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Bibliothèques - réflexions

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jeudi 15 octobre 2009

Des réseaux sociaux et des bibliothèques

Pas beaucoup de billets ces derniers jours mais j'ai une excuse : je préparais une intervention à Bordeaux, invité par l'IUT Montaigne Bordeaux 3 et le CNFPT Aquitaine sur les réseaux sociaux en bibliothèque prévue pour ce jour-même. Les publics sont donc des étudiants d'une part et d'autre part des professionnels en poste.

La matinée de la journée aborde "Les réseaux sociaux, aspects généraux" et après avoir abordé des aspects généraux sur les réseaux sociaux (concepts, typologie, usages des réseaux sociaux), avec une présentation de Facebookpar Risu himself, j'aborde des questions liées aux bibliothèques 2.0 et aux enjeux relatifs.

L'après-midi porte quant à lui sur une utilisation des réseaux sociaux en bibliothèques, concrètement, qu'il s'agisse d'usages individuels, de groupes ou institutionnels. Je termine en évoquant des limites (validation de l'information, identité numérique etc). Risu devrait présenter Twitter et ses aspects sociaux avant de proposer une synthèse de la journée.

La journée a lieu en ce moment, donc, mais n'hésitez pas à faire des retours et corriger le diaporama, ou du moins me dire ce que vous en pensez. Je pense qu'il y a des améliorations à apporter ici et là et peut-être insister sur certains points. Je verrai aussi en fonction de mon discours.

J'ai essayé de me mettre des commentaires de rappel sous certaines diapos et de rendre les images cliquables le plus souvent possible. Vous pouvez accéder au diaporama en cliquant sur le lien suivant :

vendredi 9 octobre 2009

La ville remodélisée et la bibliothèque

Jenny Levine, the Shifted Librarian, nous présente plusieurs projets intéressants sur son blog, cette semaine évoquant de potentiels services innovants en bibliothèque.

1. Remodéliser des villes à partir des photos sur FlickR

La première expérience est le projet de recherche d'un groupe de chercheurs du GRAIL, un laboratoire de l'université de Washington (University of Washington’s graphics and imaging laboratory). L'idée est assez intéressante qui propose un logiciel capable de chercher les photos d'un lieu particulier présentes sur le web, de les comparer, filtrer, enregistrer leur point de vue et à partir de là, recréer le lieu en question en modélisation 3D.

Deux villes ont servi de test. La première est Rome, reconstruite en un jour seulement à partir de quelques 150 000 photos piochées sur FlickR. La seconde est la ville de Dubrovnic en Croatie dont la modélisation de la vieille ville aura pris à peine 22 heures. Les vidéos de ces réalisations sont disponibles en ligne

2. La table tactile de Microsoft

La deuxième expérience, raconte Jenny, nous vient de nos désormais célèbres confrères hollandais de la DOK. La DOK de Delft, cette bibliothèque innovante, Library Concept Center, a créé une application étonnante qui feuillette dans les collections de photos historiques locales : "Erfgoed Delft".

Dans la vidéo reproduite par Jenny Levine, Jaap van de Geer interview Koen Rotteveel, dont le titre est Interaction Designer and Developer. Ce dernier présente une utilisation innovante liée à la table tactile de Microsoft : On y pose sa carte de lecteur ; la table identifie d'où on vient et fait affleurer à sa surface des photos, des vidéos évoquant l'histoire de son quartier.

Une manière originale de valoriser et recréer une médiation autour des collections locales. Même si vous ne comprenez pas l'anglais, la démonstration reste impressionnante.

3. La réalité augmentée

Jenny termine en évoquant les récentes développements et expériences conduits autour de la réalité augmentée, une évolution technologique permettant d’interagir en temps réel avec des éléments virtuels intégrés à l'environnement. Les villes se posent des questions sur la façon la meilleure d'utiliser ces technologies, en utilisant cette réalité augmentée ou les fameux QR codes.

Ces applications permettent de visualiser des stations de métro les plus proches (à Paris, à Lyon), d'ajouter des informations directement sur l'environnement reproduit par la caméra de son téléphone. On pourrait imaginer ajouter des informations sur les monuments, aux points stratégiques de visites touristiques, signaler les monuments importants, superposer une carte aux images réelles pour faciliter la navigation au sein de la ville. 

Et de se demander en quoi ces applications balbutiantes peuvent nous intéresser et changer nos pratiques, la médiation documentaire que nous pouvons mettre en place.Elles possèdent les informations, elles possèdent des fonds riches et divers. Il pourrait s'agir de notes d'information, de notices touristiques. On parlait de photos, comment mettre en regard des images historiques et le parcours des usagers ? Sur un mode plus ludique, peut-on recréer l'ambiance d'un roman, parcourir le Paris fantastique d'Adèle Blanc-Sec, signaler en 3D le parcours d'un auteur ?

Comment les bibliothèques peuvent-elles prendre part à cette expansion de l'internet mobile ? Au-delà, Jenny évoque la surabonsdance omniprésente en permanence de l'information et questionne :

If you feel information overload now, just wait until that information flow magically appears all around you in the real world and not just on a screen. Can librarians become part of users’ networks and help filter out some of the noise? Will libraries make their archives open and available for these types of uses ?

