Les organismes à réagir suite aux appels à pressions contre les bibliothèques furent nombreux. Au communiqué du Ministère de la Culture, à celui de l'Association des bibliothécaires de France, se sont joints d'autres organismes professionnels comme l'Interassociative Archives Bibliothèques Documentation qui regroupe une quinzaine d'associations dont l'Association des archives de France, l'Association des directeurs des bibliothèques municipales et intercommunales des grandes villes de France, celle des personnels de direction des bibliothèques universitaires ou la Fédération des enseignants documentalistes de l’Éducation nationale. L'Association de coopération des professionnels de l’information musicale s'est également engagée.

Plus largement, après la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, les éditeurs à travers le groupe jeunesse du Syndicat national de l'édition, ont pris la parole à leur tour. Enfin, réagissant avec humour, et à l'appel de Martin Vidberg, de nombreux dessinateurs et illustrateurs se sont mis à poils vendredi dernier ( à consulter via le hashtag  #tousàpoil sur Facebook) achevant d'enfoncer dans le ridicule un Jean-François Copé étonnement buté (lire l'article d'arrêt sur image à ce propos). 

PHOTO D.R - Midi libre

Qu'on le dise une bonne fois pour toute, de pressions il n'y en a guère eu, ou si peu. L'appel à la ruée dans les bibliothèques ou à l'envoi massif de courriels aux maires et aux établissements a fait long feu. En soi, ce n'est guère surprenant. Mais la question n'est pas là, peu importe leur réalité, le simple fait d'un appel à pressions, d'une liste de bibliothèques dites "dangereuses" nous impose, en tant que professionnels, comme l'a si bien fait l'AbF, de prendre position pour rappeler notre vocation démocratique.

Alors voilà. Une saine levée de boucliers d'une part et d'autre part... une terrible reculade de la part du Ministère de l'Éducation nationale.

Il y a quelques jours, Médiapart nous apprenait que le terme "genre", devenu trop sulfureux, faisait l'objet d'une véritable chasse aux sorcières et avait été retiré des rapports, manuels, livres ou discours des Ministères, de tous documents officiels ou pédagogiques visant à lutter contre les discriminations hommes-femmes, au prix parfois de longues et pénibles périphrases. Dans le même temps, des conférences se sont vu annulées dans les collèges et la parution d'ouvrages pédagogiques pour accompagner les enseignants, retardés.  La journaliste précise :

Abandonner un concept qui irrigue des disciplines aussi différentes que l’histoire, la philosophie, la sociologie ou même la biologie relève bien d’une très grave défaite idéologique et donc d’une défaite politique.

Une victoire incompréhensiblement accordée aux tenants de la Manif pour tous.

Mais le Ministère n'en est pas à une reculade près : voilà que, selon le Lab d'Europe1, à la faveur d'une refonte du site ABCD de l'égalité : des ressources pour l'égalité entre les filles et les garçons, la bibliographie jeunesse incriminée par les sites extrémistes et montrée du doigt par M.Copé n'est plus qu'une "ressource complémentaire"indicative et non une "activité pédagogique" recommandée aux enseignants. Plus précisément, la rubrique "activités pédagogiques" s'est vue renommée en "ressources complémentaires" parmi lesquelles se trouvent plusieurs sous-rubriques dont les "activités et outils pédagogiques" ou  la "littérature de jeunesse". C'est dans cette dernière sous-rubrique que se retrouve désormais déclassée notre bibliographie. L'article souligne également :

L'introduction elle-aussi a changé, avec un choix des mots très précis pour prendre des distances avec ces ressources complémentaires. Elles peuvent être désormais "consultées par les enseignants" et non "à utiliser en classe". Elles ne sont plus "sélectionnées" sur le web mais "recensées".

En soi, le changement est subtil mais il a son importance et apparaît plus que maladroit dans le contexte tendu actuel. On ne peut s'empêcher de penser à une énième reculade gouvernementale, probablement sous couvert d'apaisement ou "pour avancer sur l'essentiel" mais n'est-ce pas plutôt s'effrayer à la moindre fumée, donner à penser aux réactionnaires de tous poils justement qu'ils ont raison de s'agiter et les encourager à continuer ?