Vagabondages

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jeudi 13 mars 2008

La seconde carrière des enseignants


Il existe une disposition récente permettant aux enseignants des premiers et second cycle d'accéder aux métiers de la catégorie A (puisque catégorie équivalente) des bibliothèques. Cette disposition réside dans la reconversion professionnelle, et se voit proposée dans le cadre du dispositif de seconde carrière des personnels enseignants, à condition de justifier d’au moins 15 ans de service d’enseignement.

L'ensemble du dispositif fait partie des mesures de la réforme des retraites. Il est consultable sur le site de Légifrance http://www.legifrance.gouv.fr ou vous pourrez ainsi consulter :


- La Loi n°2003-775 du 21 août 2003 portant réforme des retraites ( Article 77) :

"Les membres des corps enseignants pourront, sur leur demande et dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, occuper, en position de service détaché, des emplois correspondant à leurs qualifications, nonobstant les règles relatives au recrutement de ces emplois dans les administrations de l'Etat ou des collectivités locales et les établissements publics à caractère administratif"


- le Décret n° 2005-959 du 9 août 2005 pris pour l'application de l'article 77 de la loi n° 2003-775 du 21 août 2003 portant réforme des retraites
- le Décret n° 2005-960 du 9 août 2005 pris en application du dernier alinéa de l'article 77 de la loi n° 2003-775 du 21 août 2003 portant réforme des retraites

Si je comprends bien, ce dispositif s’adresse aux enseignants en mi-carrière (il faut 15 ans d'ancienneté) et s’effectue par détachement sur un contingent annuel d’emplois offerts par administration, collectivité locale ou établissement, fixé par arrêtés interministériels. La demande passe alors d'abord devant une commission d'instruction et d'orientation créée et présidée par le recteur d'académie ou le ministre chargé de l'agriculture pour les personnels qui dépendent de son ministère.

Les commissions formulent un avis sur les candidatures des personnels, qui est transmis respectivement aux recteurs d'académie ou au ministre chargé de l'agriculture.

"Cet avis tient compte de la qualification, de l'expérience, de la valeur professionnelle des candidats ainsi que de leurs souhaits au regard des propositions d'emplois présentées par les administrations, collectivités et établissements mentionnés au premier alinéa de l'article 77 de la loi du 21 août 2003 susvisée.
L'appréciation par les commissions de la valeur professionnelle des candidats se fonde sur leurs compétences et leur manière de servir, compte tenu des avis des chefs d'établissement et des personnels d'inspection."

Si la procédure de détachement est acceptée, sa durée est d'abord fixée à un an, au cours duquel l'agent suit une formation dans les conditions organisées par l'administration, la collectivité ou l'établissement d'accueil. Le détachement est prononcé à équivalence de grade et à l'échelon comportant un traitement égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui dont l'intéressé bénéficiait dans son grade d'origine. Le fonctionnaire détaché conserve, dans la limite de la durée moyenne de service exigée pour l'accès à l'échelon supérieur de son nouveau grade, l'ancienneté d'échelon acquise dans son précédent grade.

Par la suite, l'agent peut demander son intégration au plus tôt trois mois avant le terme du détachement et au plus tard un mois après ce terme.

Les procédures à suivre sont disponibles auprès des académies dont par exemple :


Concernant ces procédures :
Le candidat au détachement dans un emploi au sein d'une des trois fonctions publiques doit déposer un dossier comprenant :
- une lettre de motivation dactylographiée, dans laquelle il exprimera les raisons qui le conduisent, en fonction de son expérience professionnelle, à présenter sa candidature et à postuler sur l’emploi ;
- un curriculum vitae ;
- une fiche d'appréciation sur le déroulement de carrière de l'enseignant établie par le recteur et basée notamment sur les notations.

Pour plus d’informations sur le détachement, le Bulletin officiel du Ministère d’éducation nationale, de l’enseignement et de la recherche N° 36 (2005) est  consultable à l’adresse suivante : http://www.education.gouv.fr/bo/2005/36/MENP0502046A.htm


Bon, sincèrement, ce dispositif me laisse dubitatif. Si je vois l'intérêt pour un enseignant de quitter enfin cette fonction au bout de quinze ans passés à affronter des enfants toujours autant turbulents, je ne vois pas vraiment l'intérêt pour une collectivité d'accueillir un agent qui ne connaît rien au monde des bibliothèques et qui possède bien souvent une représentation sinon fausse du moins partielle du métier. De surcroît, ce nouvel agent ne sera pas souvent présent en poste puisque la première année est censée être une année de (re)mise à niveau.

Alors certes, je trouve intéressant et bienvenu ce genre de passerelle mais en même temps, quand j'entends parler par ailleurs de réduction du temps de formation initiale des bibliothécaires j'ai l'impression que la spécificité du métier n'est pas vraiment reconnue.
Et je trouve cela inquiétant.

