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Bibliothèques - réflexions

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jeudi 4 mars 2010

La médiation numérique

Un billet rapide pour rassembler deux interventions par des experts du domaine. Cette semaine Silvère Mercier a publié un billet sur ce qu'est selon lui -et avec le concours d'autres collègues- la médiation numérique. Il propose la définition suivante :

Tout dispositif technique, éditorial ou interactif mis en œuvre par des professionnels de l’information-documentation favorisant l’appropriation, la dissémination et l’accès organisé ou fortuit à tout contenu proposé par une bibliothèque à des fins de formation, d’information et de diffusion des savoirs.

Il précise :

Pour moi la médiation numérique n’est donc ni de la communication ni du marketing public au sens strict, mais se situe au cœur des métiers de l’information-documentation, quelque part entre l’accompagnement à la recherche documentaire, la gestion/diffusion de contenus et l’animation de communautés.

Pour compléter cette définition, Lionel Dujol vient de mettre en ligne, sur SlideShare, un diaporama très fourni sur cette même notion de Médiation numérique que je vous engage à consulter et soigneusement archiver. Le diaporama est disponible sous licence By-nd-sa (Paternité-Pas d'Utilisation Commerciale-Partage des Conditions Initiales à l'Identique).

lundi 15 février 2010

Pour une politique nationale des bibliothèques (suédoises)

Vi Alskar Bibliotek "Nous aimons les bibliothèques", en français.

 

Voilà deux ans que l'association des bibliothèques suédoises a lancé une campagne pour renforcer l'implication des politiques dans le financement des bibliothèques publiques, précisant par ailleurs que la Suède est le seul pays nordique a n'avoir pas de politique publique des bibliothèques. Consequently, Swedes do not have access to the full potential to be derived from a world-leading library system, est-il précisé. Cette campagne vise les élections politiques à venir cette année, en 2010, dans la royauté.

Ce qui est recherché à travers notamment une loi sur les bibliothèques serait la mise en œuvre d'un réseau renforcé de bibliothèques à travers l'ensemble du pays. En 2008, l'association s'inquiétait en effet de la fermeture de quelques 400 bibliothèques publiques et de l'absence de personnels qualifiés dans les établissements scolaires, quelle mettait en relation avec la hausse de illettrisme et la chute de fréquentation des bibliothèques ouvertes.

Elle a donc lancé une campagne d'information pour alerter l'opinion publique avec le logo "library lovers" pour appeler à une nouvelle politique des bibliothèques en Suède. Un engagement qui, selon l'association, suit huit directions développées dans une brochure intitulée "Les bibliothèques ont besoin d'amour" :

  1. Définition d'une stratégie nationale des bibliothèques qui expliquerait leur rôle dans la société de la connaissance, notamment autour des axes suivants :
    • La lecture et la compréhension en lecture
    • La démocratie, la liberté d'expression et la liberté d'information
    • La formation permanente, l'accès à la connaissance et le développement personnel
    • La Culture et la cohésion sociale
    • la société de l'innovation
    • A partir de cette définition, des outils d'évaluation des bibliothèques pourront être développé et mis en place.
  2. Établissement d'objectifs nationaux et d'indicateurs de qualité
  3. Lancement d'une campagne de promotion de la lecture et de "développement des langues". Un aspect de cette campagne destinée aux plus jeunes est la mise en place d'un personnel qualifié dans les établissements scolaires.
  4. Améliorer l'accès aux services des bibliothèques, notamment par le biais de campagne de promotion des bibliothèques, de la lecture et par le de subventions (pour toucher plus de groupe, créer de nouveaux services, renforcer le maillage du réseau
  5. Renforcer les infrastructures réseaux pour les services à distances
  6. Développer la Recherche en Sciences des bibliothèques et la formation initiale et continue des personnels
  7. Rendre accessible librement, en open-access, les résultats de cette recherche menée sur des fonds publics
  8. Créer une Agence nationale des bibliothèques chargée entre autres de :
    • surveiller et évaluer les stratégies et objectifs nationaux
    • développer, compiler et analyser les statistiques relatives aux bibliothèques nationales, les critères de qualité et des indicateurs de qualité
    • développer des solutions nationales, telles que les services de bibliothèque numérique, les services Web et autres plateformes technologiques
    • stimuler le développement des bibliothèques
    • engager l'intelligence qualifiée national et international
    • représenter les bibliothèques suédoises sur la scène internationale
    • encourager l'éducation, de formation et de recherche dans le secteur
    • allouer des fonds d'État pour le développement des bibliothèques, la lecture des activités de promotion, etc
Cette politique est espérée au niveau national car elle concerne tous les suédois, mais ne doit pas entrer en conflit avec les autorités locales :

Une politique nationale des bibliothèques peut - et doit - être développée de manière à ce qu'elle n'entre pas en conflit avec l'autonomie gouvernementale locale. L'accroissement de l'engagement national ne devrait pas interférer avec les pouvoirs locaux.Mais une politique nationale des bibliothèques est nécessaire pour s'assurer que les bibliothèques publiques sont utilisées d'une manière qui profite à la fois à l'ensemble de la société et au développement des individus.En termes pratiques, le but est de réduire la faible utilisation des ressources et des pertes d'impact dues au manque actuel de coordination.

