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Bibliothèques - ressources

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samedi 11 juillet 2015

Biblio-tournoi à Kansas-City

Pour la deuxième année consécutive, la bibliothèque publique de Kansas City a organisé un biblio-tournoi pour élire le personnage de fiction préféré des ados du club lecture. Au total, ce sont 64 personnages de fiction issus de huit genre littéraires différents (science-fiction, romance, biographie, classiques littéraires, classiques de la littérature pour enfant, mystère, fantaisie et romans graphiques) qui ont été nominés et se sont battus pour gagner le titre de Champion du tournoi.

Les adolescents devaient alors voter pour leur héro préféré, d'abord au sein d'un genre littéraire, puis entre les champions de chaque genre. Chaque tour de vote a ainsi duré quatre jours, le tournoi se déroulant du 21 mars au 08 avril.

Sur son blog, la bibliothèque explique avoir assisté à des combats acharnés et eut des surprises dans les résultats des votes, le terrible Batman se faisant battre par la Princesse Bouton-d'or (Princess Bride, de Wiliam Golding) avant d'échouer à son tour en demi-finale, ou encore Marie Curie dépassant Martin Luther King Jr. comme grande Championne du genre "Biographie". De même, certains votes se sont révélés extrêmement serrés, Harry Potter ne dépassant Elizabeth Bennet (Orgueil et préjugé, de Jane Austen) que de deux votes seulement ! Pour lever tout suspense, c'est bien le héro de J.K.Rowling qui remporte le tournoi devant le Huckleberry Finn de Mark Twain.

Pour inciter les ados à voter, il semble que la bibliothèque ait également tiré au sort des gagnants parmi ces derniers, je suppose sur parmi ceux qui avaient proposé le nom du personnage vainqueur. Un prix a été offert à une grande gagnante, à savoir quatre places pour un match de basket (on imagine derrière un partenariat avec les services de l'éducation ou sportifs municipaux) et la distribution des huit titres arrivés en fin de course.

Une idée à creuser...

Tous les résultats du tournois ci après (cliquer sur l'image pour l'agrandir) :

mardi 30 septembre 2014

Un automate de prêt dans son téléphone

C'est encore à Singapour que cela se passe. 

crédit photo: DESMOND LIM

NLB mobile

Depuis le 23 septembre, la bibliothèque nationale de Singapour propose aux usagers de télécharger une application leur permettant de scanner les code-barres des ouvrages et de les emprunter directement sans passer par un quelconque automate ou à une banque de prêt. De plus, une fois le livre scanné, le système informatisé de gestion de la bibliothèque fait en sorte de désactiver la puce afin que les emprunts ne fassent pas sonner les portiques antivol à la sortie de l'usager.

Pour pouvoir utiliser l'application, les usagers doivent d'abord ouvrir un compte sur le nouveau système MyLibrary de la bibliothèque nationale. Ils reçoivent ensuite des identifiants par la poste sous cinq jours, ou immédiatement s'ils s'enregistrent dans l'une des bibliothèques du réseau. Il leur suffit ensuite de télécharger l'application, appelée NLB Mobile, dans leurs smartphone ou tablette puis de s'inscrire dans l'application.

L'application permet aux usagers d'enregistrer plusieurs comptes de lecteurs pour permettre aux parents, par exemple, d'enregistrer ceux de leurs enfants et d'emprunter pour toute la famille. Elle propose également un service de recommandations de lecture ou d'animations en lien avec l'historique d'emprunt de l'usager et son adresse géographique. Enfin, elle permet de vérifier la disponibilité des titres dans les différentes bibliothèques du réseau, de vérifier la date de retour des emprunts et de les renouveler le cas échéant.

Un ensemble extrêmement complet et impressionnant.


Une politique de service sur terminaux mobiles

Ce service s'insère dans une politique plus large de la bibliothèque, résolument tournée vers les terminaux mobiles comme outils d'amélioration des modalités de délivrance des services. Une politique pas si innocente que cela puisque la ville possède le plus important taux de pénétration des terminaux mobiles dans la population du monde : 156% en décembre 2013.

De fait, la bibliothèque nationale de Singapour possède une présence mobile affirmée.

Elle propose ainsi aux usagers d'accéder rapidement à du contenu numérique via l'application MobileRead. On y trouve des ressources en open-access pour les usagers sans comptes lecteurs, et un accès aux nombreuses ressources numériques de la bibliothèque. 



la bibliothèque possède également depuis plusieurs années un site mobile : Library in Your Pocket (LiYP), un portail de ressources adapté aux terminaux mobiles et offrant un accès à de nombreux services :

  • La recherche dans le catalogue et la réservation de ressources ;
  • L'actualité des animations de la bibliothèque et des derniers titres reçus ;
  • L'accès au compte lecteur pour vérifier et renouveler ses emprunts ;
  • L'accès au blog de la bibliothèque ;
  • L'inscription à des notificatios et des alertes électroniques ;
  • L'accès à des titres de livres et de périodiques numériques ;
  • Des informations pratiques sur les horaires des bibliothèques du réseau et les personnes à contacter.

Ok, sur le dernier, le design est à revoir. Et c'est tant mieux parce que la bibliothèque serait bien frustrante sinon. Mais l'ensemble donne vraiment envie...

