musicaux, des bandes annonces, des discographies / filmographies ;
  • Relier un essai vers une présentation en ligne par l'auteur, vers une conférence
  • Renvoi vers la biographie d'un auteur, sa bibliographie
  • Proposer des recommandations de lectures
  • Renvoi aux coups de cœur d'une thématique via un QR code collé sur le rayonnage
  • Aide à la localisation d'ouvrages
  • Promotions d'événements
  • Complément d'informations sur les œuvres dans le cadre d'une exposition
D'autres idées ?

vendredi 2 avril 2010

Les bibliothèques américaines sont moroses

Faire de la veille sur les établissements américains peut être déprimant : chaque jour on découvre de nouvelles fermetures de bibliothèques ou d’annexes.

Quatre ans seulement après avoir reçu un prix pour son architecture, la prestigieuse bibliothèque publique de Seattle annonçait ainsi des fermetures en août dernier pour cause de restrictions budgétaires. Pour ne prendre que quelques exemples, en février, Boston projetait de fermer 8 de ses 10 bibliothèques de quartier et c’est toute une histoire (premiers résultats). Si j’effectue une recherche au grand hasard aujourd’hui même je trouve cette information à propos des bibliothèques publiques de Los Angeles :

At yesterday's City Council meeting, City Librarian Martin Gomez said that although the library is seeing an increase in visitors--17 million people last year--and circulation--18 million items--that the budget could no longer sustain the department's system of 74 libraries and 1132 positions. The library's budget, which is based on a percentage of the city's total budget, is currently $75 million, but it needs $134 million with current expenses.

Et je ne parle même pas des professeurs documentalistes ! Vous me direz, même ainsi ces bibliothèques ouvrent plus que les nôtres, la grande menace à L.A. étant que les établissements n’ouvrent plus que cinq jours par semaine au lieu des sept –et désormais six- actuellement.

Et cela continue : la célèbre bibliothèque de Charlotte Mecklenburg se voyait menacée de fermeture, laissant près de 150 personnes au chômage, les bibliothèques restent finalement ouvertes mais non indemnes :

a 5-20 percent reduction in staff salaries, more than 80 employees will no longer have jobs, library branches will only be open five days per week and only for eight hours per day. In addition, storytimes, classes for job seekers, computer classes, book clubs, teen classes and “other” services will be reduced or cut completely.

Dernier exemple, le très célèbre Alliance Library System dont je n'arrête de vous rabattre les oreilles, vous savez, l’organisation derrière la présence des bibliothèques sur Second Life par exemple et nombre de projets innovants a frôlé la catastrophe. A dire vrai, cela concerne l'ensemble des bibliothèques de l'Illinois menacées d'une sévère coupure de budget (plus de 50%) pour 2010 ! Les professionnels ont alors fait jouer leurs réseaux et un site a vite émergé pour appeler au soutien des bibliothèques par les usagers avec une présence numérique sur Facebook et sur Tweeter, une foire aux question pour informer les usagers, un web-badge de soutien à afficher sur son propre site et surtout un appel de mailing pour faire pression sur le gouverneur. Lancé en août 2009, le site pouvait se targuer début janvier de plus de 22.000 messages de soutiens.



Comme quoi, le réseau est efficace parfois.

lundi 22 mars 2010

Quelles questions pour un service de référence sur mobile ?

C'est le titre d'un preprint, sur EduCause, et intitulé Mobile reference : What are the questions ? Le titre est subtil et légèrement trompeur : cet article aborde en effet non pas tant les questions posées à des services de références sur mobile comme My Info Quest ou Text-a-Librarian, mais bien les question à se poser avant de monter un service de référence en ligne.

Pourquoi un service de référence sur mobile ?

L'auteure,, Joan K. Linpicott, part en effet du constat que la littérature évoquant l'émergence de ces nouveaux services de références aborde tout de suite les questions d'échanges, les questions elles-mêmes et pas suffisamment des aspects plus larges sur le type de service à monter. Elle cherche ainsi à développer plus particulièrement trois aspects qui selon elle demeurent important, à raison, lorsqu'on monte ce genre de projet :

  • quels sont les objectifs globaux du programme ?
  • à quel public s'adresse-t-on ?
  • comment intégrer ce service dans l'environnement institutionnel ?


