Retour sur l'enquête sur la BBS francophone
Par Thomas le vendredi 1 juin 2007, 14:09 - Blogging - Lien permanent
Retour sur l'enquête de la biblioblogosphère francophone. A la fin de leur très intéressant travail sur les usages et les pratiques de la BBS, PascalK et dbourrion proposent quelques pistes de réflexion. Je vais essayer d'y revenir et de donner mon avis sur chacun :
Cette première proposition de mutualisation des pratiques n'est pas neuve. PascalK en avait déjà fait part en février dernier dans son "appel aux biblio-watchers" dans lequel il appelait à créer un blog de mutualisation, orienté il est vrai vers la BBS anglophone. L'organisation du premier BiblioCamp en mars dernier allait aussi dans ce sens, du moins en partie, puisqu'il se voulait une "rencontre pour construire un projet coopératif entre biblioblogueurs francophones". Mais si la biblioblogosphère francophone semble s'organiser et se formaliser (liste sur Bibliopédia, réseau social sur Ning), si même des initiatives émergent pour améliorer la lecture de cette biblioblogosphère à l'instar d'agrégateurs tels que Biblioblogs ou Biblioflux, du Bibliobuzz, encore, initié conjointement par Bibliopédia et le Blog du BBF qui sélectionne les billets jugés intéressants, ou enfin les moteurs FrancoDoc, Biblioblogosphère sur le même modèle que le LisZen américain pour retrouver les sujets, il reste que nous sommes là encore du côté de l'appropriation de l'outil et des informations et pas de celui de la production, ce qu'appellent les auteurs de l'enquète.• Une fédération de blogs se partageant les thématiques pourrait éviter la redondance qui finit par lasser et appauvrir la BBS touchée alors par le syndrome du perroquet
L'idée d'un blog
coopératif qui aurait pu être une première option ne me plaît pas trop,
notamment parce que bloguer est,d'abord, selon moi, une pratique personnelle et
qu'un blog coopératif demanderait beaucoup plus d'investissement qu'un blog
personnel. Celle d'une fédération me laisse un peu dubitatif. Serait-ce
limiter la portée de chaque blog à la thématique attibuée ou lui donner la
primeur de l'information le concernant ? Je crois plus en une sorte
d'auto-régulation et si quelques messages se retrouvent d'un blog à l'autre, si
plusieurs blogueurs ont estimé important d'aborder tel sujet, peut-être est-ce
le signe que ce sujet est d'autant plus intéressant et important. Un travail
coopératif serait probablement un plus. Je ne sais pas vraiment qu'elle forme
cela peut prendre.
On l'espère. Je pense que ce serait bien que de nouveaux blogs surgissent, et notamment sur des domaines qui ne sont pas encore beaucoup abordés pour le moment dans la BBS. Je pense au blog Bibliothèque-Public sur les services, par exemple. Les premiers biblioblogueurs se sont intéressés à ce nouvel outil parce qu'ils étaient sensibilisés à l'informatique, à la documentation numérique dans leurs établissements. Maintenant que le phénomène a pris plus d'ampleur, s'est peu ou prou répandu, on devrait voir émerger de nouveaux auteurs animés d'autres préoccupations. Marlène et Nicolas évoquaient comment thèmes possibles :• De nouveaux blogs pourraient apparaître, traitant de domaines encore laissés en friches dans la BBS (à grands traits, tout ce qui relève du quotidien des bibliothèques, moins les thématiques technologiques)
- les bibliothèques comme bâtiments ;
- l’évaluation des personnels, sujet pourtant d’actualité dans la période considérée et qui suscite dans la profession de vifs débats, en particulier dans la fonction publique d’État : ces débats ne sont pas relayés par les biblioblogs ;
- plus généralement, tout ce qui concerne les ressources humaines ;
- la gestion des collections et les politiques documentaires, à l’exception de quelques réflexions éparses, sur les collections électroniques pour l’essentiel ;
- les questions budgétaires : la période considérée était aussi celle où les budgets de l’année 2007 étaient décidés. Pourtant, à lire les biblioblogs, on a le sentiment que les bibliothèques, et les bibliothécaires, n’ont que très peu de rapports avec l’argent ;
- les rapports de la bibliothèque avec son environnement institutionnel : le ministère, l’université, la ville, les bibliothèques voisines.