Une politique qui porte ses fruits puisque qu'en ces temps électoraux, l'association estime avoir le soutien de nombres de parlementaires qui ont voté mercredi un projet de loi sur la culture. Le gouvernement devrait d'ailleurs proposer la la Bibliothèque royale de coordonner l'ensemble des réflexions et d'élaborer un plan de développement pour les années à venir. Une proposition à établir en étroite relation avec l'association des bibliothèques suédoises et l'ensemble des bibliothèques du réseau.

Avec tout ce qui nous arrive dessus en France, la réorganisation des ministères de la Culture et de l'enseignement supérieur, la disparition des direction de la lecture et sous direction des bibliothèques fondues dans le grand tout, il ne serait peut-être pas inintéressant de proposer un positionnement équivalent en France. Une loi sur les bibliothèques... le serpent de mer.

jeudi 28 janvier 2010

Pyjama party à la Bibliothèque universitaire.

Aux Etats-Unis, les étudiants organisent des raves dans la BU. Voilà qui a de quoi surprendre ou du moins amuser ici-bas. Mais rassurez-vous, les étudiants de l'hexagone ne sont pas en manque d'imagination. Voilà, en effet, découvré-je dans Le Monde, qu'une cinquantaine d'étudiants est venue occuper la BU de Droit de l'université de Nancy ce mardi 26 janvier à 10h30, habillés de pyjamas et armés d'oreillers, édredons et de peluches.

"By torchlight - Day 333 of Project 365" Purplemattfish (image Flickr - licence by-nc-nd)

Ces étudiants appartiendraient au collectif "B.U. by night", une association créée en septembre 2009 qui réclame une ouverture des Bibliothèques Universitaires 24h/24, 7j/7 (ceci dit, le site n'est guère prolixe sur les personnes qui sont derrière cette association). Selon une dépêche AFP l'association ferait état de 300 membres, non vérifiables, mais le groupe Facebook associé en revendique pour l'instant 1 200 avec l'argumentaire suivant :

- Parce que tous les étudiants devraient avoir accès à une bibliothèque quand ils en ont besoin, avec les livres dont ils ont besoin,
- Parce qu'une B.U. c'est aussi un accès gratuit à Internet, indispensable de nos jours et privilégié dans nos études par la mise en ligne des cours, 'Environnement Numérique de Travail..., et que tout le monde ne peut pas se le permettre,
- Parce que notre pays n'est pas à la hauteur dans ce domaine, et que Nancy serait la première ville à tenter une telle expérience,

nous demandons que nos B.U. soient ouvertes 24h/24, 7j/7 !

Durant la matinée, les militants ont donc parcouru les amphithéâtres de la faculté et la BU en distribuant des tracts, "avec le soutien du doyen de la fac", assure Hélène Rossinot citée par l'AFP.

Une action très visible et qui a atteint son but premier : faire connaître les ervendications de l'association. Les réactions d'ailleurs commencent à arriver, pas toujours très positives, de la part de collègues puisqu'on trouve ce genre de commentaire sur le site de l'association :

Visiteur: Je suis bibliothécaire, la BU où je travaille est ouverte jusque 22h, pour 10 pelés, qui utilisent les ordinateurs pour consulter leur page facebook et travaillent la plupart du temps sur leurs propres bouquins!!! On garde les murs, et on dépense un argent fou pour électricité, chauffage, emploi de personnel étudiant etc. pour RIEN. On n'est pas aux USA ici, et surtout, nous n'avons ni les mêmes moyens, ni les mêmes besoins. Et puis, nous sommes des professionnels de la documentation, pas des nounous ni des gardiens de bâtiment. Des ouvertures en soirée sont pratiquées déjà dans plusieurs BU, et on ne peut pas dire que l'utilité soit ébouriffante. Une BU n'est pas une salle de perm...

Sur le forum de l'association sont évoqués également brièvement les personnels qui pourraient ouvrir les locaux ou encore l'idée d'une ouverture plus large le week-end. Autant de questions qui continuent de secouer la profession elle-même et qui a déjà donné lieu par ailleurs à plusieurs rapports de l'Inspection générale.

jeudi 14 janvier 2010

Un domaine public entre parenthèses

Certes, c'est peut-être un peu exagéré comme titre, mais on en est pas loin. Du moins aux États-Unis.