Les corps concernés par le dispositif sont :

LISTE DES CORPS DE PERSONNELS RELEVANT DU MINISTÈRE DE L'ÉDUCATION NATIONALE, DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET DE LA RECHERCHE BÉNÉFICIAIRES DES DISPOSITIONS DE L'ARTICLE 77 DE LA LOI N° 2003-775 DU 21 AOÛT 2003 PORTANT RÉFORME DES RETRAITES

Chargés d'enseignement d'éducation physique et sportive : Décret n° 60-403 du 22 avril 1960 modifié.
Instituteurs : Décret n° 61-1012 du 7 septembre 1961 modifié.
Professeurs de chaires supérieures des établissements classiques, modernes et techniques : Décret n° 68-503 du 30 mai 1968 modifié.
Professeurs agrégés de l'enseignement du second degré : Décret n° 72-580 du 4 juillet 1972 modifié.
Professeurs certifiés : Décret n° 72-581 du 4 juillet 1972 modifié.
Adjoints d'enseignement : Décret n° 72-583 du 4 juillet 1972 modifié.
Professeurs d'éducation physique et sportive : Décret n° 80-627 du 4 août 1980 modifié.
Professeurs d'enseignement général de collège : Décret n° 86-492 du 14 mars 1986 modifié.
Professeurs des écoles : Décret n° 90-680 du 1er août 1990 modifié.
Professeurs de lycée professionnel : Décret n° 92-1189 du 6 novembre 1992 modifié.

LISTE DES CORPS DE PERSONNELS RELEVANT DU MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE ET DE LA PÊCHE BÉNÉFICIAIRES DES DISPOSITIONS DE L'ARTICLE 77 DE LA LOI N° 2003-775 DU 21 AOÛT 2003 PORTANT RÉFORME DES RETRAITES

Adjoints d'enseignement de lycée agricole et d'établissement d'enseignement agricole spécialisé de même niveau : Décret n° 65-383 du 20 mai 1965 modifié.
Professeurs de lycée professionnel agricole : Décret n° 90-90 du 24 janvier 1990 modifié.
Professeurs certifiés de l'enseignement agricole : Décret n° 92-778 du 3 août 1992 modifié.

mardi 4 mars 2008

Le MicroLearning


Sur Slideo, un site de partage de diaporama et vidéo dans un contexte volontairement professionnel, on glane parfois des documents très intéressants comme cette vidéo consacrée au Microlearning.

Il s'agit de renouveler les pratiques de formation, à savoir non plus mettre en oeuvre des stages de formations lourds sur deux ou trois jours où on assène énormément d'information à un groupe de stagiaires qui n'en retireront pas grand chose le stage terminé, c'est à dire qu'ils ne réaliseront pas forcément ce qu'ils ont appris. On sort de la logique top-down pour entrer dans une logique peer to peer.

La formation vient désormais de gens "comme moi", de mon réseau, de personnes qui ne sont pas forcément des experts ni vraiment de grands formateurs pédagogue mais de gens qui ont le savoir-faire nécessaire. Le microlearning c'est le réseau, c'est l'abonnement à des flux RSS, c'est la formation par petits bouts mais au quotidien et surtout qui répondent à des besoins. J'ai confiance, j'ai envie, je prends ce qui m'intéresse et ce faisant, je suis d'autant plus apte à réutiliser les notions que j'apprends. On n'est plus dans une stratégie "productiviste" mais plutôt dans un processus de transfert.

L'évaluation de ce microlearning ne réside plus dans un apprentissage pédagogique, mais plutôt directement dans l'activité de la personne. Voir si elle a changé ses façons de faire, ou dans sa dynamique d'autoformation.

Voir la vidéo du consultant Frédéric Soussin sur Slideo : http://www.slideo.com/article.php?id=354.

vendredi 15 février 2008

Vidéo SL pour non-avertis


Ci joint une petite vidéo réalisé par Joël Sanchez, doctorant en Sciences de l'information à l'Université du Texas. Il s'agit dans ce court de trois minutes d'expliquer ce qu'est Second Life à un public non-averti d'éducateurs et de bibliothécaires, i.e. qui n'ont jamais été dans un univers virtuel précédemment. La vidéo est en anglais.

jeudi 22 novembre 2007

SJSLIS

J'ai décidement du mal à satisfaire à mon obligation hebdomadaire d'un billet sur Second Life.

Voici en tout cas deux vidéo exposant le travail incroyable de l'école de bibliothéconomie de l'Université de l'Etat de San Jose : San Jose State Univ's iSchool. Cette école est très impliquée dans le Métaverse où elle a bâti une réplique de l'école physique telle qu'elle existe dans le monde réel. Cette seconde école sert de lieux pour des cours de bibliothéconomie, et d'autres de prise en main des différentes fonctionnalités plus ou moins avancées dans Second Life (comment bâtir ? etc.).

