We need diverse books est une initiative américaine pour promouvoir le multiculturalisme en littérature de jeunesse.

En ce moment, les critiques parlent du dernier film de Céline Sciamma, "Bande de filles", mettant en scène de jeunes femmes noires de banlieue. L'occasion du constat de l'absence justement de ce type de personnage dans les objets culturels contemporains et, partant, de la difficulté de se représenter, de se construire à partir de référents. Pas de représentations culturelles, aucune présence dans l'espace public non plus. Et s'il y a une absence des noirs dans l’espace public français, les femmes noires sont à l’intersection de deux discriminations : le fait d’être femmes, et le fait d’être noires.

Ce constat se retrouve également en littérature, de manière tout aussi criante. L'article de Slate pré-cité explique :

«Mon premier rapport au manque c’était en littérature», raconte Anna, dont les parents sont professeurs, et qui tient aujourd’hui Mrs Roots, un blog sur la littérature afro(-américaine/caribéenne/africaine…) sur lequel elle a notamment raconté cette expérience

«La littérature j’adore ça, c’est mon domaine. Et en termes de déni, c’est quelque chose qui m’a accompagné tout au long de mes études : tu es face à une littérature classique, française, majoritairement blanche et tu te cherches, tu te demandes si c’est inconcevable qu’il y ait eu des noirs à une certaine période historique, si ça te concerne. Tu te demandes où tu es. Tu es femme noire française, c’est ton pays, mais toi tu n’es nulle part et tu te dis: elle est où mon histoire, où je suis? Puis tu culpabilises, tu te demandes si tu demandes trop, si tu veux trop te voir? Mais non, tu veux juste savoir que tu n’es pas un cas spécifique nié par ta propre culture. Bien sûr tu as des amis, tu as une famille. Mais tu es et tu te sens invisible aux yeux de la société : tu n’existes ni au cinéma, ni en littérature, dans les séries, ni sur les podiums… On t’apprend à ne pas te voir.»

C'est cette même réflexion, cette même expérience du manque, que l'on retrouve outre-atlantique à travers l'initiative "We need diverse books" : nous avons besoins de livres plus représentatifs de la diversité. Le projet est simple : en dépit du constat que plus de la moitié des enfants en âge d'aller à l'école sont issus de populations minorisées (personnes de couleurs, LGBTQIA, porteuses de handicap...), les livres qui leur sont proposés montrent toujours le même segment de population : blanche, valide, hétérosexuelle. L'initiative cherche donc à promouvoir des publications plus représentatives de la diversité, arguant que, plus que de simples miroirs, les livres sont autant de fenêtres sur le monde facilitant la compréhension de soi mais aussi celle de toute la société

Le mouvement est né en 2014, initialement d'une campagne média à l'occasion d'un panel lors d'un Salon du livre ne présentant que des hommes blancs pour parler de littérature de jeunesse. Un groupe de 22 auteurs, éditeurs et blogueurs autour de la littérature de jeunesse a alors lancé sur les réseaux sociaux le mot-dièze #WeNeedDiverseBooks en protestation. Le hashtag a rapidement parcouru les réseaux et les médias sociaux pour s'amplifier et devenir un important mouvement de contestation attirant l'attention des majors de l'édition.

Contrairement à d'autres campagnes activistes, #WeNeedDiverseBooks avait un plan de communication afin d'être remarqué : il s'agissait dans un premier temps de demander aux utilisateurs des réseaux sociaux de poster des photos expliquant pourquoi ils avaient besoin de livres représentant la diversité, dans un second temps d'entamer ou participer à un débat autour de la diversité en littérature. L'objectif étant d'engager suffisamment de personnes pour participer et attirer l'attention des médias.


