Vagabondages

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lundi 27 septembre 2010

Banned Book Week

Et c'est reparti.

Nous voici cette semaine dans la Banned Book Week, une semaine entièrement consacrée dans le monde anglo-saxon à la lutte contre la censure, qui met en exergue les livres censurés ou ayant fait l'objet d'une tentative d'interdiction.

Plusieurs raisons sont évoquées pour demander l'interdiction d'un livre. Il peut être de mauvaise influence sur les jeunes esprits (et on rappelle que la loi de 49 en France est toujours en activité). ce fut le cas aux Etats-Unis de And Tango Makes Three, un album évoquant l'homoparentalité, ou encore du premier Harry Potter, accusé de promouvoir la sorcellerie.

L'interdiction peut être due à des raisons politiques. Ainsi, l'Insoutenable légèreté de l'être de Milan Kundera fut interdit en Tchekoslovaquie pour la peinture toute réaliste que le roman faisait de la vie quotidienne sous le régime communiste.  1984 de Georges Orwell fut interdit en URSS pour sa critique du communisme et aux Etats-Unis aussi d'ailleurs, parce qu'il contenait des extraits de textes communistes dans son introduction. 

Le sexe bien sûr attise les foudres des bien-pensants. Pensez donc au scandale de l'Amant de Lady Chatterley, de D.H. Lawrence qui raconte les amours entre une femme bourgeoise et le garde-chasse de son mari impuissant qui ne paraîtra dans sa version complète qu'en 1960. de même, Ulysse de James Joyce sera interdit au Royaume-Uni jusqu'en 1930. En France, au XIXe, ce fut le cas de Madame Bovary de Flaubert.

Certains romans sont ainsi purement et simplement qualifié de Mauvais. Ces livres détestables usent d'un vocabulaire argotique, dépeignent des situations absolues, dépravées, violentes. A côté d'un American Psycho de Bret Easton Ellis, on trouve dans cette catégorie des livres comme Jamais sans ma fille (Betty Mahmoody) interdit en Iran ou le manga Death Note de Tsugumi Ohba interdit dans de nombreuses villes chinoises, dont Pékin, afin de protéger des esprits des étudiants des horreurs décrites. 

lundi 17 mai 2010

Représentations de l'homosexualité dans les bibliothèques municipales françaises.

Nous sommes aujourd'hui le 17 mai. Depuis 2005, cette date se veut la "journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie". Auparavant d'autres actions locales existaient : l'association des Flamands Roses organise à Lille une journée de lutte contre l'homophobie dès 1999, tandis qu'au Québec, une journée nationale de lutte contre l'homophobie est proposée pour la première fois le 4 juin 2003. C'est d'ailleurs suite à cette journée nationale québécoise que l'universitaire français Louis-Georges Tin propose la mise en place d'une journée au niveau internationale. Dès mai 2005 de nombreuses manifestations sont ainsi organisées dans plusieurs pays du monde, y compris des pays qui voient pour la première fois l'organisation d'événements à thématique LGBT comme le Congo, la Chine ou la Bulgarie.

La date du 17 mai proposée par Louis-Georges Tin est importante et emblématique. Elle vise en effet à rappeler et commémorer le jour où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales, mettant fin à plus d’un siècle d’homophobie médicale.

Je voudrais à mon tour évoquer cette journée et en profiter pour signaler cette réponse que notre service de référence en ligne a proposé, il y a plusieurs mois, à la question suivante : Je suis bibliothécaire portugais et je prépare un master sur la diversité sexuelle, notamment le groupe GLBT (gays, lesbiennes, bisexuelles et trangenders) dans les collections des bibliothèques municipales au Portugal. Je veux savoir s'il existe une censure dans la sélections des documents de ce type, quelles sont les critères de sélection des documents, s'il y a des sections concernés par les publiques GLBT, etc. Pouvez-vous me dire s'il existe des études ou articles sur ce sujet là en France ou dans d'autres pays francophones ? Merci bien.

La réponse est en ligne, mais on ne m'en voudra pas de la retranscrire dans ces pages.

N'hésitez pas à apporter des compléments en commentaires :

Réponse : Vous cherchez à connaître la représentativité des collections à thématiques LGBT (lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres) dans les bibliothèques municipales françaises.

