A propos de mon travail de maîtrise sur la littérature de jeunesse
Par Thomas le mardi 20 mai 2008, 20:15 - Perso - Lien permanent
Un billet qui n'a rien à voir avec les bibliothèques, pour une fois.
J'ai produit alors que j'étais en maîtrise SID à Lille 3 en 2002 un travail universitaire sur les représentations de "l'homosexualité dans la littérature de jeunesse". Stricto sensu, ce travail n'est pas cependant un travail universitaire : il a été réalisé au courant de l'été, tant pour moi-même que pour enrichir le site web de Lille 3 jeunesse et n'a donc pas été réellement évalué par l'appareil universitaire, si ce n'est de manière informelle ou détournée : j'ai été invité à en faire une présentation lors d'une journée d'étude sur les adolescent et la lecture, d'une part, et d'autre part il est effectivement longtemps resté en ligne sur le site en question.
J'ai travaillé sur les représentations de l'homosexualité que pouvait transmettre la littérature de jeunesse en terme d'identification pour de jeunes adolescents homosexuels ou en terme de reconnaissance pour les autres.
Sincèrement, ce travail a ses défauts évidemment comme peut l'être un mémoire d'un étudiant non suivi de surcroît (parties légèrement répétitives, limites du corpus probablement mal définies ou mal respectées), mais j'en étais et je demeure fier de l'avoir produit. D'autant qu'il faisait figure de travail pionnier à l'époque où le sujet n'avait pas été -à ma connaissance du moins- encore défriché. J'y analysais un peu moins d'une cinquantaine de titres que j'estimais alors quasi-exhaustif de la production sur le sujet. Le mémoire a par ailleurs reçu un accueil plutôt enthousiaste à ma grande surprise, a été cité dans nombre de bibliographies sur le genre et les sexualités, ou sur des sites spécialisés comme HomoEdu, les Altersexualités ou HomoLibris.
Jusqu'ici pas trop de soucis. Et puis survint deux problèmes.
Le premier fut la disparition de mon travail lors de la refonte du site de Lille 3 Jeunesse. Quelque part, c'est normal : il ne s'agissait pas vraiment d'un travail universitaire comme je l'expliquais même s'il en prenait la forme. Néanmoins, ça m'a ennuyé. Je considère que ce mémoire avait pleinement sa part parmi les autres travaux estudiantins dont il prenait de surcroît la forme et l'apparence. Par ailleurs, les liens des sites suscités sont devenus tous caduques ce qui est franchement gênant. J'ai contacté les collègues en question afin de proposer de nouveau mon travail, et espère qu'il revienne en ligne rapidement.
Le second est la parution récente d'un ouvrage portant sur le même sujet, pratiquement -et pour cause- le même corpus (une trentaine ouvrages en français parus entre 1989 et 2003 dans des collections jeunesse), avec les mêmes finalités que mon travail, la même problématique d'identification et de reconnaissance, peu ou prou les mêmes exemples et la même construction (figures de l'homosexualité, Sida, homoparentalité...). Alors évidemment, cet essai se veut bien plus développé que ma "mini-thèse" -c'était le nom du travail universitaire à rendre, d'autant qu'il se veut réécriture d'une thèse (une vraie celle-là), évidemment son analyse est bien plus poussée que la mienne, lui qui invoque des sommités comme Eve Kosofsky Sedgwyck, Didier Éribon, Judith Butler pour étayer son propos, évidemment il invoque des procédés d'analyses littéraires qui me font défaut... mais j'ai quand même ressenti un petit pincement car j'ai le sentiment qu'il s'est profondément inspiré de mon travail. Certes, ce dernier était libre de réutilisation, certes mon nom apparaît dans la bibliographie mais je ne sais pas. Je me sens un peu dépossédé de ce que j'ai produit...
Bref, j'ai eut envie de remettre mon travail en ligne. Il y a désormais plus complet, mais ça me tenait à coeur. Aussi, le voici :
[EDIT] : l'adresse du travail sur le site de lille3 jeunesse : http://jeunet.univ-lille3.fr/article.php3?id_article=1103

Commentaires
Bonjour
Dépossession, ou réutilisation.
Qui cueille la fleur : le jardinier ou sa femme ?
Tout dépend pour qui on cultive l’information. :-)
Et pour qui on en devient passeur.
C’est à moi, ou c’est pour les autres.
Je construis un petit mur, une base. D’autres s’en servent pour élever la construction. N’est-ce pas le principe même de l’échange, de la publication ?
Il est évident que « toute mise en public est une dépossession. »
Le document chemine sur sa propre lancée.
Papa ou Maman peuvent s’inquiéter du devenir de leur enfant, ça ne l’empêchera de vivre sa propre vie, d’être chahuté ou marié, avalé, dévoré par un autre texte.
Je crois que le plus regrettable est la disparition du mémoire sur le site de Lille3 ?
D’un autre côté, tant mieux :-), sinon je n’aurais pas pu y accéder aussi facilement qu’ici.
Merci pour cette mini-thèse.