Il me semble que c'est déjà le cas. L'EBD (ex : "sur le pont") et divers cursus universitaires (exemple : numerimaud) demandent à leurs élèves d'ouvrir des blogs. Mais le plus souvent, ces exervices sont abandonnés peu de temps après la sortie de l'école. Inciter par le biais scolaire est intéressant, notamment en ce qu'il permet de démystifier l'outil et peut créer une pratique (Bibliothèques 2.0 était à ce titre un blog scolaire puisque créé dans le cadre d'un stage, pourtant son auteur a souhaité le faire perdurer). L'essai est donc important, intéressant, formateur, mais il ne prend donc sa pleine mesure je pense que s'il est transformé.• Des pépinières de blogs pourraient être mises en place, typiquement à l’ENSSIB et dans les écoles et universités préparant aux métiers de l’information documentaire, pour familiariser les futurs professionnels avec ces outils, leur apprendre à s’en servir, et élargir le nombre de voix qui chuchotent sur la BBS.
Je me suis posé la question. Au début, il était facile de suivre l'évolution de la BBS. On aggrégait tous les nouveaux blogs qui s'ouvraient. Mais maintenant, cela devient difficile. D'autant que les blogs intéressants débordent de la seule sphère bibliothéconomique mais peuvent appartenir aux sciences de l'information, au monde du livre (librairie, édition...). C'est pour cela que des outils comme BiblioFlux sont intéressant et font gagner du temps. En même temps, lorsqu'on se rend compte qu'au bout de trois semaines l'agrégateur déborde de nouveaux billets, il devietn tout aussi désespérant de les ouvrir tous. On passe à côté de certaines infos, on lit en diagonale (et PascalK ne dira pas le contraire :p) et par moments la veille ne resemble plus à rien. Trop d'information tue l'information.• En même temps, et dans une logique inverse, la BBS est-elle en passe de souffrir d’obésité avec une floraison de (trop nombreux ?) blogs ?
Cependant, je serais d'avis que c'est un phénomène passager. A savoir que les blogs, et partant les biblioblogs, sont à l'heure actuelle à la mode. J'estime cependant que ce phénomène va se régulariser. Nous avons déjà assisté à la fermeture de certains d'entre eux. Enfin, je ne pense pas que ce soit vraiment l'obésité qui est à craindre. Qu'il y ait toujours plus de blogs qui s'ouvrent est une bonne chose en soi. Néanmoins, il faudrait qu'il y ait un peu plus de diversité. Et là, on rejoint les considérations précédentes.
• Les institutions pourraient créer leurs blogs dans lesquels, en particulier, pourraient apparaître les retours d’expériences du quotidien. Bien entendu, la condition sine qua non de la réussite et de la crédibilité de ce types de blogs est une parole libre et assumée laissée aux rédacteurs qui en ont la charge de ces blogs.
Oui. Une condition qui n'est pas aussi facile à mettre en place que cela le semble. De manière générale, les institutions sont très jalouses de la visibilité qu'elles offrent et des moyens de communication mis en place. Souvent, ce poste de chargé de communication est un poste stratégique parce qu'il y a de gros enjeux derrière. Avouer des faiblesses, des erreurs, si cela peut aider des professionnels et des non-professionnels n'est pas forcément viable d'un point de vue institutionnel. On marche là sur des oeufs.Ceci dit, et ainsi que le faisait remarquer Lully, je trouve également que ce pourrait être vraiment intéressant d'avoir ce genre de démarche de la part d'un établissement.
Conclusion, si j'ai bien lu :
il faut plus de biblioblogs, sur les différents aspects de la profession, y compris et surtout quotidiens. Ces blogs pourraient être initiés pendant les études des futurs professionnels et regroupés au sein d'un projet mutualiste afin d'en faciliter la consultation.
Commentaires
Merci pour ta remarquable synthèse comme d'habitude ! Sur le dernier point, on pourrait aussi rappeler que le blog n'est qu'un outil et pas une fin en soi. J'ai l'impression que ce que l'on appelle ici, c'est un changement profond dans la manière de communiquer, entre professionnels et avec le public. Mais il est aussi possible de créer un blog qui reste dans l'"ambiance" de la communication institutionnelle.
