Voilà plusieurs billets que je vois passer sur l'importance de mettre en
place une politique éditoriale sur les médias sociaux.
1. Les rapports entre le personnel et le professionnel
Le
premier nous informait que le Washington Post avait expressément
demandé à tout ses journalistes de faire attention à ce qu'ils
publiaient sur leurs différents profils et surtout de maintenir la
ligne éditoriale neutre du journal et ne pas exprimer
d'opinion politique ou religieuse, y compris sur leurs profils personnels.
«Nous devons nous rappeler que les journalistes du Washington Post restent
toujours des journalistes du Washington Post. [...] Quand nous utilisons
ces réseaux, rien de ce que nous faisons ne doit remettre en doute notre
impartialité.»
Si les règles déontologiques sont largement répandues dans le monde
journalistique, il ne semble guère étonnant que les médias dits sociaux soient
concernés. En revanche, il est plus surprenant, et nouveau, que cette
dernière recouvre également les profils personnels.
En France, nous n'en sommes pas encore là même si bien sûr la prudence est
de mise ne serait-ce, dans notre milieu professionnel, que nous sommes
des fonctionnaires et donc à ce titre soumis également au devoir de
réserve. A ce sujet, le site gouvernemental, fonctionpublique.gouv.fr
rappelle que :
Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de
faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque. La portée de
cette obligation est appréciée au cas par cas par l’autorité hiérarchique sous
contrôle du juge administratif.
L’obligation de réserve est une construction
jurisprudentielle complexe qui varie d’intensité en fonction de
critères divers (place du fonctionnaire dans la hiérarchie, circonstances dans
lesquelles il s’est exprimé, modalités et formes de cette expression).
(...) La réserve n’a pas trait uniquement à l’expression des
opinions. Elle impose au fonctionnaire d’éviter en toutes circonstances les
comportements portant atteinte à la considération du service public par les
usagers.
Ce que rappelait également le ministère de la fonction publique,
interrogé en 2006 sur des blogs personnels de fonctionnaires, tout en
précisant :
Il est à noter que la même jurisprudence étend l'obligation de réserve au
comportement général des fonctionnaires, qu'ils agissent à l'intérieur
ou en dehors du service.
Dans le cas particulier du web log, ou blog, qui peut être défini comme un
journal personnel sur Internet, la publicité des propos ne fait aucun doute.
Tout va dépendre alors du contenu du blog. Son auteur, fonctionnaire, doit en
effet observer, y compris dans ses écrits, un comportement empreint de dignité,
ce qui, a priori, n'est pas incompatible avec le respect de sa liberté
d'expression.
Ce qui est ainsi valable pour la sphère personnelle l'est encore plus pour
la sphère professionnelle. A partir du moment où un établissement se crée une
présence sur des réseaux sociaux, il convient dès lors d'être
particulièrement attentif à la diffusion de cette nouvelle notoriété et de
cette nouvelle publicité numérique.
2. Chartes d'utilisation des médias sociaux
Dans un article paru en janvier dernier dans le School library
journal, Ellyssa Kroski posait ainsi la question : "Should Your Library Have a Social Media Policy ?"
Les bibliothèques ont bel et bien pris le tournant
internet. Il n'est qu'à parcourir les pages du wiki professionnel
Bibliopedia pour s'en persuader. Les comptes sur FlicR, Netvibes,
Facebook, MySpace, les
comptes sur Twitter se développent rapidement, quant aux blogs institutionnels,
ils sont légions, à terminer par le petit dernier, celui de la Bulco ouvert le 30
septembre dernier.
Dans son article, l'auteure définit les éléments essentiels
qui doivent figurer dans une telle charte d'utilisation des réseaux
sociaux. Dans un premier temps, elle renvoit vers des réalisations,
des exemples de politiques proposés par des bibliothèques.
Elle propose également d'autres exemples, issus cette fois du monde privé
:
- IBM Social Computing
Guidelines Un excellent exemple affirme Ellyssa Kroski dont se sont
beaucoup inspiré les autres chartes décrite dans l'article.