Les bibliothèques aussi se font faites le relai de l'événement, ainsi la bibliothèque d'Oakland a posté une photo d'enfants portant une banderole sur laquelle était inscrit "We need diverse books". L'image fait désormais la couverture de leur compte twitter. L'association américaine des bibliothécaires jeunesse, Yalsa, s'est aussi fait l'écho du mouvement, en postant également des photos de bibliothécaires participant à la diffusion du mot-dièze et revenant sur une très intéressante étude du Centre du livre pour enfants de l'Université du Wisconsin comptabilisant le nombre de titres représentant des héros d'origine africaine ou afro-américaine, amérindienne, asiatique ou latino parmi la production de livres pour enfants reçu, depuis 2002. En 2013, sur les 3200 livres reçus, seuls 93 montraient des personnages afro-américains, 34 des amérindiens, 69 des asiatiques, 57 des latinos... parfois dans le même livre. 

La campagne a duré trois jours et s'est terminée le 3 mai avec un dernier appel : "Diversify your shelves" soit appeler les gens à acheter un livre représentant cette diversité.

Depuis le mouvement s'est institutionnalisé et constitué en organisation chargée d'infléchir la politique de publication des éditeurs jeunesse. Leur mission est :

We Need Diverse Books is a grassroots organization created to address the lack of diverse, non-majority narratives in children’s literature. We Need Diverse Books is committed to the ideal that embracing diversity will lead to acceptance, empathy, and ultimately equality.

We recognize all diverse experiences, including (but not limited to) LGBTQIA, people of color, gender diversity, people with disabilities, and ethnic, cultural, and religious minorities. Our mission is to promote or amplify diversification efforts and increase visibility for diverse books and authors, with a goal of empowering a wide range of readers in the process.

In order to accomplish our mission, we reach out to individuals and groups involved in many levels of children’s publishing—including (but not limited to) agents, publishers, authors, distributors, booksellers, librarians, educators, parents, and students.

Les projets sont nombreux : proposer des livres sur la diversités dans les bibliothèques scolaires, soutenir les auteurs à travers la remise d'un prix, intervenir lors de journées d'études et de conférences, développer des boîtes à outils éducatives, lancer un festival autour de la diversité en littérature... L'occasion d'un appel pour lever des fonds.

Au delà, le site propose des biographies et des liens utiles pour trouver des ressources autour de cette diversité (afro-américaine, amérindienne, handicaps, islam, LGBTQIA, Latino, multiculturalisme...). Cet été, il proposait un série prescriptive sur le mode "si vous avez aimé... vous aimerez aussi" pour mettre en avant ces ouvrages. Une initiative très bien vue selon moi. 

Et en France alors ?

En France, pas de mouvement spécifique (et pourtant, comme on le montrait au début de l'article, ce ne serait pas du luxe).

J'ai trouvé cette étude en ligne, proposée par une chercheure du lirdef (laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique, éducation et formation : "Éducation à la diversité et littérature pour la jeunesse : les représentations de l’enfant noir dans les albums illustrés". Il y a une liste des albums étudiés en fin d'articles. Mais on trouve plus facilement des documents sur le handicap à dire vrai. 

La commission Légothèque de l'AbF (page Facebook), dont je fais partie, et qui travaille sur la construction de soi et la lutte contre les stéréotypes a rassemblé quelques bibliographies de bibliothèques sur le sujet. Elle les distribuait lors du dernier congrès de l'AbF.

 

En ce qui concerne le handicap, c'est la commission Accessibib qui travaille plus particulièrement sur la question. Elle traite principalement de question d'accessibilité mais on trouve des retours d'expériences et des sélections d'ouvrage sur son blog (ils sont aussi sur Facebook). Sélections qu'on peut compléter par d'autres proposées par des bibliothèques : Bibliographie jeunesse sur les handicaps (BDP de la Somme) ou Bibliographie de livres jeunesse sur le handicap (BM de Cachan) par exemple.

Alors c'est le moment d'ajouter sur votre site le code pour ajouter le badge de soutien :

#WeNeedDiverseBooks