Guy Laramee est un artiste québécois qui vit à Montréal. Un grand artiste.

Il travaille, explique-t-il, sur l'érosion des Cultures, la façon dont elles croissent, deviennent obsolètes et sont remplacées par d'autres. L'une de ces cultures et celle du Livre. 

On nous dit souvent que le livre papier va mourrir. La bibliothèque, en tant que lieu, est finie. On pourrait répondre : Et alors ? Croyons-nous vraiment que les "nouvelles technologies" vont changer quoique ce soit dans notre dilemme existentiel, notre condition hulmaine ? Et même si nous pouvions changer le contenu de tous les livres sur Terre, cela changerait-il quoi que ce soit à la prégnance de notre savoir analytique su notre savoir intuitif ?

(...) Mon travail en 3D comme mes peintures partent de l'idée très simple que le savoir ultime pourrait tout autant être une érosion qu'une accumulation. Le titre de l'une de mes oeuvres est "All ideas look alike" (les idées sont toutes pareilles). L'art contemporain semble avoir oublié qu'il y a un extérieur à l'intellect. Je veux examiner la pensée, non seulement l'objet de la pensée [what we think] que le fait même de penser [that we think].

Alors je creuse des paysages dans les livres et je peins de paysages romantiques. Les montagnes d'un savoir inusé redeviennent ce qu'elles sont : des montagnes. Elles s'érodent encore un peu et deviennent des collines. Elles s'applatissent ensuite et deviennent des champs où apparemment rien ne se passe. Des piles de vieilles encyclopédies retournent à ce que n'a pas besoin d'être dit, ce qui simplement EST. Les brumes et les nuages effacent tout ce que nous savons, tout ce que nous pensons être.

Après trente ans de pratique, la seule chose que je souhaite toujours que soit mon art est cela : nous projeter dans cet épais nuage d'Inconnaissance [thick Cloud of Unknowing].