La première vidéo montre justement tout ce que cette école fait dans SL, avec par extension ce que des bibliothécaires peuvent faire dans le monde virtuel. Elle a d'ailleur été présentée au récent congrès "Internet Librarian" :


La seconde évoque la façon dont ils ont pensé et bâti leur île et pourquoi :


mercredi 21 novembre 2007

Le bibliothécariat (2) : travaux et fonctions, administrateurs, conditions de travail

Suite et fin de la lecture de l'ouvrage Le bibliothécariat de Raymond Tanghe. Raymond Tanghe, avais-je omis de préciser, était alors directeur adjoint de la Bibliothèque nationale de Canada.

5. Travaux et fonctions

Dans son ouvrage, Raymond Tanghe tente de dresser un portrait d’ensemble des fonctions afférentes au métier de bibliothécaire.

 Il traite ainsi d’abord des services internes, expliquant qu’ils visent à constituer les collections, et détaille ce que sont acquisitions, cataloguement, classification et dépouillement de revues.

 Ensuite, il aborde les services publics qui mettent les collections à la disposition des usagers et détaille les services de consultation, de circulation (dont bibliobus : souvent le bibliobus est accueilli comme la manne dans le désert et le bibliothécaire a le sentiment de faire œuvre d’éducateur et dispensateur de joie), d’orientation des lectures et d’aide aux chercheurs. Dans ces deux derniers cas, l’auteur examine deux aspects du travail de bibliothécaire : la fonction éducative et la fonction adjuvante.

La fonction éducative

 La fonction éducative consiste à développer les facultés intellectuelles et morales des usagers. Il s’agit avec les enfants « d’encourager le goût de la lecture, mais sans permettre qu’elle empiète sur les devoirs ». Il y a aussi le choix de la lecture et c’est l’occasion de parler de pédagogie dans le cadre de bibliothèques scolaires et du rôle « beaucoup moins facile » du bibliothécaire auprès des adolescents, posant la question : « sans l’appui des cadres scolaires comment, d’un rebelle en puissance, se faire un ami ? ». La difficulté réside en effet dans le refus d’un emprunt que le jeune ne doit pas lire « ne pas opposer un refus sans avoir au préalable tenté de le dissuader ; préférer le ton léger de la camaraderie à l’homélie ; expliquer en quoi le livre ne convient pas ; démontrer la validité des raisons et se montrer ferme ». A contrario, il y a la joie profonde d’initier au beau, le plaisir de communiquer la culture acquise et l’excusable sentiment de fierté éprouvé en constatant les progrès accomplis.

Pour les adultes, la fonction éducative se déroule plus sur un plan de collaboration, ignorer les incurables mécontents (le bibliothécaire n’a pas à jouer les psychiatres) et noter les observations judicieuses et pertinentes.

Bien souvent la fonction éducative du bibliothécaire consiste à prêcher d’exemple. Il lui faut les qualités d’un bon diplomate, donc de l’entregent ; il doit distinguer l’hurluberlu dont il est vain de tenter l’éducation, du lecteur intelligent aux idées par trop arrêtées ; le curieux qui ne demande qu’à s’instruire, de celui qui dévore des bouquins sans les assimiler ; le chronophage (pour reprendre le néologisme d’André Maurois), qui fait perdre votre temps à raconter ses petites histoires, de l’être désemparé qui a besoin d’un conseil, d’un charitablecoup d’épaule pour le remettre sur la voie. Le bon bibliothécaire sait d’instinct à qui il peut rendre service et comment, et il agit en conséquence.

Enfin, ex officio, le bibliothécaire doit suivre les programmes culturels de sa ville, lui faire honneur et apporter sa contribution aux démonstrations collectives, propager l’amour de sa patrie, montrer en exemple les grands citoyens du passé.

La fonction adjuvante

La fonction adjuvante est celle qui fait concourir le bibliothécaire aux recherches et aux travaux de spécialistes. Son rôle ne s’arrête en effet pas à l’analyse et au classement des documents reçus, mais il s'agit également pour lui d’augmenter les collections en conséquence, de proposer des bibliographies aux chercheurs notamment via des services de références. Une fonction qui s’est développée autant dans les bibliothèques d’entreprises que dans les bibliothèques scientifiques où ce qui est demandé consiste de plus en plus souvent à fournir rapidement un renseignement, une date, une formule « à l’état pur », dégagé de la littérature et les bibliothécaires deviennent des « spécialistes de l’information » ou des « documentalistes ». Mais revenant sur cette distinction, l’auteur explique :

 Avant de se diviser en passant à travers le prisme, la lumière est une. Nous croyons que le bibliothécariat possède l’organe uniqued’une profession homogène, malgré les modalités des services que ses membres sont appelés à rendre, tout comme l’ingénieur peut être spécialisé en génie minier, électrique, militaire, maritime, etc., selon les études qu’il a faites, mais tous les ingénieurs ont une même formation de base et ont souvent appris dans les mêmes écoles, les techniques spéciales qui les différencient.

