Suite et
fin de la lecture de l'ouvrage Le bibliothécariat de Raymond
Tanghe. Raymond Tanghe, avais-je omis de préciser, était alors directeur
adjoint de la Bibliothèque nationale de Canada.
5. Travaux et fonctions
Dans son ouvrage, Raymond Tanghe tente de dresser un
portrait d’ensemble des fonctions afférentes au métier de bibliothécaire.
Il traite ainsi d’abord des services internes,
expliquant qu’ils visent à constituer les collections, et détaille ce que sont
acquisitions, cataloguement, classification et dépouillement de revues.
Ensuite, il aborde les services publics qui mettent
les collections à la disposition des usagers et détaille les services de
consultation, de circulation (dont bibliobus : souvent le bibliobus est
accueilli comme la manne dans le désert et le bibliothécaire a le sentiment de
faire œuvre d’éducateur et dispensateur de joie
), d’orientation des
lectures et d’aide aux chercheurs. Dans ces deux derniers cas, l’auteur examine
deux aspects du travail de bibliothécaire : la fonction éducative et la
fonction adjuvante.
La fonction éducative
La fonction éducative consiste à développer les
facultés intellectuelles et morales des usagers. Il s’agit avec les enfants
« d’encourager le goût de la lecture, mais sans permettre qu’elle
empiète sur les devoirs ». Il y a aussi le choix de la lecture et
c’est l’occasion de parler de pédagogie dans le cadre de bibliothèques
scolaires et du rôle « beaucoup moins facile » du
bibliothécaire auprès des adolescents, posant la question :
« sans l’appui des cadres scolaires comment, d’un rebelle en
puissance, se faire un ami ? ». La difficulté réside en effet
dans le refus d’un emprunt que le jeune ne doit pas lire « ne pas
opposer un refus sans avoir au préalable tenté de le dissuader ; préférer
le ton léger de la camaraderie à l’homélie ; expliquer en quoi le livre ne
convient pas ; démontrer la validité des raisons et se montrer
ferme ». A contrario, il y a la joie profonde d’initier au
beau, le plaisir de communiquer la culture acquise et l’excusable sentiment de
fierté éprouvé en constatant les progrès accomplis.
Pour les adultes, la fonction éducative se déroule plus
sur un plan de collaboration, ignorer les incurables mécontents (le
bibliothécaire n’a pas à jouer les psychiatres
) et noter les
observations judicieuses et pertinentes.
Bien souvent la fonction éducative du bibliothécaire consiste à prêcher
d’exemple. Il lui faut les qualités d’un bon diplomate, donc de
l’entregent ; il doit distinguer l’hurluberlu dont il est vain de tenter
l’éducation, du lecteur intelligent aux idées par trop arrêtées ; le
curieux qui ne demande qu’à s’instruire, de celui qui dévore des bouquins sans
les assimiler ; le chronophage (pour reprendre le néologisme d’André
Maurois), qui fait perdre votre temps à raconter ses petites histoires, de
l’être désemparé qui a besoin d’un conseil, d’un charitablecoup d’épaule pour
le remettre sur la voie. Le bon bibliothécaire sait d’instinct à qui il peut
rendre service et comment, et il agit en conséquence.
Enfin, ex officio, le bibliothécaire doit suivre
les programmes culturels de sa ville, lui faire honneur et apporter sa
contribution aux démonstrations collectives, propager l’amour de sa patrie,
montrer en exemple les grands citoyens du passé.
La fonction adjuvante
La fonction adjuvante est celle qui fait concourir le
bibliothécaire aux recherches et aux travaux de spécialistes. Son rôle ne
s’arrête en effet pas à l’analyse et au classement des documents reçus, mais il
s'agit également pour lui d’augmenter les collections en conséquence, de
proposer des bibliographies aux chercheurs notamment via des services de
références. Une fonction qui s’est développée autant dans les bibliothèques
d’entreprises que dans les bibliothèques scientifiques où ce qui est demandé
consiste de plus en plus souvent à fournir rapidement un renseignement, une
date, une formule « à l’état pur », dégagé de la littérature et les
bibliothécaires deviennent des « spécialistes de l’information » ou
des « documentalistes ». Mais revenant sur cette distinction,
l’auteur explique :
Avant de se diviser en passant à travers le prisme, la lumière est
une. Nous croyons que le bibliothécariat possède l’organe uniqued’une
profession homogène, malgré les modalités des services que ses membres sont
appelés à rendre, tout comme l’ingénieur peut être spécialisé en génie minier,
électrique, militaire, maritime, etc., selon les études qu’il a faites, mais
tous les ingénieurs ont une même formation de base et ont souvent appris dans
les mêmes écoles, les techniques spéciales qui les différencient.