Je ne pense pas que les applications et services présentés ici soient pour demain, ni peut-être même pour après-demain. la technologie est trop récente et il est impossible de prévoir ce qu'il va advenir. Mais je suis d'accord avec elle pour demeurer vigilent et souligner le rôle de filtre dans le bruit urbain. Je crois de plus en plus au rôle des accès mobiles et les billets tagués avec ce même terme commencent ici à être nombreux. Il ne s'agit pas d'utiliser la technologie pour utiliser la technologie, il s'agit plutôt d'imaginer comment tirer avantages de ces nouveaux outils, comment s'adapter aux pratiques mobiles, à l'ubiquité apparente et, au final, comment aider au mieux nos usagers.

mardi 6 octobre 2009

Des Kindle et des universités

Au Printemps dernier, Amazon sortait la dernière version de son lecteurs de livres électroniques : le Kindle DX. Cette nouvelle version présente un écran plus grand de 9.7 pouces soit un peu moins de 25cm en diagonale (contre 15cm dans la version précédente), un écran auto-rotatif,un lecteur de pdf et un navigateur web et enfin, la possiblité d'enregistrer notes et signets (d'où le procès que la firme américaine à sur les bras suite au retrait des exemplaires de 1984 et Animals'farm des bibliothèques de ses clients faisant perdre deux mois de travail à un étudiants qui avait annoté ses exemplaires achetés et obligeant la firme à spécifier en quel cas ce genre de retrait peut avoir lieu).

Afin d'en favoriser la distribution, trois journaux importants, le  New York Times, le Boston Globe, et le Washington Post  offrent des exemplaires du Kindle à des coûts réduits (il était vendu à sa sortie pour quelques $489) à leurs lecteurs qui vivraient dans zone difficiles d'accès ou où la distribution à domicile n'est pas possible, et uniquemenent s'il s'abonnent pour une longue période à la version numérique du journal

Mais l'initiative la plus importante est certainement celle d'investir le monde très prometteur des manuels scolaires et universitaires. Le grand écran de cette nouvelle version permet notamment de publier les graphiques et les tableaux dont sont remplis les livres scientifiques ou d'histoire. Pour ce faire, Amazon a passé des accords avec les principaux fournisseurs de manuels aux Etats-Unis comme Textbook publishers Cengage Learning, Pearson, et Wileyqui représentent à eux seuls quelques 60% du marché américain.

Cette rentrée donc, ce sont pas moins de plusieurs universités qui ont fait les frais de cette nouvelle politique : Arizona State University, Case Western Reserve University, Princeton University, Reed College, la Darden School of Business at the University of Virginia ou encore l'Université de  Washington (cf cette vidéo au moment où ils reçoivent les fameux lecteurs) Un blog est d'ailleurs associé à ce projet pilote dans cette dernière université.

Ces établissements ont donc distribué nombre de lecteurs à leurs étudiants issus de disciplines différentes leur permettant de prendre des notes, surligner, feuilleter dans la bibliothèque, utiliser le dictionnaire intégré ou encore leur évitant un poids considérable. 

Dans un billet daté de mai dernier, Franck Pisani rappelait que des expériences similaires avaient été réalisées ailleurs avec le Sony Reader et s'étaient avérées peu encourageantes en raison notamment du manque de navigabilité. Apparemment, les étudiants accueillent aussi le Kindle DX avec scepticisme. Les étudiants de Princeton, ainsi, sont assez critiques envers une machine qu'ils découvrent lente, difficile d'utilisation et pas opérable du tout.

Au delà de ce seul aspect technique, c'est l'aspect cognitif qui est mis en cause, les étudiants devant changer la manière dont ils apprennent leurs cours. Howarth, un étudiant en dernière année affirme que :

"Much of my learning comes from a physical interaction with the text: bookmarks, highlights, page-tearing, sticky notes, and other marks representing the importance of certain passages—not to mention margin notes, where most of my paper ideas come from and interaction with the material occurs," he says. "All of these things have been lost, and if not lost, they're too slow to keep up with my thinking and the 'features' have been rendered useless."

Des réflexes et un mode d'apprentissage qui ne sont pas totalement incompatibles avec le nouveau support mais qu'il faut adapter et renouveler complètement, ce qui peut paraître déstabilisant lorsque ces derniers sont bien ancrés par des années de pratiques.

Le Kindle DX et les lecteurs de livres électroniques ont encore du chemin à faire pour répondre aux contraintes physiques mais également aux mentalités. Dans les universités américaines, les professeurs sont mitigés et attendent de voir si les élèves assimilent aussi bien leurs cours avec ce nouvel outils qu'avec le papier mais au moins la question est posée. L'aspect cognitif est important. Quoiqu'il en soit, si les expériences sont concluantes, Amazon gagnera sûrement sur tous les tableaux en parvenant à décrocher un marché à la fois important en terme de cible et faible en terme de nombre de partenaires à convaincre (il est certes plus facile de convaincre quelques grands acteurs institutionnels et éditeurs que de faire rentrer de nouveaux usages dans la population, par exemple pour la lecture des journaux noationaux en ligne).

jeudi 1 octobre 2009

Politique d'utilisation des médias sociaux

Voilà plusieurs billets que je vois passer sur l'importance de mettre en place une politique éditoriale sur les médias sociaux.

1. Les rapports entre le personnel et le professionnel

Le premier nous informait que le Washington Post avait expressément demandé à tout ses journalistes de faire attention à ce qu'ils publiaient sur leurs différents profils et surtout de maintenir la ligne éditoriale neutre du journal et ne pas exprimer d'opinion politique ou religieuse, y compris sur leurs profils personnels.

