Je suis en train de lire un petit livre de Raymond Tanghe intitulé "le bibliothécariat". L'ouvrage, daté de 1962 et publié au Québec, veut dresser un portrait de la profession afin d'éclairer et attirer d'éventuels "aspirants-bibliothécaires" comme il le dit.

Le bibliothécariat, précise l'auteur, se veut un néologisme formé sur le même mode que notariat ou secrétariat pour désigner la fonction et la profession de bibliothécaire. Rien à voir avec le prolétariat donc (dommage, j'aimais bien une formule du genre : "Bibliothécaires de tous les pays, unissez-vous !" ^__^)

Le livre n'est pas bien long, à peine 118 pages, dans lesquelles il se propose de traiter :

  1. Le champ du bibliothécariat
  2. Aptitudes et Qualités recquises
  3. La formation de base
  4. La formation professionnelle
  5. Travaux et fonctions
  6. Le rôle des administrateurs
  7. Salaires et conditions de travail
  8. Projet de services collectifs à l'intention du Québec
1. Le champs d'action du bibliothécariat
Il s'agit là pour l'auteur de souligner l'importance de la profession liée à la multiplicité et l'expansion continuelle des connaissances humaines. On pourrait calquer la carte des progrès de la civilisation sur celle de la fondation des bibliothèques affirme-t-il. Le bibliothécaire fait face à la portée humaine et universelle de sa profession, lui laissant le choix de travailler partout dans le monde.

Expliquant la grande féminisation de la profession, Raymond Tanghe raconte que :

la prédominance des femmes dans la profession [...] tient à leur aptitude à exécuter des travaux minutieux, et au rythme du travail dans une bibliothèque qui convient à leur niveau de force, de résistance et de patience.  [...] Ce portrait  [de la bibliothécaire austère] n'avait rien pour rendre la profession attrayante : les hommes s'en détournaient d'autant plus que la prédominance des femmes avait pour effet de maintenir les salaire à un niveau très bas.

Il explique ensuite que la situation a changé avec l'arrivée d'un certain nombre de bibliothécaires dynamique et poursuit :

Une plus grande proportion d'hommes dans la profession remédierait sans doute à deux des causes qui aggravent la pénurie de personnel : l'absentéisme et l'abandon de la profession lors du mariage.

De toute façon, si les hommes ont plus souvent des postes de direction, c'est en raison de leur plus grande stabilité. Voilà qui est charmant...

2. Aptitudes et Qualités recquises

En plus des qualités fondamentales telles que l'intelligence, l'intégrité, la persévérence, dites nécessaires partout, le bibliothécaire se doit de faire montre de :

  • Serviabilité (et avec le sourire, est-il précisé) à l'égard des lecteurs mais aussi de ses collègues et de sa hiérarchie
  • Ordre et méthode : où les individus par ailleurs charmants doués et intelligents qui ne savent pas maintenir l'ordre dans leurs affaires [...] sont la plaie des bibliothèques. Livre mal rangé, livre perdu, fiche mal classée, fiche fichue.
  • culte du livre : il ne s'agit pas de bibliolâtrie ni d'un attachement déraisonné à des pages imprimées mais le respect d'un témoin et d'un instrument de civilisation.
  • curiosité intellectuelle : afin de pouvoir répondre au mieux dans les domaines où il a des services à rendre
  • tolérance : afin de ne pas faire de remarque sur les desiderata des lecteurs, ceci cependant dans les limites de la morale. Bien conduit, avec nuance et doigté, avec jugement et compréhension, avec tolérance, ce dialogue [entre lecteur et bibliothécaire] est proprement de l'apostolat.
  • stabilité : Il ne faut pas que le bibliothécaire soit trop mobile mais plutôt qu'il approfondisse les connaissances du fonds de sa bibliothèque
L'auteur termine en précisant que le travail en bibliothèque ne convient ni à des dilettantes ni à des lymphatiques : Le bibliothécariat est une profession active, dynamique même ; c'est dans ce sens que le recrutement doit se faire dès l'entrée à l'école de bibliothéconomie.

3. La formation de base et la formation professionnelle

En gros, pour être bibliothécaire, il faut au moins avoir le baccalauréat, seul diplôme attestant d'un minimum de culture générale. Certes, la profession attire plus de littéraires que de scientifiques mais l'auteur explique cela en affirmant que (c'est beau ):

Il semble que de travailler dans une bibliothèque créé un climat d'intérêt général pour les choses de l'esprit et une soif de culture ; la lecture, source d'enrichissement et de lumière intérieure, estompe la trivialité, comble ce qui pourrait être creux, éclaire la grisaille des jours et peut aider à forger un instrument de progrès.

La bac privilégié semble être celui d'histoire de l'art cependant ou du moins un parcours classique d'humanités gréco-latines avec deux années de philosophie même si les options latin-langues vivantes ou sciences-langues vivantes sont reconnues. Ceci dit, Raymond Tanghe précise bien que :

Il n'est pas obligatoire que la formation du bibliothécaire soit "littéraire", comme on le croit généralement parce qu'il y a dans les annales de la profession de grands noms de poètes et d'écrivains. Il y a eut aussi des historiens, des théologiens, des philosophes et des biologistes ; il y a place pour des spécialistes en sciences politiques, en musiques, en beaux-arts. Mais en proposant le bibliothécariat aux étudiants amenés à bifurquer dans leurs études, entendons bien qu'il devront nécessairement prendre une formation en bibliothéconomie.

La formation professionnelle quant à elle se donne dans des écoles qui pour la plupart relèvent des universités (on sent là le contexte canadien). Les aides-bibliothécaires devraient alors apprendre la dactylo, la technique du prêt des livres, l'étude de la terminologie de la profession (en anglais et en français), des notions sur l'environnement des bibliothèques, sur la fabrication d'un livre, sur l'édition, des cours sur la reliure et la réparation d'un livre, la tenue d'un Kardex, la classification Dewey, la rédaction d'une fiche catalographique. Les bibliothécaires, en plus, devraient apprendre les systèmes de classification, la bibliographie analytique, le choix des livres, l'histoire du livre et des biblitohèque, les différentes sortes de bibliothèques, leur rôle et leur aministration, avec des stages pratiques in situ dans les divers services afin de se familiariser avec l'ensemble des processus et procédures employés.

Une fois dans la carrière, le bibliothécaire doit avoir à coeur de continuer à se perfectionner et notamment en étudiant les sciences de l'hommes afin de conseiller au mieux (i.e. de manière éclairée et affranchie des propagandes) ses concitoyens sur des questions qui concerne leur vie sociale, syndicale, voire politique. En second lieu, le bibliothécaire doit s'appliquer à développer une consicence de groupe, et de groupe professionnel :

Le bibliothécaire doit regarder comme nécessaire à son perfectionnement professionnel l'adhésion à une au moins des grandes associations de bibliothécaires, mais avec la détermination d'y jouer un rôle actif, non pas seulement en parlant ou intervenant dans les discussion lors des assemblées générales, mais en collaborant à la vie de l'association, en participant aux travaux des comités, en apportant sa contribution au bulletin, aux congrès, aux journées d'études. Servir ! Servir ! Servir ! Ce mot reviendra toujours associé à celui de bibliothécaire.