De quoi s'agit-il ? Aux États-Unis, le 1er janvier est le Public domain day : le jour où l'on fête le rôle du domaine public dans nos sociétés et plus précisément l'arrivée de nouveaux titres. Une fête d'ailleurs pas restreinte à la seule Amérique du Nord mais qui a également des retombées ailleurs en Europe comme en Suisse ou en Pologne.

Cette année, des centaines de nouveaux auteurs ont donc rejoint le domaine public, 563 précisément selon l' Open knowledge fondation blog, auteurs dont vous retrouvez la liste complète ici. Cette liste est établie à partir de la date du décès de l'auteur et des 70 ans réglementaires, selon les lois de protection de la propriété intellectuelle de la plupart des pays :

Article L.123-1 du Code de la propriété intellectuelle en France :
« L'auteur jouit, sa vie durant, du droit exclusif d'exploiter son œuvre sous quelque forme que ce soit et d'en tirer un profit pécuniaire. Au décès de l'auteur, ce droit persiste au bénéfice de ses ayants droit pendant l'année civile en cours et les soixante-dix années qui suivent. »

Par comparaison, le durée n'est que de 50 ans au Canada.

C'est donc le cas des ouvrages d'auteurs tels que le poète irlandais William Butler Yeats ou encore le père de la psychanalyse Sigmund Freud tous deux morts en 1939. Précisons que la notion de domaine public n'est pas restreinte à la seule littérature mais concerne toutes les œuvres de l'esprit. Cette année voit ainsi l'entrée des oeuvres d'Alphonse Mucha par exemple.

Aux États-Unis cependant, cette entrée est amère. En effet, lorsque le Congrès a voté la première loi sur le Copyright en 1790, sa durée en était de 14 ans, renouvelable une fois. Puis, jusqu'en 1978, il a été voté que le copyright durait 28 ans à partir de la date de publication, renouvelables une seconde fois 28 ans. L'acte de renouvellement devait être volontaire, ce qui faisait que 85% des copyrights n'étaient pas renouvelés et entraient automatiquement dans le domaine public.

En 1978 entre en vigueur le Copyright Act, voté en 76, qui pousse la durée de protection à 50 ans à partir de la date de décès de l'auteur tandis qu'en 1998 cette échéance est poussée à 70 ans, comme en France, voire, pour des œuvres collectives d'entreprises, à 120 ans après la création ou 95 ans à partir de la publication grâce à la Copyright Term Extension Act (appelée aussi la Mickey Mouse Protection Act en raison du soutien important fourni par la Walt Disney Company). En cinquante ans, la durée de ce copyright américain aura été étendu près de onze fois.

Les collègues et spécialistes outre-atlantique sont donc amers. Avec un zest de masochisme, ils ont vérifié quelles seraient les œuvres tombées dans le domaine public cette année si la loi de 1976 n'avait pas été votée. A l'époque donc, la durée du Copyright était de 28 ans, renouvelable une fois. Mettons que les auteurs et éditeurs aient pensé à faire renouveler leur droit, nous aurions aujourd'hui des œuvres publiées en 1953 telles :

  • Ian Fleming's Casino Royale (premier James Bond)
  • Agatha Christie’s A Pocket Full of Rye
  • Ray Bradbury’s dystopian novel Fahrenheit 451
  • C.S. Lewis’s The Silver Chair (4e livre des Chroniques de Narnia)
  • J.D. Salinger’s Nine Stories
  • James Baldwin’s Go Tell It On the Mountain
ou encore les films :
  • Walt Disney's Peter Pan
  • Byron Haskin's The War of the Worlds

La conclusion est sans appel : 

The effects were culturally catastrophic.  Copyright went from covering very little culture, and only covering it for a 28 year period during which it was commercially available, to covering all of culture, regardless of whether it was available — often for over a century

Ces dernières années, le domaine public semble sombrer peu à peu. De recents changements dans les lois de propriétés intellectuelle l'ont grignoté peu à peu dont des changements sur les domaines couverts par la propriété intellectuelle  (les brevet qui sont étendus au séquençage des gènes par exemple) et les rapports revenant sur la forme numérique du domaine public n'en finissent plus de le mettre à mal.



Cette année, et les prochaines années jusqu'en 2019, aucun titre n'entrera dans le domaine public aux États-Unis. And it's sad...


Voir aussi :

dimanche 10 janvier 2010

Facebook en bibliothèque ?

Avant les vacances, j'ai reçu, au même titre que de nombreux autres collègues, une question me demandant assez largement quels conseils je pouvais donner à une bibliothèque "désirant utiliser Facebook dans le cadre de sa relation avec les usagers".