J'ai l'impression que tous ces articles sur les biblioblogs (par nature individuels) sont en fait un commentaire en creux sur le manque de publications des institutions et associations de bibliothécaires dans le domaine du débat et de la pratique.
Par exemple aux Etats-Unis, il n'y a pas que les blogs, il y a aussi http://www.libraryjournal.com/, http://www.ala.org ...
Dans le domaine francophone il y a le site des bibliothécaires québecois http://www.cbpq.qc.ca , leur revue Corpoclip effectue une veille sur les articles internet.
* "il est délicat de parler de la situation des agents ou de sa tutelle": délicat mais pas impossible.
* "Les questions budgétaires aussi relèvent d'une certaine discrétion [...] ce n'est pas à un agent de discuter de ce genre d'informations a priori confidentielles mais plutôt directement son institution"
C'est un problème complexe, mais on notera:
- que ces infos ne sont pas a priori confidentielles. Au contraire il me semble que l'administration a des obligations de publicité. Qu'elle ne cherche pas activement à exercer cette obligation est une question différente.
- l'agent et l'administration ne sont pas forcément des choses séparées. Il y a bien une communication institutionnelle et un blog professionnel perso, mais il est difficile de botter en touche en direction de "l'institution" quand on se souvient qu'un nombre important de bloggeurs sont des conservateurs qui sont tout à fait en position de prendre des décisions à cet égard. Bref, dans nombre de cas, le bloggueur est, pour une large part, l'institution.
Bonjour. Oui, tu as bien lu... Quelques remarques :
1/ le blog collaboratif me semble intéressant mais il suppose, pour le bloggueur, de se fondre dans un tout, ce qui n'est pas facile (puisque le blog, c'est un peu se distinguer dans le grand tout du net)... Une fédération me semble plus viable, avec partage des thématiques que chacun va traiter.
2/ Pour ce qui concerne l'obésité de la blogosphère, elle va sans doute se réguler toute seule, comme une grande. Laissons faire le temps...
Cette fois : je t'ai lu !! (j'étais bien obligé, vu le sujet ! ;^P).
Pas de rqs. Je suis assez d'acc' avec toi.
Rq sur l'infobesite : Au sortir des DCB 15 : y'a eu 4 (à ma connaissance) blogs persos nouveaux créés par des gens de la promo...
DB insiste pr proposer un article au BBF, alors, on bosse un peu le truc. Du coup, je peux revenir sur certains pts que tu commentes ici. Les (mes?) errata/addenda sont les suivants :
* • Une fédération de blogs se partageant les thématiques pourrait éviter la redondance qui finit par lasser et appauvrir la BBS touchée alors par le syndrome du perroquet. Les grincheux rétorqueront (à raison) que ‘fédération’ rime avec ‘machine à gaz’. Oui-da ! Disons plutôt que les blogs eux mêmes devraient avoir à cœur de réfléchir à leur positionnement. Etendons le périmètre retenu précédemment (cf BBF 3-2007) : estimons à 20 blogs le noyau dur de la BBS. Ceux-ci devraient s’efforcer (et c’est effectif dans une large part) de trouver leur créneau marketing les uns par rapport aux autres. Quant aux prétendants, une étude (marketing là encore) et quelques mois d’observation pourraient leur permettre de voir les zones encore vierges, les friches à investir… Un biblio-blog : si c’est institutionnel, c’est un outil de Comm’ ; sinon, c’est d’abord une ligne éditoriale…
* • Les institutions pourraient s’ouvrir, jouer la transparence : ainsi, des blogs offrant des retours d’expériences du quotidien (qui semblent faire si cruellement défaut). Bien entendu, la condition sine qua non de la réussite et de la crédibilité des ce types de blogs est une parole libre et assumée, laissée aux rédacteurs en charge de ces blogs. La mauvaise expérience étant autant les bienvenues que les bonnes. Le tout étant thésaurisé chez Bibliopédia ! Des séries « Les Tops » et « Les Flops » en : animation, relation avec les usagers, amélioration des locaux, amélioration d’une chaîne de traitement, etc.