Source : Flickr

Quels usages ?

L'auteure propose de se demander dans un premier l'usage qu'il est fait des appareils mobiles dans son institution. Les usagers les utilisent-ils beaucoup ? Il convient là de regarder si on a plus particulièrement des usagers de médecine ou scientifiques, s'ils ont entre 18 et 22 ans ou sont plus âgés... De même, l'insitution elle-même propose-t-elle des services par et pour téléphone (cours, alertes, sites, informations...). 

Peu d'institution s'intéressent encore à ce mode de communication, tout en reconnaissant la place majeure que prennent et vont prendre les terminaux mobiles dans l'avenir.Les universités peuvent proposer un large spectre de services depuis l'enregistrement en ligne au conseil ou orientation et les bibliothécaires doivent se tenir en alerte et participer aux éventuels groupes de travail. Cela signifie travailler avec les instances politiques et décisionnelles, cela signifie aussi travailer avec les collègues des départements informatiques, cela signifie enfin travailler avec les équipes pédagogiques qui peuvent être amenées à proposer des ressources, des conseils, un soutien par le mobile à l'étudiant. Imaginez qu'un enseignant demande à un étudiant d'acheter un terminal mobile, ce serait dommage si à partir de son matériel il ne puisse accéder aux ressources numériques de la bibliothèque.

Quelles stratégies adopter ?

Quelles stratégies adopter, quels objectifs pour ouvrir ce genre de service ? Le fait-on parce que nos usagers utilisent déjà des services en ligne ? Le fait-on pour rester à la pointe des nouvelles technologies, le fait-on parce que d'autres bibliothèques le font déjà et qu'on ne veut pas rester derrière ? Rassurez-vous, toutes ces raisons ne sont pas pertinentes. Ces services, comme toute nouvelle offre doit rentrer dans une stratégie globale adaptée à nos publics (quels outils, quels usages, quels comportements). Elle propose alors les objectifs, comme raison potentielles :

Some possible goals for providing services suited for mobile devices include:
• Enhancing the convenience of access to reference services
• Enhancing the convenience of access to basic library and patron information
• Encouraging individuals who generally don’t use the library’s services to access the library
• Supporting a campus-wide or departmental initiative employing mobile devices
• Enhancing the library’s instruction program, both in the classroom and beyond
• Providing e-books and readers to users as an alternative to some print publications
• Delivering easy-to-access key information resources to users in the field
• Providing campus-related, geographically linked content to enrich the campus experience of users
• Becoming a campus resource for educating users about the features and operation of mobile devices
• Raising the profile of the library, its staff, and its services

Si on se place dans une perspective plus large, le service de référence sur mobile va alors venir compléter une offre plus large de façon à s'adapter au mieux aux besoins des usagers et toucher éventuellement des utilisateurs qui ne viendraient pas utiliser les services existants. Mais cela signifie également que les bibliothécaires doivent réfléchir à la disponibilité du service (quels jours, quels horaires ?). Par exemple, dans un contexte universitaire, si les étudiants ont besoin de ce service tard le soir, peut-être serait-il intéressant de former des collègues ou des moniteurs à répondre à ces heures-ci.

Répondre à des questions de références via un téléphone peut pousser aussi les professionnels à se renseigner sur les bases de données, les catalogues accessibles depuis un téléphones pour renseigner au mieux les usagers. Je ne reviendrais pas sur les ressources accessibles par ce biais que l'article détaille, je les évoquais récemment dans le prezi.

Quelle évaluation ?

Proposer de nouveaux services prend du temps et de l'argent. Déterminer si l'investissement en vaut la peine est primordial pour l'établissement. Les technologies changent rapidement. Ne perd-on pas son temps ? Oui et non. La bibliothèque doit savoir proposer une stratégie souple basée sur les besoins réels de ses usagers. L'évaluation de ces derniers est primordiale. Et bien sûr, les services doivent être évalués en fonction des objectifs définis plus haut. Voulait-on toucher des usagers qui n'utilisent pas les services traditionnels ? Il faut trouver l'indicateur qui permettra de mesurer cette donnée.