Il confirme cependant que la fonction d’aider les chercheurs n’est pas une sinécure qui ne savent pas toujours exactement ce qu’ils désirent ni ce qui peut les aider et ajoute qu’il appartient aux étudiants qui se destinent à travailler dans des bibliothèques spécialisées de chercher à suivre des cours dans les universités des enseignements, cours qui ne saurait se donner dans les écoles de bibliothéconomie, l’expérience complétant cette formation trop sommaire. Par enseignement spécialisé, on entend enseignement scientifique, mais également littéraire ou juridique, l'occasion pour l'auteur d'évoquer l'ensemble de ces bibliothèques spécialisées, les bibliothèques nationales et de louer les outils proposés comme le catalogue collectif précisant, in fine :

Il semble que la fonction adjuvante soit ici exercée par les biblitohèques ; en réalité, il y eu pour constituer, accroître et exploiter ces collections, des générations de bibliothécaires qui se sont succédé et l'usager d'aujourd'hui bénéficie de leur oeuvre.

6. Le rôle des administrateurs

L’administration des bibliothèques se fait par le bibliothécaire en chef, appelé aussi conservateur ou directeur. Ses fonctions concernent

  • le recrutement, la promotion et la direction du personnel ;
  • l’établissement du budget et l’emploi des fonds ;
  • l’aménagement et l’utilisation des meubles et immeubles ;
  • l’orientation des collections ;
  • l’élaboration et l’application des règlements de la bibliothèque ;
  • les relations avec l’extérieur.

 Le personnel : L’administrateur évalue et définit les devoirs de chacun et les fait connaître aux intéressés. Le recrutement se fait généralement par concours en présence ou non du chef de service, sachant que « les tentatives de débauchage par surenchère clandestine sont contraires à l’éthique professionnelle ».

Le bibliothécaire en chef doit encourager le personnel à poursuivre des études, à s’améliorer dans le but d’obtenir des promotions, promotions qui doivent être présidées par un esprit de justice selon l’intérêt de la bibliothèque.

Travaillant avec des êtres complexes, sensibles, exposés à la fatigue nerveuse, le directeur se doit de tenter de dissiper et d’éliminer les causes de conflit et d’encourager l’esprit de corps et la camaraderie parmi le personnel. Les qualités d’un bon administrateur « se révèlent à la moindre occasion : décision, esprit de suite, justice, fermeté et foi rayonnante ».

 Le budget :Administrer, c’est prévoir. Il s’agit pour l’administrateur de soumettre ses prévisions, les justifier, les faire approuver et lorsque les crédits sont votés, de veiller à faire cadrer les dépenses avec les sommes appropriées à chaque article du budget (salaires, acahts, fournitures, équipements, assurances, entretiens…)

 Les locaux :Trouver des locaux, de l’espace, reste le cauchemar des bibliothécaires tous débordés par me raz  de marée de l’édition contemporaine. Prévoir, ici, c’est penser cinq, dix ans d’avance. Le bibliothécaire doit élaborer des plans et les faire accepter par les architectes, évitant au possible les frontons grecs et les escaliers monumentaux. Il doit se tenir au courant des standards de superficie nécessaire par lecteur pour aborder l’architecte bien armé et défendre les intérêts des personnels et des usagers. Il doit également se tenir au courant de ce qui se fait en matière de mobilier.

 Politique d’acquisition :Il faut savoir choisir, refuser, émonder, mettre en réserve, au rebut suivant les cas les ouvrages et éviter toute politique omnivore. L’administrateur doit alors juger les points faibles des collections, selon les avis parfois des membres des facultés dans des bibliothèques scientifiques, voire tenter des expériences de coopération en matière d’acquisition, comme ce fut le cas aux Etats-Unis sous le nom de Farmington Plan.

Règlements : Les règlements concernent les personnels (horaires, discipline, congés, privilèges) et les usagers (heures d’ouvertures, inscriptions, sanctions…). Les règlements doivent être faits connus de tous et appliqués avec fermetés mais sans excessive rigueur. Ils sont approuvés par les autorités de la bibliothèque.

Il arrive cependant que ceux-la même qui les ont approuvés paraissent réfractaires à leur application comme c’est le cas par exemple des professeurs dans les universités.