Pour aller plus loin :

En août, une communication était proposée sur cette nouvelle application de prêts au congrès de l'IFLA : 

ONG, Ian and GOH, Cindy and CHUA, Lilian and PAK, Peter (2014) Empowering the Library Patron: The Public Libraries of Singapore’s experience with transactional services delivered through a mobile application. Paper presented at: IFLA WLIC 2014 – Lyon - Libraries, Citizens, Societies: Confluence for Knowledge in Session 210 - Information Technology. In: IFLA WLIC 2014, 16-22 August 2014, Lyon, France.

L'article est disponible en anglais à : http://library.ifla.org/906/1/210-ong-en.pdf

jeudi 25 septembre 2014

Découvrez la future bibliothèque d'Helsinki

En 2017 ouvrira à Helsinki une toute nouvelle bibliothèque centrale, dont l'objectif et le but est de réussir l'alliance de la tradition et de la modernité. Cliquez sur l'image ci-dessous pour voir la vidéo de présentation. 

La bibliothèque sera située à proximité d'un carrefour important de circulation, dans un quartier où se trouvent également la Maison de la musique, le Musée d'art contemporain, le Musée des beaux-arts, le Musée Ateneum, mais également le Parlement. Les travaux commenceront à l'automne 2016 pour une fin programmée en 2018 afin de célébrer le centenaire de l'indépendance finlandaise. En effet, la nouvelle bibliothèque fait partie intégrante du projet du centenaire officiel du gouvernement finlandais.

Des espaces différenciés en fonction des usages

La vidéo nous présente la future bibliothèque. On y voit un bâtiment de deux étages -conçu par le cabinet finnois ALA Architects- chacun dédié à un usage en particulier :
- Le rez-de chaussée est dédié aux usages bruyants, aux espaces de rencontres, aux animations
- Le 1er étage se veut une "forge où les idées et les compétences prennent vie"
- Le 2e étage reprend des usages traditionnels de lecture, de calme, de réflexion et de contemplation.

L'idée initiale était d'arriver à répondre aux différentes visions de la bibliothèque aujourd'hui : un lieu de silence et un lieu de rencontres, d'animation, un lieu où on consulte des livres papiers et où on trouve des ressources numériques, avec des événements réguliers et des happenings, où l'on peut travailler et se reposer etc.

Dans cette optique, donc, le rez-de-chaussée se voudra un espace animé : il comprend le hall, un espace d'expositions temporaires, un amphithéâtre-cinéma, une bibliothèque pour les familles, un café-restaurant et un espace de rencontre, juste pour traîner. Les architectes imaginent cet étage comme l'espace le plus actif dans la bibliothèque, la ville et la bibliothèque se croisent, avec de larges ouvertures vitrées vers l'extérieur.

Le premier étage sera, quant à lui, dédié aux activités de création. On entre là dans la continuité des réflexions autour du DIY et de la bibliothèque comme espace de Faire. À l'usage traditionnel de travail, l'étage se voudra un lieu de création, d'interaction et d'apprentissage par la pratique. Ici vous trouverez des studios d'enregistrement, des salles de jeux, un makerspace et un living lab, une cuisine, et des espaces modulables pouvant accueillir des ateliers, des réunions et autres échanges. Comme on est en Finlande, le projet prévoit aussi un sauna dans la bibliothèque ! Du point de vue architectural, l'ensemble apparaît comme autant d’ilots éparpillés dans un espace ouvert.

Le second étage souhaite enfin se recentrer sur l'usager et lui proposer un espace tranquillese détendre et se concentrer. Il s'agit de se poser, de feuilleter un livre, de travailler en silence ou simplement admirer la vue sur la ville. C'est ici que seront proposées la plupart des collections de la bibliothèque à côté d'espaces identifiés comme des zones silences, des zones et collections enfants, un second café. La vidéo montre un étage lumineux, toujours largement ouvert, agrémenté d'arbres à l'intérieur de la bibliothèque, 
et ouvert sur la ville via de grands balcons. Autant le premier étage fait sombre, industrieux, autant le second se veut cotonneux et blanc. En fait, je suis un peu sceptique sur l'organisation au quotidien d'un espace si grand et ouvert.

Les bibliothèques en Finlande

Les bibliothèques sont très utilisées en Finlande. D'après L'Enquête paneuropéenne destinée à évaluer les perceptions des utilisateurs à l’égard des avantages liés aux technologies de l’information et de la communication dans les bibliothèques publiques proposée par Quick, Prior, Toombs, Taylor et Currenti en 2013, 67% des finlandais fréquenteraient une bibliothèque (contre 26% en France). Elles clament, en 2011, une moyenne de 18 emprunts par Finlandais dans les bibliothèques municipales, et 84 téléchargements par usagers dans les bibliothèques universitaires. Toutes les bibliothèques sont gratuites pour les usagers, y compris les bibliothèques universitaires et de recherches la bibliothèque du Parlement et la bibliothèque nationale. 

La Finlande bénéficie d'un "décret sur les bibliothèques" promulgué par le Ministère de l'éducation dès 1998.

