Dans le cadre des cours dispensés aux élèves-conservateurs de la promotion des DCB 17, l'enssib recevait lundi dernier 5 mai Jan van de Geer et Erik Boekesteijn, bibliothécaires à la DOK library de Delft (Pays Bas) pour une Conférence-débat intitulée : "Shanachietour 2007, an investigation in best practise libraries in the USA."

A library concept center


La bibliothèque DOK veut devenir un des centres les plus moderne du monde, et pour ce faire, essaie de mettre en avant les innovations et les nouvelles technologies. L'établissement est donc un bâtiment moderne, propose des ebook, une wii et d'autres consoles de jeux (on peut jouer n'importe où dans la bibliothèque et pas seulement dans un espace restreint), un espace café pour les lecteurs, une borne où les usagers peuvent télécharger des informations sur leur téléphone mobile (notamment à partir de la borne TANK U) par bluetooth... Des photos du bâtiment sont disponibles sur la page Flickr du DOK et des vidéos de leurs animations sur leur profil YouTube.

Nos collègues prennent ainsi acte des changements qui interviennent derrière le concept de bibliothèque, des nouvelles compétences exigées pour les bibliothécaires et considèrent qu'il ne faut plus tant mettre l'accent sur les livres que sur les histoires (en irlandais, shanachie désigne un raconteur d'histoire).

L'idée de départ était de réaliser un film sur la présence de jeux vidéos en bibliothèque, puis leur est venue l'idée de traverser les Etats-Unis d'est en ouest, depuis New-York jusque Monterey où devait se tenir la conférence "Internet Librarian 2007". Chacune de leurs étapes était pour eux l'occasion de collecter un certain nombre de bonnes pratiques et d'idées innovantes censées répondre à ce que peut être la bibliothèque du futur, du moins celle du 21e siècle.


Pour information, "Shanachie" est un mot irlandais ancien qui désigne un raconteur d'histoire, une sorte de barde errant dont le rôle était de collecter et raconter des histoires aux villageois qui leur offraient en échange gîte et couvert gratuitement.


Le Shanachietour 2007



Jan van de Geer et Erik Boekesteijn nous ont donc présenté brièvement le contexte avant de nous passer une vidéo retraçant leur séjour et les rencontres effectuées, toujours arborant leur fameux t-shirt (il faut être fier de ce qu'on fait, "it's all about image"). De temps en temps, ils ont interrompu la diffusion pour commenter ce que nous venions de voir.

Les vidéos vers lesquelles je renvoie sont les versions longues disponibles sur le blog du ShanachieTour, nous n'avons eu droit qu'àune partie seulement de l'ensemble de ces entretiens de façon à ce que l'ensemble du documentaire se déroule sur un peu moins d'une heure.

A New York, nos collègues ont d'abord rencontré John Blyberg (blog), qui a expliqué que la puisque les usagers utilisaient de plus en plus les ressources sur internet et Wikipédia, il fallait trouver de nouveaux moyens de rester en lien avec eux. Il a donc considéré que la bibliothèque devait jouer un rôle de "new social software" et renforcer les interactions possibles entre professionnels et usagers.

La rencontre avec Paul Holdengräber, à la New York Public Library a quant à elle été l'occasion de souligner le besoin d'ouverture de l'institution bibliothèque ("need to oxygenate the library", "to make this building levitate") à l'instar de ce qui semble fait dans les musées pour attirer les visiteurs. La discussion a également porté sur les rôles conjoints de la bibliothèque et de l'école, qui ne devaient pas empiéter l'un sur l'autre, et sur la réaffirmation de la prégnance des livres.

A Charlotte & Meckleburg Public Library, les auteurs ont rencontré Matt Gullet qui a évoqué les programmes de jeux vidéos en bibliothèque et reprécisé que les jeux étaient pour toutes les tranches d'âges et non seulement pour les adultes. "Customers may learn in computer games" ce qui ne signifiait pas pour autant la mort des livres, le livre étant l'une des meilleurs technologies qui existe. La bibliothèque en elle-même est incroyable qui propose un "village virtuel" où se croisent studio de montage, studio d'animation, ordinateur pour personnes aveugles, un nombre impressionnants de Mac en libre accès, des jeux vidéos... Et parallèlement, la fréquentation a augmentée, notamment celle des adolescents, et les prêts aussi.

