Ce soir l’enssib recevait Alex Byrne, directeur de la Bibliothèque de l’université de technologie de Sydney, en Australie, et surtout président de l’IFLA, l’international federation of librarian associations and institutions, une fédération internationale fondée en 1927 –elle fête donc cette année ses 80 ans- dans le but de favoriser le développement des bibliothèques et plus largement de l’accès à l’information.

Mr Byrne était donc invité à ce titre et a proposé aux participants une intervention en quatre parties : Dans la première, il s’est d’abord présenté et a évoqué l’université et la bibliothèque dans laquelle il travaille. Ensuite est venue l’intervention à proprement parler où il a d’abord évoqué le développement des technologies de l’information et l’emballement lié au web 2.0, puis il a expliqué ce qu’était l’IFLA, ses missions, ses axes de travail, et son rôle notamment au sein du dernier sommet mondial sur la société de l’information. Enfin, il est revenu sur le rôle des bibliothèques à l’heure de Google.

Rapidement, la bibliothèque de l’université de technologie de Sydney est relativement récente. L’université elle-même date de 1988, même si elle est issue d’un Sydney Technical College remontant, lui, à 1893. C’est une université de 32.000 étudiants, dont 5.000 étudiants étrangers.

La bibliothèque se veut « highly digital », résolument numérique. Dans cette optique, elle propose l’accès à 23.000 périodiques électroniques et pas moins de 80.000 livres électroniques ce qui me semble véritablement surprenant quand on sait combien ce genre de document a du mal à percer dans le paysage documentaire hexagonal. Elle propose également 560.000 ouvrages papiers. L’implémentation de la technologie RFID est prévue pour décembre 2007. Une recherche croisée entre toutes leurs ressources en ligne est possible via le service SFX de Metalib mais ils n’en sont pas satisfait, ne serait-ce parce qu’au final, l’usager se retrouve avec nombre d’interfaces différentes et qu’il se sent un peu perdu. A ce sujet, la maîtrise de l’information est un élément très important, « a major priority », à la bibliothèque qui aimerait qu’elle soit mieux intégrée dans les cursus. Enfin, son service de référence est un service en ligne, utilisant Reftrackers et propose un accès à sa base de connaissance.

Technologies de l'information et bibliothèques

Alex Byrne a ensuite évoqué le formidable développement des ressources sur internet, qu’il s’agisse des bases de données spécialisées (incontournable dans une activité de recherche), des revues en texte intégral, des agrégateurs ou des sites internets dont le récent dynamisme (par opposition aux pages statiques) posait des problèmes notamment en matière d’archivage et de préservation des données. Au-delà, il a abordé les technologies « émergentes » et liées au web 2.0, évoquant l’évolution dans les modes de publications, de recherche, d’accès à l’information grâce à l’utilisation d’outils tels que wiki, blogs, podcasts, grâce aux réseaux sociaux, aux mashups. Alors qu’il parlait des podcasts, il en a profité pour évoquer rapidement les problèmes d’évolution des supports d’information et de pérénisation des outils pour lire les données, de même le développement des moteurs de recherche apportant une information rapide et gratuite a été pour lui l’occasion de rappeler l’opposition de l’IFLA aux accords entre la Chine et Yahoo puis Google afin que ces firmes proposent une version édulcorée, id est censurée de leur moteur. Surtout, il a opposé le dynamisme de l’information sur internet aux catalogues statiques et peu attrayant des bibliothèques.

Avec le web 2.0, le public espère plus de dynamisme, d’interactivité, d’immédiateté dans son rapport à l’information. Il veut pouvoir prendre part à sa diffusion et les bibliothèques, qui sont elles-mêmes en pleine mutation, doivent s’approprier ces nouvelles technologies. Prenant pour exemple l’important travail de numérisation des onze volumes de la Description de l’Egypte proposée par la Bibliotheca Alexandrina, Mr Byrne nous a rappelé combien ces technologies pouvaient nous apporter en matière d’amélioration de la recherche, de travail sur un document (on peut l’annoter, le consulter autant de fois qu’on le souhaite sans toucher à l’intégrité du document), de travail collaboratif etc…

Le rôle de l'IFLA dans la société de l'information

En second lieu, Mr Byrne est revenu sur l’IFLA. Il a ainsi rappelé que l’association vieille de 80 ans regroupait 1700 membres issus de 150 pays différents, eux-mêmes adhérents à des associations nationales (ou internationales) de bibliothécaires, des bibliothèques, des services de bibliothèques des secteurs publics, privés et bénévoles, mais encore des membres individuels qui soutiennent ses objectifs et participent à son travail. Son action repose sur trois piliers :

