Ceux qui s'intéressent aux fablabs et autres makerspaces connaissent certainement le réseau des YOUmedia.

Le premier de ces espaces de création destinés aux adolescents fut ouvert dès 2009 par le réseau des bibliothèques de Chicago et propose de nombreux outils de créations depuis les outils de montage au studio d'enregistrement. Cette même bibliothèque de Chicago qui, soit dit en passant, donne accès à une imprimante 3D (m'enfin, on trouve la même chose en France, à Quimperlé par exemple).

Je ne vais pas revenir sur ce que sont les fablabs ni sur leur intérêt en bibliothèque, de nombreux collègues s'y sont déjà essayé :



Ce qui m'intéresse est le discours qui a accompagné cette ouverture.

Dans la vidéo de présentation ci-dessus, la directrice de la bibliothèque explique :

YOUmedia is a concept that was brought to us by the MacArthur foundation. In 2008, they arrived with a lot of researchs that shows that in the 21st century, teens learn by making and doing, and it was their concept to take digital learning, digital media, mentors and an [archaist ?] librarian, and we brought books to the party as well, [voilà, here], and created this wonderful space.

(...) The books collection that is here gets the kids involved and they read, and then they go up and they do ; they create something with the digital media based on what they read : that's learning.

Comment donc explique-t-on la transformation de la bibliothèque, certes ouverte, certes troisième lieu et tout ce qu'on voudra, bref, comment explique-t-on l'arrivée des fablabs et des makerspaces dans les bibliothèques ? Comment explique-t-on que la bibliothèque va offrir soudainement un studio d'enregistrement, un hébergement de blog, un atelier de montage vidéo alors qu'elle est encore étroitement associée dans l'imaginaire collectif aux livres ?

Marie Dempsey, la directrice donc, y répond en replaçant le rôle et la mission des bibliothèques dans son axe de portail d'accès au savoir. La bibliothèque donne accès au savoir comme elle l'a toujours fait. Or les modes d'apprentissage ont changé : aujourd'hui les pratiques des usagers montrent que l'apprentissage passe surtout par le faire. Il devient donc dans la mission de la bibliothèque de répondre à cette évolution en proposant des espaces d'apprentissage par le faire. Ces espaces sont gérés par la bibliothèque mais, de même que les bibliothécaires n'ont pas toutes les connaissances et orientent les usagers vers les bons ouvrages, de même l'accompagnement des usagers dans la maîtrise de ces outils numériques passe par la présence de "mentors", des spécialistes du domaine.

Il me semble que c'est une approche très pertinente que de replacer ces étranges objets dans les missions générales de l'établissement. Un argumentaire qui parle également aux usagers et aux décideurs, je suppose, parce qu'il rétablit la bibliothèque dans un univers connu (le monde du livre et du savoir) pour s'en éloigner subtilement, à partir des pratiques, des besoins des usagers eux-mêmes. Je ne suis pas certain que parler de participation parle vraiment aux élus par exemple. That's learning, me semble donc une accroche plus efficace.

Peut-être plus également que l'autre argumentaire souvent employé.

Un makerspace, ce n'est pas seulement la mise à disposition d'outils. Derrière, surtout, se trouve toute une philosophie, des valeurs de créativité et de partage, rappellait Gaëlle Bergougnoux dans son article. Mary Dempsey les évoque d'ailleurs quand elle parle de fabrications à partir des lectures.

Mais encourager la créativité individuelle en soi n'est pas forcément comprise une mission évidente des bibliothèque, sauf si on la rapproche des missions culturelles et sociales. Une part belle faite à l'accès ouvert, au partage et à la capitalisation des connaissances qu'on retrouve d'ailleurs dans la charte des fablabs.

Partage et culture ouverte, des valeurs qu'on retrouve peut-être plus facilement pour accompagner la mise en place de laboratoires pour adultes (les Youmedia sont clairement destinés aux adolescents).

Quoiqu'il en soit, il semble important de se positionner sur le terrain de son interlocuteur, de partir de ses représentations pour expliquer où on veut aboutir, et de lui exposer comment ses objectifs à lui (sociaux pour un décideur, d'apprentissage pour un usager) peuvent être rempli par le nouvel espace ainsi créé.