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Bibliothèques - réflexions

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mardi 28 octobre 2014

Jouer à la BU

On entend un peu moins parler de jeux et de serious games en bibliothèque ces derniers temps. Pourtant c'est un sujet qui n'a eu de cesse de passionner les collègues ces dernières années : on peut citer la sortie du Médiathème sur le sujet au printemps dernier, et de récentes journées d'étude sur le jeu en bibliothèque en 2013 ou celle organisée par les élèves conservateurs de l'enssib en 2012.

Mais si de nombreuses bibliothèques publiques se sont emparées du jeu (cf la ludo-médiathèque de Fosses dans le Val d'Oise) et du jeu vidéo, c'est moins souvent le cas en bibliothèque universitaire.

Pourtant, plusieurs réflexions ont été développées autour de cette ressources. Et on trouve, en cherchant rapidement, de la littérature professionnelle notamment anglo-saxonne. En BU, donc, le jeu peut prendre toute sa place.
  1. en tant que collection

D'abord tout simplement pour répondre à des besoins d'études lorsqu'il y a des cursus liés au domaine. On répond ainsi aux besoins documentaire des étudiants et des chercheurs. C'était le cas par exemple en mars 2013 lorsque la BU de Lettres de l'Université de Lorraine à Nancy accueillait une exposition sur le jeu présentant le jeu comme un objet d'étude digne d’intérêt universitaire. L'ensemble entrait dans le cadre d'un master 2 de sciences cognitives où se tenait un cours sur les "game design et serious games" qui se focalisait sur les aspects de la conception d'un jeu vidéo.

Dans cette optique également, la bibliothèque de l'Université d'Illinois à Urbana-Champaign propose des jeux vidéo depuis 2006 par exemple. We are looking to support student interests, curricular and teaching needs, as well as the research of many scholars on campus. Cette bibliothèque collecte et prête des jeux, et les consoles qui vont avec.

Spontanément, je suppose que les ESPÉ probablement travaillent la question, mais proposent-ils quelque chose aux futurs enseignants, je ne sais pas.

Mais entendons-nous bien, cela ne concerne pas uniquement les enseignements liés à l'univers vidéoludique en tant que tel : lorsque la faculté de droit virtuelle de Lyon 3 (hélas en berne depuis le décès cet été de Gérard Delabre) investit les univers virtuels, il ne s'agit pas tant d'étudier les jeux vidéos ou l'univers virtuels que d'expérimenter de nouvelles modalités d'enseignements à distance, de nouvelles modalités tutorales. Comment dès lors, la bibliothèque accompagne-t-elle ces modalités expérimentales ?

  1. En tant que modalité de sociabilisation

Dans son billet, "La place du jeu en bibliothèque universitaire", Vicky Gagnon-Moutzouris évoque ce qu'elle appelle un rôle marketing pour attirer des étudiants, qu'elle illustre par l'organisation outre-atlantique de "gaming night" ou de tournois de console de jeux. Il s'agit pour elle de souligner l'importance de ces activités ponctuelles qui recentrent les établissements sur leur rôle social. L'organisation de tels événements demeure néanmoins plus rare dans l'hexagone même si certaines universités proposent des événements plus ou moins festifs qui dynamisent la BU (je pense notamment au festival Sciences et manga au SCD de Lyon 1, mais il ne me semble pas qu'ils aient organisés de temps de jeu parmi les multiples activités proposées).

C'était le cas également dans les bibliothèques de l'Université Pierre et Marie Curie qui, à l'occasion du 13e salon Culture et jeux mathématiques, en 2012, annonçaient une visite-jeu de piste des espaces ainsi que des animations permettant de (re)découvrir les jeux suivant : jeux de dames, d’échecs et de go, rubik’s cubes et autres casse-têtes.

Enfin, je mets de côté les jeux incitant à s'inscrire genre concours ou tombola (ex. SCD Valenciennes en 2011), aussi prestigieux soit le prix.

Cependant, là où je ne suis pas complètement d'accord, est qu'il me semble qu'il n'y a aucune raison pour cantonner les jeux à de seuls événements temporaires. On devrait pouvoir aller plus loin et acquérir ces derniers en BU au même titre que les mangas justement : dans des fonds détentes.

Dans cette optique de socialisation, nous pourrions également ajouter les activités d'exploration et autres jeux de pistes que proposent encore une fois nos collègues américains (cf. infra). Je n'ai pas connaissance d'exemples français, hors peut-être ce que propose la Bibliothèque nationale de France qui, dans ses visites thématiques, évoque jeu de piste et jeu de rôle. Mais il s'agit là de toucher un public jeune.

Ces jeux participent pleinement de la ludification (ou gamification) de l'espace tant physique que numérique. À Montréal, on trouve une idée de badges à débloquer dans l'interface même de la nouvelle Arène des jeux, certes plutôt dans un cadre de bibliothèque territorial : l'utilisation intensive du site permet de débloquer des points et accéder à des fonctionnalités exclusives.

C'est aussi ce que propose une société anglaise comme Librarygame : toujours dans cette logique de ludification, le site propose via une simple API, de collecter les interactions des visiteurs (aussi bien emprunts d'ouvrages que commentaires sur le site, notes des activités etc.) et de leur faire gagner des points par ce biais pour donner accès à du contenu spécifique ou des fonctionnalités plus importantes. Une réponse à la problématique de l'engagement et de la participation des usagers (vous savez, le fameux 90-9-1).


  1. En tant qu'outil d'apprentissage

Le jeu, comme outil d'apprentissage, a un potentiel éducatif important, comme l'expliquait Thierry Robert sur la gamification de l'éducation et de la littératie en 2012. De fait, les bibliothécaires commencent à s'intéresser aux potentialités éducatives des jeux, certes plus en bibliothèque municipale mais on voit émerger des initiatives en BU aussi. L'objectif est alors de rendre l'acquisition de compétences plus aisée parce que plus ludique, mais aussi de se placer dans l'univers de référence des étudiants qui ont grandi en jouant aux consoles portables, sur leur ordinateur et désormais à partir de terminaux mobiles.

En 2012, dans un article paru dans la revue Reference Services Review et intitulé "Digital games in academic libraries: a review of games and suggested best practices", Mary J. Snyder Broussard du Lycoming College recense ainsi pas moins de onze jeux utilisés dans des bibliothèques universitaires américaines. Les initiatives alors portent surtout sur l'acquisition de compétences informationnelles et la recherche documentaire.

Vous allez voir que ce genre de petits jeux en ligne fait florès...

A) Des jeux questions

Le plus simple : de petits jeux basés sur de simples questions-réponses à la manière d'un jeu de l'oie ou d'un trivial poursuite plutôt.


B) Des jeux d'aventure où le joueur incarne un personnage
(Role playing game)

Il s'agit là plutôt de jeu avec beaucoup de texte où le joueur, personnage principal, résout des énigmes et explore de nouvelles régions.
  • Library adventure game (Appalachian State University Library, 2008) demande au joueur de faire une recherche sur la place des femmes dans les médias, l'occasion de découvrir les bases sur lesquelles faire des recherches en fonction du type de document recherché.
  • Bioactive, (Université de Floride, 2008) transforme le joueur en enquêteur qui découvre un chercheur mort en  son labo. L'ensemble est finalement très statique et peu visible lorsqu'il faut cliquer sur les images
  • Gaming against Plagiarism, un jeu très bien fait proposé également par l'université de Floride qui se propose d'identifier des falsifications et fabrications de données ou du plagiat via des mises en situation.
  • LibraryCraft (Utah Valley University, 2011), fait endosser un costume de chevalier en armure ou de jeune femme qui font des recherches à travers ressources et catalogue pour vaincre un dragon.
  • It's Alive (Lycoming college, 2011) vous transforme en savant fou qui doit répondre à des questions sur le plagiat, les citations, la recherche en biologie pour assembler un monstre tel Frankenstein. 
  • Planet in Peril (Pennsylvania State, 2011) vous parle également de plagiat à l'occasion de rencontres avec des extraterrestres sur un campus.
  • Quarantined (Arizona State University, 2008) vous fait enquêter dans un campus atteint d'une épidémie. Utilisant vos compétences en recherche d'information, vous devez alors trouver les causes de cette maladie et un moyen de la guérir. Nouveauté : si vous ne trouvez pas en moins de 30 minutes, votre personnage contracte la maladie et meurt.
  • Order in the library (University of Texas)
était aussi évoqué Benevolent Blue (Université de Calgary, 2008) un jeu visant à combiner FPS (tir à la première personne) et recherche documentaire, mais ce dernier n'est plus accessible depuis 2010.