A l'université de New York, les bibliothécaires ont ainsi menés une analyse sur un an de leur service de référence sur mobile, portant sur 583 transactions et les comparant avec le service traditionnel en présentiel. Ils se sont alors rendu compte que même via des SMS, les usagers voulaient plus qu'une simple réponse factuelle. S'engageait souvent un échange avec le bibliothécaire, un mini dialogue. Ils ont aussi découvert que les usagers se trouvaient parfois à l'intérieur même de la bibliothèque. Certains usagers peuvent se montrer réticent à aller vers un bibliothécaire ou simplement laisser leurs affaires sans surveillance sur place.

Mais il faut noter qu'il est difficile d'évaluer un panel estudiantin, ce dernier changeant complétement et fréquemment. Leur intérêt peut ainsi changer du tout au tout en fonction d'un nouveau service, un nouveau mobile plus puissant et moins cher, une nouvelle mode. Cela signifie qu'il faut essayer, agir, innover. Il faut accepter le risque de se tromper ou de devoir changer d'orientations au bout de deux ans. 

Évaluer les besoins, réfléchir à une politique de service globale, au sein de la bibliothèque et de la tutelle, évaluer l'usage. Rien de fondamentalement neuf pour ce projet si l'objet paraît innovant.

jeudi 4 mars 2010

La médiation numérique

Un billet rapide pour rassembler deux interventions par des experts du domaine. Cette semaine Silvère Mercier a publié un billet sur ce qu'est selon lui -et avec le concours d'autres collègues- la médiation numérique. Il propose la définition suivante :

Tout dispositif technique, éditorial ou interactif mis en œuvre par des professionnels de l’information-documentation favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuit à tout contenu proposé par une bibliothèque à des fins de formation, d’information et de diffusion des savoirs.

Il précise :

Pour moi la médiation numérique n’est donc ni de la communication ni du marketing public au sens strict, mais se situe au cœur des métiers de l’information-documentation, quelque part entre l’accompagnement à la recherche documentaire, la gestion/diffusion de contenus et l’animation de communautés.

Pour compléter cette définition, Lionel Dujol vient de mettre en ligne, sur SlideShare, un diaporama très fourni sur cette même notion de Médiation numérique que je vous engage à consulter et soigneusement archiver. Le diaporama est disponible sous licence By-nd-sa (Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales à l'Identique).

lundi 15 février 2010

Pour une politique nationale des bibliothèques (suédoises)

Vi Alskar Bibliotek "Nous aimons les bibliothèques", en français.

 

Voilà deux ans que l'association des bibliothèques suédoises a lancé une campagne pour renforcer l'implication des politiques dans le financement des bibliothèques publiques, précisant par ailleurs que la Suède est le seul pays nordique a n'avoir pas de politique publique des bibliothèques. Consequently, Swedes do not have access to the full potential to be derived from a world-leading library system, est-il précisé. Cette campagne vise les élections politiques à venir cette année, en 2010, dans la royauté.

Ce qui est recherché à travers notamment une loi sur les bibliothèques serait la mise en œuvre d'un réseau renforcé de bibliothèques à travers l'ensemble du pays. En 2008, l'association s'inquiétait en effet de la fermeture de quelques 400 bibliothèques publiques et de l'absence de personnels qualifiés dans les établissements scolaires, quelle mettait en relation avec la hausse de illettrisme et la chute de fréquentation des bibliothèques ouvertes.