- Corporate Blogging
Policies and Guidelines Dans The Altitude blog, 11 politiques de
média sociaux sont agrégés en un seul document pdf pour en fciliter le
téléchargement. Ce document inclut les chartes de : Harvard Law School, Sun
Microsystems, BBC, IBM, Edelman, Thomas Nelson Publishing, Plaxo, Feedster,
Cisco, Dell, et Blog Council.
- Social Media Policy
Database Un corpus de 80 politiques d'usages des médias sociaux dans des
entreprises.
A partir de ces exemples, l'auteure définit plusieurs points essentiels :
-
Use a disclaimer. Inclure un encart ou une page dans
votre profil, votre blog où vous préciserez que les opinions émises sont voters
et seulement votre, et ne le sont pas au nom de votre établissement de
rattachement du style : "les opinions exprimées sur ce site web me sont propres
et ne représentent pas nécessairement celles de [nom de
l'institution]"
-
Don’t share secrets. Etre attentif à ne pas révéler
des informations sensibles, internes ou financières par exemple. Ne pas non
plus évoquer des informations sur des usagers particuliers, sur les collègues
ou tout autre personne.
-
Be yourself. Il faut être franc sur qui on est et ne
pas oser dire qu'on travaille à tel poste, pour tel établissement, surtout si
vous devez évoquer cet établissement dans vos commentaires.
-
Respect copyright. Il faut absolument respecter les
règles et les lois concernant le droit de citation et la réutilisation de
contenus. Toujours citer ses sources est la moindre des choses. Dans la
blogosphère, il est de plus coutumier de faire des liens vers le document cité
et on atetnd de vous que vous fassiez de même.
-
Respect your colleagues. Il faut également respecter
la vie privée de ses collègues et ne pas poster de photos, de vidéos, ou
révéler des conversations privées sans leur permission.
-
Avoid online fights. Si vous n'êtes pas d'accord avec
ce que dit quelqu'un et que vous voulez poster un billet de réponse, essayer de
le faire d'un point de vue professionnel. Emettez votre opinion mais évitez
d'utiliser les médias sociaux pour des attaques personnelles, et souvenez-vous
également que ce que vous postez n'est pas privé et peut avoir un impact sur
votre établissement.
-
Post accurate information. Vous êtes responsable de
la véracité des information que vous publiez. Soyez attentif et assurez-vous
que vos billets sont factuellement corrects et si possible, citez vos
sources.
-
Consult the employee manual. Soyez attentif à toute
charte ou toute politique déjà existante au sein de votre
établissement.
-
Use good judgment. Pensez à l'image de votre
établissement que vous véhiculez lorsque vous postez sur des réseaux sociaux.
Rappelez-vous que ce que vous posterez pourra être lu et archivé de manière
permanente après que vous aurez appuyer sur le bouton "Envoi". Sur les sites où
apparait votre poste professionnel, assurez-vous que votre profil adhère
aux règles de votre établissement, et tout spécialement si vous venez de vous
faire embaucher.
-
Provide value. Réflechissez à ce que vous pouvez
faire pour la communauté, si vos billets et tweets seront pertinents,
intelligents, utiles à la communauté et essayez de garder cela en tête.
Cherchez à aidez votre établissements, offrir de nouveaux services aux usagers
et aider la communauté professionnelle via ces nouveaux outils.
-
Accept responsibility. Si vous vous êtes trompé
quelque part, admettez-le et continuez. Ca arrive à tout le monde de se tromper
et au final, il est mieux de l'accepter tout de suite et de s'en excuser plutôt
que tout nier et faire semblant.
En France, je ne connais pas vraiment de charte ou de politique
d'utilisation. Je sais que certains établissement qui ont des blogs
institutionnels ont défini une politique éditoriale pour cette nouvelle forme
de publication mais rien vraiment qui concerne ce que l'auteur peut ou non
aborder en relation avec son établissement ou sa tutelle. En terme juridique,
il faut néanmoins citer le désormais célèbre Blogueurs et Responsabilité Reloaded de Maître Eolas
mais on reste là dans des considérations légales, certes essentielles, et non
plus vraiment liées à une politique d'utilisation institutionnelle des
réseaux.