C) Des petits jeux

Souvent basés sur des concepts simples (trier et trouver), ils ont des objectifs simples et faciles à assimiler.
  • Goblin Threat (Lycoming College, 2008) : il faut trouver et cliquer sur tous les gobelins qui apparaissent à l'écran, ce qui déclenche l'apparition d'une question de recherche d'information pour faire disparaître le gobelin.
  • Nightmare on Vine Street [vidéo] (University of Tennessee at Chattanooga, 2010) : Le joueur est cette fois coincé la nuit dans la bibliothèque d'où il doit vaincre des zombies pour s'échapper. Une sorte d'escape game à partir de photos de la vraie bibliothèque (et de bibliothécaires grimés en zombie ! ).
  • Head Hunt (Ohio State University, 2008) est un ensemble de petits jeux permettant à un jeune étudiant de retrouver sa tête dans les ressources de la bibliothèque.
  • Doing Research: An Introduction to the Concepts of Online Searching (University of Illinois) se présente plutôt comme un tutoriel en flash qui explique les bases d'une recherche d'info. Par exemple, pour les opérateurs booléens, il demande de placer dans tel ou tel cercle les animaux qui correspondent aux critères sélectionnés.
  • Library Arcade (Carnegie Mellon, 2008) regroupe deux petits jeux : Within Range, vous demande de ranger rapidement des livres selon la classification de la bibliothèque du Congrès avant que le temps se termine et I'll get it, est un petit jeu très sympa où vous devez aider des étudiants dans leurs recherches d'information : vous allez les voir, interrogez le catalogue et en fonction de la question allez chercher des ressources que vous lui apportez au final. 


D) Des jeux qui mélangent physique et virtuel

Certains jeux mélangent des éléments réels avec les éléments en ligne, pas tant comme Nightmare in Vine Street où le joueur évolue dans la vraie bibliothèque et rencontre les vrais bibliothécaires grimés. Il s'agit plutôt de demander aux joueurs de faire une partie de leurs recherches dans les rayons physiques, une autre partie en ligne. 

  • Blood in the Stacks (Trinity University, 2008) : c'est une sorte de chasse aux trésors où il faut résoudre des énigmes. Les étudiants doivent trouver qui, parmi les bibliothécaires a volé un artéfact égyptien.  Le jeu se joue également dans la bibliothèque physique.
  • Secret Agents in the Library (Lycoming College, 2010) : Les étudiants jouent des agents secrets qui doivent empêcher un intrus de pénétrer dans la bibliothèque en répondant à des questions à partir de ressources en ligne et physiques.

E) Des jeux à réalité alternée

Ces jeux se déroulent en temps réel et se voient directement affectés par les décisions des joueurs.

  • L'article parle d'un Project Velius (Alabama University, 2008) mais les liens en ligne n'aboutissent nulle part.
  • En revanche, la bibliothèque de l'INSA de Lyon, Doc'Insa, a effectivement mis en place un tel jeu à réalité alternée au printemps 2013 (entre février et avril) autour d'un vol de documents avec trois temps forts : création d'un contexte d'incertitude à la bibliothèque (et annonces sur les réseaux sociaux), résolutions d'énigmes avec leur site dédié mettant en scène les services de la bibliothèque, soirée spécifique dans les locaux pour clore le tout en beauté. 

  • Un dernier exemple peut être une mise en scène de l'Université de Floride expliquée dans l'article de Margeaux Johnson, Amy Buhler etChris Hilman dans Journal of Library innovation (2010) : The Library is Undead: Information Seeking During the Zombie Apocalypse. Il s'agissait de mettre les étudiants en situation de recherche pour échapper aux bibliothécaires et autres étudiants grimés en zombies. Le jeu a duré une semaine, avec un seul zombie au départ. Ce fut l'hécatombe. Ce jeu, Humans vs Zombie (HvZ), n’a pas été inventé par l’Université de Floride mais par le Goucher College en 2005 et, depuis a été joué dans plus de 650 universités à travers le monde. Il y en a un qui a lieu en ce moment même à la Appalachian State University.

F) Les jeux sociaux

La catégorie de jeux suivante concerne ce que Mary J. Snyder Broussard appelle les jeux sociaux, des jeux qui utilisent des technologies sociales pour faire jouer ensemble (en collaboration ou en compétition) un très grand nombre de joueurs.

  • BiblioBouts (University of Michigan, 2010) est ainsi un jeu qui veut transformer l'activité -solitaire- de recherche d'information en expérience sociale, expliquent ses concepteurs. L'expérience a duré quatre ans, de 2008 à 2012. Le jeu consistait à faire chercher des ressources de qualités sur un sujet donné par des étudiants, qui importaient ensuite ces sources dans Zotero, et les évaluaient. Les étudiants ensuite votaient entre eux et, en fonction de ces derniers, gagnaient des points, débloquaient des badges en évaluant et commentant les articles de leurs camarades. À la fin du jeu, les étudiants repartaient avec une liste de sources validées pour leurs travaux de fin d'année (cf un diaporama de présentation).


G) Jeux sur terminaux mobiles

Bien sûr, avec la prégnance des terminaux mobiles, les bibliothèques se sont également intéressées à ce type de supports pour toucher les étudiants. Il s'agit de profiter des possibilités spécifiques proposées par les terminaux : appareil photo pouvant flasher des QR Codes, accéléromètre analysant les mouvements de la machine, géolocalisation etc.

On se souvient dans cet ordre d'idée du jeu Paris Comic Street, proposé par la Cité de l'Architecture pendant de l'exposition « Archi & BD, la ville dessinée ». Citons également :

  • NCSU Libraries Mobile Scavenger Hunt : une visite de la bibliothèque sous forme de chasse aux trésors : la bibliothèque prête des iPod touch aux étudiants, leur permettant de répondre à un questionnaire en ligne et de soumettre leurs réponses via Evernote (hop présentation de l'outil). Les équipes gagnent des points et la meilleure, un prix.

  • On retrouve le même principe avec Lyco Map Game, où il est proposé aux étudiants de prendre en photo des endroits spécifiques du campus universitaire pour les familiariser avec le lieu.

Effectivement, il y a là essentiellement des jeux américains. Probablement parce que ce sont ceux qu'on trouve le plus facilement en ligne parce qu'ils font souvent l'objet d'articles dans les journaux professionnels. Il me semble assez paradoxalement en effet que nous documentons peu ce que nous faisons alors que je suis certain que de nombreuses initiatives se déroulent un peu partout en France.

Alors n'hésitez pas : expliquez, racontez et diffusez tout ce que vous réalisez ! (à commencer par les commentaires de ce billet).

Pour en savoir plus :

mardi 9 septembre 2014

L’angoisse de la bibliothèque

En 1986, Constance A. Mellon, formalisait le concept d’angoisse de la bibliothèque.

Cette angoisse toucherait un nombre relativement important d’usagers à des degrés plus ou moins marqués et désignerait une peur à la fois de la bibliothèque comme espace (dans son taille, dans son aménagement, dans son organisation et le classement des documents) souvent alors considéré comme confus, et à la fois de la bibliothèque comme moyen pour trouver des ressources (services, ressources, formations…). Une barrière psychologique forte empêchant les étudiants d’utiliser de manière efficace la bibliothèque, sur place et à distance.