Elle a donc lancé une campagne d'information pour alerter l'opinion publique avec le logo "library lovers" pour appeler à une nouvelle politique des bibliothèques en Suède. Un engagement qui, selon l'association, suit huit directions développées dans une brochure intitulée "Les bibliothèques ont besoin d'amour" :

  1. Définition d'une stratégie nationale des bibliothèques qui expliquerait leur rôle dans la société de la connaissance, notamment autour des axes suivants :
    • La lecture et la compréhension en lecture
    • La démocratie, la liberté d'expression et la liberté d'information
    • La formation permanente, l'accès à la connaissance et le développement personnel
    • La Culture et la cohésion sociale
    • la société de l'innovation
    • A partir de cette définition, des outils d'évaluation des bibliothèques pourront être développé et mis en place.
  2. Établissement d'objectifs nationaux et d'indicateurs de qualité
  3. Lancement d'une campagne de promotion de la lecture et de "développement des langues". Un aspect de cette campagne destinée aux plus jeunes est la mise en place d'un personnel qualifié dans les établissements scolaires.
  4. Améliorer l'accès aux services des bibliothèques, notamment par le biais de campagne de promotion des bibliothèques, de la lecture et par le de subventions (pour toucher plus de groupe, créer de nouveaux services, renforcer le maillage du réseau
  5. Renforcer les infrastructures réseaux pour les services à distances
  6. Développer la Recherche en Sciences des bibliothèques et la formation initiale et continue des personnels
  7. Rendre accessible librement, en open-access, les résultats de cette recherche menée sur des fonds publics
  8. Créer une Agence nationale des bibliothèques chargée entre autres de :
    • surveiller et évaluer les stratégies et objectifs nationaux
    • développer, compiler et analyser les statistiques relatives aux bibliothèques nationales, les critères de qualité et des indicateurs de qualité
    • développer des solutions nationales, telles que les services de bibliothèque numérique, les services Web et autres plateformes technologiques
    • stimuler le développement des bibliothèques
    • engager l'intelligence qualifiée national et international
    • représenter les bibliothèques suédoises sur la scène internationale
    • encourager l'éducation, de formation et de recherche dans le secteur
    • allouer des fonds d'État pour le développement des bibliothèques, la lecture des activités de promotion, etc
Cette politique est espérée au niveau national car elle concerne tous les suédois, mais ne doit pas entrer en conflit avec les autorités locales :

Une politique nationale des bibliothèques peut - et doit - être développée de manière à ce qu'elle n'entre pas en conflit avec l'autonomie gouvernementale locale. L'accroissement de l'engagement national ne devrait pas interférer avec les pouvoirs locaux.Mais une politique nationale des bibliothèques est nécessaire pour s'assurer que les bibliothèques publiques sont utilisées d'une manière qui profite à la fois à l'ensemble de la société et au développement des individus.En termes pratiques, le but est de réduire la faible utilisation des ressources et des pertes d'impact dues au manque actuel de coordination.

Une politique qui porte ses fruits puisque qu'en ces temps électoraux, l'association estime avoir le soutien de nombres de parlementaires qui ont voté mercredi un projet de loi sur la culture. Le gouvernement devrait d'ailleurs proposer la la Bibliothèque royale de coordonner l'ensemble des réflexions et d'élaborer un plan de développement pour les années à venir. Une proposition à établir en étroite relation avec l'association des bibliothèques suédoises et l'ensemble des bibliothèques du réseau.

Avec tout ce qui nous arrive dessus en France, la réorganisation des ministères de la Culture et de l'enseignement supérieur, la disparition des direction de la lecture et sous direction des bibliothèques fondues dans le grand tout, il ne serait peut-être pas inintéressant de proposer un positionnement équivalent en France. Une loi sur les bibliothèques... le serpent de mer.

jeudi 28 janvier 2010

Pyjama party à la Bibliothèque universitaire.

Aux Etats-Unis, les étudiants organisent des raves dans la BU. Voilà qui a de quoi surprendre ou du moins amuser ici-bas. Mais rassurez-vous, les étudiants de l'hexagone ne sont pas en manque d'imagination. Voilà, en effet, découvré-je dans Le Monde, qu'une cinquantaine d'étudiants est venue occuper la BU de Droit de l'université de Nancy ce mardi 26 janvier à 10h30, habillés de pyjamas et armés d'oreillers, édredons et de peluches.

