Romans sentimentaux et bibliothèques
Par Thomas le mardi 8 janvier 2013, 19:02 - Bibliothèques - images de - Lien permanent
Parfois, la notion de sérendipité prend tout son sens.
1. De l'image de la bibliothécaire dans la littérature sentimentale
En faisant des recherches sur des livres électroniques, je suis tombé sur nombre de sites et d'informations sur la littérature sentimentale (vous savez, les Harlequins, toussa toussa). Bref, je reviendrais sur la façon dont on passe de l'un à l'autre car ce qui m'intéresse présentement concerne la représentation des bibliothécaires dans les romans sentimentaux. Et vous vous doutez que cette littérature s'est emparée de la figure de la -évidemment toujours une femme- bibliothécaire, comme objet de fantasmes, comme elle a pu le faire de l'infirmière ou d'une autre figure stéréotypée.
[ajout du 13 janvier 2013] Interrogée sur le sujet, Wendy m'informe ne connaître que trois romans mettant en scène des bibliothécaires garçons, tous érotiques, et uniquement accessibles en version numérique :
- Emotion In Motion par Lynne Connolly
- Made For Each Other par Morgan Ashbury
- Seven Day Loan par Tiffany Reisz (qui est une nouvelle)
[fin de la mise à jour]

Ce que vous ne savez probablement pas, c'est que la spécialiste sur la question s'appelle Wendy, la super-bibliothécaire, et qu'elle anime un blog entièrement consacré au sujet (en anglais). Elle aurait même été nommée Romance Writers of America's Librarian of the Year 2011, la bibliothécaire spécialiste de littérature sentimentale de l'année, par l'association des auteurs américains de littérature sentimentale. Incidemment, vous la retrouverez également sur Twitter, Facebook, ainsi que sur d'autres sites spécialisés si le sujet vous intéresse.
Sur son blog, donc, Wendy propose un certain nombre de compte-rendu de lectures selon des règles qui lui sont propres et concernant exclusivement la littérature sentimentale. Là où cela devient amusant, c'est lorsqu'elle établit une liste de romans sentimentaux mettant en scène des bibliothécaires. Une mine pour le fonds Détente de la bibliothèque de l'enssib qui se focalise sur les représentations du métiers justement. On trouve donc sur ce site une liste vraiment impressionnante de romans sentimentaux classés en sous-genre (historiques : Emma and the Outlaw de Linda Lael Miller ; contemporains : The Dewey Decimal System of Love de Josephine Carr (chick lit) ; suspenses : The Viper's Kiss de Shannon Curtis (ebook) ; érotiques : Overdue For Pleasure de Shelley Aikens (ebook) ; fantastique : The Demon's Librarian de Lilith Saintcrow ; séries : Stranger Than Fiction de Diana Morgan (Second Chance At Love #444) ). Ses préférés sont dans un billet à part pour les plus acharnés.
On remarquera la mention livres électroniques parfois notée entre parenthèse qui explique l'inattendue trouvaille et qui n'est pas si anodine que cela comme nous le verrons ci-après...

On découvre également par la même occasion qu'entre les années 40 et 60, alors que les femmes entraient dans la vie active, une série de romans pour la jeunesse était publiée mettant en scène des jeunes femmes qui découvraient à la fois un métier et l'amour. Ces Career Romances ont également abordé le métier de bibliothécaire et un site spécialisé -aujourd'hui uniquement accessible via Internet Archive- leur est même consacré.
A mon grand regret cependant, aucune étude n'est menée sur la représentation même de la bibliothécaire et, finalement, peu de titres semblent commentés parmi ceux de la liste.
2. Acquérir des romans sentimentaux
Je dois avouer que je ne sais pas quelle est la place des romans sentimentaux dans les bibliothèques françaises, et encore moins comment se font -et par qui- les acquisitions.

Malgré l'importante part de marché que représente cette littérature selon l'association des auteurs américain de littérature sentimentale, son traitement dans les collections apparaît moins prégnant que d'autres genres. Dans son mémoire pour un diplôme en Sciences de l'information de l'université de Caroline du Nord rédigé en 2004, Romance Collections in North Carolina Public Libraries: Are All Genres Treated Equally?, Amy Funderburk montre que finalement peu de titres de romans sentimentaux sont commentés dans la presse spécialisée à partir de laquelle les professionnels établissent leurs acquisitions.
Pourtant, le public est là. L'association citée plus haut, propose en effet d'autres statistiques sur son lectorat démontrant la grande fidélité de ce dernier qui se dit lecteur depuis plus de 20 ans pour 41% d'entre eux et grands lecteurs pour 44% d'entre eux. Ils se fournissent d'abord dans des librairies (seulement 17% viennent à la bibliothèque) et sont de grands consommateurs de livres électroniques :
Romance buyers are buying e-books to a greater extent when compared with other major fiction subgenres. E-book sales of romance books have proportionally doubled in one year, from 22 percent in Q1 2011 to 44 percent in Q1 2012.