Relations avec l’extérieur :Rencontrant souvent des personnages influents, le directeur doit pouvoir solliciter appui moral et générosité. Il est ambassadeur de l’institution qu’il représente et, à ce titre, doit savoir garder son rang. A travers réunions, congrès, en écrivant des articles, prenant part à des émissions éducatives, il étend son rayon d’action au-delà des murs de sa bibliothèque et prêche d’exemple. Ses assistants et autres bibliothécaires l’imiteront et ainsi se transmettra le flambeau.

 7. Salaire et conditions de travail

Les salaires sont encore très disparates et il est impossible d’en dresser un tableau d’ensemble.

Les bibliothèques sont ouvertes jusqu’à 80 heures par semaine sur cinq jours pour une durée hebdomadaire de travail de 35h à 40h. Les vacances varient de 15 à 20 jours ouvrables. Le chomage n’existe pas « pour un bibliothécaire compétent ». L’insécurité de l’emploi existe lorsque les employeurs discourent sur la justice sociale, au lieu de la pratiquer.

Les offres d’emploi paraissent dans des revues professionnelles et parviennent aux écoles de bibliothéconomie. Pour le recrutement, ce qui prime partout est une personnalité ouverte :

un bibliothécaire n’est pas seulement le détenteur d’un baccalauréat en bibliothéconomie ; c’est un être complexe qui, en plus de son savoir, devra mettre toutes ses qualités personnelles au service des autres.

... ce qui forme, vous en conviendrez, une jolie conclusion.

samedi 17 novembre 2007

Le bibliothécariat (1)

Je suis en train de lire un petit livre de Raymond Tanghe intitulé "le bibliothécariat". L'ouvrage, daté de 1962 et publié au Québec, veut dresser un portrait de la profession afin d'éclairer et attirer d'éventuels "aspirants-bibliothécaires" comme il le dit.

Le bibliothécariat, précise l'auteur, se veut un néologisme formé sur le même mode que notariat ou secrétariat pour désigner la fonction et la profession de bibliothécaire. Rien à voir avec le prolétariat donc (dommage, j'aimais bien une formule du genre : "Bibliothécaires de tous les pays, unissez-vous !" ^__^)

Le livre n'est pas bien long, à peine 118 pages, dans lesquelles il se propose de traiter :

  1. Le champ du bibliothécariat
  2. Aptitudes et Qualités recquises
  3. La formation de base
  4. La formation professionnelle
  5. Travaux et fonctions
  6. Le rôle des administrateurs
  7. Salaires et conditions de travail
  8. Projet de services collectifs à l'intention du Québec
1. Le champs d'action du bibliothécariat
Il s'agit là pour l'auteur de souligner l'importance de la profession liée à la multiplicité et l'expansion continuelle des connaissances humaines. On pourrait calquer la carte des progrès de la civilisation sur celle de la fondation des bibliothèques affirme-t-il. Le bibliothécaire fait face à la portée humaine et universelle de sa profession, lui laissant le choix de travailler partout dans le monde.

Expliquant la grande féminisation de la profession, Raymond Tanghe raconte que :

la prédominance des femmes dans la profession [...] tient à leur aptitude à exécuter des travaux minutieux, et au rythme du travail dans une bibliothèque qui convient à leur niveau de force, de résistance et de patience.  [...] Ce portrait  [de la bibliothécaire austère] n'avait rien pour rendre la profession attrayante : les hommes s'en détournaient d'autant plus que la prédominance des femmes avait pour effet de maintenir les salaire à un niveau très bas.

Il explique ensuite que la situation a changé avec l'arrivée d'un certain nombre de bibliothécaires dynamique et poursuit :

Une plus grande proportion d'hommes dans la profession remédierait sans doute à deux des causes qui aggravent la pénurie de personnel : l'absentéisme et l'abandon de la profession lors du mariage.

De toute façon, si les hommes ont plus souvent des postes de direction, c'est en raison de leur plus grande stabilité. Voilà qui est charmant...

2. Aptitudes et Qualités recquises

En plus des qualités fondamentales telles que l'intelligence, l'intégrité, la persévérence, dites nécessaires partout, le bibliothécaire se doit de faire montre de :

  • Serviabilité (et avec le sourire, est-il précisé) à l'égard des lecteurs mais aussi de ses collègues et de sa hiérarchie
  • Ordre et méthode : où les individus par ailleurs charmants doués et intelligents qui ne savent pas maintenir l'ordre dans leurs affaires [...] sont la plaie des bibliothèques. Livre mal rangé, livre perdu, fiche mal classée, fiche fichue.
  • culte du livre : il ne s'agit pas de bibliolâtrie ni d'un attachement déraisonné à des pages imprimées mais le respect d'un témoin et d'un instrument de civilisation.
  • curiosité intellectuelle : afin de pouvoir répondre au mieux dans les domaines où il a des services à rendre
  • tolérance : afin de ne pas faire de remarque sur les desiderata des lecteurs, ceci cependant dans les limites de la morale. Bien conduit, avec nuance et doigté, avec jugement et compréhension, avec tolérance, ce dialogue [entre lecteur et bibliothécaire] est proprement de l'apostolat.
  • stabilité : Il ne faut pas que le bibliothécaire soit trop mobile mais plutôt qu'il approfondisse les connaissances du fonds de sa bibliothèque
L'auteur termine en précisant que le travail en bibliothèque ne convient ni à des dilettantes ni à des lymphatiques : Le bibliothécariat est une profession active, dynamique même ; c'est dans ce sens que le recrutement doit se faire dès l'entrée à l'école de bibliothéconomie.