Voici en substance quelle fut ma réponse :

Quelques éléments de réponse à un question qui est vaste et mériterait précisions : les besoins et les modes d'actions d'une bibliothèque territoriale ne sont pas les mêmes que ceux d'une bibliothèque d'État par exemple. Par ailleurs, en terme de médiation, cette utilisation de Facebook se fera-t-elle au niveau institutionnel, celui d'un service (espace multimédia, musique, jeunesse), d'un thème, ou encore au titre de personnes ressources (le profil d'un bibliothécaire du service de référence, es qualité, par exemple ) ? Ces premières questions sont importantes et auront un impact certain sur l'utilisation de l'outil qu'est Facebook, notamment parce qu'une telle utilisation ne pourra se faire qu'en réponse à un projet.

Pourquoi utiliser Facebook ? Quel est le projet derrière, et à quels objectifs une telle utilisation est censée répondre ? sont à mon sens les premières questions à se poser. En fonction des réponses, du type de médiation envisagé, la bibliothèque mettra en place un mode d'alimentation et de fonctionnement fort différent. Par exemple, plutôt que de créer un profil ou une page (sachant que la page pour une institution est plus appropriée, le profil étant réservé à des personnes ressources par exemple), la bibliothèque peut parfaitement envisager de commencer par créer un groupe autour d'une animation, une collection, ce en concertation avec son public, notamment les ados, et mettre en place cette nouvelle visibilité en commun avec eux en les associant étroitement au projet.

Facebook peut ainsi servir à faire découvrir les collections de la bibliothèque, échanger avec les usagers en amont d'une animation comme en aval pour recueillir les avis, restituer des expériences. Facebook peut être le lieu d'un approfondissement aussi, après l'animation, avec la mise à disponibilité de liens, photos, vidéo ou d'espace d'échange (forum). Autant d'outils qui permettent également d'être présent pendant, d'accompagner l'usager dans son expérience de la bibliothèque.

J'évoque ici des animations mais ce peut être utile également au quotidien, en proposant des informations locales (horaires d'ouvertures et de fermetures), des widgets d'accès aux ressources (catalogues, bases de données), voire un service de renseignements à distance (chat, meebo).

Quels conseils apporter ? Bien définir son projet dans un premier temps, en accord avec sa tutelle, et ensuite proposer plutôt une page institutionnelle pour un établissement. Elles sont faites pour cela. Reste que proposer ce genre de page ne suffit pas : quitte à investir l'espace, autant profiter pleinement des outils mis à disposition. Une bibliothèque ne devrait pas se contenter de se créer un profil Facebook, en soi ce n'a aucun intérêt. L'idéal est de compléter ce profil et les myriades d'onglets en ligne : onglets photos avec des images des animations, de l'équipe, du lieu, onglet vidéos avec des vidéos des ateliers ou des animations, onglet encarts avec des widgets de recherche dans le catalogue, dans les ressources, de chat voire un onglet événements, un onglet forum, pourquoi pas ? J'irai plus loin encore en proposant à la bibliothèque de participer en tant que telle à des groupes pour se fondre dans ceux où se trouvent et se retrouvent les usagers, banaliser sa présence en quelque sorte (certes réservés aux détenteurs d'un profil si je ne m'abuse).

Le dernier conseil serait de communiquer autour de cette présence en ligne : quitte à valoriser l'institution, autant que ce soit su. Il n'est pas gênant d'ajouter une ligne sur les documents de communication de la bibliothèque, il est intéressant de renvoyer vers les photos de l'animation ou celle d'un profil. Dans Facebook même, il n'est pas inutile de participer, montrer sa présence, voire profiter d'un billet pour rappeler qu'on peut faire une recherche à partir du widget idoine.

Je suppose que ma réponse est loin d'être complète et peut porter à commentaires, réflexions et ajouts. Mais il s'agissait surtout de dresser là quelques éléments à gros traits.

mardi 3 novembre 2009

Vocalisation des articles

Je faisais ce matin une recherche dans la base Library Literature and Information Science Full Text proposée par H. W. Wilson. Il s'agit d'une base de données spécialisée en bibliothéconomie qui a le grand avantage de proposer également un accès au texte intégral.

En consultant une notice, mon regard s'est arrêté vers les services proposés :

Outre les fonctionnalités habituelles de citations, d'export, d'impression, de flux RSS, j'ai été grandement intéressé par les fonctionnalités qui touchent au contenu même des articles. Wilson en effet propose une traduction automatique à la volée de l'article, avec tous les problèmes que ça peut poser en terme de fiabilité du traitement automatique et donc de compréhension.