1. Mission des bibliothèques et déontologie professionnelle

Il n'y a pas de loi sur les bibliothèques en France décrivant a priori le fonctionnement d'un établissement tel qu'il devrait être ou pas. La constitution des collections se fonde alors sur une littérature professionnelle abondante et sur quelques textes fondamentaux comme :
- le « Manifeste des bibliothèques publiques de l'IFLA/Unesco » (1994),
- le « Manifeste de l'IFLA sur la bibliothèque multiculturelle » (2006)
ou deux textes français :
- la « Charte des bibliothèques » adoptée en 1991 par le Conseil Supérieur des Bibliothèques (une instance aujourd'hui disparue) et
- le « Code de déontologie du bibliothécaire », adopté lors du conseil national de l'Association des bibliothécaires français le 23 mars 2003.

Ces textes fondamentaux affirment tous la nécessité pour les bibliothèques de proposer des collections plurielles, accessibles et de répondre aux besoins de tous.

Le Manifeste des bibliothèques publiques affirme ainsi que les bibliothèques ont notamment pour mission d'encourager le dialogue interculturel, de favoriser la diversité culturelle (point 7) et d'assurer l'accès de la population à toutes sortes d'informations communautaires (point 9).

La Charte des bibliothèques adoptée en 1991 par le Conseil Supérieur des bibliothèques stipule également dans son article 7 que :
« Les collections des bibliothèques des collectivités publiques doivent être représentatives, chacune à son niveau ou dans sa spécialité, de l'ensemble des connaissances, des courants d'opinion et des productions éditoriales. Elles doivent répondre aux intérêts de tous les membres de la collectivité à desservir et de tous les courants d'opinion, dans le respect de la Constitution et des lois. Elles doivent être régulièrement renouvelées et actualisées. »

Enfin, le code de déontologie du bibliothécaire affirme quant à lui que :
« Le bibliothécaire favorise la réflexion de chacun par la constitution de collections répondant à des critères d'objectivité, d'impartialité, de pluralité d'opinion. Dans ce sens, il s'engage dans ses fonctions à :
- Ne pratiquer aucune censure, garantir le pluralisme et l'encyclopédisme intellectuel des collections ;
-Offrir aux usagers l'ensemble des documents nécessaires à sa compréhension autonome des débats publics, de l'actualité, des grandes questions historiques et philosophiques
- Appliquer les dispositions législatives et réglementaires concernant les collections, ainsi que les décisions de la justice, sans se substituer à celle-ci, notamment celles qui interdisent la promotion de toute discrimination et de toute violence (?) »

2. Les collections LGBT au sein des bibliothèques municipales françaises

De ces documents, on peut conclure que les thématiques d'orientations sexuelles et d'identité de genre sont présentes ou doivent être abordées dans les collections des bibliothèques municipales françaises. Il ne devrait pas y avoir de censure a priori de ce type de documents, même si évidemment, ce genre de document n'est pas traité de façon identique dans tous les établissements.

De fait, le traitement des ouvrages LGBT en France est assez inégal. Il va dépendre de la taille de l'établissement, de son budget et de la politique d'acquisition adoptée. A notre connaissance, aucune étude n'a été réalisée en France pour connaître précisément la représentation ou l'importance des collections LGBT dans les bibliothèques françaises.

En France, peu de bibliothèques possèdent des sections spécifiquement dédiées aux thématiques LGBT, notamment parce que la production en ce domaine est elle-même relativement récente. Il s'agit le plus souvent de fonds d'archives privées comme c'est le cas du fonds de l'Académie Gay & Lesbienne (http://www.archiveshomo.info/).

Le Catalogue Collectif français, CCfr (http://ccfr.bnf.fr/portailccfr/servlet/LoginServlet), qui recense entre autres les fonds spécifiques des bibliothèques, évoque cependant le fonds « Lesbia » dans la bibliothèque Marguerite Durand, dédiée aux études et documents sur les femmes (http://www.paris.fr/portail/Culture/Portal.lut?page=equipment&template=equipment.template.popup&document_equipment_id=1756).

Par ailleurs, depuis 2001, un projet, mené par la mairie de Paris, est en cours : proposer un fonds dédié dans une des bibliothèques du réseau, alimenté d'archives LGBT. Mais il n'a guère avancé depuis.

Il faut néanmoins évoquer le portail thématique « Point G » : http://www.bm-lyon.fr/lepointg/. « Centre de ressources sur le Genre » de la Bibliothèque municipale de Lyon (BmL), il a pour objectif de rassembler un ensemble documentaire ciblé sur les questions d'identité de genre et d'orientation sexuelle.

