Après l'article élogieux sur la nouvelle bibliothèque de Birmingham, il me semble intéressant de revenir sur d'autres considérations qui sous-tendent cette ouverture. 

Les dimensions sont pharaoniques : une surface de 31.000m² répartie sur pas moins de 10 étages et le projet aurait coûté 189 millions de livres sterlings (soit la bagatelle de 224M d'euros). 400.000 exemplaires en libre-accès (bien plus dans les magasins), 240 ordinateurs, des bornes tactiles placées dans des endroits stratégiques pour accéder aux contenus numériques. Un amphithéâtre de 300 places... D'après the economist, le directeur de la bibliothèque, Brian Gambles, illustre cette impression en expliquant : “We wanted to create a building that shouts out learning and culture.” Dans le billet précédent, j'expliquai de la même façon que l'architecte Francine Houben voulait ouvrir un "palais pour le peuple" (entretien en ligne), mais il me semble que ces notions se rapprochent des tristes "Temple du livre" d'après-guerre, à ceci près qu'en dehors du côté imposant (et potentiellement impressionnant donc rebutant) du bâtiment en soi, les collections se veulent accessibles ou tournées vers l'usager.

L'article de The economist est intitulé : "it's not all about the books". Le journaliste revient sur la multitude des services proposés et surtout sur leur diversité, depuis l'aide à la création d'entreprises aux centres multimédia. Une bibliothèque, c'est aussi un café (en l’occurrence, deux), des espaces de promenades, une boutique... On rejoint le modèle desIdea Store londoniens et de l'OBA d'Amsterdam. Question de praticité aussi, ou de réalisme, puisqu'un bâtiment de cette taille a un besoin impérieux de fonds privés. Dans le modèle anglo-saxon, les établissements dépendent aussi en grande partie du mécénat et des fonds propres. Trouver des sources de revenus est donc essentiel que ce soit par la location des locaux, les recettes des boutiques hébergées, les actions de formation ciblées ou le mécénat d'entreprise. Dans le même ordre d'idée, on se souvient que la prestigieuse bibliothèque de Seattle avait vu ses horaires d'ouverture réduits -voire dû fermer une semaine complète- en 2009-2010 suite à une réduction budgétaire dans un effort de la municipalité de faire face à la crise.

À Birmingham, il y a eut moins d'embauches que prévues, notamment suite à l'automatisation des prêts-retours et les horaires sont moins larges que prévus. Oh pas tant pour cet établissement porte-drapeau pour lequel, si tous les espaces ne sont pas ouverts constamment ou nécessitent une réservation, les horaires demeurent impressionnants : 8h-20h du lundi au vendredi, 9h-17h le samedi et 11h-16h le dimanche soit une moyenne de 73h hebdomadaire !  Les réductions devraient plutôt concerner les autres bibliothèques du réseau (39 annexes) qui voient réduire leurs services, heures d'ouverture et personnel professionnel (au profit de bénévoles...parfois).

Alors non, it's not all about the books. C'est aussi une question de sous bien sûr et dans un pays où les fermetures de bibliothèques font florès, ce n'est pas non plus anodin. Du coup, il est intéressant de se retourner vers le choix d'une super-structure multiservices quand tant d'annexes ferment. C'est un choix budgétaire bien sûr : un établissement figure de proue est censé dynamiser le voisinage à l'instar du très populaire Norfolk & Norwich Millennium, un forum qui propose en plus des services culturels des accès à un restaurant ou une galerie d'art. La bibliothèque attire les usagers et les touristes qui ensuite dépensent dans les commerces alentours.


Un autre article de the economist terminait ainsi : Libraries are not dead—just a little dusty. Et c'est justement le projet de Birmingham que de renouveler l'image et les services de ces établissements. Souvenez-vous du slogan : Rewriting the Book on public libraries. Au singulier, le livre, Book, c'est le modèle. Réécrire le modèle et transformer la bibliothèque.