Retour sur l'enquête de la biblioblogosphère francophone. A la fin de leur très intéressant travail sur les usages et les pratiques de la BBS, PascalK et dbourrion proposent quelques pistes de réflexion. Je vais essayer d'y revenir et de donner mon avis sur chacun :

• Une fédération de blogs se partageant les thématiques pourrait éviter la redondance qui finit par lasser et appauvrir la BBS touchée alors par le syndrome du perroquet

Cette première proposition de mutualisation des pratiques n'est pas neuve. PascalK en avait déjà fait part en février dernier dans son "appel aux biblio-watchers" dans lequel il appelait à créer un blog de mutualisation, orienté il est vrai vers la BBS anglophone. L'organisation du premier BiblioCamp en mars dernier allait aussi dans ce sens, du moins en partie, puisqu'il se voulait une "rencontre pour construire un projet coopératif entre biblioblogueurs francophones". Mais si la biblioblogosphère francophone semble s'organiser et se formaliser (liste sur Bibliopédia, réseau social sur Ning), si même des initiatives émergent pour améliorer la lecture de cette biblioblogosphère à l'instar d'agrégateurs tels que Biblioblogs ou Biblioflux, du Bibliobuzz, encore, initié conjointement par Bibliopédia et le Blog du BBF qui sélectionne les billets jugés intéressants, ou enfin les moteurs FrancoDoc, Biblioblogosphère sur le même modèle que le LisZen américain pour retrouver les sujets, il reste que nous sommes là encore du côté de l'appropriation de l'outil et des informations et pas de celui de la production, ce qu'appellent les auteurs de l'enquète.

L'idée d'un blog coopératif qui aurait pu être une première option ne me plaît pas trop, notamment parce que bloguer est,d'abord, selon moi, une pratique personnelle et qu'un blog coopératif demanderait beaucoup plus d'investissement qu'un blog personnel. Celle d'une fédération me laisse un peu dubitatif.  Serait-ce limiter la portée de chaque blog à la thématique attibuée ou lui donner la primeur de l'information le concernant ? Je crois plus en une sorte d'auto-régulation et si quelques messages se retrouvent d'un blog à l'autre, si plusieurs blogueurs ont estimé important d'aborder tel sujet, peut-être est-ce le signe que ce sujet est d'autant plus intéressant et important. Un travail coopératif serait probablement un plus. Je ne sais pas vraiment qu'elle forme cela peut prendre.


• De nouveaux blogs pourraient apparaître, traitant de domaines encore laissés en friches dans la BBS (à grands traits, tout ce qui relève du quotidien des bibliothèques, moins les thématiques technologiques)

On l'espère. Je pense que ce serait bien que de nouveaux blogs surgissent, et notamment sur des domaines qui ne sont pas encore beaucoup abordés pour le moment dans la BBS. Je pense au blog Bibliothèque-Public sur les services, par exemple. Les premiers biblioblogueurs se sont intéressés à ce nouvel outil parce qu'ils étaient sensibilisés à l'informatique, à la documentation numérique dans leurs établissements. Maintenant que le phénomène a pris plus d'ampleur, s'est peu ou prou répandu, on devrait voir émerger de nouveaux auteurs animés d'autres préoccupations. Marlène et Nicolas évoquaient comment thèmes possibles :
  • les bibliothèques comme bâtiments ;
  • l’évaluation des personnels, sujet pourtant d’actualité dans la période considérée et qui suscite dans la profession de vifs débats, en particulier dans la fonction publique d’État : ces débats ne sont pas relayés par les biblioblogs ;
  • plus généralement, tout ce qui concerne les ressources humaines ;
  • la gestion des collections et les politiques documentaires, à l’exception de quelques réflexions éparses, sur les collections électroniques pour l’essentiel ;
  • les questions budgétaires : la période considérée était aussi celle où les budgets de l’année 2007 étaient décidés. Pourtant, à lire les biblioblogs, on a le sentiment que les bibliothèques, et les bibliothécaires, n’ont que très peu de rapports avec l’argent ;
  • les rapports de la bibliothèque avec son environnement institutionnel : le ministère, l’université, la ville, les bibliothèques voisines.
Les ressources humaines, les questions budgétaires, le rapport avec la tutelle sont des sujets délicats. Qu'on ne vienne pas me taxer d'hypocrisie, il est délicat de parler de la situation des agents ou de sa tutelle parce que cela fait entrer dans le blog une entité extérieure qui peut avoir son mot à dire. Les questions budgétaires aussi relèvent d'une certaine discrétion, même si là c'est moins évident. Disons que c'est la pratique qui le veut et que ce n'est pas à un agent de discuter de ce genre d'informations a priori confidentielles mais plutôt directement son institution. En revanche, je verrais bien des blogs aborder les questions de politique documentaire, de gestion des collection (avec les arcanes de la gestion des périodiques, je crois qu'il y a de quoi faire) ou du bâtiment-bibliothèque, même si -ou surtout parce que- sur ce dernier point, à dire vrai, il existe peu de littérature.