«Nous devons nous rappeler que les journalistes du Washington Post restent toujours des journalistes du Washington Post. [...] Quand nous utilisons ces réseaux, rien de ce que nous faisons ne doit remettre en doute notre impartialité.»

Si les règles déontologiques sont largement répandues dans le monde journalistique, il ne semble guère étonnant que les médias dits sociaux soient concernés. En revanche, il est plus surprenant, et nouveau, que cette dernière recouvre également les profils personnels.

En France, nous n'en sommes pas encore là même si bien sûr la prudence est de mise ne serait-ce, dans notre milieu professionnel, que nous sommes des fonctionnaires et donc à ce titre soumis également au devoir de réserve. A ce sujet, le site gouvernemental, fonctionpublique.gouv.fr rappelle que :

Le principe de neutralité du service public interdit au fonctionnaire de faire de sa fonction l’instrument d’une propagande quelconque. La portée de cette obligation est appréciée au cas par cas par l’autorité hiérarchique sous contrôle du juge administratif.

L’obligation de réserve est une construction jurisprudentielle complexe qui varie d’intensité en fonction de critères divers (place du fonctionnaire dans la hiérarchie, circonstances dans lesquelles il s’est exprimé, modalités et formes de cette expression).

(...) La réserve n’a pas trait uniquement à l’expression des opinions. Elle impose au fonctionnaire d’éviter en toutes circonstances les comportements portant atteinte à la considération du service public par les usagers.

Ce que rappelait également le ministère de la fonction publique, interrogé en 2006 sur des blogs personnels de fonctionnaires, tout en précisant :

Il est à noter que la même jurisprudence étend l'obligation de réserve au comportement général des fonctionnaires, qu'ils agissent à l'intérieur ou en dehors du service.

Dans le cas particulier du web log, ou blog, qui peut être défini comme un journal personnel sur Internet, la publicité des propos ne fait aucun doute. Tout va dépendre alors du contenu du blog. Son auteur, fonctionnaire, doit en effet observer, y compris dans ses écrits, un comportement empreint de dignité, ce qui, a priori, n'est pas incompatible avec le respect de sa liberté d'expression.

Ce qui est ainsi valable pour la sphère personnelle l'est encore plus pour la sphère professionnelle. A partir du moment où un établissement se crée une présence sur des réseaux sociaux, il convient dès lors d'être particulièrement attentif à la diffusion de cette nouvelle notoriété et de cette nouvelle publicité numérique.

2. Chartes d'utilisation des médias sociaux

Dans un article paru en janvier dernier dans le School library journal, Ellyssa Kroski posait ainsi la question : "Should Your Library Have a Social Media Policy ?"

Les bibliothèques ont bel et bien pris le tournant internet. Il n'est qu'à parcourir les pages du wiki professionnel Bibliopedia pour s'en persuader. Les comptes sur FlicR, Netvibes, Facebook, MySpace, les comptes sur Twitter se développent rapidement, quant aux blogs institutionnels, ils sont légions, à terminer par le petit dernier, celui de la Bulco ouvert le 30 septembre dernier.

Dans son article, l'auteure définit les éléments essentiels qui doivent figurer dans une telle charte d'utilisation des réseaux sociaux. Dans un premier temps, elle renvoit vers des réalisations, des exemples de politiques proposés par des bibliothèques.

Elle propose également d'autres exemples, issus cette fois du monde privé :
  • IBM Social Computing Guidelines Un excellent exemple affirme Ellyssa Kroski dont se sont beaucoup inspiré les autres chartes décrite dans l'article.
  • Corporate Blogging Policies and Guidelines Dans The Altitude blog, 11 politiques de média sociaux sont agrégés en un seul document pdf pour en fciliter le téléchargement. Ce document inclut les chartes de : Harvard Law School, Sun Microsystems, BBC, IBM, Edelman, Thomas Nelson Publishing, Plaxo, Feedster, Cisco, Dell, et Blog Council.
  • Social Media Policy Database Un corpus de 80 politiques d'usages des médias sociaux dans des entreprises.
A partir de ces exemples, l'auteure définit plusieurs points essentiels :

  • Use a disclaimer. Inclure un encart ou une page dans votre profil, votre blog où vous préciserez que les opinions émises sont voters et seulement votre, et ne le sont pas au nom de votre établissement de rattachement du style : "les opinions exprimées sur ce site web me sont propres et ne représentent pas nécessairement celles de [nom de l'institution]"

  • Don’t share secrets. Etre attentif à ne pas révéler des informations sensibles, internes ou financières par exemple. Ne pas non plus évoquer des informations sur des usagers particuliers, sur les collègues ou tout autre personne.

  • Be yourself. Il faut être franc sur qui on est et ne pas oser dire qu'on travaille à tel poste, pour tel établissement, surtout si vous devez évoquer cet établissement dans vos commentaires.

  • Respect copyright. Il faut absolument respecter les règles et les lois concernant le droit de citation et la réutilisation de contenus. Toujours citer ses sources est la moindre des choses. Dans la blogosphère, il est de plus coutumier de faire des liens vers le document cité et on atetnd de vous que vous fassiez de même.