3. La formation de base et la formation professionnelle

En gros, pour être bibliothécaire, il faut au moins avoir le baccalauréat, seul diplôme attestant d'un minimum de culture générale. Certes, la profession attire plus de littéraires que de scientifiques mais l'auteur explique cela en affirmant que (c'est beau ):

Il semble que de travailler dans une bibliothèque créé un climat d'intérêt général pour les choses de l'esprit et une soif de culture ; la lecture, source d'enrichissement et de lumière intérieure, estompe la trivialité, comble ce qui pourrait être creux, éclaire la grisaille des jours et peut aider à forger un instrument de progrès.

La bac privilégié semble être celui d'histoire de l'art cependant ou du moins un parcours classique d'humanités gréco-latines avec deux années de philosophie même si les options latin-langues vivantes ou sciences-langues vivantes sont reconnues. Ceci dit, Raymond Tanghe précise bien que :

Il n'est pas obligatoire que la formation du bibliothécaire soit "littéraire", comme on le croit généralement parce qu'il y a dans les annales de la profession de grands noms de poètes et d'écrivains. Il y a eut aussi des historiens, des théologiens, des philosophes et des biologistes ; il y a place pour des spécialistes en sciences politiques, en musiques, en beaux-arts. Mais en proposant le bibliothécariat aux étudiants amenés à bifurquer dans leurs études, entendons bien qu'il devront nécessairement prendre une formation en bibliothéconomie.

La formation professionnelle quant à elle se donne dans des écoles qui pour la plupart relèvent des universités (on sent là le contexte canadien). Les aides-bibliothécaires devraient alors apprendre la dactylo, la technique du prêt des livres, l'étude de la terminologie de la profession (en anglais et en français), des notions sur l'environnement des bibliothèques, sur la fabrication d'un livre, sur l'édition, des cours sur la reliure et la réparation d'un livre, la tenue d'un Kardex, la classification Dewey, la rédaction d'une fiche catalographique. Les bibliothécaires, en plus, devraient apprendre les systèmes de classification, la bibliographie analytique, le choix des livres, l'histoire du livre et des biblitohèque, les différentes sortes de bibliothèques, leur rôle et leur aministration, avec des stages pratiques in situ dans les divers services afin de se familiariser avec l'ensemble des processus et procédures employés.

Une fois dans la carrière, le bibliothécaire doit avoir à coeur de continuer à se perfectionner et notamment en étudiant les sciences de l'hommes afin de conseiller au mieux (i.e. de manière éclairée et affranchie des propagandes) ses concitoyens sur des questions qui concerne leur vie sociale, syndicale, voire politique. En second lieu, le bibliothécaire doit s'appliquer à développer une consicence de groupe, et de groupe professionnel :

Le bibliothécaire doit regarder comme nécessaire à son perfectionnement professionnel l'adhésion à une au moins des grandes associations de bibliothécaires, mais avec la détermination d'y jouer un rôle actif, non pas seulement en parlant ou intervenant dans les discussion lors des assemblées générales, mais en collaborant à la vie de l'association, en participant aux travaux des comités, en apportant sa contribution au bulletin, aux congrès, aux journées d'études. Servir ! Servir ! Servir ! Ce mot reviendra toujours associé à celui de bibliothécaire.


vendredi 26 octobre 2007

Que sont les Sciences de l'Information et des Bibliothèques ?

Notes pour moi-même ...

1. Des questionnements...

Si je veux faire des recherches en Sciences de l'information et des bibliothèques, de très nombreuses ressources s'offrent à moi. Les premières sont des ressources institutionnelles (ministères, enssib, ABES dans une certaine mesure, voire sites des URFIST, des CFCB), voire semi-institutionnelles (revues professionnelles comme le BBF, associations professionnelles, archives des listes de diffusion...). D'autres sont plutôt des initiatives personnelles (sites internet personnels, blogs, forum, wiki...). 

Je pensais au départ que ce genre de recensement serait rapide et effectivement, j'avais listé aisément un certain nombre de sites, mais j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose.

En premier lieu, que chercher ? Je cherche de l'information validée, francophone, en Sciences de l'information et des bibliothèques.

