Au Printemps dernier, Amazon sortait la dernière version de son
lecteurs de livres électroniques : le Kindle DX. Cette nouvelle
version présente un écran plus grand de 9.7 pouces soit un peu moins de 25cm en
diagonale (contre 15cm dans la version précédente), un écran auto-rotatif,un
lecteur de pdf et un navigateur web et enfin, la possiblité d'enregistrer notes
et signets (d'où le procès que la firme américaine à sur les bras suite au
retrait des exemplaires de 1984 et Animals'farm des
bibliothèques de ses clients faisant perdre deux mois de travail à un étudiants
qui avait annoté ses exemplaires achetés et obligeant la firme à
spécifier en quel cas ce genre de retrait peut avoir lieu).

Afin d'en favoriser la distribution, trois journaux importants,
le New York Times, le Boston Globe, et le
Washington Post offrent des exemplaires du Kindle à des coûts
réduits (il était vendu à sa sortie pour quelques $489) à leurs
lecteurs qui vivraient dans zone difficiles d'accès ou où la distribution à
domicile n'est pas possible, et uniquemenent s'il s'abonnent pour une longue
période à la version numérique du journal
Mais l'initiative la plus importante est certainement celle d'investir le
monde très prometteur des manuels scolaires et
universitaires. Le grand écran de cette nouvelle version permet notamment
de publier les graphiques et les tableaux dont sont remplis les livres
scientifiques ou d'histoire. Pour ce faire, Amazon a passé des accords avec les
principaux fournisseurs de manuels aux Etats-Unis comme
Textbook publishers
Cengage Learning, Pearson, et
Wileyqui représentent à eux seuls quelques 60% du marché
américain.
Cette rentrée donc, ce sont pas moins de plusieurs
universités qui ont fait les frais de cette nouvelle politique :
Arizona State University, Case Western
Reserve University, Princeton University, Reed College,
la Darden School of Business at the University of Virginia ou
encore l'Université de Washington (cf cette vidéo au
moment où ils reçoivent les fameux lecteurs) Un blog est d'ailleurs associé à ce
projet pilote dans cette dernière université.
Ces établissements ont donc distribué nombre de lecteurs à leurs étudiants
issus de disciplines différentes leur permettant de prendre des notes,
surligner, feuilleter dans la bibliothèque, utiliser le dictionnaire intégré ou
encore leur évitant un poids considérable.

Dans un billet
daté de mai dernier, Franck Pisani rappelait que des expériences
similaires avaient été réalisées ailleurs avec le Sony Reader et
s'étaient avérées peu encourageantes en raison notamment du manque de
navigabilité. Apparemment, les étudiants accueillent aussi le
Kindle DX avec scepticisme. Les
étudiants de Princeton, ainsi, sont assez critiques envers une
machine qu'ils découvrent lente, difficile d'utilisation et pas opérable du
tout.
Au delà de ce seul aspect technique, c'est l'aspect cognitif qui est
mis en cause, les étudiants devant changer la manière dont ils apprennent leurs
cours. Howarth, un étudiant en dernière année affirme que :
"Much of my learning comes from a physical interaction with the text:
bookmarks, highlights, page-tearing, sticky notes, and other marks representing
the importance of certain passages—not to mention margin notes, where most of
my paper ideas come from and interaction with the material occurs," he says.
"All of these things have been lost, and if not lost, they're too slow to keep
up with my thinking and the 'features' have been rendered useless."
Des réflexes et un mode d'apprentissage qui ne sont pas totalement
incompatibles avec le nouveau support mais qu'il faut adapter et renouveler
complètement, ce qui peut paraître déstabilisant lorsque ces derniers sont bien
ancrés par des années de pratiques.
Le Kindle DX et les lecteurs de livres électroniques ont encore du
chemin à faire pour répondre aux contraintes physiques mais également
aux mentalités. Dans les universités américaines, les professeurs sont mitigés
et attendent de voir si les élèves assimilent aussi bien leurs cours avec ce
nouvel outils qu'avec le papier mais au moins la question est posée. L'aspect
cognitif est important. Quoiqu'il en soit, si les expériences sont
concluantes, Amazon gagnera sûrement sur tous les tableaux en
parvenant à décrocher un marché à la fois important en terme de cible et faible
en terme de nombre de partenaires à convaincre (il est certes plus facile de
convaincre quelques grands acteurs institutionnels et éditeurs que de faire
rentrer de nouveaux usages dans la population, par exemple pour la lecture des
journaux noationaux en ligne).