Autre service innovant à mon sens : la lecture audio de l'article. Grâce à un partenariat avec ReadSpeaker (qui propose notamment une version française de leur logiciel), il est en effet proposé aux lecteurs d'écouter la version audio de l'article, avec choix possible entre une voix masculine et une voix féminine. Cette lecture vocalisée, ce fichier audio, est enfin téléchargeable au format MP3 pour pouvoir l'écouter à loisir dans les transports afin de se mettre dans le bain en allant au travail :).

En terme d'accessibilité, je trouve vraiment que c'est un service innovant (quand bien même la société a dix ans d'âge) et complémentaire avec les fonctionnalités propres au navigateur ou à certains sites web qui permettent d'augmenter la taille des polices de caractères.

jeudi 15 octobre 2009

Des réseaux sociaux et des bibliothèques

Pas beaucoup de billets ces derniers jours mais j'ai une excuse : je préparais une intervention à Bordeaux, invité par l'IUT Montaigne Bordeaux 3 et le CNFPT Aquitaine sur les réseaux sociaux en bibliothèque prévue pour ce jour-même. Les publics sont donc des étudiants d'une part et d'autre part des professionnels en poste.

La matinée de la journée aborde "Les réseaux sociaux, aspects généraux" et après avoir abordé des aspects généraux sur les réseaux sociaux (concepts, typologie, usages des réseaux sociaux), avec une présentation de Facebookpar Risu himself, j'aborde des questions liées aux bibliothèques 2.0 et aux enjeux relatifs.

L'après-midi porte quant à lui sur une utilisation des réseaux sociaux en bibliothèques, concrètement, qu'il s'agisse d'usages individuels, de groupes ou institutionnels. Je termine en évoquant des limites (validation de l'information, identité numérique etc). Risu devrait présenter Twitter et ses aspects sociaux avant de proposer une synthèse de la journée.

La journée a lieu en ce moment, donc, mais n'hésitez pas à faire des retours et corriger le diaporama, ou du moins me dire ce que vous en pensez. Je pense qu'il y a des améliorations à apporter ici et là et peut-être insister sur certains points. Je verrai aussi en fonction de mon discours.

J'ai essayé de me mettre des commentaires de rappel sous certaines diapos et de rendre les images cliquables le plus souvent possible. Vous pouvez accéder au diaporama en cliquant sur le lien suivant :

vendredi 9 octobre 2009

La ville remodélisée et la bibliothèque

Jenny Levine, the Shifted Librarian, nous présente plusieurs projets intéressants sur son blog, cette semaine évoquant de potentiels services innovants en bibliothèque.

1. Remodéliser des villes à partir des photos sur FlickR

La première expérience est le projet de recherche d'un groupe de chercheurs du GRAIL, un laboratoire de l'université de Washington (University of Washington’s graphics and imaging laboratory). L'idée est assez intéressante qui propose un logiciel capable de chercher les photos d'un lieu particulier présentes sur le web, de les comparer, filtrer, enregistrer leur point de vue et à partir de là, recréer le lieu en question en modélisation 3D.

Deux villes ont servi de test. La première est Rome, reconstruite en un jour seulement à partir de quelques 150 000 photos piochées sur FlickR. La seconde est la ville de Dubrovnic en Croatie dont la modélisation de la vieille ville aura pris à peine 22 heures. Les vidéos de ces réalisations sont disponibles en ligne

2. La table tactile de Microsoft

La deuxième expérience, raconte Jenny, nous vient de nos désormais célèbres confrères hollandais de la DOK. La DOK de Delft, cette bibliothèque innovante, Library Concept Center, a créé une application étonnante qui feuillette dans les collections de photos historiques locales : "Erfgoed Delft".

Dans la vidéo reproduite par Jenny Levine, Jaap van de Geer interview Koen Rotteveel, dont le titre est Interaction Designer and Developer. Ce dernier présente une utilisation innovante liée à la table tactile de Microsoft : On y pose sa carte de lecteur ; la table identifie d'où on vient et fait affleurer à sa surface des photos, des vidéos évoquant l'histoire de son quartier.

Une manière originale de valoriser et recréer une médiation autour des collections locales. Même si vous ne comprenez pas l'anglais, la démonstration reste impressionnante.

3. La réalité augmentée

Jenny termine en évoquant les récentes développements et expériences conduits autour de la réalité augmentée, une évolution technologique permettant d’interagir en temps réel avec des éléments virtuels intégrés à l'environnement. Les villes se posent des questions sur la façon la meilleure d'utiliser ces technologies, en utilisant cette réalité augmentée ou les fameux QR codes.

Ces applications permettent de visualiser des stations de métro les plus proches (à Paris, à Lyon), d'ajouter des informations directement sur l'environnement reproduit par la caméra de son téléphone. On pourrait imaginer ajouter des informations sur les monuments, aux points stratégiques de visites touristiques, signaler les monuments importants, superposer une carte aux images réelles pour faciliter la navigation au sein de la ville. 