  1. Le pilier des Membres reposant sur les services offerts, les congrès proposés y compris dans des zones peu accessibles (cette année le congrès de l’IFLA aura lieu en Afrique, à Durban, afin de permettre aux collègues africains qui ont plus de difficultés pour se déplacer de pouvoir participer). Pour information, le congrès annuel 2006 s’était tenu à Séoul, en Corée du Sud, et en 2008 se tiendra à Québec, au Canada. Ce pilier repose enfin également sur les publications de l’association.
  2. Le pilier Profession désigne le fonctionnement très hiérarchique de la fédération découpée en 48 sections réunies en 8 divisions. Il coordonne des programmes fondamentaux spécifiques autour du développement des bibliothèques dans le Tiers-monde (ALP), des normes bibliographiques, de la préservation et de la conservation des documents (PAC), de l’Unimarc.
  3. Le pilier Société souligne l’impact des bibliothèques et des services d’information sur la société. Il travaille dans ce cadre sur deux programmes fondamentaux, le premier autour du copyright (CLM) et le second sur le libre accès à l’information et la liberté d’expression (FAIFE). Ils travaillent également dans ce cadre avec d’autres partenaires tels que le bouclier bleu [sur lequel je reviendrais], l’Unesco, l’association internationale des éditeurs… et participent au sommet mondial sur la société de l‘information dont j’avais parlé à l’époque.

Au Sommet Mondial sur la Société de l’Information qui s’est tenu à Genève en 2003 puis à Tunis en 2005, l’IFLA a publié un manifeste d’Alexandrie (parce qu’adopté à Alexandrie, Egypte, à la Bibliotheca Alexandrina, le 11 Novembre 2005 lors du pré-sommet de Tunis) revenant sur le rôle des bibliothèques dans la société de l'information et insistant, à l'endroit des gouvernements, sur l'importance et les enjeux d'une véritable politique publique et une proclamation d'Alexandrie sur la maîtrise de l'information et l'apprentissage tout au long de la vie qui rappelle entre autre que :

La maîtrise de l'information est au coeur de la formation tout au long de la vie. Elle permet aux gens, dans tous les chemins de la vie, de chercher, d'évaluer, d'utiliser et de créer l'information pour des objectifs personnels, sociaux, professionnels et éducationnels. C'est un droit humain de base dans un monde numérique qui apporte l'intégration de tous les peuples.

Les bibliothèques à l'heure de Google

L’accès à l’information est un droit. Il ne saurait être réservé à une partie de la population et les bibliothèques voient là leur rôle se conforter et devenir d’autant plus prégnant, en tant qu’espace neutre, sans parti pris d’aucune sorte, d’accès à l’information et à une information pertinente, en tant qu’espace, et en tant que lieu d’apprentissage, notamment de maîtrise d’information. L’information est fondamentale pour le développement économique et culturel. Contre Google, enfin, les bibliothèques peuvent se poser à plusieurs niveaux :
  • fiabilité des sources
  • service d’information non commercial
  • conseils pour une information de qualité
  • découverte et usages d’information
  • apprentissage à la maîtrise de l’information
  • encouragement à la création de contenu par les usagers
  • préservation de l’information et du savoir pour le futur

Lutter contre Google, c’est donc avant tout aider les gens à maîtriser l’information, identifier la provenance et la validité des informations que le moteur leur présente.

Les questions ensuite portèrent sur les résultats du Sommet de Tunis, ce qui fut l’occasion d’évoquer les enjeux de la gouvernance de l’internet. Une seconde aborda le libre-accès et là Mr Byrne a souligné que les bibliothèques avaient un rôle à jouer en rendant accessibles les périodiques en accès-libre, travaillant avec les facultés pour soutenir le mouvement voire le soutenir de façon active en proposant elles-mêmes la publication de périodiques en accès libre.

Une troisième enfin s’interrogeait sur la pérennité à terme des bibliothèques dans un monde où l’information devenait de plus en plus numérique. A cela Mr Byrne répondit qu’il était vrai que les supports de l’information changeaient : les annuaires par exemple semblaient avoir complètement disparus sous forme papier au profit du numérique et certaines disciplines scientifiques comme la médecine avaient besoin d’une information sans cesse à jour pour continuer leurs recherches mais en ce qui concernait la littérature, il allait être difficile de dépasser la forme du codex. Dans les années ’50-’60, les gens pensaient que les microformes étaient les formats ultimes de préservation et de diffusion des documents. Aujourd’hui, ils sont clairement dépassés mêmes s’ils sont encore parfois utilisés. Les supports varient, mais ils ne s’opposent pas. Ils se placent en compléments les uns des autres, en complément du livre. Enfin, même sans livres, les bibliothèques existeraient toujours que ce soit en tant qu’espace physique pour les usagers ou que ce soit en tant que lieu virtuel, de bibliothèque numérique riche de services à proposer.

En soi, la conférence était intéressante même si Mr Byrne n’a rien dit de vraiment révolutionnaire et puis, honnêtement, je m’attendais à autre chose sans vraiment savoir quoi. Il est amusant également de remarquer cette mode toute américaine, disons anglo-saxonne, de proposer des diapos emplies de seules photos, car Mr Byrne en a largement profité pour nous montrer, outre les environs de Sydney, des photographies de bibliothèques issues des quatre coins du monde : Chili, Suède, Chine, Egypte…

Pour conclure, si cela vous intéresse, le diaporama de l’intervention devrait être rapidement disponible sur le site internet de l’enssib, ainsi que l’ensemble de la conférence : cette dernière à cet effet était filmée et je pense qu'elle devrait être également mise en ligne.

Mise à jour du lien La vidéo de l'intervention est disponible sur le site de l'enssib.