"By torchlight - Day 333 of Project 365" Purplemattfish (image Flickr - licence by-nc-nd)

Ces étudiants appartiendraient au collectif "B.U. by night", une association créée en septembre 2009 qui réclame une ouverture des Bibliothèques Universitaires 24h/24, 7j/7 (ceci dit, le site n'est guère prolixe sur les personnes qui sont derrière cette association). Selon une dépêche AFP l'association ferait état de 300 membres, non vérifiables, mais le groupe Facebook associé en revendique pour l'instant 1 200 avec l'argumentaire suivant :

- Parce que tous les étudiants devraient avoir accès à une bibliothèque quand ils en ont besoin, avec les livres dont ils ont besoin,
- Parce qu'une B.U. c'est aussi un accès gratuit à Internet, indispensable de nos jours et privilégié dans nos études par la mise en ligne des cours, 'Environnement Numérique de Travail..., et que tout le monde ne peut pas se le permettre,
- Parce que notre pays n'est pas à la hauteur dans ce domaine, et que Nancy serait la première ville à tenter une telle expérience,

nous demandons que nos B.U. soient ouvertes 24h/24, 7j/7 !

Durant la matinée, les militants ont donc parcouru les amphithéâtres de la faculté et la BU en distribuant des tracts, "avec le soutien du doyen de la fac", assure Hélène Rossinot citée par l'AFP.

Une action très visible et qui a atteint son but premier : faire connaître les ervendications de l'association. Les réactions d'ailleurs commencent à arriver, pas toujours très positives, de la part de collègues puisqu'on trouve ce genre de commentaire sur le site de l'association :

Visiteur: Je suis bibliothécaire, la BU où je travaille est ouverte jusque 22h, pour 10 pelés, qui utilisent les ordinateurs pour consulter leur page facebook et travaillent la plupart du temps sur leurs propres bouquins!!! On garde les murs, et on dépense un argent fou pour électricité, chauffage, emploi de personnel étudiant etc. pour RIEN. On n'est pas aux USA ici, et surtout, nous n'avons ni les mêmes moyens, ni les mêmes besoins. Et puis, nous sommes des professionnels de la documentation, pas des nounous ni des gardiens de bâtiment. Des ouvertures en soirée sont pratiquées déjà dans plusieurs BU, et on ne peut pas dire que l'utilité soit ébouriffante. Une BU n'est pas une salle de perm...

Sur le forum de l'association sont évoqués également brièvement les personnels qui pourraient ouvrir les locaux ou encore l'idée d'une ouverture plus large le week-end. Autant de questions qui continuent de secouer la profession elle-même et qui a déjà donné lieu par ailleurs à plusieurs rapports de l'Inspection générale.

jeudi 14 janvier 2010

Un domaine public entre parenthèses

Certes, c'est peut-être un peu exagéré comme titre, mais on en est pas loin. Du moins aux États-Unis.

De quoi s'agit-il ? Aux États-Unis, le 1er janvier est le Public domain day : le jour où l'on fête le rôle du domaine public dans nos sociétés et plus précisément l'arrivée de nouveaux titres. Une fête d'ailleurs pas restreinte à la seule Amérique du Nord mais qui a également des retombées ailleurs en Europe comme en Suisse ou en Pologne.

Cette année, des centaines de nouveaux auteurs ont donc rejoint le domaine public, 563 précisément selon l' Open knowledge fondation blog, auteurs dont vous retrouvez la liste complète ici. Cette liste est établie à partir de la date du décès de l'auteur et des 70 ans réglementaires, selon les lois de protection de la propriété intellectuelle de la plupart des pays :

Article L.123-1 du Code de la propriété intellectuelle en France :
« L'auteur jouit, sa vie durant, du droit exclusif d'exploiter son œuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l'auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droit pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent. »

Par comparaison, le durée n'est que de 50 ans au Canada.

C'est donc le cas des ouvrages d'auteurs tels que le poète irlandais William Butler Yeats ou encore le père de la psychanalyse Sigmund Freud tous deux morts en 1939. Précisons que la notion de domaine public n'est pas restreinte à la seule littérature mais concerne toutes les œuvres de l'esprit. Cette année voit ainsi l'entrée des oeuvres d'Alphonse Mucha par exemple.