Et de se demander en quoi ces applications balbutiantes peuvent nous intéresser et changer nos pratiques, la médiation documentaire que nous pouvons mettre en place.Elles possèdent les informations, elles possèdent des fonds riches et divers. Il pourrait s'agir de notes d'information, de notices touristiques. On parlait de photos, comment mettre en regard des images historiques et le parcours des usagers ? Sur un mode plus ludique, peut-on recréer l'ambiance d'un roman, parcourir le Paris fantastique d'Adèle Blanc-Sec, signaler en 3D le parcours d'un auteur ?

Comment les bibliothèques peuvent-elles prendre part à cette expansion de l'internet mobile ? Au-delà, Jenny évoque la surabonsdance omniprésente en permanence de l'information et questionne :

If you feel information overload now, just wait until that information flow magically appears all around you in the real world and not just on a screen. Can librarians become part of users’ networks and help filter out some of the noise? Will libraries make their archives open and available for these types of uses ?

Je ne pense pas que les applications et services présentés ici soient pour demain, ni peut-être même pour après-demain. la technologie est trop récente et il est impossible de prévoir ce qu'il va advenir. Mais je suis d'accord avec elle pour demeurer vigilent et souligner le rôle de filtre dans le bruit urbain. Je crois de plus en plus au rôle des accès mobiles et les billets tagués avec ce même terme commencent ici à être nombreux. Il ne s'agit pas d'utiliser la technologie pour utiliser la technologie, il s'agit plutôt d'imaginer comment tirer avantages de ces nouveaux outils, comment s'adapter aux pratiques mobiles, à l'ubiquité apparente et, au final, comment aider au mieux nos usagers.

mardi 6 octobre 2009

Des Kindle et des universités

Au Printemps dernier, Amazon sortait la dernière version de son lecteurs de livres électroniques : le Kindle DX. Cette nouvelle version présente un écran plus grand de 9.7 pouces soit un peu moins de 25cm en diagonale (contre 15cm dans la version précédente), un écran auto-rotatif,un lecteur de pdf et un navigateur web et enfin, la possiblité d'enregistrer notes et signets (d'où le procès que la firme américaine à sur les bras suite au retrait des exemplaires de 1984 et Animals'farm des bibliothèques de ses clients faisant perdre deux mois de travail à un étudiants qui avait annoté ses exemplaires achetés et obligeant la firme à spécifier en quel cas ce genre de retrait peut avoir lieu).

Afin d'en favoriser la distribution, trois journaux importants, le  New York Times, le Boston Globe, et le Washington Post  offrent des exemplaires du Kindle à des coûts réduits (il était vendu à sa sortie pour quelques $489) à leurs lecteurs qui vivraient dans zone difficiles d'accès ou où la distribution à domicile n'est pas possible, et uniquemenent s'il s'abonnent pour une longue période à la version numérique du journal

Mais l'initiative la plus importante est certainement celle d'investir le monde très prometteur des manuels scolaires et universitaires. Le grand écran de cette nouvelle version permet notamment de publier les graphiques et les tableaux dont sont remplis les livres scientifiques ou d'histoire. Pour ce faire, Amazon a passé des accords avec les principaux fournisseurs de manuels aux Etats-Unis comme Textbook publishers Cengage Learning, Pearson, et Wileyqui représentent à eux seuls quelques 60% du marché américain.

Cette rentrée donc, ce sont pas moins de plusieurs universités qui ont fait les frais de cette nouvelle politique : Arizona State University, Case Western Reserve University, Princeton University, Reed College, la Darden School of Business at the University of Virginia ou encore l'Université de  Washington (cf cette vidéo au moment où ils reçoivent les fameux lecteurs) Un blog est d'ailleurs associé à ce projet pilote dans cette dernière université.

Ces établissements ont donc distribué nombre de lecteurs à leurs étudiants issus de disciplines différentes leur permettant de prendre des notes, surligner, feuilleter dans la bibliothèque, utiliser le dictionnaire intégré ou encore leur évitant un poids considérable. 

Dans un billet daté de mai dernier, Franck Pisani rappelait que des expériences similaires avaient été réalisées ailleurs avec le Sony Reader et s'étaient avérées peu encourageantes en raison notamment du manque de navigabilité. Apparemment, les étudiants accueillent aussi le Kindle DX avec scepticisme. Les étudiants de Princeton, ainsi, sont assez critiques envers une machine qu'ils découvrent lente, difficile d'utilisation et pas opérable du tout.