Les bibliothèques se tournent résolument vers les usagers, abaissant ou supprimant les banques de renseignements, demandant aux professionnels de parcourir les collections et de proposer de manière proactive leur aide et un accès aux services ; des services parfois innovants comme le programme Reading Assistant Dogs censé aider les personnes ayant des difficultés à lire en leur proposant de lire une histoire à un compagnon canin, ou le programme participatif initié par la bibliothèque nationale de corriger les erreurs dans l'index des périodiques anciens finnois par le biais de petits jeux ("Hunt the Mole"). Il y avait aussi un "Lab" des bibliothèques finnoise qui réfléchit à l'avenir de la profession (mobilité, open data, participation etc.)

Pour aller plus loin

mardi 23 septembre 2014

La NFC au service des bibliothèques


Les QR Codes demeurent l'outil le plus connu pour réaliser des passerelles entre ressources physiques et ressources numériques. Une passerelle, parce que le QR Code, par une simple lecture, peut vous renvoyer vers du contenu en ligne pour enrichir vos collections papiers, simplement permettre une continuité d'offre de service et de ressources ou faciliter le mode de rendu d'un service. Je vous renvoie vers les différents billets déjà rédigés sur le sujet.

Les QR Codes demeurent l'outil le plus connu, certes, mais il ne sont pas les seuls.

Si je reste dans cette limite de technologie permettant de renvoyer vers du contenu en ligne, nous pouvons évoquer également la technologie NFC.

1. Une technologie émergente

NFC signifie Near Field Communication, la "communication en champ proche". Il s'agit d'une technologie permettant de transmettre et de diffuser de l'information, à distance, sur une courte distance (10 cm maximum, 4 cm conseillés) en haute fréquence. Pour vous donner une comparaison, cette technologie s'apparente aux puces d'identification à Radio-Fréquence (RFID) dont les bibliothécaires équipent de plus en plus leurs documents afin de les rendre notamment accessibles aux automates de prêt notamment.

De plus en plus de terminaux sont équipés de cette technologie (liste des appareils compatibles), déjà populaire en Asie comme souvent pour les technologies mobiles : Apple vient de révéler la présence d'une puce dans son dernier iPhone 6 pour l'instant uniquement en lien avec son nouveau service de paiement en ligne l'Apple Pay. Une volonté de pousser une technologie déjà présente depuis plusieurs années, sans grand succès jusqu'alors. Les usagers, et les français, demeurent mal à l'aise avec ces paiements sans contact.

Pour rappel, la NFC équipe depuis quelques années les terminaux de Samsung dont le Galaxy S4 permettant, paraît-il, aux salariés du nouveau campus de SFR situé en Seine-Saint-Denis de badger, d'utiliser l'ascenseur ou encore de lancer des impressions.

En France, les données nous sont fournies par l'Observatoire du NFC et du sans contact, dont les derniers chiffres de juillet 2014 indiquent 6.6 millions d'appareils mobiles, 25 millions de cartes de paiement et seulement 17% de commerçants équipés.

Bref, tout cela pour dire que malgré son âge, cette technologie demeure dans le champs des possibles en terme d'appropriation par les usagers et les entreprises.

Si on souhaite comparer avec d'autres technologies passerelles, la NFC se veut plus directe que l'utilisation des QR Codes ou d'applications de réalité augmentée. Plus besoin de télécharger une application, d'utiliser l'appareil photo de son terminal mobile puis d'être renvoyé vers une page tierce. Les usages sont plus rapides, plus transparents.

Par rapport à d'autres technologies sans fil, comme le Bluetooth ou le Wi-fi, la NFC se veut encore une fois plus simple d'utilisation, ces derniers demandant souvent de nombreux et plus ou moins complexes paramétrages. De plus, les puces NFC, très réduites, sont conçues pour qu’un lecteur puisse dialoguer avec plusieurs d’entre elles de manière simultanée, sans risque de collision, ce qui n'est pas possible en Bluetooth par exemple.

2. Usages et limites

Si l'on s'en tient à cette possibilité d'échanges de données sans contact, les usages potentiels n'en demeurent pas moins nombreux.

On a déjà évoqué des possibilités de paiement (crypté convient-il de préciser puisque la technologie embarque le cryptage des données pour un paiement sécurisé).

On pourrait évoquer aussi un usage pratique comme le fait de badger pour ouvrir des portes. Ainsi, le Clarion Hôtel de Stockholm utilise-t-il cette technologie pour l'ouverture de ses chambres ou encore l'Université d'État de l'Arizona qui proposait en 2012 un programme pilote proposant aux étudiants d'utiliser les puces de leur téléphone pour accéder à leurs chambres. Les retours sont plutôt bons : 80% des étudiants ne voyant pas de différence avec leur carte d'étudiants et 90% espéraient utiliser ce mode d'authentification pour l'ensemble des portes du campus.

Parmi les applications les plus répandues se trouvent encore les tickets de transports dématérialisés (trains, métro (Strasbourg, Nice, Caen, Lille...), Air France à Toulouse, même vélos à Nice), le partage de photos, fichiers ou vidéos, le port d'informations médicales (une carte Vitale dans la puce en quelque sorte), de jeux (en 2012, découverte de l'agglomération de Caen la Mer par exemple) ou le transfert d'informations contextualisées :

  • La RATP équipe ses arrêts de bus pour permettre aux usagers de récupérer les horaires sur leur téléphone
  • l’Agence de Développement Touristique de l’Ardèche vient d'équiper 5.000 lieux de vacances de points NFC renvoyant vers un contenu multimédia régional sur des sites touristiques particuliers
  • en 2013, à la Friche La Belle de Mai de Marseille, le Centre national des arts plastiques et Orange ont monté en collaboration avec l'artiste Pierre Giner une exposition uniquement visible via NFC. Il fallait scanner de larges blocs noirs pour que les visiteurs puissent accéder à l’œuvre sur une page en ligne spécialement développée pour l'occasion.