  • Respect your colleagues. Il faut également respecter la vie privée de ses collègues et ne pas poster de photos, de vidéos, ou révéler des conversations privées sans leur permission.

  • Avoid online fights. Si vous n'êtes pas d'accord avec ce que dit quelqu'un et que vous voulez poster un billet de réponse, essayer de le faire d'un point de vue professionnel. Emettez votre opinion mais évitez d'utiliser les médias sociaux pour des attaques personnelles, et souvenez-vous également que ce que vous postez n'est pas privé et peut avoir un impact sur votre établissement.

  • Post accurate information. Vous êtes responsable de la véracité des information que vous publiez. Soyez attentif et assurez-vous que vos billets sont factuellement corrects et si possible, citez vos sources.

  • Consult the employee manual. Soyez attentif à toute charte ou toute politique déjà existante au sein de votre établissement.

  • Use good judgment. Pensez à l'image de votre établissement que vous véhiculez lorsque vous postez sur des réseaux sociaux. Rappelez-vous que ce que vous posterez pourra être lu et archivé de manière permanente après que vous aurez appuyer sur le bouton "Envoi". Sur les sites où apparait votre poste professionnel,  assurez-vous que votre profil adhère aux règles de votre établissement, et tout spécialement si vous venez de vous faire embaucher.

  • Provide value. Réflechissez à ce que vous pouvez faire pour la communauté, si vos billets et tweets seront pertinents, intelligents, utiles à la communauté et essayez de garder cela en tête. Cherchez à aidez votre établissements, offrir de nouveaux services aux usagers et aider la communauté professionnelle via ces nouveaux outils.

  • Accept responsibility. Si vous vous êtes trompé quelque part, admettez-le et continuez. Ca arrive à tout le monde de se tromper et au final, il est mieux de l'accepter tout de suite et de s'en excuser plutôt que tout nier et faire semblant. 

En France, je ne connais pas vraiment de charte ou de politique d'utilisation. Je sais que certains établissement qui ont des blogs institutionnels ont défini une politique éditoriale pour cette nouvelle forme de publication mais rien vraiment qui concerne ce que l'auteur peut ou non aborder en relation avec son établissement ou sa tutelle. En terme juridique, il faut néanmoins citer le désormais célèbre Blogueurs et Responsabilité Reloaded de Maître Eolas mais on reste là dans des considérations légales, certes essentielles, et non plus vraiment liées à une politique d'utilisation institutionnelle des réseaux.

mercredi 30 septembre 2009

Banned Books Week ou la promotion de la diversité

Tous les ans les bibliothèques américaines organisent un événement célébrant la liberté de lire et l'importance du, ô combien célèbre, premier amendement : la Banned Books Week.

Organisé la dernière semaine de septembre (oui oui, c'est cette semaine justement), la "semaine de livres interdits" souligne l'importance de l'accès libre et gratuit à l'information en mettant en avant des bannings, id est des tentatives réussies ou non de censures de livres à travers les Etats-Unis. La toute-puissante Liberté états-unienne brandit une nouvelle fois son flambeau, quand bien même le contenu des livres peut parfois être considérées comme peu orthodoxes ou impopulaires.

Le plus souvent cependant, ces banned books ne sont souvent que des challenged books. Des livres qui ont fait débat mais qui au final n'ont pas été retirés des étagères.

Imaginez combien de livres pourraient être contestés-et probablement interdits ou restreints-si les bibliothécaires, des professeurs, et des libraires à travers le pays n'avaient pas l'habitude la semaine de livres interdits tous les ans pour enseigner l'importance de nos droites de premier amendement et la puissance de la littérature, et pour appeler l'attention sur le danger qui existe quand des contraintes sont imposées à la disponibilité d'information dans une société libre.

nous rappelle l'ALA sur son site internet.

Plus précisément, le site de l'Association nous propose le classement suivant à propos des livres censurés ou près de l'être en 2008 :

The "Top Ten Most Frequently Challenged Books of 2008" reflect a range of themes, and consist of the following titles:

  • And Tango Makes Three, by Justin Richardson and Peter Parnell
    Reasons: anti-ethnic, anti-family, homosexuality, religious viewpoint, and unsuited to age group
  •  His Dark Materials trilogy, by Philip Pullman
    Reasons: political viewpoint, religious viewpoint, and violence
  • TTYL; TTFN; L8R, G8R (series), by Lauren Myracle
    Reasons: offensive language, sexually explicit, and unsuited to age group
  • Scary Stories (series), by Alvin Schwartz
    Reasons: occult/satanism, religious viewpoint, and violence  
  • Bless Me, Ultima, by Rudolfo Anaya
    Reasons: occult/satanism, offensive language, religious viewpoint, sexually explicit, and violence
  • The Perks of Being a Wallflower, by Stephen Chbosky
    Reasons: drugs, homosexuality, nudity, offensive language, sexually explicit, suicide, and unsuited to age group  
  • Gossip Girl (series), by Cecily von Ziegesar
    Reasons: offensive language, sexually explicit, and unsuited to age group
  • Uncle Bobby's Wedding, by Sarah S. Brannen
    Reasons: homosexuality and unsuited to age group  
  • The Kite Runner, by Khaled Hosseini
    Reasons: offensive language, sexually explicit, and unsuited to age group
  • Flashcards of My Life, by Charise Mericle Harper
    Reasons: sexually explicit and unsuited to age group

On trouve également quelques données chiffrées sur ces ouvrages problématiques sur une période allant de 2001 à 2008 :

Pendant huit ans, les bibliothèques américaines auraient affronté plusieurs débats :

  • 1 225 discussions dues à un contenu sexuel explicite (“sexually explicit” material)
  • 1 008 discussions dues à un niveau de langage inaproprié (“offensive language”)
  • 720 discussions dues à un contenu inadapté au public jeune (“unsuited to age group”)
  • 458 discussions dues à un contenu violent (“violence”)
  • 269 discussions dues à un contenu évoquant l'homosexualité (“homosexuality”)

Au delà, 103 documents étaient discutés pour leur contenu anti-familial (“anti-family”) et 233 autres pour leurs point de vue religieux (“religious viewpoints”).

