Je reprends là le titre d'un billet paru récemment sur What's Next: Top Trends dans lequel l'auteur liste une quarantaine de choses qu'on devrait, selon lui, pouvoir faire dans une bibliothèque.

En soi, cette liste est assez intéressante à parcourir parce qu'elle trahit une certaine conception de la bibliothèque. On est là dans un modèle anglo-saxon, protestant si je puis dire, où la bibliothèque apparaît comme lieu ressource pour la communauté qu'elle dessert largement au delà de ses seules missions culturelles, au point que certains items nous paraissent complètement farfelus et inconcevable dans l'hexagone.

La liste commence plutôt bien :

  1. Emprunter des livres (Borrow books)
  2. Lire des livres (Read books)
  3. Emprunter de la musique (Borrow music)
  4. Écouter de la musique (Listen to music)
  5. Emprunter des films (Borrow films)
  6. Regarder des films (Watch films)

Jusqu'ici pas de surprise.

  1. Emprunter des jouets (Borrow toys)
  2. Offrir des jouets (Donate toys)
  3. Jouer aux légos (Build Lego)

Nous avons des ludothèques. Je ne sais pas si des bibliothèques françaises proposent des jouets dans leurs collections, mais ce me paraît peu probable. Hors jeux vidéos.

Le jeu légo se rapproche des techniques utilisées par Biblio-remix pour repenser le modèle de bibliothèque. Et puis il faut l'avouer que les bibliothécaires aiment ce jeu, jusqu'à en emmener dans leur congrès annuel.

  1. Réserver une salle (Borrow a meeting room)

Ça, c'est bon, on le propose également.

C'est ensuite qu'arrivent des items un peu étranges pour nos pratiques françaises...

  1. Emprunter des habits, notamment des costumes pour les entretiens d'embauche (Borrow clothes (especially work clothes for interviews))
  2. Offrir de vieux vêtements (Donate unwanted clothes)
  3. Emprunter un animal (Borrow a pet)
  4. Emprunter un chauffage d'appoint (Borrow a heater)
  5. Emprunter un réfrigérateur (Borrow a fridge)
  6. Manger quelque chose, surtout si vous ne pouvez pas vous l'offrir par ailleurs (Eat a meal (especially if you can’t afford to eat))
  7. Utiliser la salle de bain (les toilettes ?) (Use the (very clean) bathroom)
  8. Faire un check-in santé (Have a health check)
  9. Utiliser un téléscope, la nuit oui (Use a telescope (yes, at night))

Il y a quand même de bonnes idées à côté d'autres, farfelues.

J'aime bien celle du prêt de costume par exemple, pour l'entretien d'embauche, même si je ne suis pas persuadé que ce soit à la bibliothèque de proposer cela. Pareil pour l'électroménager. Remarquez, on prête bien des outils outre-atlantique alors...

Je trouve l'idée du point santé un peu dangereuse à moins d'être bien encadrée, ce que propose d'ailleurs la bibliothèque municipale de Lyon avec son espace Cap'Culture santé. J'adore l'idée du téléscope (et donc oui, j'adore l'idée de la nocturne dans ce cadre). En revanche, je demeure un peu sceptique quant au prêt d'animaux.

On sait que des bibliothèques possèdent des mascottes, souvent des chats mais pas uniquement, parfois à but thérapeutique (même à l'université) ou pour encourager les enfants à lire. Mais de là à en autoriser l'emprunt ?

Ensuite, l'auteur repart vers des usages plus courants :

  1. Emprunter un ordinateur, une tablette, une liseuse (Borrow a computer, iPad, Kindle etc.)
  2. Emprunter un expert (Borrow an expert in something)
  3. S'asseoir tranquillement toute la journée sans qu'on vous demande de partir ou d'acheter quelque chose (Sit quietly all day without being asked to leave or buy something)
  4. Se protéger du froid, de la pluie, du soleil (Get out of the cold and wet (sun in Australia))
  5. Apprendre une autre langue (Learn a language)
  6. Apprendre à utiliser des outils technologiques (Learn how to use technology)
  7. Apprendre à lire (Learn to read)
  8. Écouter des histoires (Listen to stories)
  9. Poser des questions (Ask questions)
  10. Assister à un événement local (Attend a local event)
  11. Faire des recherches généalogiques (Look up your family history)
  12. Accéder à des services publics (Access government services)
  13. Peindre, dessiner (Paint or draw)

Tous ces usages existent déjà en bibliothèque, y compris l'emprunt de l'expert qu'il s'agisse du bibliothécaire ou par des échanges de savoirs et de savoirs-faire comme c'est le cas des ateliers cuisine Melting Popotes à Romans-sur-Isère (un point qu'il cite d'ailleurs et que je mets en .34) ou dans les projets de bibliothèques imaginés pour Lezoux et à Biblio-remix.

  1. Échanger du savoir, de l'information, de la connaissance (Exchange knowledge, information and wisdom)
  2. Échanger des recettes de cuisine (Exchange recipes)
  3. Jouer avec une imprimante 3D (Play with a 3D printer)

Je rajoute aussi l'imprimante 3D que je rapproche dans ce cadre des maker-space et donc de l'échange de savoir. De nombreuses bibliothèques dans le monde se sont déjà équipées (cf cette conférence à la BPI aussi).

À partir de là, l'auteur met l'accent sur de grandes orientations, des valeurs que portent aussi les bibliothèques au delà du rôle social qui était décrit plus haut : des valeurs autour de la liberté d'information par exemple ou de la construction de soi.

  1. Échanger des graines (Swap plant seeds)
  2. Photocopier ou scanner des documents (Photocopy or scan things)
  3. Accéder à de l'information payante, gratuitement (Gain access to pay-walled information – for free)

Je mets ici l'idée de la grainothèque puisqu'elle touche celle de biens communs dont se sont emparés les professionnels des bibliothèques, et qui est d'ailleurs en place grâce à l'association Graines de troc. La question de la photocopie, si elle est disponible dans de nombreux établissements rejoint aussi celle de la copie privée et, partant, celle des copy parties organisées dans plusieurs établissements de France.

Une autre valeur soulignée par l'auteur du billet est celle du partage, de l'échange et de la construction de soi.

  1. Se trouver soi-même (Find yourself)
  2. Se rendre meilleur (Improve yourself)
  3. Rencontrer de nouvelles personnes (Meet people)
  4. Engager la conversation avec des personnes qui vivent seules (Engage in conversation with people that live alone)

On se rapproche ici des travaux de la commission Légothèque de l'Association des bibliothécaires de France qui travaille justement sur la bibliothèque comme espace de construction de soi et de lutte contre les stéréotypes. Le blog de la commission renvoie vers de nombreux exemples de collections, d'animations proposées dans les établissements tandis que ses propres travaux visent à aider les collègues et enrichir la réflexion.

On se rapproche aussi de la plateforme "Bibliothèques dans la cité" ouverte par la BPI et dont le but est de recenser et d’échanger des pratiques à destination des publics exclus ou en difficulté dans les bibliothèques.

Et vous, vous y auriez ajouté quoi ?