3. Homosexualité et censure

Les cas de censure connus concernant les documents LGBT sont relativement rares et concernent le plus souvent des ouvrages pour la jeunesse. En effet, tout écrit « de nature à démoraliser l'enfance ou la jeunesse », formule suffisamment vague pour pouvoir être réinterprétée contre les ouvrages à thématique LGBT est interdit par la loi française de 1949 sur les publications destinées à la jeunesse.

Dans les années 1985-86, puis en 1998, des campagnes contre les bibliothèques de Paris menées par Marie-Claude Monchaux et Solange Marchal, élues parisiennes, dénonçaient ainsi des écrits pour la jeunesse « délibérément conçus pour influencer leur vision de la société selon les conceptions d'une minorité douloureusement perturbée dans son mode de vie et socialement puissante », peut-on lire dans le document d'accompagnement des Relais pour la vie, qui n'hésitent pas, pour le bien-fondé de leur démonstration, à amalgamer homosexualité et pédophilie (source : Véronique Soulé dans le Bulletin des bibliothèques de France, cf. infra).

En 2005, la pédiatre Edwige Antier commente la présence, dans une bibliothèque municipale, d'un livre pour enfants présentant une famille homoparentale, «Jean a deux mamans» en des termes très durs : l'homoparentalité est, à ses yeux, un «fait marginal» qui «véhicule, dans ce sens, des antivaleurs»: «les idées marginales doivent être le choix des parents, en aucun cas celui d'une bibliothèque municipale ou d'une mairie.» La pédiatre, par ailleurs conseillère municipale de la ville de Paris, s'inquiète notamment des conséquences de la lecture de tels livres sur le développement des enfants.

Ceci dit, ces campagnes n'ont pas eu de réelles répercussions sur les collections des bibliothèques, les associations professionnelles ayant réagi pour soutenir la diversité et la pluralité des collections. Il n'en a pas été de même pour une censure émanant de la tutelle elle-même, comme ce fut le cas lorsque des municipalités ont été remportées, en France, par le parti d'extrême-droite Front National (municipalités d'Orange, Marignane, Toulon, Vitrolles) où des cas de censure ont été déclarés même si ils ne portaient pas spécifiquement sur les collections LGBT.

4. Bibliographie

A. Textes fondamentaux :

RÉPUBLIQUE FRANÇAISE. Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse [en ligne], JORF du 19 juillet 1949. Disponible sur LégiFrance : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000878175&fastPos=1&fastReqId=558215806&categorieLien=cid&oldAction=rechTexte (Consulté le 07 décembre 2009)

IFLA/Unesco. Manifeste des bibliothèques publiques de l'IFLA/Unesco [en ligne]. Paris : Unesco, 1994. Disponible sur : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notice-40695 (Consulté le 07 décembre 2009)

IFLA. Manifeste de l'IFLA sur la bibliothèque multiculturelle [en ligne]. La Haye : IFLA, 2006. Disponible sur : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notice-40693 (Consulté le 07 décembre 2009)

CONSEIL SUPÉRIEUR DES BIBLIOTHÈQUES. Charte des bibliothèques [en ligne]. Paris : Conseil supérieur des bibliothèques, 1991. Disponible sur : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notice-1974 (Consulté le 07 décembre 2009)

ASSOCIATION DES BIBLIOTHÉCAIRES FRANÇAIS. Code de déontologie du bibliothécaire [en ligne]. Paris : ABF, 2003. Disponible sur : http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/notice-1989 (Consulté le 07 décembre 2009)

B. La censure en bibliothèque

SOULÉ Véronique. « Censures et autocensures » [en ligne], Bulletin des Bibliothèques de France, n° 3, p. 44-48, 1999. Disponible sur : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1999-03-0044-005 (Consulté le 07 décembre 2009)

CANAZZI Catherine. « Orange, la bibliothèque pervertie » [en ligne], Bulletin des Bibliothèques de France, n° 4, p. 8-9, 1997. Disponible sur : http://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-1997-04-0008-001 (Consulté le 07 décembre 2009)

C. Les collections LGBT dans les Bibliothèques

REVENIN Régis. «Les études et recherches lesbiennes et gays en France (1970-2006)» [en ligne], in Genre & Histoire, n°1, 2007. Disponible sur : http://genrehistoire.revues.org/index219.html (Consulté le 07 décembre 2009)