Bien cordialement
Bernard Majour
Oui, ça fait un peu caprice comme billet, je le reconnais. C'est étrange de prôner la libre réutilisation des données tout en étant frustré lorsque cela arrive. Probablement aurais-je souhaité être plus cité...
Au moins, je préviens toute autre disparition du travail en ligne en le proposant de manière définitive ici.
Et normalement, il devrait bientôt réintégrer le site de Lille3.
Je ne trouve pas que ce billet fasse "un peu caprice".
Votre regret de ne pas voir reconnu votre travail à sa juste valeur ou plutôt, pire, d'avoir fait l'objet d'une reprise qui, d'après ce que vous en dites, ne relève peut-être pas tant du plagiat que de l'inspiration-fortement-inspirée, me semble pointer du doigt le problème de la reconnaissance du travail universitaire sur Internet.
Il me semble, hélas, que vous vous êtes arrêté en chemin. Votre mémoire était bon ? Il était cité et repris ? Eh bien, il fallait en faire un article, le faire valider par une instance académique. Dans une revue (électronique), dans un ouvrage collectif... C'est le seul garant de visibilité et de reconnaissance.
Une simple procédure de dépôt en ligne n'est pas satisfaisant, si le travail est bon : s'il n'y a pas de comité de lecture pour valider le sérieux du travail déposé, cela n'a aucune chance d'être considéré comme un travail digne d'être diffusé et repris en tant que tel. Votre directeur/trice de mémoire aurait dû vous conseiller.
Tant pis, il va falloir vous remettre au travail (pour la plus grande joie de vos lecteurs, qui ne s'en lasse pas :-))...
Bonjour Thomas.
Merci pour votre lien vers HomoEdu et vers altersexualite.com (que vous nommez "les A", je ne sais pas pourquoi ?) En tout cas ça m'a permis de modifier le lien vers ce nouvel article. Mon travail est aussi allègrement pillé, par des gens qui en plus, pour certains, se permettent non seulement de ne pas me citer, mais en plus "oublient" mon propre roman, pourtant paru en 2003, et, parfois pire (Je ne dis pas ça pour l'ouvrage que vous ne nommez pas). Je n'avais d'ailleurs fait que prendre la suite de Jean-Yves, qui avait été le premier à recenser ces livres pour HomoEdu, et qui je crois cite aussi votre "mini-thèse" sur son site Culture et Débats". Mais comme on dit, la bave du crapaud…
L'essentiel n'est-il pas que ce sujet ne soit plus confidentiel, et que nous ayons eu raison avant les autres ?
Bien à vous,
Lionel L.
Non, non, le nom des "Altersexualités " est correct, c'est la mise en page qui coupe le mot mais normalement, dans un agrégateur ce ne devrait pas apparaître.
Bonjour
Non pas caprice, mais réalité d'auteur qui se voit très souvent dépossédé de son bien : c’est l’enfant qui grandit.
Le plus gênant, c’est l’oubli.
Ëtre pillé ou récupéré, c’est preuve que l’individu auteur sait se montrer intéressant.
Suffisamment pour donner envie à d’autres de poursuivre son œuvre.
Les licences Creatives Commons permettent cette appropriation respectueuse des autres auteurs, dans un esprit de continuité des travaux.
Chaque fourmi apporte sa pierre, et personne ne peut revendiquer le travail d’un autre, juste le travail commun.
C’est une chose à rajouter dans le fichier PDF. :-)
Ou alors le signe (C)
Bien cordialement
Bernard Majour
Bonjour Thomas,
Merci de l'info, je n'étais pas au courant de la refonte du site de Lille3 Jeunesse. J'avais plusieurs travaux en ligne sur ce site (mini-thèse et bibliographies concernant les ados), ils ont effectivement disparus.
A bientôt,
Rosaline
Bonjour Thomas,
Vous réveillez une mauvaise conscience que je traîne depuis deux ans. Le premier site de Lille 3 a été fermé après mon départ à la retraite et je m'étais juré de remettre en ligne les meilleurs travaux, le vôtre en faisant évidemment partie, tant par la nouveauté du sujet abordé que par la qualité de la réflexion et de l'écriture.
L'ampleur du travail à réaliser, le découragement dû au manque de soutien de la part de l'université ont fait que je ne m'y suis jamais attelé. Il faut dire aussi que l'arrivée du LMD a petit à petit fait disparaître les formations en littérature de jeunesse au niveau Bac + 4, et a par conséquent diminué la qualité des travaux d'étudiants.
Si vous en êtes d'accord, je vais essayer de m'y remettre, au moins pour quelques travaux emblématiques. La nouvelle difficulté est que le service informatique vient de fermer le nouveau site pour des raisons de sécurité informatique, ce qui me ramène aux problèmes que j'ai pu rencontrer. Il faudra donc encore attendre...
Pour le sujet même du billet, je comprends un peu votre amertume d'auteur. Vous pouvez considérer cette thèse comme une forme de reconnaissance.
En tout cas, entendant parfois parler de vous, je vous félicite pour l'engagement que vous manifestez dans le métier.
Cordialement
Christian Loock