Aux États-Unis cependant, cette entrée est amère. En effet, lorsque le Congrès a voté la première loi sur le Copyright en 1790, sa durée en était de 14 ans, renouvelable une fois. Puis, jusqu'en 1978, il a été voté que le copyright durait 28 ans à partir de la date de publication, renouvelables une seconde fois 28 ans. L'acte de renouvellement devait être volontaire, ce qui faisait que 85% des copyrights n'étaient pas renouvelés et entraient automatiquement dans le domaine public.

En 1978 entre en vigueur le Copyright Act, voté en 76, qui pousse la durée de protection à 50 ans à partir de la date de décès de l'auteur tandis qu'en 1998 cette échéance est poussée à 70 ans, comme en France, voire, pour des œuvres collectives d'entreprises, à 120 ans après la création ou 95 ans à partir de la publication grâce à la Copyright Term Extension Act (appelée aussi la Mickey Mouse Protection Act en raison du soutien important fourni par la Walt Disney Company). En cinquante ans, la durée de ce copyright américain aura été étendu près de onze fois.

Les collègues et spécialistes outre-atlantique sont donc amers. Avec un zest de masochisme, ils ont vérifié quelles seraient les œuvres tombées dans le domaine public cette année si la loi de 1976 n'avait pas été votée. A l'époque donc, la durée du Copyright était de 28 ans, renouvelable une fois. Mettons que les auteurs et éditeurs aient pensé à faire renouveler leur droit, nous aurions aujourd'hui des œuvres publiées en 1953 telles :

  • Ian Fleming's Casino Royale (premier James Bond)
  • Agatha Christie’s A Pocket Full of Rye
  • Ray Bradbury’s dystopian novel Fahrenheit 451
  • C.S. Lewis’s The Silver Chair (4e livre des Chroniques de Narnia)
  • J.D. Salinger’s Nine Stories
  • James Baldwin’s Go Tell It On the Mountain
ou encore les films :
  • Walt Disney's Peter Pan
  • Byron Haskin's The War of the Worlds

La conclusion est sans appel : 

The effects were culturally catastrophic.  Copyright went from covering very little culture, and only covering it for a 28 year period during which it was commercially available, to covering all of culture, regardless of whether it was available — often for over a century

Ces dernières années, le domaine public semble sombrer peu à peu. De recents changements dans les lois de propriétés intellectuelle l'ont grignoté peu à peu dont des changements sur les domaines couverts par la propriété intellectuelle  (les brevet qui sont étendus au séquençage des gènes par exemple) et les rapports revenant sur la forme numérique du domaine public n'en finissent plus de le mettre à mal.



Cette année, et les prochaines années jusqu'en 2019, aucun titre n'entrera dans le domaine public aux États-Unis. And it's sad...


Voir aussi :

dimanche 10 janvier 2010

Facebook en bibliothèque ?

Avant les vacances, j'ai reçu, au même titre que de nombreux autres collègues, une question me demandant assez largement quels conseils je pouvais donner à une bibliothèque "désirant utiliser Facebook dans le cadre de sa relation avec les usagers".

Voici en substance quelle fut ma réponse :

Quelques éléments de réponse à un question qui est vaste et mériterait précisions : les besoins et les modes d'actions d'une bibliothèque territoriale ne sont pas les mêmes que ceux d'une bibliothèque d'État par exemple. Par ailleurs, en terme de médiation, cette utilisation de Facebook se fera-t-elle au niveau institutionnel, celui d'un service (espace multimédia, musique, jeunesse), d'un thème, ou encore au titre de personnes ressources (le profil d'un bibliothécaire du service de référence, es qualité, par exemple ) ? Ces premières questions sont importantes et auront un impact certain sur l'utilisation de l'outil qu'est Facebook, notamment parce qu'une telle utilisation ne pourra se faire qu'en réponse à un projet.

Pourquoi utiliser Facebook ? Quel est le projet derrière, et à quels objectifs une telle utilisation est censée répondre ? sont à mon sens les premières questions à se poser. En fonction des réponses, du type de médiation envisagé, la bibliothèque mettra en place un mode d'alimentation et de fonctionnement fort différent. Par exemple, plutôt que de créer un profil ou une page (sachant que la page pour une institution est plus appropriée, le profil étant réservé à des personnes ressources par exemple), la bibliothèque peut parfaitement envisager de commencer par créer un groupe autour d'une animation, une collection, ce en concertation avec son public, notamment les ados, et mettre en place cette nouvelle visibilité en commun avec eux en les associant étroitement au projet.

