Je me trouvai hier à Fribourg, en Suisse, à l’invitation de la HES-SO : la Haute école Spécialisée de Suisse Occidentale. Je tiens d'ailleurs à remercier l'ensemble des collègues suisses pour leur formidable accueil et en particulier M. Gorin pour son extrême sympathie et l'attention dont il a fait preuve.

La HES-SO m'avait proposé d'intervenir au forum annuel des bibliothèques sur le thème "Des bibliothèques 2.0 ? Quand les bibliothèques académiques s'emparent des outils du web 2.0...". Je me suis donc confronté à un public d’environs soixante-dix bibliothécaires, directeurs et professionnels de bibliothèques d’enseignement supérieur, soit environ une trentaine d’établissements issus de toute la Suisse romande.

Mon diaporama, disponible sur Slideo et sur SlideShare reprend largement d'autres présentations et formations précédentes avec cependant quelques actualisations dans les exemples et l'organisation du discours. Je reviens en quatre parties sur : Le web 2.0 ; les outils de publications et de partage ; les réseaux sociaux ; les limites du web 2. L'autre intervention de la journée est due à Pablo Iriarte, bibliothécaire à la BIUM de Lausanne et au Centre de documentation de Santé Publique du CHUV Lausanne et également auteur du Pablog. Ce dernier nous a alors présenté des réalisations suisses concrètes sur les quelles je reviendrai demain.

La situation des bibliothèques et le statut des bibliothécaires suisses diffèrent beaucoup de ce que nous connaissons en France. Les professionnels de l’information suivent un cursus de Bachelor, en trois ans, dans une HES, c'est-à-dire une Haute Ecole Spécialisée dépendant du ministère de l’économie parce que proposant un enseignement à forte teinte professionnelle, les enseignements théoriques étant proposés plutôt dans les UNI correspondant à nos universités. Il y a ainsi 7 HES en Suisse, dont certaines rayonnent sur plusieurs cantons comme c’est le cas de la HES SO, de Suisse occidentale. Ces Hautes Ecoles proposent alors plusieurs filières dont, entre autre la Haute Ecole de Gestion qui gère la filière en Information Documentation. Contrairement à d’autres filières qui peuvent avoir un pendant universitaire, la HEG est la seule à dispenser ce genre d’enseignement avec sa cousine de Suisse Orientale, sise dans la partie alémanique du pays. Une "maturité professionnelle" (équivalent à notre baccalauréat) est exigée pour intégrer la filière, les candidats ayant une "maturité gymnasiale" (i.e. notre bac général) devant suivre auparavant un stage d'application de plusieurs mois dans une bibliothèque ou un centre de doc de façon à ce que le candidat puisse se prévaloir d'une pratique professionnelle.

La Haute école de gestion propose ainsi des cursus correspondant aux niveaux de Bachelor et de Master. Cette rentrée universitaire voit d’ailleurs l’ouverture du premier master proposé conjointement avec l’EBSI, au Québec (la première année se déroulant à Montréal et la seconde à Genève) censé plus spécialement former des personnels de direction. A noter qu'il existe un cursus bilingue allemand-français.

C’est que chez nos voisins helvètes, les bibliothécaires sont avant tout des professionnels de l’information pouvant par la suite déboucher sur des emplois dans les bibliothèques, les archives ou le monde de la documentation. La filière se veut généraliste, notamment parce que le pays n’est pas si vaste pour proposer des filières spécifiques. Le fait qu’elle dépende d’une HES favorise une approche qui réponde concrètement aux besoins des entreprises et des bibliothèques. Les responsables et enseignants, d’ailleurs, participent aux réunions des associations professionnelles, ou peuvent être amenés à remplir des missions d’expertises dans telle ou telle institution. D’une durée de trois ans, la filière néanmoins forme peu de directeurs qui demeurent encore souvent des non-professionnels, voire dans des établissements d’enseignement supérieur des professeurs. D’où l’intérêt –entre autres- de la mise en place du nouveau master, côté Suisse.

Les bibliothécaires suisses ne sont pas fonctionnaires. Le pays a abandonné dans la majorité des cantons –excepté celui de Genève- le fonctionnariat considéré comme anachronique (sic), charge ensuite aux professionnels de mettre leurs compétences en valeurs afin de trouver des postes intéressants même si, d’une manière générale, les postes vacants demeurent peu nombreux. Il semble également que les bibliothèques publiques fonctionnent encore beaucoup sur le principe du bénévolat.

C’est la HEG encore qui propose des stages de formation continue, en lien avec d’autres organismes comme les associations professionnelles par exemple.