Parmi ces livres controversés, 1 176 rejets (soit environs 31%) eurent lieu en salle de classe tandis que 24% (or 909)  furent objets de controverses en bibliothèques publiques. Moins de 75 débats se sont dans des CDI et seulement 36 dans des Bibliothèques universitaires. Enfin des cas épars ont été signalés dans des bibliothèques spécialisées, de prisons, de communautés ou d'associationsétudiantes. La majorité des controverses est le fruit de parents (51%), suivi par les usagers des bibliothèques et leurs administrateurs ( respectivement 11% et 6% des rejets).

Une semaine qui prend des accents d'autant plus insistant alors que se déroulait récemment l'élection du nouveau directeur de l 'UNESCO avec Farouk Hosni comme grand favori, accusé parallèlement d'antisémitisme et de censure avérée dans son pays en tant que ministre de la Culture (c'est finalement Irina Bokova qui a été élue).

Et en France ?

Il n'y a peut-être plus vraiment de censure même si le spectre de telles controverse traverse la scène ici et là notamment en ce qui concerne la littérature de jeunesse. Rappelons à ce sujet que cette dernière est toujours soumise à la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse (version consolidée le 14 mai 2009) qui stipule dans son article 2 que :

Les publications ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit(…) présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés crimes ou délits de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse, à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques

Il est par ailleurs précisé plus bas dans l'article 14 que :

Le ministre de l'intérieur est habilité à interdire :

- de proposer, de donner ou de vendre à des mineurs de dix-huit ans les publications de toute nature présentant un danger pour la jeunesse en raison de leur caractère licencieux ou pornographique, ou de la place faite au crime ou à la violence, à la discrimination ou à la haine raciale, à l'incitation, à l'usage, à la détention ou au trafic de stupéfiants

De fait,s'il y a eut peu de réelles interdiction en ce domaine, nombres d'ouvrages ont été ainsi critiqués, notamment ceux portant d'une part sur des sujets sensibles posant la frontière de ce qui peut-être ou non effectivement abordé avec des enfants : le rapport à la mort, à la sexualité, à la drogue, au désespoir... C'est le cas de La fille du canal ou de Un pacte avec le diable écrits par Thierry Lenain ; Maboul à zéro de Jean-Paul Nozière qui parle de racisme et du front national ; Pourquoi ? de Moka qui parle de l’excision ou encore des commentaires de la pédiatre Edwige Antier qui s'indignait de voir des livres pour la jeunesse sur l'homosexualité en bibliothèque il y a cinq ans à peine etc. 

En littérature, il est bon de rappeler que même si nombre d'auteurs n'ont pas eu à subir la censure en France, ils n'en sont pas moins inquiets pour autant et ce peut être chez nous l'occasion de revenir sur ces auteurs qui paient cher la publication de leurs livres comme ce fut le cas de Roberto Saviano, auteur de Gomorra ou en son temps de Salman Rushdie.

Sur internet ?

On pourrait penser en effet qu'à l'heure d'Internet, ce genre de levée de bouclier est rendue inutile par l'omniprésence des texte et de la circulation de l'information sur les réseaux mais c'est oublier que de grands moteurs de recherche acceptent de brider leurs résultats en fonction des pays où la requête est lancée bridant l'accès à l'internet en Chine par exemple.

C'est oublier également que plusieurs problèmes sont apparus chez les grands libraires en ligne comme en septembre 2008 lorsqu'Amazon refusait de classer les livres érotiques ou en 2009 lorsqu'en avril 2009 l'entreprise mettait sur le compte d'un bug informatique la disparition dans ce même classement des livres gays et lesbiens. Apple elle-même a censuré des applications qui donnaient accès au Projet Gutenberg et donc au célèbre Kama-Sutra, voire refusait de publier un livre qui contenait le mot "Fuck".

Et récemment, comment ne pas évoquer l'effet Big Brother d'un Kindle qui vient effacer dans notre propre bibliothèque les exemplaires légalement achetés de 1984 et de la Ferme des animaux de Georges Orwell, mais aussi de Twilight de Stéphaine Meyer ? 

Pour en savoir plus :

dimanche 21 juin 2009

bibliothèques estivales

"Si tu ne viens pas à la bibliothèque c'est la bibliothèque qui viendra à toi."

Je relai ici deux projets intéressants d'animations estivales proposées par des bibliothèques.

1°) Bibliothèques de rue à Nanterre

La première est l'initiative du réseau de bibliothèques de Nanterre qui, comme chaque année, profite des beaux jours pour investir les rues de la ville à l'occasion d'une opération « Bibliothèques de rue ».