Facebook peut ainsi servir à faire découvrir les collections de la bibliothèque, échanger avec les usagers en amont d'une animation comme en aval pour recueillir les avis, restituer des expériences. Facebook peut être le lieu d'un approfondissement aussi, après l'animation, avec la mise à disponibilité de liens, photos, vidéo ou d'espace d'échange (forum). Autant d'outils qui permettent également d'être présent pendant, d'accompagner l'usager dans son expérience de la bibliothèque.

J'évoque ici des animations mais ce peut être utile également au quotidien, en proposant des informations locales (horaires d'ouvertures et de fermetures), des widgets d'accès aux ressources (catalogues, bases de données), voire un service de renseignements à distance (chat, meebo).

Quels conseils apporter ? Bien définir son projet dans un premier temps, en accord avec sa tutelle, et ensuite proposer plutôt une page institutionnelle pour un établissement. Elles sont faites pour cela. Reste que proposer ce genre de page ne suffit pas : quitte à investir l'espace, autant profiter pleinement des outils mis à disposition. Une bibliothèque ne devrait pas se contenter de se créer un profil Facebook, en soi ce n'a aucun intérêt. L'idéal est de compléter ce profil et les myriades d'onglets en ligne : onglets photos avec des images des animations, de l'équipe, du lieu, onglet vidéos avec des vidéos des ateliers ou des animations, onglet encarts avec des widgets de recherche dans le catalogue, dans les ressources, de chat voire un onglet événements, un onglet forum, pourquoi pas ? J'irai plus loin encore en proposant à la bibliothèque de participer en tant que telle à des groupes pour se fondre dans ceux où se trouvent et se retrouvent les usagers, banaliser sa présence en quelque sorte (certes réservés aux détenteurs d'un profil si je ne m'abuse).

Le dernier conseil serait de communiquer autour de cette présence en ligne : quitte à valoriser l'institution, autant que ce soit su. Il n'est pas gênant d'ajouter une ligne sur les documents de communication de la bibliothèque, il est intéressant de renvoyer vers les photos de l'animation ou celle d'un profil. Dans Facebook même, il n'est pas inutile de participer, montrer sa présence, voire profiter d'un billet pour rappeler qu'on peut faire une recherche à partir du widget idoine.

Je suppose que ma réponse est loin d'être complète et peut porter à commentaires, réflexions et ajouts. Mais il s'agissait surtout de dresser là quelques éléments à gros traits.

mardi 3 novembre 2009

Vocalisation des articles

Je faisais ce matin une recherche dans la base Library Literature and Information Science Full Text proposée par H. W. Wilson. Il s'agit d'une base de données spécialisée en bibliothéconomie qui a le grand avantage de proposer également un accès au texte intégral.

En consultant une notice, mon regard s'est arrêté vers les services proposés :

Outre les fonctionnalités habituelles de citations, d'export, d'impression, de flux RSS, j'ai été grandement intéressé par les fonctionnalités qui touchent au contenu même des articles. Wilson en effet propose une traduction automatique à la volée de l'article, avec tous les problèmes que ça peut poser en terme de fiabilité du traitement automatique et donc de compréhension.

Autre service innovant à mon sens : la lecture audio de l'article. Grâce à un partenariat avec ReadSpeaker (qui propose notamment une version française de leur logiciel), il est en effet proposé aux lecteurs d'écouter la version audio de l'article, avec choix possible entre une voix masculine et une voix féminine. Cette lecture vocalisée, ce fichier audio, est enfin téléchargeable au format MP3 pour pouvoir l'écouter à loisir dans les transports afin de se mettre dans le bain en allant au travail :).

En terme d'accessibilité, je trouve vraiment que c'est un service innovant (quand bien même la société a dix ans d'âge) et complémentaire avec les fonctionnalités propres au navigateur ou à certains sites web qui permettent d'augmenter la taille des polices de caractères.

- page 1 de 6