Parmi les limites cependant de cette technologie demeure la peur d'une perte de contrôle de ses données privées pour l'utilisateur. C'est probablement le plus grand frein. En réponse, les constructeurs précisent que la courte distance nécessaire aux échanges est une garantie pour l'utilisateur puisqu'elle suppose une démarche volontaire de l'utilisateur et normalement ne peut pas être utilisée à son insu (en fait, cela n'exclut pas la collecte des données NFC par le système lui-même, qui reste capable d'historiser les usages de l'utilisateur).

Bien sûr, on pourrait citer d'autres limites comme le fait que les usagers ne sont pas tous technophiles, ni ne comprennent vraiment le symbole indiquant la présence d'une puce NFC, avec une prise en main réelle limitée. Ou simplement souligner la nécessité d'un bon équipement (terminal mobile, mais aussi présence d'un bon réseau), ce qui n'est pas sans renvoyer vers des questions de fracture numérique derrière...


3. Et en bibliothèque ?

Pourtant, les applications en bibliothèques sont nombreuses. Je parlais des QR Codes en début d'article, potentiellement une puce NFC peut les remplacer toutes, depuis le téléchargement d'informations pratiques (comme les horaires de bus à Paris), le renvoi vers des collections numériques, l'enrichissement de collections vers des apports extérieurs comme à la Friche La Belle de Mai (mais cette fois vers des cartels, des explications plutôt que vers les œuvres elles-mêmes), le renvoi vers des formulaires, le catalogue etc.

À dire vrai, les expériences demeurent peu nombreuses. Citons cependant :

La bibliothèque de Hannô, au Japon :

"D’ores et déjà fonctionnel grâce à une centaine de puces récemment installées, ces informations additionnelles sont le plus généralement relatives aux auteurs des livres (et fournissent par exemple des liens vers Wikipédia), aux autres ouvrages en liaison avec celui qui les intéressent et permettent surtout aux lecteurs les plus voraces de réserver un livre directement depuis leur mobile.

 
 

L’usage de ces tags NFC devrait à l’avenir permettre au gouvernement [japonais] de créer une liaison entre les bibliothèques de tout le pays pour permettre aux individus de savoir dans quelle bibliothèque se trouvent les livres en liaison avec leurs centres d’intérêt. Notons enfin qu’il sera également possible pour les lecteurs d’évaluer les livres, de laisser des commentaires, mais aussi de les examiner à distance grâce au cloud."

À Barcelone, en Espagne, plusieurs points de contacts pour terminaux mobiles proposent des informations via des QR codes et de la NFC qui renvoient vers des informations pratiques : géolocalisation de la bibliothèque du réseau la plus proche dans un rayon de 2km permettant d'en connaître les horaires d'ouvertures, des vidéos de présentations, la liste des animations etc. Ce projet était évoqué à l'occasion d'une intervention "Onsite versus online settings: two ways of reaching the users in the library of Barcelona" proposée cet été à l'occasion d'un congrès satellite de l'IFLA sur les bibliothèques publiques à Birmingham ("Public library futures in a global digital world").

Enfin, dernier exemple, à Pori, en Finlande, des chercheurs aidés de collègues de la bibliothèque municipale locale, cette fois, qui présentaient toujours à l'IFLA un jeu multijoueur de réalité mixte basé sur la technologie NFC, "The litterature race", pour motiver les enfants à chercher des informations dans les livres et, partant, les aider à devenir plus familiers avec les bibliothèques et la recherche d'information.

Au début du jeu, une vidéo se lance montrant un agent de la Littérature avertissant les joueurs qu'un complot se joue contre la bibliothèque que vous êtes les seuls à pouvoir empêcher. Pour cela, il faut résoudre un code caché dans divers messages. Il faut donc trouver et scanner au moins une trentaine de livres pour faire apparaître les messages et les codes cachés. Dans cette première vidéo, on a un indice pour trouver le premier livre : un mot qui doit ensuite se trouver dans le titre d'un ouvrage. Si l'indice est "Monde", il faut donc trouver un livre dont le titre contient "monde" (ex : le tour du monde en quatre-vingt jours). On peut demander de l'aide à un bibliothécaire en cas de besoin. Les enfants gagnent des points si : 1. ils n'ont pas fait d'erreur dans les titres trouvés 2. ils ont été plus ou moins rapides 3. ils ont respectés les règles de la bibliothèque (ne pas courir, ni crier), ce que l'application vérifie en utilisant l'accéléromètre ou le microphone de la tablette (c'est vicieux, oui).

Quand les enfants ont trouvé un livre, ils scannent en plaçant la tablette sur la couverture pour en faciliter la reconnaissance par l'application. Cela peut se faire en NFC ou en RFID. L'idée étant surtout d'aller au-delà du simple "touche l'écran et quelque chose va se passer" pour rendre l'expérience encore plus réelle et ludique.

Et vous, vous connaissez d'autres exemples d'usages de la NFC en bibliothèque ? 




