Qui n'a pas entendu ce genre de réponse alors qu'il venait de préciser qu'il préparait le concours de bibliothécaire ? J'ai moi-même expérimenté certaines de ces exclamations, du genre :

  • "ah bon, il faut un concours ? mais, genre, difficile ? Il faut étudier pour ça ?" (et je suis pas le seul, loin de là) non, non, il y a un distributeur automatique de diplôme à l'entrée de l'enssib. C'est bien pratique d'ailleurs.
  • "Oh bah tu passes ton temps à lire alors, c'est cool" variante "tu sais plein de choses !" et oui, un forgeron forge, un prof enseigne, un informaticien code et donc un bibliothécaire lit. C'est comme ça, ça va avec le personnage. Le corolaire, c'est que le bibliothécaire est forcément quelqu'un de cultivé donc il attire le respect (même si c'est un planqué).
  • "ah oui ? Bah moi je lis pas et de toute façon, avec Google..." On m'a vraiment demandé à quoi servaient les bibliothèques à l'ère de Google (*sob*) parce qu'évidemment les gens ont tous une utilisation instinctive du moteur de recherche, évidemment tout le monde a accès à internet, évidemment il n'existe aucune main-mise de logiciels propriétaires, aucun arbitrage à mener, évidemment, les bibliothèques ne jouent aucun rôle dans la transmission de la mémoire collective, dans la mise à disposition gratuite de collections textuelles et non-textuelles, dans l'ouverture d'espaces publics, de rencontre, de construction, d'affirmation de soi en tant qu'individu comme en tant que citoyen...
  • "ah mais depuis quand il y a des jeux vidéos en bibliothèque ?" variante aussi entendue "je comprends pas, les tablettes, c'est pour quoi faire ? Vous prêtez pas des livres en fait ?" Si, si, uniquement de vieux livres trouvés dans une brocante et qu'on saupoudre de poussière tous les matins histoire de renforcer le côté usé, le but étant d'éviter autant que faire ce peut d'avoir des usagers qui pourraient venir déranger le beau classement que nous mettons un soin maniaque à choyer.

J'imagine que vous en avez entendu de belles également. Ce fut tout pour moi, en quelques années, mais quand même. Il est parfois étrange parfois de considérer combien notre profession demeure mal connue malgré tous les efforts déployés, et malgré la prise réussie du virage numérique.

Une considération qui dépasse évidemment les frontières puisque nos collègues sont tout autant confrontés aux représentations types des bibliothécaires, comme le souligne cette géniale présentation de Sarah Houghton, directrice de la bibliothèque publique de San Raphael aux États-Unis et célèbre blogueuse sous le pseudo de Librarian in black, à l'occasion de la Nerd Nite San Franciscoen décembre dernier. Elle évoque les animations, les imprimantes 3D, les contenus numériques, la lutte contre la censure, contre les DRM, mais aussi les beaux mecs, la masturbation ou les chats...

il faut dire que l'image que nous renvoie la représentation populaire n'est certes pas toujours des plus dynamiques. Nous avons le choix entre la vieille femme aigrie à chignon et lunettes à écailles et la jeune pin up sexy qui ne tient ouvert un livre que pour mieux faire semblant de cacher sa poitrine opulente. Évidemment, la bibliothécaire ne saurait être un homme. You don't look like a librarian s'était fait le spécialiste de ce genre de collecte. Pourquoi d'ailleurs toujours représenter ce professionnel comme un personnage aigri et méchant ? Je suppose que c'est lié à l'aspect non passeur mais bien gardien du Savoir. Un gardien se doit d'être inflexible, sévère, intransigeant.

D'autant que finalement, il faut toujours se méfier de l'eau qui dort...