Au delà de ce seul aspect technique, c'est l'aspect cognitif qui est mis en cause, les étudiants devant changer la manière dont ils apprennent leurs cours. Howarth, un étudiant en dernière année affirme que :

"Much of my learning comes from a physical interaction with the text: bookmarks, highlights, page-tearing, sticky notes, and other marks representing the importance of certain passages—not to mention margin notes, where most of my paper ideas come from and interaction with the material occurs," he says. "All of these things have been lost, and if not lost, they're too slow to keep up with my thinking and the 'features' have been rendered useless."

Des réflexes et un mode d'apprentissage qui ne sont pas totalement incompatibles avec le nouveau support mais qu'il faut adapter et renouveler complètement, ce qui peut paraître déstabilisant lorsque ces derniers sont bien ancrés par des années de pratiques.

Le Kindle DX et les lecteurs de livres électroniques ont encore du chemin à faire pour répondre aux contraintes physiques mais également aux mentalités. Dans les universités américaines, les professeurs sont mitigés et attendent de voir si les élèves assimilent aussi bien leurs cours avec ce nouvel outils qu'avec le papier mais au moins la question est posée. L'aspect cognitif est important. Quoiqu'il en soit, si les expériences sont concluantes, Amazon gagnera sûrement sur tous les tableaux en parvenant à décrocher un marché à la fois important en terme de cible et faible en terme de nombre de partenaires à convaincre (il est certes plus facile de convaincre quelques grands acteurs institutionnels et éditeurs que de faire rentrer de nouveaux usages dans la population, par exemple pour la lecture des journaux noationaux en ligne).

jeudi 1 octobre 2009

Politique d'utilisation des médias sociaux

Voilà plusieurs billets que je vois passer sur l'importance de mettre en place une politique éditoriale sur les médias sociaux.

1. Les rapports entre le personnel et le professionnel

Le premier nous informait que le Washington Post avait expressément demandé à tout ses journalistes de faire attention à ce qu'ils publiaient sur leurs différents profils et surtout de maintenir la ligne éditoriale neutre du journal et ne pas exprimer d'opinion politique ou religieuse, y compris sur leurs profils personnels.

«Nous devons nous rappeler que les journalistes du Washington Post restent toujours des journalistes du Washington Post. [...] Quand nous utilisons ces réseaux, rien de ce que nous faisons ne doit remettre en doute notre impartialité.»

Si les règles déontologiques sont largement répandues dans le monde journalistique, il ne semble guère étonnant que les médias dits sociaux soient concernés. En revanche, il est plus surprenant, et nouveau, que cette dernière recouvre également les profils personnels.

En France, nous n'en sommes pas encore là même si bien sûr la prudence est de mise ne serait-ce, dans notre milieu professionnel, que nous sommes des fonctionnaires et donc à ce titre soumis également au devoir de réserve. A ce sujet, le site gouvernemental, fonctionpublique.gouv.fr rappelle que :

Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque. La portée de cette obligation est appréciée au cas par cas par l’autorité hiérarchique sous contrôle du juge administratif.

L’obligation de réserve est une construction jurisprudentielle complexe qui varie d’intensité en fonction de critères divers (place du fonctionnaire dans la hiérarchie, circonstances dans lesquelles il s’est exprimé, modalités et formes de cette expression).

(...) La réserve n’a pas trait uniquement à l’expression des opinions. Elle impose au fonctionnaire d’éviter en toutes circonstances les comportements portant atteinte à la considération du service public par les usagers.

Ce que rappelait également le ministère de la fonction publique, interrogé en 2006 sur des blogs personnels de fonctionnaires, tout en précisant :

Il est à noter que la même jurisprudence étend l'obligation de réserve au comportement général des fonctionnaires, qu'ils agissent à l'intérieur ou en dehors du service.

Dans le cas particulier du web log, ou blog, qui peut être défini comme un journal personnel sur Internet, la publicité des propos ne fait aucun doute. Tout va dépendre alors du contenu du blog. Son auteur, fonctionnaire, doit en effet observer, y compris dans ses écrits, un comportement empreint de dignité, ce qui, a priori, n'est pas incompatible avec le respect de sa liberté d'expression.

Ce qui est ainsi valable pour la sphère personnelle l'est encore plus pour la sphère professionnelle. A partir du moment où un établissement se crée une présence sur des réseaux sociaux, il convient dès lors d'être particulièrement attentif à la diffusion de cette nouvelle notoriété et de cette nouvelle publicité numérique.

2. Chartes d'utilisation des médias sociaux

Dans un article paru en janvier dernier dans le School library journal, Ellyssa Kroski posait ainsi la question : "Should Your Library Have a Social Media Policy ?"