Pour aller plus loin :

Sur la NFC :

Sur les dispositifs passerelle :

jeudi 11 septembre 2014

Emprunter un robot à la bibliothèque

Depuis mai 2014, le réseau des bibliothèques publiques de Chicago propose à ses usagers d'emprunter des robots. Pas seulement un ou deux, nous parlons là d'une flotte de pas moins 500 robots, disponibles en plus des livres et autres DVD dans les collections.  Les robots peuvent être empruntés dans six bibliothèques du réseau ou en ligne via le système de réservation habituel, un par un ou par groupe de cinq (on vise là les enseignants ou les associations).

source : abc7Chicago

Inventés par le Carnegie Mellon University Create Lab, ces robots ont une fonction bien précise : ils sont censés aider les résidents de tous âges à découvrir les joies du code informatique. L'usager branche le robot à son ordinateur, télécharge un programme avec les commandes, un tutoriel, et peut commencer à donner des ordres à son appareil. Le cadeau est gracieusement offert à la bibliothèque par Google Chicago (à raison de US$100 le robot quand même).

De leur petit nom Finch Robot, ces gadget à peine plus grand que la main peuvent être programmés pour bouger, faire du bruit, s'allumer dans tous les sens. D'abord proposés aux adultes, certains programmes de code seraient accessibles à un enfant de seulement 8 ans.

Des plans de cours et des tutoriels sont disponibles en ligne sur le site dédié finchrobot.com. Une video vous permettra même d'en apprendre plus et vous montrera le robot en action.

Bien sûr, le partenariat n'est pas anodin. Il s'agit pour Google officiellement d'inspirer une nouvelle génération de programmeurs et d'ingénieurs informaticien. Pour le maire Rahm Emanuel, l'opportunité est grande d'améliorer la formation des habitants en sciences, technologie, ingénierie ou maths.

Et puis quelle publicité !

The Finch in Three Minutes

jeudi 4 septembre 2014

L'espace ados de la bibliothèque de Brossard (Qc)

En janvier 2014 a ouvert un tout nouvel espace ados à la bibliothèque Georgette-Lepage, à Brossard, près de Montréal. Exclusivement réservé aux jeunes âgés de 12 à 17 ans, cet espace est situé dans un ancien local d'entreposage de près de 135 m², au sous-sol de la bibliothèque et se voit, de fait, séparé physiquement du reste de l'institution, créant un lieu clos, où ils peuvent se réunir, partager des intérêts communs, jouer, travailler. 

Un espace pensé et dédié aux adolescents

La bibliothèque n'avait pas d'espace libre pour accueillir les ados particulièrement. L'idée fut donc proposée d'utiliser un local d'entreposage dans les sous-sols de la bibliothèque. Le réaménagement, mené en collaboration avec un designer d'intérieur et un architecte a abouti à la formalisation d'une pièce multifonctionnelle, aménagée en quatre zones : travail, lecture, sociabilisation et détente. Chacune des zones est délimitée par une couleur propre sans autre barrière, ce qui permet de rendre l'ensemble lumineux, joyeux (on est au sous-sol, sans lumière naturelle donc) et fluidifie l'utilisation des lieux. Le mobilier léger, sur roulette ou empilable, permet une reconfiguration rapide des espaces selon les besoins. Une estrade se déplie devant les écrans. Il est permis de manger des collations et des repas froids ainsi que de boire. Un tableau blanc, installé dans le corridor d’entrée, permet aux usagers de laisser un message, une marque, un dessin. L'ensemble a coûté pas moins de 240.000 $ canadiens à la municipalité de Brossard.

L'espace n'est pas laissé sans surveillance pour autant. Il propose toute une panoplie de services dédiés aux adolescents assurés -presque- en permanence par trois animateurs. Il est accessible du lundi au vendredi, de 16h30 à 20h et les samedi et dimanche de 12h à 17h.

Ainsi du lundi au jeudi du 16h30 à 18h30, des enseignants sont sur place pour aider les jeunes avec leurs devoirs. Cette aide est complétée par une borne interactive "Allo Prof", une collection de manuel et de livres de références descendus pour l'occasion et la possibilité d'emprunter des ordinateurs portables. On peut même utiliser, disponible dans une bannette ou sur demande, feuilles à carreaux, règles, crayons, ciseaux, compas, calculatrice... et tout matériel dont un ado pourrait avoir besoin. Côté collections, les ados peuvent lire des bandes dessinées, des revues, écouter de la musique sous des dômes d'écoute musicale, jouer à des jeux vidéo, de société mis à leur disposition. Plusieurs animations spécifiques sont également organisées, depuis la soirée jeux vidéo et de société à la projection de films ou l'organisation d'ateliers artistiques. Le vendredi est ainsi destiné à accueillir ce genre d'animation (tournoi d'impro, pizza party, tournoi FIFA 2014...) Un samedi par mois, un invité propose un atelier ou une conférence sur un sujet qui intéresse les ados. Il est possible également sur cerains poste d'utiliser des logiciels de montage vidéo, un peu à la manière d'un fablab. 

Une présence en ligne à poursuivre

Afin cependant de poursuivre l'expérience en ligne, l'espace ado s'est doté d'un nom "Soda", choisi par un jury de jeunes de 12 à 17 ans à l'issu d'un concours organisé pour les ados et renforcer l'implication du public visé. Le nom choisi, il s'est ensuite vu décliné en logo.