The Anxiety of Searching for a Book, UCLA

1. Théorie de l’angoisse de la bibliothèque

Dans son article fondateur (du moins qui formalise le concept puisque de précédentes études montraient déjà une certaine appréhension des publics),Library Anxiety: A Grounded Theory and Its Development, paru dans College and Research Libraries en mars 1986, Constance A. Mellon décrit un travail mené sur deux ans portant sur les sentiments des étudiants au moment de faire des recherches à la bibliothèque. Les résultats sont sans appel : 75% à 85% des étudiants évoquent un sentiment de peur quant il s'agit d’utiliser pour la première fois la bibliothèque et de manière plus récurrente au moment de recherches. Une analyse d’écrits personnels des étudiants lui permet ainsi d’identifier des thèmes récurrents de peur, confusion, sentiment d’être dépassé, perdu, sans aucune ressource, toujours en cet instant fatifique de conduire leurs recherches d’information. C’est en liant ces sentiments à l’anxiété des Maths ou celle liée aux examens qu’elle forge cette notion « angoisse de la bibliothèque ». 

Cette angoisse peut se traduire de plusieurs façons :

  • Peur du lieu bibliothèque, souvent décrit par sa taille impressionnante;
  • Ne pas savoir où trouver de l’information, ni comment elle est organisée ;
  • Manque de confiance en soi sur la façon de conduire des recherches ;
  • peur du bibliothécaire lui-même avec un refus de demande d’aide ;
  • Impression d’être le seul à ne pas comprendre comment fonctionne la bibliothèque ;
  • Sentiment de paralysie au moment de commencer des recherches d’information.

De là, les étudiants paraissent moins concentrés sur leurs travaux et ne parviennent pas à faire des recherches correctement. Mellon précise : « Students become so anxious about having to gather information in a library for their research papers that they are unable to approach the problem logically or effectively ». Cela peut aller, selon les recherches de nos collègues américains dans le domaine, jusqu’à l’échec pour l’obtention de son diplôme (Onwuegbuzie et Jiao, 1998).

Sans aller jusque-là, d’autres chercheurs depuis ont démontré la permanence de ce sentiment négatif vis-à-vis de la bibliothèque (Bostick, 1993), tandis que Jiao, Onwuegbuzie,et Lichtenstein étoffaient le concept en expliquant que ces sentiments pouvaient avoir des conséquences cognitives, affectives, physiologiques et comportementales interférant directement avec l’accomplissement de tâches informationnelles (Jiao,Onwuegbuzie,and Lichtenstein,1996).

Cette angoisse est considérée comme étant un phénomène unique, spécifique à l'environnement bibliothèque et non lié à l'anxiété générale liée aux études supérieures et de premier cycle. Bien qu'il ait été suggéré que certaines de ses dimensions, comme demander de l'aide, peut être liée à des traits de personnalité indépendants de la bibliothèque, aucune preuve empirique n’a encore été fournie pour étayer cette proposition.

2. Une échelle de mesure

En 1992, Sharon Bostick propose une échelle de mesure pour détecter et évaluer l’angoisse potentielle causée par la bibliothèque sur les étudiants. Cette échelle identifie plusieurs domaines porteurs d’angoisse :

  • Les relations avec les professionnels [Barriers with staff]: Les personnels sont perçus comme intimidants, inaccessibles et de toute façon trop occupés ou ayant d’autres tâches plus importante à faire que d’aider les usagers ;
  • Les compétences informationnelles perçues [Affectives barriers]: l’étudiant se sent incapable de faire des recherches et d’utiliser la bibliothèque comme lieu de ressources, sentiment renforcé par l’idée qu’il est seul à être perdu et confus ;
  • L’espace physique [Comfort with the library]:  un sentiment de confort, de sécurité, de bon accueil offert par la bibliothèque, lié aussi à l’agencement et les mobiliers favorisent ou non l’accueil des étudiants ;
  • L’organisation interne [Knowledge of the library] : l’étudiant ne comprends pas comment est organisée la bibliothèque, il n’a aucun sentiment de familiarité, se sent frustré. 
  • L’abondance des machines [Mechanical barriers] : sentiment liés aux machines, aux équipements, à l’ordinateur… un étudiant ayant du mal à utiliser les machines étant susceptible de développer une angoisse plus profonde

[Télécharger l'échelle de Bostick : Library_Anxiety_Scale.docx]

En 1997, Owuegbuzie ajoute :
  • La disponibilité des ressources [Resources anxiety]: frustration liée à la disponibilité des ressources, notamment à l’absence de plein texte lors d’une recherche en ligne.

Plusieurs recherches se sont alors concentrées sur l’origine de cette angoisse, essayant de déceler des facteurs directs ou indirects. Si aucun facteur direct n’a été décelé, plusieurs facteurs indirects sont alors proposés, avec des origines situationnelle, contextuelle, ou dispositionnelle (que l’étudiant apporte avec lui).

source : Library Anxiety: Theory, Research, and Applications Par Anthony J. Onwuegbuzie,Qun G. Jiao,Sharon L. Bostick


Parmi ces variables, Jiao et Onwuegbuzie ont surtout identifié :

  • Faible niveau d’acceptation sociale perçue
  • Injonction sociale à la perfection
  • Procrastination académique
  • Mauvaises habitudes de travail
  • Faible compétences en lecture
  • Modalité d’apprentissages
  • Faibles compétences informatiques
  • Faibles espoirs pour renverser des obstacles liés à la poursuite d’objectifs
  • Interdépendance sociale

Certaines de ces recherches identifient un lien complexe entre cette angoisse de la bibliothèque et d’autres angoisses liées aux études supérieures, à la Recherche, à la communication en public, bref tout un ensemble influant plus ou moins directement l'étudiant.

source : Library Anxiety: Theory, Research, and Applications Par Anthony J. Onwuegbuzie,Qun G. Jiao,Sharon L. Bostick

3. Lutter contre cette angoisse

Les travaux qui s’intéressent à réduire un tel sentiment se concentrent alors sur la façon dont rendre la bibliothèque plus acceptable, confortable pour les étudiants en leur donnant soit les compétences pour développer leur connaissance du lieu et la confiance en eux, soit de les rassurer sur l’aspect usuel, normal du phénomène et de leur expliquer les stratégies à mettre en oeuvre pour dépasser ses effets négatifs.

Il s’agit alors de travailler sur les formations dispensées tant au niveau du contenu que de l’attitude du bibliothécaire. Le fait est qu’un étudiant mieux formé sera plus familier du lieu et verra son angoisse circonscrite. Plus largement, faciliter les rencontres avec les professionnels, faire comprendre et savoir qu’il y aura toujours quelqu’un pour les accueillir, répondre à leurs questions sans les juger et les soutenir dans leurs recherches.

La simple reconnaissance d’une telle angoisse est de nature à la réduire. De ce fait, plusieurs propositions ont été formulées :

  • Raconter ce sentiment ou des expériences similaires de façon plus ou moins humoristiques via des vidéos ou des séances de discussions entre étudiants
  • Informer les étudiants que les mauvaises expériences à différents niveaux de la recherche d’information sont normales
  • Évoquer ce genre d’angoisse au moment des formations

Mais d’une manière générale, il s’agira de faire de la bibliothèque un lieu amical, tourné vers l’usager, de travailler sur les comportements des professionnels, fournir une expérience positive du lieu bibliothèque et de renforcer les formations. En soi, rien de bien extraordinaire.

Plusieurs bibliothèques travaillent activement sur le sujet et n'hésitent pas à accompagner les étudiants qui pourraient en être vicitme. Ainsi la bibliothèque de la Washington State University, propose-t-elle un libguide spécifique donnant des pistes pour mieux appréhender les lieux ou jouant sur les stéréotypes du bibliothécaire.

En fait, nous faisons de même et travaillons également via la médiation numérique documentaire à améliorer l'expérience usager, partant, à réduire cette angoisse inhérente de la bibliothèque. Cela va sans dire. Mais cela va mieux en le disant. 