• Des pépinières de blogs pourraient être mises en place, typiquement à l’ENSSIB et dans les écoles et universités préparant aux métiers de l’information documentaire, pour familiariser les futurs professionnels avec ces outils, leur apprendre à s’en servir, et élargir le nombre de voix qui chuchotent sur la BBS.

Il me semble que c'est déjà le cas. L'EBD (ex : "sur le pont") et divers cursus universitaires (exemple : numerimaud) demandent à leurs élèves d'ouvrir des blogs. Mais le plus souvent, ces exervices sont abandonnés peu de temps après la sortie de l'école. Inciter par le biais scolaire est intéressant, notamment en ce qu'il permet de démystifier l'outil et peut créer une pratique (Bibliothèques 2.0 était à ce titre un blog scolaire puisque créé dans le cadre d'un stage, pourtant son auteur a souhaité le faire perdurer). L'essai est donc important, intéressant, formateur, mais il ne prend donc sa pleine mesure je pense que s'il est transformé.

• En même temps, et dans une logique inverse, la BBS est-elle en passe de souffrir d’obésité avec une floraison de (trop nombreux ?) blogs ?

Je me suis posé la question. Au début, il était facile de suivre l'évolution de la BBS. On aggrégait tous les nouveaux blogs qui s'ouvraient. Mais maintenant, cela devient difficile. D'autant que les blogs intéressants débordent de la seule sphère bibliothéconomique mais peuvent appartenir aux sciences de l'information, au monde du livre (librairie, édition...). C'est pour cela que des outils comme BiblioFlux sont intéressant et font gagner du temps. En même temps, lorsqu'on se rend compte qu'au bout de trois semaines l'agrégateur déborde de nouveaux billets, il devietn tout aussi désespérant de les ouvrir tous. On passe à côté de certaines infos, on lit en diagonale (et PascalK ne dira pas le contraire :p) et par moments la veille ne resemble plus à rien. Trop d'information tue l'information.

Cependant, je serais d'avis que c'est un phénomène passager. A savoir que les blogs, et partant les biblioblogs, sont à l'heure actuelle à la mode. J'estime cependant que ce phénomène va se régulariser. Nous avons déjà assisté à la fermeture de certains d'entre eux. Enfin, je ne pense pas que ce soit vraiment l'obésité qui est à craindre. Qu'il y ait toujours plus de blogs qui s'ouvrent est une bonne chose en soi. Néanmoins, il faudrait qu'il y ait un peu plus de diversité. Et là, on rejoint les considérations précédentes.

• Les institutions pourraient créer leurs blogs dans lesquels, en particulier, pourraient apparaître les retours d’expériences du quotidien. Bien entendu, la condition sine qua non de la réussite et de la crédibilité de ce types de blogs est une parole libre et assumée laissée aux rédacteurs qui en ont la charge de ces blogs.

Oui. Une condition qui n'est pas aussi facile à mettre en place que cela le semble. De manière générale, les institutions sont très jalouses de la visibilité qu'elles offrent et des moyens de communication mis en place. Souvent, ce poste de chargé de communication est un poste stratégique parce qu'il y a de gros enjeux derrière. Avouer des faiblesses, des erreurs, si cela peut aider des professionnels et des non-professionnels n'est pas forcément viable d'un point de vue institutionnel. On marche là sur des oeufs.Ceci dit, et ainsi que le faisait remarquer Lully, je trouve également que ce pourrait être vraiment intéressant d'avoir ce genre de démarche de la part d'un établissement.


Conclusion, si j'ai bien lu :

il faut plus de biblioblogs, sur les différents aspects de la profession, y compris et surtout quotidiens. Ces blogs pourraient être initiés pendant les études des futurs professionnels et regroupés au sein d'un projet mutualiste afin d'en faciliter la consultation.