Dans quatre quartiers de la ville, les bibliothécaires sortent des caisses de livres pour les installer en plein air, sur des tapis près des aires de jeux. Les enfants, les jeunes et leurs parents peuvent ainsi profiter de moments de détente et de plaisirs autour des livres. Et même si ces ouvrages ne peuvent être empruntés, les médiathèques restent ouvertes tout l'été.

D’autre part, une « espace lecture » s’installe également au Palais des sports. Les jeunes de 10 à 14 ans accueillis dans le cadre du « Pôle Animation » pourront eux aussi profiter de l’été pour découvrir le plaisir de se plonger dans des livres, bandes dessinées, mangas, livres jeux, livres de photos, documentaires, textes courts, revues…

Une initiative qui n'est pas sans rappeler, dans un autre registre, les projets bibliothèque de rue et internet de rue de l'association ATD Quart Monde. Un autre registre puisqu'il s'agissait pour l'association de s'adresser aux enfants de milieux défavorisés et à leurs familles tandis que le réseau des médiathèques de Nanterre ne semble pas privilégier cette population mais plutôt mettre en avant la lecture détente dans des lieux ouverts. 

Je trouve ce genre d'initiatives vraiment intéressantes.


image prise sur le site municiaple de la ville de Liège :




2°) BU-Plage à Angers

Le deuxième exemple que je voulais citer est celui de la bibliothèque universitaire d'Angers qui organise cette année une opération "BU-plage".

En soi, l'initiative n'est pas neuve et j'ai souvenir de plusieurs bibliothèques ayant organisé ce genre de paquets surprise pour une occasion spéciale (la fermeture d'un établissement le temps qu'ouvre la nouvelle médiathèque) ou pour les vacances d'été. Il me semble d'ailleurs que c'est le cas par exemple à la bibliothèque municipale de Grenoble.

Ce qui l'est plus, surprenant, est que l'initiative vienne d'une bibliothèque universitaire que l'on verrait plus dans un registre d'aide au travail, de soutien à la recherche plus que d'une lecture loisir. Ce n'est cependant pas la ligne qu'a adopté le SCD d'Angers qui se place avec la même conviction sur ces deux fronts et démontre avec brio qu'ils ne sont pas aussi antinomiques qu'on pourrait le croire, leur politique culturelle, le BUA'bloc mis en place en sont quelques exemples.

Pour revenir à cette opération donc, le conservateur Daniel Bourrion explique :

Nous proposons donc à nos usagers, en cette fin d’année universitaire, 84 kits-été constitués selon un principe très simple : nous avons demandé aux personnels volontaires de la Bu de construire, autour des thématiques qu’ils inventeraient, des regroupements (5 documents maxi) de romans et/ou BD.

Les paquets sont fermés. L'emprunteur n'en connaît pas le contenu a priori sinon le titre thématique (mais du coup, comment se fait l'emprunt des exemplaires ? Le bibliothécaire à la banque ouvre le paquet et se cache du lecteur ?). Ce que je trouve vraiment intéressant comme initiative également est que ces sachets comportent des petits plus, ce que D. Bourrion appelle les éléments essentiels de l’été et qui rappellent aussi discrètement qu'impérativement que ce n'est pas parce qu'il fait bon et chaud qu'il faut arrêter de se protéger. Les sachets proposent donc des trucs pour sentir bons, des miniatures de crème solaire et surtout des préservatifs. Que voilà une excellente idée ! Le tout pour une somme minime puisque ces items ont été offerts par la médecine préventive de l'université et des pharmacies locales.

Du coup, 84 kits peuvent paraître peu mais il sera intéressant à la rentrée de se pencher sur les retours d'une telle opération. A cette fin, ont été glissés également au fond des sacs de petits questionnaires pour avoir un retour qualitatif de la part des principaux intéressés.

Encore une initiative à suivre...


Et vous, dans votre bibliothèque, vous faites quoi ?

jeudi 18 juin 2009

Amnistie à la BAnQ

La BAnq, ou Bibliothèque et Archives nationales du Québec, est une vaste institution culturelle qui regroupe la Grande Bibliothèque, le Centre de conservation et neuf centres d'archives (Montréal, Québec, Gatineau, Rimouski, Rouyn-Noranda, Saguenay, Sept-Iles, Sherbrooke et Trois-Rivières). Elle a pour mission d'acquérir, de conserver et de diffuser le patrimoine documentaire publié, archivistique et audiovisuel du Québec ou relatif au Québec.

En mai dernier, donc, pendant une semaine, la Grande Bibliothèque a lancé une vaste opération d'amnistie envers les usagers qui rapporteraient des documents qu'ils auraient oubliés de rendre. Les amendes ont donc été effacées des comptes abonnés, à la condition cependant du bon état des documents retournés.

Le communiqué de presse explique ainsi cette démarche :

Le but de cette initiative exceptionnelle, qui coincide avec le 4e anniversaire de l'ouverture de la Grande Bibliothèque, est double. D'abord, l'amnistie permettra à BAnQ de récupérer des documents sortis de ses collections depuis un certain temps; de plus, elle donnera la possibilité aux usagers de retrouver leurs privilèges d'abonnés et de jouir pleinement des richesses que leur offre la Grande Bibliothèque.