Cette identité permet de renforcer également la présence en ligne de Soda. Il possède en effet son propre site, doublé d'une page Facebook. Vous y trouverez d'autres images de l'espace lui-même.  Cette page sert essentiellement à communiquer avec les ados, annoncer les prochaines activités, mais ne semble pas si utilisé par les ados que cela. Il semble qu'elle manque encore d'interaction, sachant que l'espace lui-même n'a que huit mois.

Le site se veut un équivalent numérique de l'espace. On y trouve un blog annonçant les coups de cœur des bibliothécaires. Je suppose d'après la mise en page du billet (rédigé par : la bibliothécaire) qu'il espère diffuser également les coups de coeur des ados eux-mêmes. Au-delà, on y retrouve l'agenda des activités à venir, une page rassemblant les ressources pour l'aide aux devoirs, une liste de contacts pour les jeunes en questionnements (aide téléphonique, SOS suicide, numéro d'aide à la dépendance, problème de violence, questions autour de la sexualité, communautés culturelles,mais aussi la maison d'emploi des jeunes un peu perdue dans cet ensemble de numéros d'aide). un espace jeux liste les ressources disponibles (vidéo ou non) tandis qu'une page destinée aux enseignants rappelle les partenariats qui peuvent être menés. Encore une fois, je ne suis pas certain que cette page ait sa place ici, ou du moins au même niveau que les autres informations. Si le site s'adresse d'abord aux ados, il conviendrait, à mon sens, de minimiser les informations destinées aux adultes.

Mais aussi...

La bibliothèque de Brossard songe maintenant à créer, dans ses locaux, un espace pour les séniors. Cet espace en cours de mise en œuvre propose des fauteuils confortables, un guide des ressources spécifiques, des livres en gros caractères ainsi que des ordinateurs aux claviers adaptés (touches plus grosses, lettres larges et raccourcis)...

mardi 22 juillet 2014

Un défi pour la lecture en 3D au Royaume-Uni

Outre-manche existe un organisme apparemment privé dont la mission est "to give everyone an equal chance in life by helping people become confident and enthusiastic readers" (donner à tous les mêmes chances de réussite dans la vie en aidant les gens à devenir des lecteurs confiants et enthousiastes) la Reading Agency.

Pour ce faire, l'agence organise de nombreux événements destinés aux enfants, aux adolescents et aux adultes, depuis le défi sur Twitter, l'organisation de conférences, d'animations, une participation à la nuit mondiale du livre (l'occasion de faire une distribution de livres géantes), le montage d'ateliers de formations, le lancement de recherche sur les pratiques de lectures etc où participent des célébrités et des auteurs de livres pour la jeunesse notamment comme Eoin Colfer. Des activités largement relayées et proposées avec les bibliothèques du pays.

Un programme spécifique, construit conjointement par la Society of chief librarians et cette Reading Agency, appelé the Universal Reading Offer, est même proposé pour valoriser et souligner l'importance des bibliothèques dans la lutte contre illettrisme et le soutien aux communautés desservies. On y trouve un tableau des actions proposées, des éléments stratégiques pour aider les établissements, des sources chiffrées sur l'impact des bibliothèques dans la société ; autant d'éléments cruciaux en ces temps de crise et de fermetures.

Mais parmi les actions proposées par cette agence se trouve surtout le Summer Reading Challenge. Un matériel ludique censé accompagner les plus jeunes et leur donner envie de lire les albums proposés. Ce défi a été lancé le samedi 19 juillet dernier sur le thème du labyrinthe et des créatures fantastiques. Les enfants peuvent alors s'inscrire en ligne ou dans leur bibliothèque, trouver un livre via le générateur proposé (il faut en lire six pour remplir le défi) et coller des autocollants sur le poster qui leur a été remis.

Cette année, cependant, ce défi se pare de réalité augmentée histoire de donner une tonalité magique, interactive à l'événement. Via une application spécifique à télécharger dans son appareil mobile (document d'accompagnement), il est possible de faire s'animer les créatures magiques. Des cartes représentant ces dernières peuvent être cachées dans la bibliothèque, provoquant ainsi une sorte de chasse aux trésors, chaque carte renvoyant vers du contenu en ligne, sous forme de jeux ou de petite animation (une version papier de la chasse aux trésors et de ses jeux est prévue pour les enfants qui ne pourraient avoir accès à un dispositif mobile). Au fur et à mesure de ses lectures et de sa quête, l'enfant pourra débloquer les créatures et en apprendre plus sur chacune au sein de la ménagerie de son application.

Pour aller plus loin :

jeudi 13 mars 2014

Doc Explore, un écran pour lire les livres anciens

Je profite de la publication d'un reportage diffusé dans l'émission "Vu d'ici" sur France3 Haute Normandie pour évoquer le projet européen Doc Explore

Rien de nouveau en soi. Ce projet s’intéressant à la valorisation et à l’analyse par ordinateur de manuscrits historiques a débuté en avril 2009. Plus précisément, il s'agit d'un logiciel permettant

  1. de plaquer des fichiers numérisés sur des feuilleteurs 3D tactiles ou gestuels de façon à en faciliter la consultation et la manipulation par les utilisateurs, y compris via une indexation ou l'ajout de fonctionnalités de recherche
  2. de faciliter la compréhension des documents grâce à l'ajout de commentaires, d'annotations, de vidéos... d'un ensemble de paratexte enrichissant les documents consultés

Comme l'explique Pierrick Tranouez, il s'agit donc de répondre à des obstacles tant physique que culturel pour faciliter l'accès aux documents et valoriser les documents patrimoniaux.

