L'association des bibliothèques de recherche américaines vient de publier un article sur les MOOCS intitulé : Massive Open Online Courses: Legal and Policy Issues for Research Libraries, un sujet qui émerge de manière de plus en plus nette dans les préoccupations actuelles et que d'aucuns considèrent comme le concept éducationnel qui fait le plus de buzz cette année.


1. De quoi s'agit-il exactement ?

Les MOOCs désignent donc les Massive Open Online Courses, littéralement des cours ouvert massivement multi-apprenants. Il s'agit donc de cours accessibles librement en ligne, ouverts à un nombre illimité d'inscrits, une forme pédagogique liée à l'enseignement à distance qui attire de plus en plus d'institution à l'instar de...

Il existe de la même manière plusieurs types de MOOCs. Initialement, ils se voyaient centrés sur les échanges entre les participants qui forment le cœur des apprentissages, tandis qu'on assiste plutôt à l'émergence d'enseignements institutionnels adoptant la structure plus traditionnelle d'un cours en présentiel, transposé sur une plateforme de cours en ligne. Dans le premier cas, chacun apporte sa pierre à l'établissement de savoir en faisant ses recherches de son côté (on parle là de cMOOC, pour souligner l'approche connectiviste). Dans le second cas, on évoque les xMOOCs, en référence à l'initiative edX du MIT, en collaboration avec les universités de Harvard, de Berkeley et aujourd'hui de l'Université du Texas. Mais depuis, de nombreuses autres universités se sont lancées dans la production de cours en ligne comme le montre la plateforme Coursera qui propose 200 cours, à l'heure où ce billet est écrit, et revendique plus d'un million d'utilisateurs (ici, un cours sur la gamification, là sur ces technologies qui nous menacent).

En septembre dernier, Google lui même s'est intéressé au modèle en lançant sa propre plateforme de partage : Course Builder, une plateforme open-source proposant des xMOOCs (en fonction de la modalité d'apprentissage recherchée, les plateformes vont en effet différer) et réunissant des institutions prestigieuses comme les Universités de Stanford, d'Indiana, de San Diego, l'EPFL de Lausanne ou, entre autres, un consortium panibérique : Universia.

Nous ne sommes évidemment pas aussi avancé en France pour la mise en ligne de cours gratuits, mais nous proposons déjà un accès certain à nombre de ressources en ligne au travers notamment des universités numériques thématiques. On y trouve des ressources de toute nature (vidéos, cours, exercices, QCM) etc. De la même façon, plusieurs universités proposent des cours en ligne à partir de plateformes locales, des ENT des établissements ou d'un dépôt sur des plateformes privées comme iTunes (cf. un billet précédent) mais ces enseignements sont rarement massifs ni même ouverts à tous

2. Pourquoi des MOOCs dans mon établissement ?

Dans son article "Quelle offre de MOOC pour mon établissement ?", Jean-Marie Gilliot, Maître de conférence au département informatique de Télécom Bretagne, propose deux axes de développement de cours en ligne aux étudiants d'une institution : développer des MOOCs en interne, et autoriser l'accès aux MOOCs externes.

Dans le premier cas, il liste les objectifs suivants (je ne développe pas les items mais vous renvoie à son article sur le sujet) :

  • Pour démontrer la dynamique de l’établissement.
  • Pour accroître la visibilité de l’établissement.
  • Pour attirer des futurs étudiants.
  • Pour faire des économies.reste difficile à évaluer. Surtout que la concurrence obligera certainement à faire vévoluer les couprs plus vite qu’aujourd’hui ;
  • Pour permettre à de nouveaux étudiants de s’inscrire dans des formations existantes
  • Pour développer une nouvelle offre.
  • Pour rendre une offre disponible sur plusieurs sites.
  • Pour améliorer la pédagogie.

Cependant, dans son article "Making sense of MOOCs : Musing in a maze of Myths, Paradox and Possibilities", Sir John Daniels, spécialiste de la question et membre du Conseil de l'Éducation au Royaume-Uni (entre autres) précise que le système ne représente pas la panacée en matière éducative, entre des étudiants qui plagient plus facilement qu'en présentiel d'une part et d'autre part un pourcentage finalement relativement faible d'apprenants qui réussissent le diplôme :

Patterson reports that only 7% of the 50,000 students who took his Coursera-UC Berkeley course in Software Engineering passed (Meyer, 2012).