Une façon enfin de faire revenir des usages qui n'osaient plus venir. Je trouve pour ma part l'opération intéressante et certainement fructueuse. On pourrait réflechir à la mettre en place également dans nos établissements. Une façon simple de récupérer les documents tout en faisant de la communication autour de la bibliothèque.

Rappelons au passage que la Bibliothèque et Archives nationales du Québec sera, du 19 au 21 juin 2009, l'invitée d'honneur du Salon international du livre ancien et de l'estampe qui, pour la deuxième fois, se tiendra sous les verrières rénovées du Grand Palais, à Paris.


Mise à jour : Nicolas Dickner sur son site "Hors Champs" annonce une initiative toute aussi originale dans le réseau des bibliothèques publiques de San Francisco : une amnistie permanente pour les usagers qui justifient leur retard de manière créative. Du genre “des extraterrestres m’ont kidnappé durant 3 semaines afin de me soumettre à des expériences sensorielles.”, précise-t-il. J'adore cette idée ^^

Ceci dit, ces excuses ne sont acceptées que pour les amendes de moins de 5 dollars.

vendredi 29 mai 2009

Des sciences de l'information et des bibliothèques

D'après la revue "American Libraries", une école en Sciences de l'information, de la communication et des bibliothèques américaine aurait abandonné le mot "bibliothèque" de son nom.

The Rutgers University Board of Governors approved a resolution April 2 removing the words “library studies” from the name of the School of Communication, Information, and Library Studies. Effective July 1, its name will be the School of Communication and Information.

D'après les membres de la faculté, cette évolution reflèterait l'évolution du département et des enseignements précisant que, même si les cours sur la bibliothéconomie est toujours présente, elle paraît moins importante que la communication et les sciences de l'information.

il est intéressant de noter également l'opoosition qui s'est manifesté à une telle décision : l'association des bibliothécaires du New jersey, en effet, aurait ainsi manifesté son refus au motif que la part "Bibliothèques" de l'enseignement risquait d'en pâtir et surtout qu'une telle disparition risquait de nuire aux étudiants, futurs bibliothécaires, qui risquaient de se sentir exclu de la communauté professionnelle.

“There is a community identification with libraries and librarians and by removing this from the name of the institution, you’re breaking it,” said Rutgers alumnus Maurice Freedman, a library consultant and former American Library Association president. “Alumni that feel alienated and disconnected are not going to be opening their checkbooks as readily as they would with a name they know and accept.”

C'est vrai qu'un nom est important. Et peut-être effectivement encore plus au sein d'une communauté professionnelle aussi définie (ce qui demeure discutable par certains aspects ?) que la nôtre. Lorsqu'en 1990, l'ensb est devenue l'enssib, l'ajout de cette mention 'Sciences de l'information" n'est pas alors anodin. Que dirait-on alors si l'école ne devenait plus que enssi ? Je pense que ce ne sera pas pour tout de suite quoiqu'il en soit, l'école s'est fait une spécialité des sciences et de l'histoire des bibliothèques qu'il convient de mettre en avant et de souligner, mais la prégnance des sciences de l'information comme changement y compris dans les enseignements et au-delà au niveau de l'identité même du métier n'est pas à ignorer à l'heure où se multiplient fonctions et donc titres. Quant au lien entre sciences de l'information, de la communication et des bibliothèques, la discussion est toujours ouverte...


mercredi 25 mars 2009

Le devenir de la SDBIS

Je suppose que nombre de mes lecteurs est déjà au courant mais la semaine dernière a paru au Journal Officiel du 17 mars 2009 le Décret n°2009-293 du 16 mars 2009. Ce dernier modifie le décret n°2006-572 du 17 mai 2006 fixant l'organisation de l'administration centrale du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Dans le même Journal Officiel paraissait l'Arrêté du 16 mars 2009 modifiant l'arrêté du 17 mai 2006 fixant l'organisation de l'administration centrale du ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, et l'Arrêté du 16 mars 2009 portant création, organisation et fonctionnement d'un service à compétence nationale dénommé "Pôle de contractualisation et de financement des établissements de formation et de recherche" (un troisième arr^été évoque les modalité de prime liées au remaniement ou au départ des agents de ces services).

Cette avalanche de textes peut paraître compliquée mais il s'agit là d'officialiser la nouvelle réorganisation du Ministère (nouvel organigramme) annoncée il y a quelques mois et, en ce qui concerne le monde des bibliothèques, de textes essentiels annonçant et officialisant la disparition de la Sous-direction des bibliothèques et de l'information scientifique -dont le site existe toujours, pour l'instant- au profit d'une "Mission de l'information scientifique et technique et des réseaux documentaires".

Le communiqué du ministère précise que cette réorganisation "vise à recentrer le ministère sur ses fonctions-clés et à transférer certaines missions et compétences". Désormais, le ministère s'appuiera sur deux grandes directions :

  • la direction générale pour la recherche et l'innovation (DGRI) (organigramme) orientée vers les organismes de recherche et les entreprises, aura pour mission d'élaborer la stratégie nationale en matière de recherche et d'innovation, et d'en assurer la cohérence et la qualité.
  • la direction générale pour l'enseignement supérieur et l'insertion professionnelle (DGESIP)(organigramme) qui "élabore et met en œuvre la politique relative à l'ensemble des formations postérieures au baccalauréat, initiales et continues, relevant du ministre chargé de l'enseignement supérieur". Au sein de cette dernière on retrouve plusieurs nouveauté dont un "Pôle de contractualisation et de financement des établissements de formation et de recherche" chargé du processus de contractualisation avec les établissements d'enseignement supérieur et doté d'un conseil d'orientation ; autre nouveauté au sein d'un "Service de la stratégie de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle", on trouve une mission sur les ENS et une autre sur les Ecoles supérieures.