Le projet se base sur l’expertise de groupes de recherche académique situés à l’Université de Kent et à l’Université de Rouen (le laboratoire du LITIS), ainsi que sur la collaboration des Archives de la Cathédrale de Canterbury et de la Bibliothèque Municipale de Rouen, qui apportent les livres et manuscrits anciens numérisés.

En septembre dernier, deux expositions à Canterbury d'une part puis à la bibliothèque Jacques Villon de Rouen ont permis de faire connaître cet outils auprès du grand public. Maintenant, il semble qu'une table tactile soit disponible de manière pérenne pour consulter ces documents dans la capitale de Haute-Normandie.

Le reportage précise que seule cette bibliothèque dispose de ce logiciel pour l'instant mais l'idée est qu'il soit accessible à tous sur le web dans les mois à venir. En consultation je suppose...

Pour aller plus loin :

PS : on voit les responsables manipuler les fonds anciens précieusement, avec des gants, ce qui est pourtant de plus en plus contesté et contre-indiqué.

mardi 25 février 2014

Périodiques en Sciences de l'information

Pour ma veille, j'utilise encore principalement un agrégateur de lien. Plus précisément, depuis la fin de google reader, je me suis tourné vers The old reader afin de gérer l'ensemble des flux auxquels je me trouvais abonné. J'ai essayé d'autres outils, y compris mobiles comme flipboard, mais aucun ne m'a véritablement satisfait.

Très honnêtement, je consulte ces flux moins régulièrement. Probablement est-ce dû également au fait qu'une partie non négligeable de la veille se fait désormais en flux continu via d'autres canaux comme les réseaux sociaux ou l'outil de microblogging Twitter, ce qui implique d'autres compétences en terme de gestion, de recherche ou de validation de l'information. Ne serait-ce que pour trier les informations pertinentes du babillage permanent et pas toujours intéressant qui s'y déroule. L'autre souci étant depuis deux ou trois ans de me désabonner de plus en plus de flux redondants ou peu pertinents à court terme.

Parmi les outils sur lesquels je me suis penché se trouve bien sûr Netvibes. Je ne suis pas vraiment à l'aise avec la présentation en pleine page, mais je me sers également de l'outil à des fins pédagogiques et de présentations.

Dans l'univers public que je gère, j'ai ainsi ouvert un onglet "Revue de sommaires". il s'agissait de rassembler en une seule page la plupart des revues en Sciences de l'information et des bibliothèques dont je me sers plus ou moins régulièrement et qui publient des articles potentiellement intéressants.

On trouvera donc en bleu des titres français, en rose des titres francophones, en rouge un titre espagnol, en vert des titres en anglais. 

Des titres français :

Des titres francophones :

Un titre espagnol

Des titres en anglais et en américain :

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jeudi 6 février 2014

Du sexe à la bibliothèque

En décembre dernier, à l'occasion d'une journée d'étude sur "sexe, genre et bibliothèque", Christophe Pavlidès soulignait de manière un peu humoristique l'absence de littérature professionnelle autour de la drague. Certes, dans un article du BBF, "le règlement dans les marges", il est rapidement fait mention à la chose mais finalement on trouve peu de travaux sur le sujet, hors la simple mention communément admise de la bibliothèque comme espace neutre, comme espace de rencontre, et donc comme espace de drague :

Qu’il fasse chaud ou pas, que vous soyez venu dans la ferme intention de réviser ou pas, la bibliothèque c’est le lieu de la drague soft par excellence. Personne n’ose se l’avouer franchement mais c’est un terrain de jeu extra : la révision est un prétexte béton pour observer et éventuellement… battre en retraite.

En 2003, à la réouverture de la bibliothèque d'étude et du patrimoine du Périgord (Toulouse), la Dépêche du Midi publiait même un article sobrement intitulé "Le retour de la drague à la BM" :

La BM vient de rouvrir complètement rénovée, mais les bonnes vieilles habitudes n'ont pas changé. Ce temple de la lecture et de la culture qui est pour les étudiants un formidable outil de travail est aussi un fabuleux endroit de rencontres. Et l'occasion de mélanger les disciplines. Les étudiantes en fac de droit peuvent chasser les étudiants en médecine, les premières années reluquer les doctorants....

et de terminer l'article, sentencieusement, "le plus dur à la BM, c'est de rester concentré". Ben voyons.

Remarquez le phénomène n'est ni nouveau, ni en perte de vitesse comme le montre le phénomène des spotted ("repéré" en français). Sur ces pages Facebook, les usagers peuvent déclarer leur flamme à un inconnu croisé brièvement en espérant être contacté à la manière d'un courrier du cœur ou d'une petite annonce amoureuse. L'anonymat peut être respecté en envoyant le message par mail à un administrateur qui se chargera de la publication. Un anonymat parfois problématique lorsque la publication dérive en insultes gratuites et autres messages à caractères injurieux.