Pour aller plus loin :

mardi 2 septembre 2014

Biblio-goodies

Comme tout congrès, c'est l'IFLA c'est aussi l'occasion de récupérer des biblio-goodies, vous savez, tous ces objets publicitaires promotionnels que proposent les bibliothèques (parce que ce sont ceux-ci qui m'intéressent, pas tellement ceux de fournisseurs). Et je peux vous assurer que les établissements ont de la suite dans les idées.

Dans ma collection, ou plutôt dans ma collecte, pour l'instant se trouvait déjà des mugs, des sacs, des cartes postales, une écharpe IFLA, des petites voitures représentant des bibliobus, un calendrier de bibliothécaires mâles, des stylos, des marque-pages ou encore des badges. En voici quelques exemples :

Notez le "cleanPatch" des bibliothèques médiathèques de Metz : un mini chiffon qui se colle au dos du téléphone d'où il se détache pour vous aider à nettoyer l'écran de votre appareil mobile. On ne les voit pas non plus, mais le carton rose est une carte postale renvoyant aux affiches créées à l'intention des 30 ans de la BDSL.

On y trouve également des jouets, autour de la représentation du bibliothécaires, depuis le personnage Légo à cette chère Nancy Pearl (qui existe vraiment) mais pas en version DeLuxe, c'est à dire sans son chariot à livres et son ordinateur, ou la figurine de Rex Libris. On trouve également dans ma collection des boîtes de BiblioDéfi, dont il va peut-être falloir que je fasse une photo. Bon, je n'ai pas encore la Barbie bibliothécaire gothique, mais ça viendra peut-être...

Cette année, la collecte fut bonne, tant au niveau des prospectus que d'autres goodies. Il manque dans l'image ci-dessous la sacoche du congressiste et les badges apparaissent après mais vous y retrouvez le matériel habituel, à savoir les marque-pages, les stylos, une clef USB, un chiffon antistatique et des cartes postales, dont une série reprenant les principaux axes du IFLA Trend Report, avec des phrases chocs comme : "Who's profiting from your personal information ?", "If online education is free, then how much is it really worth ?", "When your phone, your car and your wristwatch know where you are all the times - who runs your life ?", "Are you ready for cyber-politics ?"

Dans le pot se trouvent de précédents badges de bibliothèques : de Rouen, Londres ou encore de la BANQ à Montréal. Il manque aussi le badge contre la censure de l'AbF. 

Sur la première photo, parmi les prospectus, se trouvent un journal rédigé par des enfants dans les prisons, diverses initiatives pour favoriser la lecture dont les paquets de cartes à collectionner "Now and Then".

Ces cartes proviennent du National Library Board de Singapour.  Vous en avez peut-être récemment entendu parler : le mois dernier,  cette instance avait fait retirer des bibliothèques de la cité-État trois titres évoquant l'homoparentalité provoquant une assez vive polémique et la démission de trois membres du prix littéraire de Singapour.

Cette fois, l'initiative semble intéressante : il s'agit d'amener les petits garçons de 7 à 12 ans à la lecture en leur faisant collectionner des cartes sur le passé et le présent de la Cité : militaire, transports, lieux, technologie... une façon amusante, nous raconte le collègue présentant son poster officiel, de découvrir l'histoire locale, le plaisir de la lecture et d'apprendre à travers les ressources de la bibliothèque. L'initiative espère aussi renforcer les liens entre les générations en favorisant les échanges autour des cartes. Il y avait ainsi 100 cartes à collectionner et 4 cartes en édition limitée, avec des illustrations holographiques, chacune valant 24 cartes normales. Les enfants pouvaient alors faire des échanges avec les bibliothécaires et lors d'animations spécifiques.

Concrètement, les usagers doivent emprunter huit documents pour recevoir un paquet de quatre cartes à collectionner. Le poster explique qu'au cours des dix mois de l'expérience, toutes les cartes ont été distribuées générant plus de 2.4 millions de prêts, ce non seulement dans la bibliothèque nationale de Singapour mais également dans huit autres bibliothèques partenaires.

Chaque carte présente sur une face une image et sur son recto quelques lignes d'explication, d'anecdotes agrémentées d'un code QR censé renvoyer vers des ressources en ligne. 

Le problème est que manifestement, ce sont surtout des cartes sur l'armée et autres considérations militaires qui remontent. Plusieurs collègues n'ont eu que cela. Sur deux paquets, j'ai eu six cartes sur l'armée, une carte sur le Zoo de Singapour et une carte sur "le smartphone. En fait de "ressources en ligne", les cartes militaires renvoient vers le site du ministère de la défense, ses forces terrestres, aériennes, son recrutement. On ne peut nier que ça fait un peu tache dans le projet. Sinon, la carte du Zoo renvoie vers le site du zoo, celle sur le smartphone renvoie vers la page de la Britannica sur les smartphones. 

Alors, bonne idée ? Peut-être, s'il n'y avait pas ce spectre de récupération militariste. Un paquet de cartes à collectionner est un objet qui doit effectivement bien marcher dans les cours de récrés.

jeudi 28 août 2014

Fragments d'IFLA

Après l’IFLA Camp, le congrès de l’IFLA lui-même. Mon congrès de l’IFLA plus précisément, tant je suppose que chacun des 4.000 participants (hey, 3.500 au congrès de Paris en 1989 !) a vécu cette expérience différemment et tout autant intensément.

Je suppose que les compte-rendus vont pleuvoir, du coup, je vais concentrer celui-ci sur mon vécu plus qu'un résumé du congrès.


1. Le volontariat

Ma présence au Congrès fut possible grâce au volontariat, soit la possibilité de participer au congrès en échange d'heures de services pour aider à l'organisation, le bon fonctionnement du congrès, l'orientation et l'accueil des congressistes. Des fonctions agréables même si souvent prenantes et aux horaires parfois improbables : se lever à 5h30 pour partir à 6h et être présent sur les lieux du congrès à 7h, un dimanche de surcroît, c’est tester loin la raison de service –surtout quand on s’est couché tard la veille.

Mais être volontaire, c’est d’abord faire partie d’une grande famille, rencontrer des collègues de France et d’ailleurs, parfois venant de sa propre ville aussi, et échanger sur le devenir d’une part, les travaux d’autre part des uns et des autres. C'est également revoir des amis avec grand plaisir, passer simplement du temps avec eux, faire des sorties, partager des expériences, rire, se sentir complice et proche.

Être volontaire, c’est courir partout. Parcourir le Centre de long en large et de haut en bas, résoudre des problèmes informatiques, des problèmes de photocopies, ou de bouteilles d’eau manquantes.  Pour ma part, ce fut également refouler le traiteur aux portes du Salon des exposants pour défaut de badge ou le Chef de la sécurité (l’un comme l’autre ont pu accéder au salon et tout a bien fini heureusement). Aider des collègues handicapés à se diriger vers le micro pour poser leur question, vérifier les bonbonnes d’eau, prendre les congressistes en photos, avec leur tablette, avec leur smartphone, avec leur appareil, et encore, et encore, et encore…  Faciliter l’orientation des congressistes, se battre avec un vocabulaire anglais pourtant su mais qui ne voulait pas sortir sinon forcément après que la personne se soit éloignée. Bref, un sentiment diffus et plaisant d’être utile.

Ce fut aussi profiter pleinement de l'ambiance du Congrès. Sourire et essayer de faire naître un sourire sur les visages des collègues du monde entier. Avoir le plaisir de renseigner et d'accompagner. Aider une congressiste à retrouver son appareil photo et être couvert d’applaudissements fort peu mérités. Donner l’occasion à un vieux professeur américain de parler en français pour son plus grand plaisir et ne plus arriver à arrêter son bavardage. C'est une fatigue sourde parce que continue, mais qui en devient familière, et le sentiment du travail bien fait. Ce sont les applaudissements des congressistes à la cérémonie de fermeture… Beaucoup de souvenirs, d'images, de sensations.

L’équipe réseaux sociaux documentait ces instants via la page officielle Facebook, un compte Twitter résumé en un StorIfla, une sorte de reportage au jour le jour du congrès et de ses coulisses.