TOMOLILLO Sylvie, AROT Dominique. «De la part maudite à la Part-Dieu. Le centre de ressources sur le genre à la BM de Lyon». in Bibliothèque(s), no. 41-42, pp. 46-49, 2008. ISSN 1632-9201 (Consulté le 07 décembre 2009)
Numéro entier consacré à la Censure en bibliothèque

MIGNEAULT Benoit. « Les collections gaies et lesbiennes dans les bibliothèques publiques : miroir de la société québécoise ? » in Documentation et bibliothèques, vol. 49, no. 1, pp. 31-39, 2003. ISSN 0315-2340
L'article fait le point sur les collections LGBT dans les bibliothèques québécoises, posant la question de la mise en place d'une section spécifiquement dédiée à ce public particulier.

mercredi 30 septembre 2009

Banned Books Week ou la promotion de la diversité

Tous les ans les bibliothèques américaines organisent un événement célébrant la liberté de lire et l'importance du, ô combien célèbre, premier amendement : la Banned Books Week.

Organisé la dernière semaine de septembre (oui oui, c'est cette semaine justement), la "semaine de livres interdits" souligne l'importance de l'accès libre et gratuit à l'information en mettant en avant des bannings, id est des tentatives réussies ou non de censures de livres à travers les Etats-Unis. La toute-puissante Liberté états-unienne brandit une nouvelle fois son flambeau, quand bien même le contenu des livres peut parfois être considérées comme peu orthodoxes ou impopulaires.

Le plus souvent cependant, ces banned books ne sont souvent que des challenged books. Des livres qui ont fait débat mais qui au final n'ont pas été retirés des étagères.

Imaginez combien de livres pourraient être contestés-et probablement interdits ou restreints-si les bibliothécaires, des professeurs, et des libraires à travers le pays n'avaient pas l'habitude la semaine de livres interdits tous les ans pour enseigner l'importance de nos droites de premier amendement et la puissance de la littérature, et pour appeler l'attention sur le danger qui existe quand des contraintes sont imposées à la disponibilité d'information dans une société libre.

nous rappelle l'ALA sur son site internet.

Plus précisément, le site de l'Association nous propose le classement suivant à propos des livres censurés ou près de l'être en 2008 :

The "Top Ten Most Frequently Challenged Books of 2008" reflect a range of themes, and consist of the following titles:

  • And Tango Makes Three, by Justin Richardson and Peter Parnell
    Reasons: anti-ethnic, anti-family, homosexuality, religious viewpoint, and unsuited to age group
  •  His Dark Materials trilogy, by Philip Pullman
    Reasons: political viewpoint, religious viewpoint, and violence
  • TTYL; TTFN; L8R, G8R (series), by Lauren Myracle
    Reasons: offensive language, sexually explicit, and unsuited to age group
  • Scary Stories (series), by Alvin Schwartz
    Reasons: occult/satanism, religious viewpoint, and violence  
  • Bless Me, Ultima, by Rudolfo Anaya
    Reasons: occult/satanism, offensive language, religious viewpoint, sexually explicit, and violence
  • The Perks of Being a Wallflower, by Stephen Chbosky
    Reasons: drugs, homosexuality, nudity, offensive language, sexually explicit, suicide, and unsuited to age group  
  • Gossip Girl (series), by Cecily von Ziegesar
    Reasons: offensive language, sexually explicit, and unsuited to age group
  • Uncle Bobby's Wedding, by Sarah S. Brannen
    Reasons: homosexuality and unsuited to age group  
  • The Kite Runner, by Khaled Hosseini
    Reasons: offensive language, sexually explicit, and unsuited to age group
  • Flashcards of My Life, by Charise Mericle Harper
    Reasons: sexually explicit and unsuited to age group

On trouve également quelques données chiffrées sur ces ouvrages problématiques sur une période allant de 2001 à 2008 :

Pendant huit ans, les bibliothèques américaines auraient affronté plusieurs débats :

  • 1 225 discussions dues à un contenu sexuel explicite (“sexually explicit” material)
  • 1 008 discussions dues à un niveau de langage inaproprié (“offensive language”)
  • 720 discussions dues à un contenu inadapté au public jeune (“unsuited to age group”)
  • 458 discussions dues à un contenu violent (“violence”)
  • 269 discussions dues à un contenu évoquant l'homosexualité (“homosexuality”)

Au delà, 103 documents étaient discutés pour leur contenu anti-familial (“anti-family”) et 233 autres pour leurs point de vue religieux (“religious viewpoints”).