Plusieurs bibliothèques font donc déjà l'objet de Spotted. C'est le cas bien sûr d'institutions comme la BnF ou la BPI, de bibliothèques municipales (Bordeaux, Toulouse, Périgord) ou de bibliothèques universitaires (Lyon1,Sainte-Barbe) même si, pour ces dernières, les pages concernent souvent les universités dans leur ensemble plutôt qu'une BU en particulier (Lyon3, Strasbourg, Nanterre Paris 10). Même les normaliens s'y sont mis !

Lieu de drague, donc, sans grande surprise puisque lieu de rencontres, id est lieu où on peut croiser des personnes hors de son milieu habituel. Mais lieu d'ébats également. 

D'abord parler de sexe à la bibliothèque ne se fait pas sans mal. Les animations autour du sujet, comme la "nuit des fantasmes" prévue demain soir à la bibliothèque de Ath (Belgique), ou le festival "Bibliothèques à la Une : sexe, conférences et vidéos" (programme et sélections de ressources en pdf) de la médiathèque départementale du Haut Rhin se font rares lorsqu'elles ne rencontrent pas une frilosité certaine de la part du politique à l'instar de cette exposition d’œuvres érotiques censurée par le conseil général de la Somme au printemps 2010. (On se souvient néanmoins de "L'enfer de la bibliothèque : Eros au secret" à la Bibliothèque nationale de France.)

La bibliothèque centrale de Los Angeles se voit, quant à elle, confrontée à une recrudescence des ébats ou des exhibitions dans les locaux. Rien qu'en 2013, la police a dû faire pas moins d'une quinzaine de descentes dont neuf ont abouti à des arrestations, souvent pour des cas de masturbations dans les toilettes comme l'évoquait récemment Sarah Houghton (même si, vérification faite auprès des services de l'Université de St Andrews, l'affiche montrée dans la vidéo s'est révélée fausse).

Fin 2012, aux États-Unis toujours, c'est l'article de Nadia Cho qui a soulevé une vague de protestation. Cette étudiante dans la prestigieuse université de Berkeley, auteure d'une chronique sur le sexe dans le journal du campus, publiait alors un guide détaillé sur la façon dont il fallait s'y prendre pour avoir des relations sexuelles à la BU ou dans les salles de cours (aller à la bibliothèque quand il n'y a pas beaucoup de monde, choisir une section peu fréquentée comme les archives royales anglaises ou la religion, bouger quelques meubles pour être sûr de n'être pas vu, préférer le sexe debout, voire dégager les rayons bas pour y poser les pieds et faciliter la pénétration). Sans surprise, plusieurs journaux ont aussitôt repris l'histoire... pour la blâmer officiellement (UK’s Daily Mail, The New York Daily News, ou encore un titre à Singapour).

Les personnels universitaires ont bien sûr rapidement condamné l'expérience et, dans les commentaires (d'après le journal Jezebel parce que je n'ai pas retrouvé le commentaire en question, il a dû être effacé depuis), ce sont les bibliothécaires qui implorent les étudiants de garder leur pantalon autour de la taille :

Please don't fuck in the library. I work here. My staff works here. I told my staff I'd do what I can to make sure theirs is a safe and happy workplace. Now, in addition to pedophiles, thieves, and people with poor bowel function, I've got kids using shitty liberal arts justifications to fuck in the library.

I don't want to rain on your liberating parade or interfere with your bucket list, but you don't have to deal with the complaints. I know you would like your sex life to be more exciting, but do you know what is also exciting? Getting to work and thinking, "there won't be people fucking in the library today" Now that is liberating.

Incidentally, thank you for advising people not to ejaculate in the library. After cleaning up garbage, graffiti, shit that is apparently dropped from 10 feet above the toilet, and a variety of bodily fluids, I hesitate to ask cleaning staff to add ejaculate to that list.

Sûr que ce n'est pas très hygiénique.

Ceci étant, ce n'est guère une nouveauté non plus. Dans un autre article, ce même journal Jezebel liste d'autres fantasmes estudiantins liés à la bibliothèque, venant des universités de Harvard, Columbia, Temple ou Miami. Précisons au passage que la bibliothèque Butler de Columbia vient justement d'être le décor de tournage d'un court-métrage vidéo dénonçant la "fétichisation des femmes". Je dévie légèrement du sujet, mais c'est l'occasion de souligner combien l’espace universitaire américain peut se voir questionné par des manifestations sexuelles et/ou queer. A contrario, il apparaît plus difficile de trouver des données francophones, alors si vous connaissez des études ou des articles sur le sujet...

En tout cas, ça travaille les étudiants et ils n'hésitent pas à utiliser le service questions-réponses de la bibliothèque-même pour en savoir plus ! 

Non que les professionnels n'en profitent pas d'ailleurs.

D'après une étude menée en 1992 et publiée en 2010 par Will Manley, un bibliothécaire aujourd'hui à la retraite, auprès de 5.000 professionnels américains, près de 20% des bibliothécaires (ici en français) auraient eu des rapports sexuels entre les rayonnages. Un sur cinq ! (moins drôle, 78% des bibliothécaires répondantes se sont senties un jour agressées sexuellement par un usager).

En revanche, si vous surprenez votre directrice en pleins ébats avec le technicien de maintenance sur la moquette de la section jeunesse (quelle idée franchement !), évitez de vous plaindre : une collègue de la bibliothèque d'Estanza (EU) en a fait l'amère expérience cet hiver et fut renvoyée, d'après elle à ce sujet, peu après avoir alerté la mairie.

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