Les QR Codes demeurent l'outil le plus connu pour réaliser des passerelles entre ressources physiques et ressources numériques. Une passerelle, parce que le QR Code, par une simple lecture, peut vous renvoyer vers du contenu en ligne pour enrichir vos collections papiers, simplement permettre une continuité d'offre de service et de ressources ou faciliter le mode de rendu d'un service. Je vous renvoie vers les différents billets déjà rédigés sur le sujet.

Les QR Codes demeurent l'outil le plus connu, certes, mais il ne sont pas les seuls.

Si je reste dans cette limite de technologie permettant de renvoyer vers du contenu en ligne, nous pouvons évoquer également la technologie NFC.

1. Une technologie émergente

NFC signifie Near Field Communication, la "communication en champ proche". Il s'agit d'une technologie permettant de transmettre et de diffuser de l'information, à distance, sur une courte distance (10 cm maximum, 4 cm conseillés) en haute fréquence. Pour vous donner une comparaison, cette technologie s'apparente aux puces d'identification à Radio-Fréquence (RFID) dont les bibliothécaires équipent de plus en plus leurs documents afin de les rendre notamment accessibles aux automates de prêt notamment.

De plus en plus de terminaux sont équipés de cette technologie (liste des appareils compatibles), déjà populaire en Asie comme souvent pour les technologies mobiles : Apple vient de révéler la présence d'une puce dans son dernier iPhone 6 pour l'instant uniquement en lien avec son nouveau service de paiement en ligne l'Apple Pay. Une volonté de pousser une technologie déjà présente depuis plusieurs années, sans grand succès jusqu'alors. Les usagers, et les français, demeurent mal à l'aise avec ces paiements sans contact.

Pour rappel, la NFC équipe depuis quelques années les terminaux de Samsung dont le Galaxy S4 permettant, paraît-il, aux salariés du nouveau campus de SFR situé en Seine-Saint-Denis de badger, d'utiliser l'ascenseur ou encore de lancer des impressions.

En France, les données nous sont fournies par l'Observatoire du NFC et du sans contact, dont les derniers chiffres de juillet 2014 indiquent 6.6 millions d'appareils mobiles, 25 millions de cartes de paiement et seulement 17% de commerçants équipés.

Bref, tout cela pour dire que malgré son âge, cette technologie demeure dans le champs des possibles en terme d'appropriation par les usagers et les entreprises.

Si on souhaite comparer avec d'autres technologies passerelles, la NFC se veut plus directe que l'utilisation des QR Codes ou d'applications de réalité augmentée. Plus besoin de télécharger une application, d'utiliser l'appareil photo de son terminal mobile puis d'être renvoyé vers une page tierce. Les usages sont plus rapides, plus transparents.

Par rapport à d'autres technologies sans fil, comme le Bluetooth ou le Wi-fi, la NFC se veut encore une fois plus simple d'utilisation, ces derniers demandant souvent de nombreux et plus ou moins complexes paramétrages. De plus, les puces NFC, très réduites, sont conçues pour qu’un lecteur puisse dialoguer avec plusieurs d’entre elles de manière simultanée, sans risque de collision, ce qui n'est pas possible en Bluetooth par exemple.

2. Usages et limites

Si l'on s'en tient à cette possibilité d'échanges de données sans contact, les usages potentiels n'en demeurent pas moins nombreux.

On a déjà évoqué des possibilités de paiement (crypté convient-il de préciser puisque la technologie embarque le cryptage des données pour un paiement sécurisé).

On pourrait évoquer aussi un usage pratique comme le fait de badger pour ouvrir des portes. Ainsi, le Clarion Hôtel de Stockholm utilise-t-il cette technologie pour l'ouverture de ses chambres ou encore l'Université d'État de l'Arizona qui proposait en 2012 un programme pilote proposant aux étudiants d'utiliser les puces de leur téléphone pour accéder à leurs chambres. Les retours sont plutôt bons : 80% des étudiants ne voyant pas de différence avec leur carte d'étudiants et 90% espéraient utiliser ce mode d'authentification pour l'ensemble des portes du campus.

Parmi les applications les plus répandues se trouvent encore les tickets de transports dématérialisés (trains, métro (Strasbourg, Nice, Caen, Lille...), Air France à Toulouse, même vélos à Nice), le partage de photos, fichiers ou vidéos, le port d'informations médicales (une carte Vitale dans la puce en quelque sorte), de jeux (en 2012, découverte de l'agglomération de Caen la Mer par exemple) ou le transfert d'informations contextualisées :

  • La RATP équipe ses arrêts de bus pour permettre aux usagers de récupérer les horaires sur leur téléphone
  • l’Agence de Développement Touristique de l’Ardèche vient d'équiper 5.000 lieux de vacances de points NFC renvoyant vers un contenu multimédia régional sur des sites touristiques particuliers
  • en 2013, à la Friche La Belle de Mai de Marseille, le Centre national des arts plastiques et Orange ont monté en collaboration avec l'artiste Pierre Giner une exposition uniquement visible via NFC. Il fallait scanner de larges blocs noirs pour que les visiteurs puissent accéder à l’œuvre sur une page en ligne spécialement développée pour l'occasion.