Je trouve cette prégnance des livres électroniques vraiment intéressante et qui pose question : est-ce une question de prix, de facilité de lecture ou plus largement une question de discrétion, les lecteurs n'osant pas se montrer avec de la littérature sentimentale ? Or il est plus discret d'acheter ce genre de romans en ligne, et de le lire sur une liseuse ou une tablette : un passant ne voit pas la couverture avec l'image fantasmée souvent représentée. Cela mériterait de mettre un DCB sur le sujet tiens.
Heureusement pour les professionnels, il est possible de trouver des articles sur le sujet dans la littérature professionnelle, comme dans Library Journal par exemple où la littérature sentimentale est la seule à avoir deux catégories : la première pour les romans papiers et la seconde pour les livres électroniques ou comme cet article paru dans Library Collections, Acquisitions, and Technical Services en 2008 : “Romance Novels in American Public Libraries: A Study of Collection Development Practices”par Denise Adkins, Diane Velasquez Linda Esserz, et Heather L. Hill (disponible dans Science Direct). Par ailleurs, les acquisitions semblent facilitées par une littérature professionnelle spécifique, ex : Romance fiction : a guide to the genre.
En octobre dernier, un article est paru dans la revue spécialisée "Journal of popular romance studies" publiée par l'association internationale pour l'étude des romances populaires (sic) revenant sur la place de cette littérature dans les bibliothèques universitaires : “Love in the Stacks: Popular Romance Collection Development in Academic Libraries” par Crystal Goldman. L'argument est qu'il est important de collecter cette littérature, ne serait-ce qu'à des fins de recherches et d'analyse de la culture populaire, comme elle devrait le faire pour la littérature policière (Mystery and Detective Fiction) par exemple, ce qu'on appellerait ici les "mauvais genres".
Et chez vous, quelle place pour la littérature sentimentale ?
Commentaires
Il faut souvent se battre pour les faire acheter surtout si ceux sont, en plus, un peu "osés", ce qui est de plus en plus souvent le cas comme le dernier en date "50 nuances de Grey"
quand j'étais en lecture publique, on appelait ces livres les doucettes. Je trouvais ça sympa comme nom...
Très fun ton article :)
J'adore les belles histoires d'amour mais à condition qu'elles ne soient pas le centre de l'intrigue mais son moteur. Du coup, je ne lis pas de roman "sentimentaux" parce que cela me fatigue. Et puis, je déteste le mélo et le mièvre, deux travers qui, hélas, sont trop courant à ce genre de lité.
Une des plus belles histoires d'amour que j'ai lu est "Sur l'onde de choc", le roman de SF de Brunner.
Après, pour le fun, et surtout pour me vider la tête, je lis de la bitlit - en anglais au moins que ça serve à qq chose - mais là aussi c'est difficile d'échapper à l'écueil "mélomivèvre" auquel s'ajoute celui de la pornographie - juste fatigante - et l'écriture souvent digne d'un mauvais élève du collège. Là, j'avoue, je suis une grande fan de Kim Harrison pour deux raisons : elle n'hésite pas à tuer des perso principaux, et surtout surtout elle a beaucoup de distance avec son héroine et manie l'humour, certes à la truelle, mais c'est drôle quand même. C'est une des rares auteurs que je continue de suivre avec plaisir.
Après, je suis de celle qui pense qu'il faut brûler tout les exemplaires de Twilight quand à 50 shade of grey, j'ai trop de considération pour mon cerveau pour lui infliger ça (j'ai déjà lu Twilight hein, donc j'ai le droit d'en parler en mal)
@Sophiebib : Quand je bossais en BM, je me souviens d'un rayon littérature sentimentale mais je ne me souviens pas de la part qui lui était consacrée dans les budgets. Apparemment, peu de débats. Je pense quelque part que c'est dommage et je serais intéressé de connaître le taux de rotation de ce genre de fonds.
@uju : C'est sympa comme surnom, d'où cela vient-il ?
@kaeru : Du coup, j'ai profité de ces recherches pour lire un roman sentimental (gay), enfin, plutôt une nouvelle : "Love in the library". Ça m'a bien fait rire et je crois que je recommencerai avec plaisir pour rigoler. Maintenant, il n'était pas trop mièvre et justement pas pornographique, ce qui aurait été effectivement au final très fatigant. La littérature gay regorge de ce genre de porno et c'est au contraire le côté soft qui devient plaisant et reposant.
Je n'ai pas lu Twilight, donc je ne me prononce pas (même si...)