Très concrètement, être volontaire ce fut donc en ce qui me concerne le contrôle des badges à l’entrée des salles, la distribution des sacoches et de leurs badges aux congressistes nouvellement arrivés et inscrits, la distribution de casques de traduction, l’assistance aux intervenants durant les conférences, l’assistance aux traducteurs, la vérification des bonbonnes d’eau, l'orientation de congressistes. Des activités variées qui m’ont permis de rencontrer et de discuter avec des collègues étrangers et de participer à quelques réunions et sessions. 

2. Business Meetings et Sessions

Avec un tel rassemblement de professionnels, il n’est pas surprenant que l’IFLA soit surtout l’occasion de nombre de réunions de travail. De réunions officieuses, organisées dans l'ombre du Congrès profitant de la présence des différents partenaires et participants, et de réunions officielles bien sûr, inscrites dans le programme, celles des différentes divisions, sections et groupes d’intérêts spéciaux qui structurent l’association.

Pour ma part, j’ai pu assister à la première réunion de la section Education and Training : cette réunion organisée le samedi 16 août a lancé des groupes de travail dont les premières conclusions furent discutées lors d’une seconde réunion prévue le mercredi 20. Cette section, qui fêtait ses 40 ans le lundi 18 au cours d’une journée extraordinaire à l’enssib, suivait un déroulement et un ordre du jour bien structuré et organisé : introduction, rapports des responsables de groupe, projets, conférences à venir, ce dans les deux prochaines années. En 2016 par exemple, la section prévoie de travailler sur le e-learning. On sentait qu'ils avaient l'habitude de travailler ensemble et que son fonctionnement était éprouvé pour des résultats reconnus d'ailleurs.

J’ai également assisté à la première réunion du groupe d’intérêt spécial Services to LGBTQ users, formé en 2013 à Singapour. La réunion rassemblait presque autant de participants (une trentaine) mais s’est déroulée de manière un peu moins cadrée. Les collègues ne se connaissant pas, la dynamique de la réunion était moins importante au début. Ce fut néanmoins l’occasion de faire le point sur la vie du groupe, sur la toute proche conférence prévue le jour suivant « Adressing the silence: how libraries can serve their lgbtq users », les projets à venir (organisation de la prochaine conférence au Cap, mise en perspective de la déclaration de Lyon avec les objectifs du groupe, rédaction d’un Plan d’action pour les années à venir…) et découverte des actions des différents membres, dont une présentation de la commission Légothèque de l’AbF.

Parmi les sessions et conférences, j’ai pu assister à –outre celle réservée aux nouveaux participants et les cérémonies d’ouverture et de fermeture- une session de la section Literacy and reading organisée sous forme de mini-ateliers : ainsi, au lieu de faire se succéder les intervenants à la tribune, la section a-t-elle préféré les répartir dans une dizaine de tables où chacun pouvait présenter son projet à et répondre aux questions d’une dizaine de congressistes. Tous les quarts d’heures, les congressistes changeaient de table et de projet. Une formule censée faciliter les échanges avec la salle. C'est intéressant, soit- dit en passant, cette diversité de modalités de conférence : conférences magistrales, discussions libres façon café philo, cette forme de speed-meeting... on sent que les collègues réfléchissent aux moyens de favoriser les échanges avec et d'impliquer plus étroitement les participants.

J’ai pu sinon assister à une partie de session sur les « hot topics in academics libraries », sur « Libraries in the political process: benefits and risks of political visibility » (dont les interventions sont aussi traduites en français) et sur « New technologies, information, users and libraries: Looking into the future ». Notez bien que le texte de la plupart des interventions est accessible en ligne au niveau du programme du congrès, une mine des plus riches quel que soit votre intérêt professionnel.

J’essaierai de revenir sur ces sujets plus spécifiquement dans d'autres billets.

Pour aller plus loin : 

lundi 25 août 2014

That was IFLA Camp

Le congrès de l'IFLA vient de se terminer. Comme quelque 297 autres collègues francophones -et non uniquement français- je faisais parti des volontaires cette année. L'occasion de revenir sur cette expérience en quelques billets.

À commencer par l'IFLACamp.



Les jeudi 14 et vendredi 15 août se tenait à l'enssib le 3e IFLA Camp. Une non-conférence proposée par le Groupe d'intérêt spécial des Nouveaux professionnels (i.e. à la fois jeunes ou récents dans la profession) dont le but essentiel est de faciliter les échanges, créer du réseau et porter la voix des professionnels : jeunes professionnels, échanges entre jeunes professionnels et autres en poste. Nombres sont les associations professionnelles nationales d'ailleurs qui proposent des groupes ou des branches de jeunes professionnels (cf aussi cette liste de comptes twitter).

Mais avant, deux points de vocabulaires :

Cette "unconference" fait partie des congrès et réunions satellites. Ainsi, autour du congrès de l'IFLA sont organisés des réunions à une distance de 3h maximum du Lieu du congrès. Cette année, il y en a eut à Birmingham, Paris, Strasbourg, Genève, Francfort ou encore Turin. La réunion de l'AIFBD se déroulait à Limoges. Les membres appartenant à une section ou un groupe d'intérêt spécial organisent ainsi une ou deux journées de conférences avant ou après l'IFLA afin de profiter de ce rassemblement exceptionnel de professionnels et d'aborder des thématiques peut-être plus spécifiques ou pointues qu'au cours du congrès principal.

Autre précision, le travail de l'IFLA se divise en six programme stratégiques et cinq divisions. Ces dernières se subdivisent elles-même en section, groupes de travail officiels et reconnus et groupes d'intérêts spéciaux, devant encore faire leurs preuves auxquels appartient encore le groupe des Nouveaux professionnels. En tant que GIS, ce dernier a quatre ans pour faire ses preuves, attirer du monde lors de conférences et de sessions et montrer par-là un intérêt pour les thématiques professionnelles qu'il porte. Vous en trouverez la liste et la composition sur le site internet de l'association. La réunion satellite des Nouveaux Professionnels s'appelle l'IFLACamp, l'un des outils du groupe parmi l'organisation de webinars (regardez aussi celui-ci ! ). Après Helsinki et Singapour, Lyon dessine la troisième année d'existence du groupe.

L'IFLA Camp

L'IFLA Camp regroupe donc de jeunes professionnels. Il y avait entre 20 et 30 présents sur une soixantaine d'inscrits, mais je concède avoir raté une demi-journée d'ateliers, devant assister à la formation réservée aux volontaires. Le nombre d'inscrits est moindre qu'attendu mais ce n'est pas si surprenant. L'inscription étant libre et gratuite, il est probable que certains collègues aient prévu de venir et reporté leurs projets suite à l'imminence du Congrès IFLA.

En soi, la formule est simple : après un rapide tour de table, les participants proposent des thématiques de travail autour desquelles ils échangent lors des sessions d'ateliers suivantes. Un bilan des discussions est proposé en fin de journée. La liste de l'ensemble des thèmes abordés lors de ce 'camp est accessible en ligne sur le site du groupe. Une souplesse voulue censée favoriser l'implication des participants, et permettre d'aborder un large ensemble de thématiques professionnelles. Pour accompagner les discussions, les responsables créaient des pages sur un PAD permettant à chacun de proposer un compte-rendu et de documenter en direct les discussions afin de conserver traces des échanges et des liens évoqués, pour plus tard.


L'idée de ces ateliers est bonne : la forme d'ateliers, entre petits groupes, est profitable et plus efficace que la participation à des conférences magistrales. Il y a cependant eut quelques temps d'hésitation au moment de se répartir dans les ateliers et cette répartition ne fut pas toujours aisée : il s'en est trouvé sans participant tandis que d'autres rassemblaient nombre de collègues. Je pense que la répartition dans les différents carrel de l'école, c'est à dire sans visibilité sur la répartition dans les différents groupes, n'a pas facilité cette dernière.