Question : que sont les SIB exactement ?

Cela signifie apparemment d'aborder des sujets tels que : la chaîne du livre ; la bibliothéconomie (i.e. le catalogage, la normalisation documentaire, l'indexation, le circuit du document, la formation des usagers, la politique documentaire, les techniques de conservation...) ; les métiers du livre ; l'ingénierie et l'informatique documentaire ; le droit de l'information ; le traitement de l'information ; les régimes de circulation de l'information/des savoirs dans la société ; la réception de l'information ; les pratiques culturelles... Cela concerne-t-il aussi le traitement automatique du langage ? (quelque part oui aussi mais pas directement) ; la sémiologie ; les TIC/E ; les médias... ?

On a donc des questions qui portent la bibliothéconomie en tant que telle (traitement du document, des collections), sur les services à proposer, sur les métiers et l'évolution de carrière, sur l'environnement de la bibliothèque (politique, institutionnel, sociologie des usages...), d'autres sur les Sciences de la Communication, ou les Sciences de l'Information.

2. Des pistes ?

Si l'on se penche sur les divers répertoires dans ces domaines afin de se donner une idée de l'existant, on trouve des descriptions telles que :

BIBLIOPEDIA : http://biblio.wikia.com/wiki/Accueil
Métier
Publics et services
Collections
Organisation
Informatique documentaire
Sites web

répertoire SIBEL : http://sibel.enssib.fr/
Bibliothèque
Bases de données
Formations
Livre et lecture
Organisations
Ressources en ligne
Sciences de l'information
Autres thèmes


 > Le répertoire est en cours de refonte et devrait proposer une nouvelle arborescence cette année


le répertoire @rchiveSIC nous propose comme domaines :

Bibliométrie, scientométrie
Cinéma, art, esthétique
Collectivités territoriales
Communication et information scientifique
Conflits, Stratégie, Veille
Documentation
Droit de l'information/communication
Economie, industries culturelles
Edition électronique
Education, formation
Espace public
Géopolitique
Gestion des connaissances
Histoire de l'information/communication
Hypertextes, hypermédia
Ingénierie des systèmes d'information
Médias de masse
Muséologie
Organisation et communication
Sociologie de l'information/communication
Théories information/communication
Autres

JITA : C'est la classification proposée sur le répertoire institutionnel e-lis http://eprints.rclis.org/jita.html 
Généralités en SIB
Sociologie des usages
Maîtrise de l’information
Collections matérielles
Edition
Gestion
Domaine d’activité
Supports et vecteur de l’information
Services techniques
Technologie de l’information

Pas vraiment d'unité entre ces répertoires qui proposent parfois des domaines peu ou prou éloignés des SIB (plus souvent SIC d'ailleurs) comme "services techniques" (JITA) ou "géopolitique" (archiveSIC). Les grandes catégories qui semblent se dessiner concernent alors "la bibliothèque et son environnement", "les collections", les "publics et les services", ce qui relève de la "gestion", du "patrimoine",  de l' "informatique  documentaire", de la formation

3. Un début de réponse

3.1 La 71e section du CNU :  http://cnu71.online.fr/

Dernière piste, On s'éloigne des SIB à proprement parler mais au niveau nationale, les SIC sont réunies au sein de la 71e section du Cnu (cf toutes les sections du Cnu), le Conseil national des universités, à savoir l'instance nationale compétente à l'égard du recrutement et du suivi de la carrière des enseignants-chercheurs. Le site de la 71e section défini ses domaines de compétences comme suit :

La 71e Section du CNU a vocation à accueillir les enseignants-chercheurs inscrits dans le champ des Sciences de l’information et de la communication. Elle considère que les SIC recouvrent particulièrement :

A. Les études sur les notions d’information et de communication, sur leurs relations, sur la nature des phénomènes et des pratiques ainsi désignés, de même que les différentes approches scientifiques qui s’y appliquent.

B. L’étude, d’une part, des processus, des productions et des usages de l’information et de la communication, d’autre part, de la conception et de la réception de celles-ci. Ainsi que l’étude des processus de médiation et de médiatisation.

C. L’étude des acteurs, individuels et institutionnels, de l’information et de la communication, l’étude des professionnels (dont notamment les journalistes) et de leurs pratiques.

D. L’étude de l’information, de son contenu, de ses systèmes sous l’angle des représentations, des significations ou des pratiques associées.

E. L’étude des médias de communication et des industries culturelles sous leurs divers aspects.

Le champ de la section est résolument interdisciplinaire.

(...)