Les bibliothèques ont bel et bien pris le tournant internet. Il n'est qu'à parcourir les pages du wiki professionnel Bibliopedia pour s'en persuader. Les comptes sur FlicR, Netvibes, Facebook, MySpace, les comptes sur Twitter se développent rapidement, quant aux blogs institutionnels, ils sont légions, à terminer par le petit dernier, celui de la Bulco ouvert le 30 septembre dernier.

Dans son article, l'auteure définit les éléments essentiels qui doivent figurer dans une telle charte d'utilisation des réseaux sociaux. Dans un premier temps, elle renvoit vers des réalisations, des exemples de politiques proposés par des bibliothèques.

Elle propose également d'autres exemples, issus cette fois du monde privé :
  • IBM Social Computing Guidelines Un excellent exemple affirme Ellyssa Kroski dont se sont beaucoup inspiré les autres chartes décrite dans l'article.
  • Corporate Blogging Policies and Guidelines Dans The Altitude blog, 11 politiques de média sociaux sont agrégés en un seul document pdf pour en fciliter le téléchargement. Ce document inclut les chartes de : Harvard Law School, Sun Microsystems, BBC, IBM, Edelman, Thomas Nelson Publishing, Plaxo, Feedster, Cisco, Dell, et Blog Council.
  • Social Media Policy Database Un corpus de 80 politiques d'usages des médias sociaux dans des entreprises.
A partir de ces exemples, l'auteure définit plusieurs points essentiels :

  • Use a disclaimer. Inclure un encart ou une page dans votre profil, votre blog où vous préciserez que les opinions émises sont voters et seulement votre, et ne le sont pas au nom de votre établissement de rattachement du style : "les opinions exprimées sur ce site web me sont propres et ne représentent pas nécessairement celles de [nom de l'institution]"

  • Don’t share secrets. Etre attentif à ne pas révéler des informations sensibles, internes ou financières par exemple. Ne pas non plus évoquer des informations sur des usagers particuliers, sur les collègues ou tout autre personne.

  • Be yourself. Il faut être franc sur qui on est et ne pas oser dire qu'on travaille à tel poste, pour tel établissement, surtout si vous devez évoquer cet établissement dans vos commentaires.

  • Respect copyright. Il faut absolument respecter les règles et les lois concernant le droit de citation et la réutilisation de contenus. Toujours citer ses sources est la moindre des choses. Dans la blogosphère, il est de plus coutumier de faire des liens vers le document cité et on atetnd de vous que vous fassiez de même.

  • Respect your colleagues. Il faut également respecter la vie privée de ses collègues et ne pas poster de photos, de vidéos, ou révéler des conversations privées sans leur permission.

  • Avoid online fights. Si vous n'êtes pas d'accord avec ce que dit quelqu'un et que vous voulez poster un billet de réponse, essayer de le faire d'un point de vue professionnel. Emettez votre opinion mais évitez d'utiliser les médias sociaux pour des attaques personnelles, et souvenez-vous également que ce que vous postez n'est pas privé et peut avoir un impact sur votre établissement.

  • Post accurate information. Vous êtes responsable de la véracité des information que vous publiez. Soyez attentif et assurez-vous que vos billets sont factuellement corrects et si possible, citez vos sources.

  • Consult the employee manual. Soyez attentif à toute charte ou toute politique déjà existante au sein de votre établissement.

  • Use good judgment. Pensez à l'image de votre établissement que vous véhiculez lorsque vous postez sur des réseaux sociaux. Rappelez-vous que ce que vous posterez pourra être lu et archivé de manière permanente après que vous aurez appuyer sur le bouton "Envoi". Sur les sites où apparait votre poste professionnel,  assurez-vous que votre profil adhère aux règles de votre établissement, et tout spécialement si vous venez de vous faire embaucher.

  • Provide value. Réflechissez à ce que vous pouvez faire pour la communauté, si vos billets et tweets seront pertinents, intelligents, utiles à la communauté et essayez de garder cela en tête. Cherchez à aidez votre établissements, offrir de nouveaux services aux usagers et aider la communauté professionnelle via ces nouveaux outils.

  • Accept responsibility. Si vous vous êtes trompé quelque part, admettez-le et continuez. Ca arrive à tout le monde de se tromper et au final, il est mieux de l'accepter tout de suite et de s'en excuser plutôt que tout nier et faire semblant. 

En France, je ne connais pas vraiment de charte ou de politique d'utilisation. Je sais que certains établissement qui ont des blogs institutionnels ont défini une politique éditoriale pour cette nouvelle forme de publication mais rien vraiment qui concerne ce que l'auteur peut ou non aborder en relation avec son établissement ou sa tutelle. En terme juridique, il faut néanmoins citer le désormais célèbre Blogueurs et Responsabilité Reloaded de Maître Eolas mais on reste là dans des considérations légales, certes essentielles, et non plus vraiment liées à une politique d'utilisation institutionnelle des réseaux.

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