Un taux extraordinairement bas, mais qui s'explique en partie par le fait que, les cours étant gratuits, ils attirent nombre de curieux que des frais universitaires auraient de la même façon rebutés.

Le potentiel d'apprentissage apporté par toutes ces technologies ne fait aucun doute, ne serait-ce pour la démultiplication des ressources éducatives pour un coût relativement faible, mais pour l'instant leurs usages n'est pas réellement entré dans les mœurs, voire se sont plutôt révélées décevants (cf. aussi l'usage des notebook au Pérou).

De la même façon, on peut se demander si la plupart des MOOCs sont réellement innovants d'un point de vue pédagogiques, et s'ils ne reprennent pas au contraire des méthodes anciennes, verticales, largement éprouvées. Les techniques de formation à distance existent depuis quarante ans. Voire, il y aurait dans les MOOCs encore moins de personnalisation des enseignements puisque l'enseignant -dont la présence demeure nécessaire comme le montrent les études sur la formation à distance justement-  ne peut suivre autant d'inscrits de manière simultanée.

Il ne s'agit donc pas d'espérer diffuser largement un enseignement supérieur comme éducation populaire, mais bien plutôt de favoriser l'insertion des institutions dans une politique de développement d'enseignements à distance et plus largement de mise à disposition de ressources pédagogiques numériques (espérons le, ouvertes).

3. Et dans ma bibliothèque ?

Plusieurs bibliothèques universitaires s'intéressent à la valorisation des ressources pédagogiques numériques, libres ou non, et à la façon dont elles peuvent / doivent les intégrer dans leur offre de ressources. Le premier angle d'approche concerne un partenariat entre le SCD et les services informatiques sur l'indexation des Ressources pédagogiques numériques mais elle peut aller jusqu'à la production de cours en ligne en fonction d'établissements.

On demeure loin cependant de la problématique des MOOCs et de leur double contrainte de proposition de cours massivement multi-apprenants d'une part, et ouverts d'autre part. 

L'ARL s'empare donc du sujet et souligne que les MOOCs soulèvent des questions légales et stratégiques importantes pour les établissements, liées aux enjeux du libre-accès et de l'égal accès de l'information pour tous.

These questions involve information policy concerns that are central to research
libraries, including the proper application of fair use, the transition to open access as the
default mode of scholarly publishing, and the provision of equal access to learning
materials for students with and without disabilities.

Selon l'association, les bibliothèques doivent évidemment prendre part à ces nouveaux modes d'apprentissage en suivant deux directions parallèles : la première, classique, est de faciliter l'appropriation par les étudiants des ressources en ligne qui leur sont nécessaires ; la seconde plus récente mais non moins importante est de conseiller les Universités dans leur utilisation d'un environnement libre et ouvert.

D'un point de vue légal, les MOOCs soulèvent des questions relatives à :

  • L'utilisation de cours et de références tierces dans des cours en ligne
  • Le statut juridique des cours produits et, partant, des enseignants (droit d'image par exemple)
  • Le lien avec le Digital Millenium Copyright Act (responsabilité des contenus)
  • L'accès des enseignements aux publics handicapés
Ce sont ces différents points que le document tente d'éclaircir au regard du droit américain (Existe-t-il toujours une exception pédagogique quand le cours est censé se voir "massivement" distribué ? Ou quand la plateforme est co-gérée par une entreprise privée par exemple ? Qui est propriétaire du cours et des supports, l'enseignant ou l'institution ? Qui est responsable en cas de contenu illégal ?)

D'un point de vue stratégique, l'ARL affirme les positions suivantes :

  • L'utilisation du Fair Use est un droit essentiel pour les bibliothèques et leurs usagers
  • Il faut utiliser et promouvoir des modèles Libres
  • Il faut penser l'accessibilité pour tous les contenus dès le début du projet 

L'association conclue en réaffirmant le rôle primordial des bibliothèques dans le développement de cours ouverts massivement multi-apprenants en ligne. Au delà des enjeux évoqués, il s'agit de souligner l'importance et la pertinence des bibliothèques et de leurs collections comme soutien aux enseignements ; c'est pourquoi la façon dont ces dernières, en tant qu'expertes seront associées au développement des MOOCs apparaît central.


Pour aller plus loin :
  • MOOC Madness : http://chronicle.com/section/Online-Learning/623/
  • http://tipes.wordpress.com/category/environnements-dapprentissage/mooc/