Les échanges ne durent que 45 minutes (en réalité souvent plus) et leur qualité dépend évidemment beaucoup des participants, de leurs apports et de leurs réflexions personnelles. Je n'en ai pas non plus toujours bien cerné le but : dans l'un des ateliers, l'animatrice attendait clairement une réponse à ses questions, dans un autre il s'agissait plus d'échanges de pratiques et de pistes de réflexion. Mais probablement cette liberté est-elle voulue et liée à la souplesse attendue dans l'organisation. Du coup, les retours en fin de journée m'ont paru également inégaux, assez logiquement.

Quels apports ?

Sur la forme, l'idée des thématiques décidées le matin semble bonne ; afin d'améliorer ces premiers échanges, il aurait peut-être fallu demander par mail aux participants de réfléchir en amont à des thématiques à proposer. Cela pourrait aussi renforcer l'implication des participants et réduire le nombre d'absences. Le premier jour fut effectivement un peu laborieux à ce sujet. De même, la composition des ateliers aurait mérité d'être mieux suivie de manière à ne pas laisser des groupes trop hétérogènes se constituer.
Sur le fond, les attentes des participants étaient vraiment différents et, s'il est intéressant d'échanger autour de sujet dont ce n'est pas sa spécialité, cela limite quand même l'expertise et les discussions. Pourquoi pas se donner un fil rouge afin d'orienter les discussions ou laisser une part de discussion programmée et une part libre ?

L'un des principaux apports de cet IflaCamp demeure bien évidemment l'échange avec les collègues, comme à peu près toujours dans le cadre de congrès professionnels. Ce fut en ce qui me concerne l'occasion de découverte de pratiques de collègues scandinaves, allemand et américains, l'occasion de discuter, d'étoffer son réseau, des contacts que j'espère faire fructifier par la suite.

You will get the chance to learn from each other, empower yourself, and make lots of new friends at IFLAcamp! affirme le site.



Les photos appartiennent à Sébastien Wilke, co-convenor du groupe et disponibles sous licences CC.



Pour aller plus loin :

mardi 27 mai 2014

Et les petits poneys, ils lisent quoi ?

J'aime beaucoup l'initiative suivante de certains de nos collègues américains pour faire de la prescription sans le montrer.

YALSA (Young Adult Library Services Association) est la branche de l'association des bibliothèques américaines consacrée aux publics jeunes et adolescents.

Parmi les nombreuses activités du groupe, ce dernier anime notamment un blog de littérature alimenté par des professionnels et des étudiants intitulé sobrement : The Hub.

The mission of The Hub: Your Connection to Teen Reads is to provide a one-stop-shop for finding information about teen reads, including recommendations for great teen reads, information about YALSA lists and awards, book trailers and other book-related videos, and best of the best lists.

L'idée est bien sûr de promouvoir la littérature de jeunesse, les titres coup de cœurs ou récompensés par un prix décerné par l'association, et d'aborder tout sujet en rapport avec la littérature et ses auteurs. Les billets sont placés sous licence Creative Commons, les auteurs doivent être membre de l'association et, surtout, ne peuvent contribuer plus de deux ans afin de garder une certaine fraicheur dans l'écriture.

En fait de littérature, le blog évoque également de la culture des adolescents et n'hésite pas à évoquer d'autres domaines. C'est le cas de l'un des dernier billets qui part des personnages d'un dessin animé à la mode en ce moment : le reboot des Mon Petit Poney : friendship is magic sur nos écrans (Gulli et tiji) depuis 2010.

De manière inattendue, cette nouvelle version semble trouver une audience bien plus large que le public des plus jeunes auquel elle est initialement destinée, notamment auprès des 15-35 ans, un peu à la manière d'autres dessins animés à succès autant suivis par des adultes que des enfants : les supers nanas ou le fameux Bob l'éponge. Les détournements sur DeviantArt sont aussi nombreux que réussis et impressionnants. 

Dans le billet donc, l'idée est de repartir de ces personnages, somme toute fortement reconnaissables et caractérisés (couleur, symbole, personnalité avec leurs qualités et leurs défauts) afin de proposer ce que tout bon bibliothécaire ferait : une sélection d'ouvrages que ces Poneys pourraient aimer lire. What would they read ? n'est autre qu'un travail classique de prescription, mais qui part des personnages adorés par les plus jeunes pour les amener à découvrir de nouveaux titres.

Ainsi, le héros de la saison 1 est un vrai rat de bibliothèque : Twilight Sparkle. Cette dernière (puisque ce sont essentiellement des poneys filles) est une grande travailleuse, qui passe ses journées à lire au point d'être complètement isolée et que la Princesse l'oblige à se rendre à Ponyville afin d'y découvrir les vertus de l'amitié. Comme il s'agit d'une licorne, elle possède également des pouvoirs magiques. La réponse à ses problèmes réside donc dans un savant équilibre entre la pratique de la magie, ses recherches et l'amitié. 

Ceci étant rappelé, le collègue qui a écrit le billet explique que Twilight Sparkle devrait apprécier la trilogie de "La fille de braises et de ronces" de Rae Carson qui met en scène une jeune fille détentrice de pouvoirs et qui doit remplir sa destinée d'Elue dans un univers d'heroic-fantasy :

I think that Twilight Sparkle would enjoy The Girl of Fire and Thorns by Rae Carson (2012 Morris Award Finalist, 2012 Top Ten Best Fiction for Young Adults) which is the story of Elisa, a princess and the Chosen One.

Plusieurs titres sont ainsi passés en revue, en essayant de faire référence aux livres primés par YALSA ou d'autres prix de littérature jeunesse. Et l'on retrouve le même travail pour les autres personnages principaux de la série, la volontaire et rapide Rainbow dash, ou la fragile et (superficielle ?) Rarity. 

Plus tôt, en avril, le même travail avait été fait autour des personnages du film Captain America : winter soldier.

Une porte d'entrée donc que je trouve originale et amusante pour faire des propositions de lecture et amener les plus jeunes à se créer des parcours de lectures en fonction des personnages auxquels ils peuvent, ou non, s'identifier. 

mardi 8 avril 2014

Argumenter autour d'un fablab

Ceux qui s'intéressent aux fablabs et autres makerspaces connaissent certainement le réseau des YOUmedia.

Le premier de ces espaces de création destinés aux adolescents fut ouvert dès 2009 par le réseau des bibliothèques de Chicago et propose de nombreux outils de créations depuis les outils de montage au studio d'enregistrement. Cette même bibliothèque de Chicago qui, soit dit en passant, donne accès à une imprimante 3D (m'enfin, on trouve la même chose en France, à Quimperlé par exemple).

Je ne vais pas revenir sur ce que sont les fablabs ni sur leur intérêt en bibliothèque, de nombreux collègues s'y sont déjà essayé :



Ce qui m'intéresse est le discours qui a accompagné cette ouverture.

Dans la vidéo de présentation ci-dessus, la directrice de la bibliothèque explique :

YOUmedia is a concept that was brought to us by the MacArthur foundation. In 2008, they arrived with a lot of researchs that shows that in the 21st century, teens learn by making and doing, and it was their concept to take digital learning, digital media, mentors and an [archaist ?] librarian, and we brought books to the party as well, [voilà, here], and created this wonderful space.

(...) The books collection that is here gets the kids involved and they read, and then they go up and they do ; they create something with the digital media based on what they read : that's learning.

Comment donc explique-t-on la transformation de la bibliothèque, certes ouverte, certes troisième lieu et tout ce qu'on voudra, bref, comment explique-t-on l'arrivée des fablabs et des makerspaces dans les bibliothèques ? Comment explique-t-on que la bibliothèque va offrir soudainement un studio d'enregistrement, un hébergement de blog, un atelier de montage vidéo alors qu'elle est encore étroitement associée dans l'imaginaire collectif aux livres ?

Marie Dempsey, la directrice donc, y répond en replaçant le rôle et la mission des bibliothèques dans son axe de portail d'accès au savoir. La bibliothèque donne accès au savoir comme elle l'a toujours fait. Or les modes d'apprentissage ont changé : aujourd'hui les pratiques des usagers montrent que l'apprentissage passe surtout par le faire. Il devient donc dans la mission de la bibliothèque de répondre à cette évolution en proposant des espaces d'apprentissage par le faire. Ces espaces sont gérés par la bibliothèque mais, de même que les bibliothécaires n'ont pas toutes les connaissances et orientent les usagers vers les bons ouvrages, de même l'accompagnement des usagers dans la maîtrise de ces outils numériques passe par la présence de "mentors", des spécialistes du domaine.