Concernant la politique documentaire, c'est bien cette dernière direction qui se voit, conjointement avec la direction générale pour la recherche et l'innovation, chargée d'élaborer les politiques documentaire et d'information scientifique et technique, ainsi que la politique de l'emploi scientifique, et d'assurer la cohérence du système d'information de l'enseignement supérieur et de la recherche.

En outre, trois services communs sont mutalisés entre ces deux missions :

On retrouve dans ce dernier service la fameuse "Mission de l'information scientifique et technique et des réseaux documentaires". Ce dernier en effet définit une politique intégrée de l'emploi scientifique et définit la politique de documentation et d'information scientifique et technique.

Apparemment, l'organisation effective de la nouvelle structure et la réinscription des missions de l'ancienne organisation (et donc de la SDBIS) est en cours de réflexion au ministère...

mardi 24 février 2009

Modifications des fonctions de directeur de SCD

Olivier Tacheau, directeur du SCD d'Angers, nous apprend sur son blog que :

Le décret 85-694 du 4 juillet 1985 relatif à la création des services communs de documentation (SCD) dans les universités et aux fonctions de leurs directeurs(trices) vient d’être modifié par le décret 2009-207 du 19 février 2009 (article 3).

Sont concernés en effet les articles 10, 12 et 16 du décret 85-694, l'article 16 reportant pour les directeurs des établissements interuniversitaires les dispositions de l'article 10 des directeurs de services universitaires. Pour comparer, vous trouverez ici la version initiale de l'article 10, valable du 29 mars 1991 au 22 février 2009.

A propos du décret initial de 1985, le récent rapport 2008-005 de l'IGB intitulé : "La fonction de direction des services communs de la documentation : évolutions récentes et perspectives / Rapport à Madame la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche" précisait que:

Toujours en vigueur, le décret n° 85-694 du 4 juillet 1985 (modifié par le décret 91-320 du 27 mars 1991) avait deux objectifs principaux : faire du SCD un organe regroupant l’ensemble des bibliothèques de l’université ; en corollaire, intégrer pleinement le SCD dans le fonctionnement de l’université, ce qui passe à la fois par le renforcement du rôle du Président (qui donne son avis sur la nomination du directeur, qui a autorité directe sur le SCD, qui préside le conseil de la documentation, etc.) et par la participation active du directeur du SCD aux instances universitaires.

La Loi n° 2007-1199 du 10 août 2007, dite loi LRU, dans son titre II, article 6, alinéa 4 renforcait déjà le rôle du Président d'université puisqu'elle stipulait :

« Sous réserve des dispositions statutaires relatives à la première affectation des personnels recrutés par concours national d’agrégation de l’enseignement supérieur, aucune affectation ne peut être prononcée si le président émet un avis défavorable motivé. »

Cette précision soulignant la consultation impérative du Président d'université devrait être applicable pour les directeurs de SCD mais n'a pas encore été reportée sur le décret de 1985, du moins en tant que telle puisque l'article 9 rappelle néanmoins que la nomination se fait effectivement par le ministre après avis du président d'université, sans qu'il soit précisé pour autant si un avis favorable est nécessaire ou pas.

En ce qui concerne la participation active des directeurs de SCD aux instances universitaires, le nouveau décret 2009-207 revient justement sur ce point qui stipule désormais que le directeur peut être entendu, sur sa demande, par les instances délibérantes et consultatives de l'établissement sur toute question concernant la documentation. Alors certes, comme le rappelle M. Lecoq, inspecteur générale auteur du rapport suscité, les décrets de 1985 et 1991 n’ont pas été appliqués de façon uniforme et la réalité de la participation du directeur de SCD aux différentes instances universitaires se révèle très contrastée suivant les établissements. Mais il semble que la question est réglée par le bas en rendant cette participation tout bonnement facultative. On s'éloigne de l'esprit initial du décret.

M. Tacheau pointe également deux autres nouveautés, ou suppressions, tout aussi importantes et fondamentales : tout un paragraphe disparaît dans ce nouveau décret 2009-207 qui n'est pas sans conséquences ! Le paragraphe en question stipulait en effet que :

Par délégation du président de l'université, il [le directeur de SCD] exécute le budget propre du service commun de la documentation en qualité d'ordonnateur secondaire et dirige le personnel affecté au service commun de la documentation qu'il répartit entre les sections documentaires.

Le directeur de SCD n'a donc plus l'exécution budgétaire de son budget propre (ce qui potentiellement le relègue à un simple rôle d’exécution, écrit M. Tacheau) et il perd également la direction de son propre personnel, rien que ça.

Ces changements interviennent dans le cadre de la loi libertés et responsabilités des universités (LRU), en vigueur depuis le 11 août 2007, qui  prévoit notamment l'élargissement des responsabilités et compétences des établissements en matière de  gestion des ressources humaines, dont celle des personnels de bibliothèque, mais qui pourraient mener à une déprofessionnalisation de la fonction en mettant à la tête des SCD des enseignants-chercheurs par exemple.

Une affaire à suivre...

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