à titre indicatif, sont recevables à condition de respecter l’approche définie précédemment les travaux portant sur des objets tels que :

  • l’intelligence économique, l’intelligence territoriale, l’intelligence collective, l’information médicale, l’information géographique, le traitement automatique de la langue, la lexicographie, l’infométrie, les services en ligne (e-learning, e-commerce, e-gouvernance…), les interface homme-machine, le Web sémantique, le traitement de données…
  • le cinéma, l’audiovisuel, les spectacles, les arts, les productions littéraires, l’édition, le design…
  • les musées, les bibliothèques, les archives, les autres institutions culturelles…
Je remarque incidemment que l'Histoire de l'information est citée dans ces répertoires mais pas l'histoire du Livre en tant que telle (elle doit être dans une section liée à l'Histoire commela 21e)...

3.2 European Curriculum Reflections on Library and Information Science Education

Dans le remarquable travail "European Curriculum Reflections on Library and Information Science Education" [pdf] déjà cité lors du billet sur les parcours européens de formation,  ce questionnement du champ couvert par les SIB a fait l'objet d'une discussion menée par Tor Henriksen. Au su du thème de l'ouvrage, les SIB se voient néanmoins replacées dans une perspective d'enseignement., i.e. des institutions, laboratoires de recherches et organisations se trouvant en position d'enseigner les Sciences de l'information et des bibliothèques. Je traduis à la volée...

"Ce travail a déterminé trois champs d'étude qu'il considère comme fondamentaux :

  • L'étude des documents [cf les travaux de RTP-doc]
  • L'étude de l'organisation de la connaissance, e.g. des micro-opérations sur le document
  • L'étude de ce qu'on appelle normalement administration ou gestion -management- des institutions : généralités, politique culturelle et informationnelle, législation, organisation, etc.
Les principes fondamentaux sous-tendants ces subdivisions sont :
  • Une distinction entre les entités (documents) et les opérations (micro et macro)
  • Une disctinction entre les approches synchroniques et diachroniques (aspects historiques, prospectives...)
  • Une orientation-usager

a) L'étude des documents
Ce champs recouvre deux genres principaux : les fictions et les non-fictions. Pour certains types d'usagers, une orientation spécifique est recommendée (ex : les enfants, les personnes handicapées, les chercheurs...).
Le document est une combinaison entre un texte et un support, étant entendu qu'il convient d'étudier la diversité des supports depuis ses formes les plus anciennes à ses avatars numériques.

b) organisation du savoir et recherche d'information
Ce champs a déjà atteint un certain niveau de standardisation et recouvre les items suivants :

  • Analyse formelle et de sujet (Formal and subject analysis)
  • Représentation de forme et de contenu (avec ou sans langage d'indexation (Formal (bibliographic) and content representation (with or without indexing languages))
  • Traitement (Storage (cataloguing, shelving, databases))
  • Recherche et récupération de l'information (Searching and retrieval (including search behaviour))
  • Evaluation des performances (Evaluation of performances).

Des aspects diachroniques pourraient être l'étude de l'histoire des classifications par exemple.

c) Gestion et organisation. Politique d'information et culturelle, législation.
Cet item recouvre en premier lieu les institutions et les organisation liées à la documentation mais également celles plus largement concernées par la gestion de l'information. Ses sujets de recherche recouvrent la constitution des collections, d'archives, à travers l'adoption de politiques documentaires, l'étude des usagers et l'organisation des différents services.
Une approches diachroniques évidente sera l'histoire des institutions, par exemple, l'histoire des bibliothèques ou la mise en place de scénarii pour le futur.
Des thèmes plus généraux tels que la gestion des personnels, le budget, la gsetion des bâtiments devraient se retrouver dans cette catégorie.Le groupe de travail s'est également penché sur l'impact révolutionnaire de l'Internet et du web à propos des approches communicationnelle et de mise en réseau.  

Le professeur Ted Wilson de l'Université de Sheffield a présenté une dernière approche, dans son article “Mapping the curriculum in information studies” (en ligne, payant, sur Emerald par exemple) paru en 2001 dans la revue New Library World, qui ajoute un quatrième champ d'investigations aux trois précédents (les acteurs). Le modèle de Wilson a été utilisé pour comparer les programmes en SIB des nouveaux pays entrés dans l'espace européen (Juznic, and Badovinac, 2005). Ce modèle Wilson résulte de l'interaction entre quatre domaines :

  1. le contenu de l'information (la fonction "traditionnelle" de la bibliothèque et les services liés) ;
  2. les systèmes d'information (soit les modes d'organisation de l'information) ;
  3. les acteurs (usagers et fournisseurs d'information) ;
  4. et les organisations (producteurs d'information, bibliothèques, centres de ressources etc.)"

Donc, si je résume, les SIB concernent l'essence de l'information dans la société, ses vecteurs (supports, modes de circulation), ses acteurs (individuels, institutions..., usagers, fournisseurs, etc.) à chaque fois dans une optique diachronique, i.e. historique et prospective.