Il me semble que c'est une approche très pertinente que de replacer ces étranges objets dans les missions générales de l'établissement. Un argumentaire qui parle également aux usagers et aux décideurs, je suppose, parce qu'il rétablit la bibliothèque dans un univers connu (le monde du livre et du savoir) pour s'en éloigner subtilement, à partir des pratiques, des besoins des usagers eux-mêmes. Je ne suis pas certain que parler de participation parle vraiment aux élus par exemple. That's learning, me semble donc une accroche plus efficace.

Peut-être plus également que l'autre argumentaire souvent employé.

Un makerspace, ce n'est pas seulement la mise à disposition d'outils. Derrière, surtout, se trouve toute une philosophie, des valeurs de créativité et de partage, rappellait Gaëlle Bergougnoux dans son article. Mary Dempsey les évoque d'ailleurs quand elle parle de fabrications à partir des lectures.

Mais encourager la créativité individuelle en soi n'est pas forcément comprise une mission évidente des bibliothèque, sauf si on la rapproche des missions culturelles et sociales. Une part belle faite à l'accès ouvert, au partage et à la capitalisation des connaissances qu'on retrouve d'ailleurs dans la charte des fablabs.

Partage et culture ouverte, des valeurs qu'on retrouve peut-être plus facilement pour accompagner la mise en place de laboratoires pour adultes (les Youmedia sont clairement destinés aux adolescents).

Quoiqu'il en soit, il semble important de se positionner sur le terrain de son interlocuteur, de partir de ses représentations pour expliquer où on veut aboutir, et de lui exposer comment ses objectifs à lui (sociaux pour un décideur, d'apprentissage pour un usager) peuvent être rempli par le nouvel espace ainsi créé.

mardi 11 mars 2014

Marketing, lobbying et advocacy

Parmi les concepts anglo-saxons qui concernent les bibliothèques se trouve celui d'advocacy. En France, nous n'avons pas vraiment d'équivalent parce que la notion regroupe nombre de définitions et de domaines. Il s'agit de promotion, un peu de lobbying, de communication, de marketing sans être vraiment aucun des trois tout en en reprenant les principaux outils...

On voit globalement de quoi il s'agit sans parvenir à toucher vraiment du doigt ce que me terme recouvre.

S'adresser aux publics

On comprend bien l'origine du concept : avec la démocratisation et l'ouverture des bibliothèques, les professionnels ont cherché à mieux faire passer les messages auprès de leurs publics, avérés et potentiels. Ce message intéresse tout autant les partenaires des bibliothèques : les entreprises (si, si), les associations, les écoles, les autres services municipaux et universitaires. Encore plus les tutelles qui détiennent les cordons de la bourse d'une part et d'autre part valident les documents de politiques, notamment documentaires, que nous leur soumettons. On touche là, surtout dans les pays anglo-saxons, au lobbying comme à des formes de communication et de marketing (c'est à dire comment toucher le plus justement et le plus efficacement possible les publics auxquels on s'adresse), devenues d'autant plus prégnantes depuis quelques années avec l'émergence du web social et des réseaux sociaux.

Mais ces notions ne sont pas toujours bien passées auprès des professionnels qui ont vu arriver ces activités avec scepticisme, sinon avec mépris, comme le rappelle Cosette Kies dans son ouvrage Marketing and Public Relations for Libraries, citée par Pat Cavill :

There has been widespread skepticism, suspicion and scorn and many have regarded these activities as beneath the dignity of librarians. Some seemed to believe that libraries do not need to be touted in any special way because their innate goodness should some how be obvious to all.

[Il y avait un large sentiment de scepticisme, de suspicion et de dédain, et beaucoup regardaient ces activités comme indignes des bibliothécaires. Certains semblaient croire que les bibliothèques n'avaient pas besoin d'être valorisées de quelque façon que ce soit parce que leur bénéfice propre aurait dû être évident à tous.]

Bien évidemment ce n'est pas aussi simple que cela. Et si de nombreuses études soulignent l'amour du public pour les bibliothèques, il apparaît aussi que l'intérêt porté n'induit pas soutien actif, d'autant que les services proposés ne sont finalement pas très bien connus (combien ignorent encore qu'on peut trouver des tablettes ou des jeux vidéos à côté des sempiternels livres ?). 

Ce qu'est et n'est pas l'advocacy

L'idée est donc de dépasser la seule communication. Il ne s'agit plus de dire qui nous sommes, ce que nous faisons et pour qui. Il ne s'agit pas de réfléchir à la façon dont toucher les publics pour leur raconter les activités et la vie de la bibliothèque. Cette approche, légitime, convient plus à une mise en scène promotionnelle de l'établissement pour attirer de nouveaux publics ou informer sur les services. On part de la bibliothèque.

L'idée est également de dépasser l'approche marketing. Cette dernière s'interroge sur les publics, qui ils sont, quels sont leurs besoins spécifiques pour y apporter la réponse la plus adaptée. C'est la réponse aux besoins des publics qui devient primordiale, quitte à modifier le fonctionnement de la bibliothèque. C'est pour cela qu'on ne va pas s'adresser à un public en général mais à des segments identifiés permettant d'être plus pertinent. On part des publics.

Les collègues anglo-saxons évoqueraient également en troisième contre-point l'activité de lobbying, c'est-à-dire autour d'enjeux de défense d'intérêts avec des hommes politiques. Une dimension qui est moins importante de ce côté de l'Atlantique. 

L'advocacy est un moyen pour changer nos seulement les mentalités mais aussi les pratiques en faisant prendre conscience du ou des problèmes aux publics visés. Il peut utiliser les outils de la communication ou du marketing, mais ne part pas tant de la bibliothèque, ou des publics, que du problème lui-même. L'idée est d'appuyer et soutenir le changement, petit à petit, donc sur du long terme. L'idée est aussi de connaître son public, pour lui démontrer la valeur ajoutée de l'offre des bibliothèques, comme peut le faire un groupe d'influence. Dans son mémoire du diplôme de conservateur des bibliothèques, Anthony Merle explique aussi qu'Il s’agit d’associer les populations de façon pertinente pour qu’elles se sentent naturellement impliquées dans la défense et la promotion de leur service public. Une démarche qu'il fait reposer sur deux pieds politique et éthique :

La mise en place d’une démarche d’advocacy des bibliothèques n’est pas seulement le masque vertueux d’un corporatisme qui ne se soucierait que des intérêts de la profession. Le travail des bibliothécaires permet de rétablir le déséquilibre généré à la fois par le droit et par les lois du marché, ce qui fonde clairement le socle moral de l’advocacy. La société démocratique dans son ensemble a intérêt à disposer d’un réseau de lecture publique développé pour renforcer les valeurs qui lui permettent de fonctionner : la liberté, l’équité et la cohésion sociale.

Associer les populations, c'est commencer à comprendre les perceptions qu'elles développent autour des bibliothèques, ce qu'elles savent, et ce qu'elles ne savent pas en terme de bénéfices directs et indirects. À ce sujet, une étude parue en décembre dernier soulignait que chaque dollar dépensé dans le réseau de lecture public de Toronto rapportait $5.63 à chaque habitant.

C'est ensuite réfléchir à la façon dont on peut les impliquer, créer des relations, des partenariats, réveiller les consciences sur les problèmes que subissent les établissements, à la manière de la campagne -déjà ancienne puisqu'elle date au moins de 2010- "Geek the library" qui propose à la fois aux publics de partager ce qui les passionne (et qu'on trouve à la bibliothèque), de comprendre le rôle et la valeur des bibliothèques et en quoi elles ont besoin de leur soutien, enfin de soutenir effectivement les établissements. 

