Dans les brèves de l'enssib a récemment été repéré une analyse intéressante sur les compétences à mettre en œuvre en bibliothèque pour soutenir la Recherche (et les chercheurs).

Cette étude, parue en janvier 2012 et intitulée Re‐skilling for Research (pdf), se veut la synthèse d'une enquête sur le rôle et les compétences des bibliothécaires en lien avec les chercheurs pour répondre de manière efficace à leurs besoins -mouvants- d'information.

Conduite par le consortium Research Libraries in UK (RLUK), l'enquête part du constat que les dernières études s'intéressaient beaucoup à la formation et l'apprentissage, mettant de côté la Recherche. Il s'agissait alors de rééquilibrer les choses, faire le point sur les attendus des chercheurs et les traduire en fonctions et en compétences pour les bibliothécaires en lien avec eux. Bien sûr, parler de "La Recherche" n'a aucun sens : les chercheurs ne sont en aucun cas un groupe homogène et si leur approches, discours, activités diffèrent, il ne peut qu'en être de même de leurs besoins informationnels. 

Comprendre à qui l'on a affaire est ici essentiel (en terme de discipline, mais également de cursus, les besoins pouvant évoluer au fil d'une carrière). Comprendre aussi l'évolution dans la façon dont se fait la Recherche afin de lui proposer non plus seulement les traditionnels services d'aide à la recherche documentaire et de développement des collections mais également d'autres sur la gestion des données de recherche plus précisément.

Afin de répondre correctement aux besoins exprimés, l'étude dessine un champs de 32 compétences que les bibliothécaires doivent mettre en œuvre, de manière plus ou moins approfondie certes, réunies en neuf domaines clefs aujourd'hui et à venir :

  • La capacité de conseiller sur la préservation des résultats de la Recherche
    Ability to advise on preserving research outputs (49% essential in 2-­‐5 years; 10% now)
  • Avoir les connaissances nécessaires pour conseiller sur la gestion et la conservation des données, comprenant leur alimentation, leur découverte, leurs modalités d'accès, leur diffusion, leur conservation, et leur portabilité
    Knowledge to advise on data management and curation, including ingest, discovery, access, dissemination, preservation, and portability (48% essential in 2-­‐5 years; 16% now)
  • Aider les chercheursà se conformer auxdifférents mandatsdes financeurs, y compris ceux en accès libre.
    Knowledge to support researchers in complying with the various mandates of funders, including open access requirements (40% essential in 2-­‐5 years; 16% now)
  • Pouvoir conseiller sur les outils potentiels de manipulation de données utilisés dans leurs champs disciplinaires
    Knowledge to advise on potential data manipulation tools used in the discipline/ subject (34% essential in 2-­‐5 years; 7% now)
  • Pouvoir conseiller sur la récupération de données
    Knowledge to advise on data mining (33% essential in 2-­‐5 years; 3% now)
  • Pouvoir conseiller et favoriser l'utilisation de métadonnées.
    Knowledge to advocate, and advise on, the use of metadata (29% essential in 2-­‐5 years; 10% now)
  • Pouvoir conseiller sur la conservation des documents utilisés au cours du projet (comme la correspondance)
    Ability to advise on the preservation of project records e.g. correspondence (24% essential in 2-­‐5 years; 3% now )
  • Connaître les modalités de financement de la Recherche pour pouvoir conseiller au mieux les chercheurs dans leur recherche de fonds et les aider à identifier les mécènes potentiels.
    Knowledge of sources of research funding to assist researchers to identify potential funders (21% essential in 2-­‐5 years; 8% now)
  • Avoir des compétences pour développer des schémas de métadonnées et pouvoir conseiller les chercheurs sur les pratiques et les normes utilisées dans son domaine particulier.
    Skills to develop metadata schema, and advise on discipline/subject standards and practices, for individual research projects (16% essential in 2-­‐5 years; 2% now)
L'idée principale est que les professionnels de l'information doivent entrer dans une démarche proactive. Cela passe par les services traditionnels pour les chercheurs tels qu'on les connaît, mais cela concerne également des modèles dits alternatifs (selon l'étude) que la bibliothèque adopterait pour visible et pertinente dans paysage mouvant, où elle entre en compétition avec d'autres acteurs internes et externes à l'institution pour délivrer son offre de service, l'idée étant alors de considérer ces "rivaux" comme autant de partenaires potentiels.

Cela signifie également que les bibliothécaires doivent se former, y compris dans des établissements destinés aux chercheurs, donc en dehors des seuls organismes qui leurs sont dédiés, si besoin est. Voire, recruter des chercheurs et des professionnels issus directement du monde de la Recherche.

La littérature professionnelle et scientifique fait toujours état de la bibliothèque comme lieu ressource par excellence, en terme de collection, d'espaces, de services. C'est à elle alors de s'emparer de cette image et de la concrétiser. Au delà de la gestion de l'information, du développement des collections, des formations à la recherche d'information, elle doit prendre une part plus importante encore dans le processus même de recherche et notamment dans la gestion, conservation des données de la Recherche, comme dans la valorisation et la communication scientifique des résultats de la Recherche. 

Le besoin est réel pour le monde de la Recherche. Si les bibliothèque n'embrassent pas ce rôle, ils se tourneront ailleurs, sans état d'âme.

Image tirée du tumblr américain This is what a scientist look like, luttant contre les stéréotypes liés à la représentation du chercheur. Depuis le début de l'année, il en existe une version française proposée par le magasine La Recherche : un chercheur, ça ressemble à ça