C'est à peu près le même discours qui était tenu par Eli Neiburger de la célèbre Ann Arbor District Library pour qui les jeux font partie de la vie de chacun au même titre que le sport ou la lecture et que l'organisation de tournois est un bon moyen de fédérer l'ensemble de la famille autour d'une même activité. Enfin, c'est vrai que voir un Dance Dance Revolution ça fait toujours son petit effet...

La rencontre avec les étudiants de Michael Stephens himself (blog) était attendue mais honnêtement, je n'ai pas compris grand chose de ce qui s'est dit :p La rencontre ensuite avec Barbara Ford, directrice de l'ALA et de l'école professionnelle Mortenson center était plutôt encourageante, les changements selon elle se révélant autant porteurs de côtés positifs (diversification des supports, nouvelles interactions avec les usagers...) que de défis (développer de nouveaux services, cataloguer les nouvelles ressources etc). Leurs prestations sont consultables ici.

La bibliothèque publique de Council Bluffs dispose de revenus particuliers : ils bénéficient de 20% des bénéfices des casinos locaux ! La Denver Public library, quant à elle, numérise des cartes anciennes et mène une politique pour récupérer des documents sur la vie de ces concitoyens : "Everybody has a history... we preserve it". Par ailleurs, elle dispose d'une système de prêt de vidéos et de livres audios en ligne.

A la bibliothèque John C. Fremont de Florence, Colorado, nous a été présenté "a smart way into the library future" : en fait, l'utilisation de logiciels gratuits, open-source (en l'occurence Koha installé en deux mois) comme SIGB enrichis des images de couvertures et des résumés d'Amazon. De quoi garder de l'argent par la suite pour acheter des documents ou proposer de nouveaux services.

Enfin, Salt Lake City. Dernière bibliothèque avant la grande conférence de Monterey. Parmi les idées innovantes, cette bibliothèque propose une section réservée aux fanzines et publications indépendantes. Sur le toit du bâtiment, Britton Lund explique que les bibliothèques doivent devenir plus interactives encore avec leurs usagers, qu'elles doivent regrouper l'ensemble de la communauté autour d'elles parce qu'elles sont un lieu à part. un lieu où les gens peuvent se reposer et se respecter les uns les autres, comme ils respectent le bâtiment, les collections.


Et alors ?



Alors, la conférence était plutôt sympathique même si on ne comprenait pas toujours tout ce qui se disait lors des entretiens. L'enregistrement amateur a ses limites. Néanmoins, la démarche est originale et méritait qu'on s'y attarde. Partir comme ça à la rencontre de pratiques innovantes est, je trouve, une excellente idée et le diffuser encore meilleure. Sur le groupe Facebook du ShanachieTour, d'autres pratiques sont listées de façon à compléter ce qui est déjà proposé.

Pas d'opposition entre nouvelles technologies et sacro-saint livre. La plupart des entretiens ont rappelé que le livre ne serait pas détrôné avant longtemps et que c'était tout aussi bien, ce qui n'était pas une raison bien sûr pour fermer la porte aux pratiques innovantes. Il existe d'autres moyens pour obtenir de l'information, quels sont-ils ? Comment les utiliser ? Eric Boekesteijn le disait : "It's all about people". La bibliothèque alors doit devenir le lieu où il faut être.

Certaines questions dans l'auditorium se sont inquiétées des modalités de mise à disposition des jeux dans la bibliothèque (sont-ils sélectionnés pour éviter les jeux trop violents ? existe-t-il un accès restreint ?) mais à Delft, apparemment, pas de restriction, pas de filtrage même si certains jeux sont plus mis en avant que d'autres. L'argent ? C'est l qu'il est intéressant de lier des partenariats avec des sponsors. Et nos collègues de nous raconter cette histoire incroyable de partenariat avec un supermarché qui propose des livres en gondoles avec une réduction de 25% sur présentation de la carte de bibliothèque.

Ce qui est intéressant et notable enfin est la motivation et le plaisir que ces collègues ressentent pour leur métier. Tout au long de la conférence nous avons eu droit à des commentaires soulignant : "we do a wonderful job !".

Au fait, pourquoi Lyon ? Apparemment, nos biblio-trotters sont en train d'entamer un nouveau périple qui les emmènera cette fois dans plusieurs pays d'Europe jusqu'en Jamaïque. Et Lyon était la première étape de ce voyage. La preuve, voici la vidéo qu'ils ont tourné à l'occasion :