Parmi ces livres controversés, 1 176 rejets (soit environs 31%) eurent lieu en salle de classe tandis que 24% (or 909)  furent objets de controverses en bibliothèques publiques. Moins de 75 débats se sont dans des CDI et seulement 36 dans des Bibliothèques universitaires. Enfin des cas épars ont été signalés dans des bibliothèques spécialisées, de prisons, de communautés ou d'associationsétudiantes. La majorité des controverses est le fruit de parents (51%), suivi par les usagers des bibliothèques et leurs administrateurs ( respectivement 11% et 6% des rejets).

Une semaine qui prend des accents d'autant plus insistant alors que se déroulait récemment l'élection du nouveau directeur de l 'UNESCO avec Farouk Hosni comme grand favori, accusé parallèlement d'antisémitisme et de censure avérée dans son pays en tant que ministre de la Culture (c'est finalement Irina Bokova qui a été élue).

Et en France ?

Il n'y a peut-être plus vraiment de censure même si le spectre de telles controverse traverse la scène ici et là notamment en ce qui concerne la littérature de jeunesse. Rappelons à ce sujet que cette dernière est toujours soumise à la loi du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse (version consolidée le 14 mai 2009) qui stipule dans son article 2 que :

Les publications ne doivent comporter aucune illustration, aucun récit(…) présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés crimes ou délits de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse, à inspirer ou entretenir des préjugés ethniques

Il est par ailleurs précisé plus bas dans l'article 14 que :

Le ministre de l'intérieur est habilité à interdire :

- de proposer, de donner ou de vendre à des mineurs de dix-huit ans les publications de toute nature présentant un danger pour la jeunesse en raison de leur caractère licencieux ou pornographique, ou de la place faite au crime ou à la violence, à la discrimination ou à la haine raciale, à l'incitation, à l'usage, à la détention ou au trafic de stupéfiants

De fait,s'il y a eut peu de réelles interdiction en ce domaine, nombres d'ouvrages ont été ainsi critiqués, notamment ceux portant d'une part sur des sujets sensibles posant la frontière de ce qui peut-être ou non effectivement abordé avec des enfants : le rapport à la mort, à la sexualité, à la drogue, au désespoir... C'est le cas de La fille du canal ou de Un pacte avec le diable écrits par Thierry Lenain ; Maboul à zéro de Jean-Paul Nozière qui parle de racisme et du front national ; Pourquoi ? de Moka qui parle de l’excision ou encore des commentaires de la pédiatre Edwige Antier qui s'indignait de voir des livres pour la jeunesse sur l'homosexualité en bibliothèque il y a cinq ans à peine etc. 

En littérature, il est bon de rappeler que même si nombre d'auteurs n'ont pas eu à subir la censure en France, ils n'en sont pas moins inquiets pour autant et ce peut être chez nous l'occasion de revenir sur ces auteurs qui paient cher la publication de leurs livres comme ce fut le cas de Roberto Saviano, auteur de Gomorra ou en son temps de Salman Rushdie.

Sur internet ?

On pourrait penser en effet qu'à l'heure d'Internet, ce genre de levée de bouclier est rendue inutile par l'omniprésence des texte et de la circulation de l'information sur les réseaux mais c'est oublier que de grands moteurs de recherche acceptent de brider leurs résultats en fonction des pays où la requête est lancée bridant l'accès à l'internet en Chine par exemple.

C'est oublier également que plusieurs problèmes sont apparus chez les grands libraires en ligne comme en septembre 2008 lorsqu'Amazon refusait de classer les livres érotiques ou en 2009 lorsqu'en avril 2009 l'entreprise mettait sur le compte d'un bug informatique la disparition dans ce même classement des livres gays et lesbiens. Apple elle-même a censuré des applications qui donnaient accès au Projet Gutenberg et donc au célèbre Kama-Sutra, voire refusait de publier un livre qui contenait le mot "Fuck".

Et récemment, comment ne pas évoquer l'effet Big Brother d'un Kindle qui vient effacer dans notre propre bibliothèque les exemplaires légalement achetés de 1984 et de la Ferme des animaux de Georges Orwell, mais aussi de Twilight de Stéphaine Meyer ? 

Pour en savoir plus :