Pour aller plus loin :

jeudi 6 mars 2014

Juste une question d'amour

En décembre dernier, Sarah Houghton écrivait un billet sur les campagnes de promotion de l'ALA I Love Libraries. L'idée de l'association américaine est simple : stimuler l'intérêt en poussant les usagers à montrer leur amour pour leur bibliothèque. L'ALA, et le New York Times ont même créé un prix récompensant des professionnels proposés et plébiscités par leurs usagers. À la clef : 5.000$, une plaque à leur nom et un bon d'une valeur de 500$ pour venir assister à la cérémonie de remise du prix, à New York. Ça fait peut-être cabinet de psychiatre, mais ça doit être impressionnant quand même sur les murs d'un bureau.

Assez d'auto-congratulations, répond Sarah Houghton.

L'important n'est pas de savoir combien nos usagers nous aiment. Nous savons qu'ils nous apprécient, depuis le timide "merci" après une réponse au bureau de renseignement aux donations de la part d'usagers fortunés (aux États-Unis, les ressources propres sont très importantes pour le fonctionnement d'un établissement). Quel intérêt alors de le marteler et de dépenser autant d'énergie pour faire en sorte que les gens nous aiment ? Cette posture défensive ne nous sert pas du tout, assène-t-elle. Cela ne prouve en rien notre valeur, mais ressemble plutôt à un adolescent geignard qui essaie de se convaincre lui-même qu'il est cool en répétant aux autres enfants cool : "Hey, Je suis cool, non mais pour de vrai"

David Lankes prenait la même direction lorsqu'il énonçait, en août 2012, qu'il fallait cesser de se battre pour sauver les bibliothèques.  Il voulait dire par là qu'il était grand temps d'arrêter de se plaindre, de se montrer blessé et faible ; assez de ce modèle défaitiste. Embrassons plutôt les aspirations de nos publics, des territoires et des communautés desservis, pour leur montrer comment nous pouvons les aider à se développer et grandir. Ils nous soutiendront alors, non par obligation ou par pitié mais parce qu'ils reconnaîtront notre valeur et notre intérêt.

Sarah continue. Pour elle, il ne s'agit pas tant de chercher désespéramment à se faire aimer, que de simplement servir la population du territoire que nous desservons. C'est notre boulot, et nous croyons pour la plupart profondément en ce que nous faisons. Nous croyons dans le rôle éducatif des bibliothèques, dans son rôle social, dans son rôle économique (si, si !) et culturel. Nous savons que nous aidons à former des citoyens et c'est aussi pour ça que nous nous battons contre la censure. Nous savons que nous aidons à rendre la société meilleure en recherchant et favorisant des modalités de circulations et d'appropriation de l'information accessibles à tous, en veillant à la libre circulation des savoirs. Nous y croyons et nous nous battons pour cela.

À dire vrai, nous sommes probablement celles et ceux qui apprécions le plus nos bibliothèques. Et qu'aimons-nous encore plus que ces dernières ? Les gens. Les usagers. La population et les communautés que nous desservons. Car c'est à eux que nous nous adressons. Pour eux que nous faisons tout cela. Et c'est là le point essentiel : remplacer le "J'aime ma bibliothèque" par "la bibliothèque vous aime". Une espèce de révolution copernicienne qui remet une fois de plus l'usager au cœur du système.

C'est là aussi que réside le futur de nos établissements. Pas dans un bâtiment, ni une collection qui ne sont que des outils, pas dans la mise en place d'un service qui n'est qu'une réponse adaptée à un besoin, encore moins -même si elle fait du bien et devient parfois nécessaire- dans la reconnaissance par les usagers de notre travail.

L'avenir des bibliothèques réside dans la réalisation des communautés que nous desservons.

mardi 4 mars 2014

Perception des mobiles par les professionnels en Israël

Parfois il y a de drôles d'études dans les revues professionnelles. Récemment, mon intérêt était attiré par une étude parue dans le volume 75, numéro 2, de mars 2014, de la revue College and Research Libraries et intitulée "Mobile Libraries: Librarians’ and Students’ Perspectives". Quelles perspectives d'usage de terminaux mobiles en bibliothèques ? Mais en réalité, il en allait légèrement autrement.

L'article explique donc : 

Cette étude, fondée sur le modèle d'acceptation technologique (TAM), vise à déterminer si les bibliothécaires et les étudiants en SIB sont familiers avec les innovations technologiques les plus récentes et s'ils sont prêts à les accepter. La recherche a été menée en Israël au cours des premier et second semestres de l'année scolaire 2012 et a examiné deux populations : les bibliothécaires et les étudiants en bibliothéconomie. Les chercheurs ont utilisé deux questionnaires pour recueillir des données : un questionnaire détaillé individuel, et un questionnaire sur la technologie mobile. Dans l'ensemble, l'étude a croisé les deux variables de base du TAM (les perceptions sur la facilité d'utilisation et sur l'utilité), avec le degré de familiarité avec l'innovation, pour prédire si bibliothécaires et étudiants avaient l'intention d'utiliser des services mobiles dans leurs bibliothèques.

L'idée est donc d'interroger et analyser la perception qu'ont les professionnels (et les professionnels en devenir puisque sont interrogés les étudiants également) des technologies mobiles et, par extension, la représentation qu'ils peuvent se faire de services sur mobiles. Pourquoi pas.

Pour ce faire, l'étude se base sur le TAM, un modèle développé en 1989 par un certain Davis dans le but d'analyser les facteurs qui influencent l'acceptation de l'informatique par les usagers. Il repose sur deux éléments clefs : l'utilité perçue de l'objet d'une part et d'autre part la facilité de prise en main perçue. En gros, si les perceptions sont positives, les usagers vont avoir tendance à continuer à utiliser l'objet en question. Cette grille aurait déjà été utilisée en bibliothèque pour lire la perception de bibliothèques numériques par les usagers. L'autre perspective adoptée par l'étude concerne le degré de familiarité personnelle envers l'innovation (personal innovativeness). Ici, il s'agira d'étudier si les sujets ont plus ou moins de facilité à utiliser de nouvelles technologies de l'information.

Leurs hypothèses présupposent que, je résume, les étudiants ont une meilleure perception des terminaux mobiles que les bibliothécaires en poste et seront donc plus à même de proposer des services mobiles. Une hypothèse est également que le fait de posséder un smartphone influe sur la perception des services qu'on peut mettre en place.

Les réponses aux questionnaires envoyés (à des professionnels et étudiants israëliens, en 2012) montrent que les étudiants utilisent et développent donc de meilleures perceptions que les professionnels envers les terminaux mobiles. Et, du coup, ils sont plus enclin à utiliser ce genre de terminaux -i.e. de mettre en place des services adaptés à des mobiles- dans leurs établissements. L'étude explique de manière un peu rapide à mon sens -et mon expérience de formateur m'a parfois démontré le contraire- que les professionnels préféraient continuer à utiliser des environnements connus plutôt que d'investir des terrains nouveaux et non maîtrisés. Cela corrobore d'autres études qui soulignent que les étudiants montreraient plus d'intérêts à interagir avec fournisseurs de données et usagers via mobiles. En revanche, l'étude ne montre aucune plus grande ouverture personnelle à de nouvelles technologies de la part des étudiants. 

D'autres conclusions viennent ensuite étayer le modèle TAM en soulignant qu'une utilisation bénéficiaire augmentait les chances d'utiliser le terminal mobile dans son établissement. Cela signifie qu'il faut faire attention à l'utilisabilité des interfaces pour en faciliter l'appropriation par les usagers. Et, bien sûr, la perception d'un outil étant lié à son utilisation réelle, les détenteurs d'un smartphone sont plus à même de les utiliser d'un point de vue professionnel également. 

Et ?

Et rien. J'ai l'impression que l'étude enfonce des portes ouvertes. Certes avec des données pour les justifier mais quand même. J'aurai préféré qu'elle se penche sur l'usage effectif de services mobiles et sur les représentations ou les perceptions générées, mais bon. Peut-être dans un prochain article.

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