Parmi les limites cependant de cette technologie demeure la peur d'une perte de contrôle de ses données privées pour l'utilisateur. C'est probablement le plus grand frein. En réponse, les constructeurs précisent que la courte distance nécessaire aux échanges est une garantie pour l'utilisateur puisqu'elle suppose une démarche volontaire de l'utilisateur et normalement ne peut pas être utilisée à son insu (en fait, cela n'exclut pas la collecte des données NFC par le système lui-même, qui reste capable d'historiser les usages de l'utilisateur).

Bien sûr, on pourrait citer d'autres limites comme le fait que les usagers ne sont pas tous technophiles, ni ne comprennent vraiment le symbole indiquant la présence d'une puce NFC, avec une prise en main réelle limitée. Ou simplement souligner la nécessité d'un bon équipement (terminal mobile, mais aussi présence d'un bon réseau), ce qui n'est pas sans renvoyer vers des questions de fracture numérique derrière...


3. Et en bibliothèque ?

Pourtant, les applications en bibliothèques sont nombreuses. Je parlais des QR Codes en début d'article, potentiellement une puce NFC peut les remplacer toutes, depuis le téléchargement d'informations pratiques (comme les horaires de bus à Paris), le renvoi vers des collections numériques, l'enrichissement de collections vers des apports extérieurs comme à la Friche La Belle de Mai (mais cette fois vers des cartels, des explications plutôt que vers les œuvres elles-mêmes), le renvoi vers des formulaires, le catalogue etc.

À dire vrai, les expériences demeurent peu nombreuses. Citons cependant :

La bibliothèque de Hannô, au Japon :

"D’ores et déjà fonctionnel grâce à une centaine de puces récemment installées, ces informations additionnelles sont le plus généralement relatives aux auteurs des livres (et fournissent par exemple des liens vers Wikipédia), aux autres ouvrages en liaison avec celui qui les intéressent et permettent surtout aux lecteurs les plus voraces de réserver un livre directement depuis leur mobile.

 
 

L’usage de ces tags NFC devrait à l’avenir permettre au gouvernement [japonais] de créer une liaison entre les bibliothèques de tout le pays pour permettre aux individus de savoir dans quelle bibliothèque se trouvent les livres en liaison avec leurs centres d’intérêt. Notons enfin qu’il sera également possible pour les lecteurs d’évaluer les livres, de laisser des commentaires, mais aussi de les examiner à distance grâce au cloud."

À Barcelone, en Espagne, plusieurs points de contacts pour terminaux mobiles proposent des informations via des QR codes et de la NFC qui renvoient vers des informations pratiques : géolocalisation de la bibliothèque du réseau la plus proche dans un rayon de 2km permettant d'en connaître les horaires d'ouvertures, des vidéos de présentations, la liste des animations etc. Ce projet était évoqué à l'occasion d'une intervention "Onsite versus online settings: two ways of reaching the users in the library of Barcelona" proposée cet été à l'occasion d'un congrès satellite de l'IFLA sur les bibliothèques publiques à Birmingham ("Public library futures in a global digital world").

Enfin, dernier exemple, à Pori, en Finlande, des chercheurs aidés de collègues de la bibliothèque municipale locale, cette fois, qui présentaient toujours à l'IFLA un jeu multijoueur de réalité mixte basé sur la technologie NFC, "The litterature race", pour motiver les enfants à chercher des informations dans les livres et, partant, les aider à devenir plus familiers avec les bibliothèques et la recherche d'information.

Au début du jeu, une vidéo se lance montrant un agent de la Littérature avertissant les joueurs qu'un complot se joue contre la bibliothèque que vous êtes les seuls à pouvoir empêcher. Pour cela, il faut résoudre un code caché dans divers messages. Il faut donc trouver et scanner au moins une trentaine de livres pour faire apparaître les messages et les codes cachés. Dans cette première vidéo, on a un indice pour trouver le premier livre : un mot qui doit ensuite se trouver dans le titre d'un ouvrage. Si l'indice est "Monde", il faut donc trouver un livre dont le titre contient "monde" (ex : le tour du monde en quatre-vingt jours). On peut demander de l'aide à un bibliothécaire en cas de besoin. Les enfants gagnent des points si : 1. ils n'ont pas fait d'erreur dans les titres trouvés 2. ils ont été plus ou moins rapides 3. ils ont respectés les règles de la bibliothèque (ne pas courir, ni crier), ce que l'application vérifie en utilisant l'accéléromètre ou le microphone de la tablette (c'est vicieux, oui).

Quand les enfants ont trouvé un livre, ils scannent en plaçant la tablette sur la couverture pour en faciliter la reconnaissance par l'application. Cela peut se faire en NFC ou en RFID. L'idée étant surtout d'aller au-delà du simple "touche l'écran et quelque chose va se passer" pour rendre l'expérience encore plus réelle et ludique.

Et vous, vous connaissez d'autres exemples d'usages de la NFC en bibliothèque ? 




Pour aller plus loin :

Sur la NFC :

Sur les dispositifs passerelle :