Il confirme cependant que la fonction d’aider les chercheurs n’est pas une
sinécure qui ne savent pas toujours exactement ce qu’ils désirent ni ce qui
peut les aider et ajoute qu’il appartient aux étudiants qui se destinent à
travailler dans des bibliothèques spécialisées de chercher à suivre des cours
dans les universités des enseignements, cours qui ne saurait se donner dans les
écoles de bibliothéconomie, l’expérience complétant cette formation trop
sommaire. Par enseignement spécialisé, on entend enseignement scientifique,
mais également littéraire ou juridique, l'occasion pour l'auteur d'évoquer
l'ensemble de ces bibliothèques spécialisées, les bibliothèques nationales et
de louer les outils proposés comme le catalogue collectif précisant,
in
fine :
Il semble que la fonction adjuvante soit ici exercée par les biblitohèques ;
en réalité, il y eu pour constituer, accroître et exploiter ces collections,
des générations de bibliothécaires qui se sont succédé et l'usager
d'aujourd'hui bénéficie de leur oeuvre.
6. Le rôle des
administrateurs
L’administration des bibliothèques se fait par le
bibliothécaire en chef, appelé aussi conservateur ou directeur. Ses fonctions
concernent
- le recrutement, la promotion et la direction du
personnel ;
- l’établissement du budget et l’emploi des
fonds ;
- l’aménagement et l’utilisation des meubles et
immeubles ;
- l’orientation des collections ;
- l’élaboration et l’application des règlements de
la bibliothèque ;
- les relations avec l’extérieur.
Le personnel : L’administrateur évalue
et définit les devoirs de chacun et les fait connaître aux intéressés. Le
recrutement se fait généralement par concours en présence ou non du chef de
service, sachant que « les tentatives de débauchage par surenchère
clandestine sont contraires à l’éthique professionnelle ».
Le bibliothécaire en chef doit encourager le personnel à
poursuivre des études, à s’améliorer dans le but d’obtenir des promotions,
promotions qui doivent être présidées par un esprit de justice selon l’intérêt
de la bibliothèque.
Travaillant avec des êtres complexes, sensibles, exposés à
la fatigue nerveuse, le directeur se doit de tenter de dissiper et d’éliminer
les causes de conflit et d’encourager l’esprit de corps et la camaraderie parmi
le personnel. Les qualités d’un bon administrateur « se révèlent à la
moindre occasion : décision, esprit de suite, justice, fermeté et foi
rayonnante ».
Le budget :Administrer, c’est prévoir. Il
s’agit pour l’administrateur de soumettre ses prévisions, les justifier, les
faire approuver et lorsque les crédits sont votés, de veiller à faire cadrer
les dépenses avec les sommes appropriées à chaque article du budget (salaires,
acahts, fournitures, équipements, assurances, entretiens…)
Les locaux :Trouver des locaux, de
l’espace, reste le cauchemar des bibliothécaires tous débordés par me raz
de marée de l’édition contemporaine. Prévoir, ici,
c’est penser cinq, dix ans d’avance. Le bibliothécaire doit élaborer des plans
et les faire accepter par les architectes, évitant au possible les frontons
grecs et les escaliers monumentaux. Il doit se tenir au courant des standards
de superficie nécessaire par lecteur pour aborder l’architecte bien armé et
défendre les intérêts des personnels et des usagers. Il doit également se tenir
au courant de ce qui se fait en matière de mobilier.
Politique d’acquisition :Il faut savoir
choisir, refuser, émonder, mettre en réserve, au rebut suivant les cas les
ouvrages et éviter toute politique omnivore. L’administrateur doit alors juger
les points faibles des collections, selon les avis parfois des membres des
facultés dans des bibliothèques scientifiques, voire tenter des expériences de
coopération en matière d’acquisition, comme ce fut le cas aux Etats-Unis sous
le nom de Farmington Plan.
Règlements : Les règlements concernent les
personnels (horaires, discipline, congés, privilèges) et les usagers (heures
d’ouvertures, inscriptions, sanctions…). Les règlements doivent être faits
connus de tous et appliqués avec fermetés mais sans excessive rigueur. Ils sont
approuvés par les autorités de la bibliothèque.
Il arrive cependant que ceux-la même qui les ont approuvés
paraissent réfractaires à leur application comme c’est le cas par exemple des
professeurs dans les universités.
Relations avec l’extérieur :Rencontrant souvent
des personnages influents, le directeur doit pouvoir solliciter appui moral et
générosité. Il est ambassadeur de l’institution qu’il représente et, à ce
titre, doit savoir garder son rang. A travers réunions, congrès, en écrivant
des articles, prenant part à des émissions éducatives, il étend son rayon
d’action au-delà des murs de sa bibliothèque et prêche d’exemple. Ses
assistants et autres bibliothécaires l’imiteront et ainsi se transmettra le
flambeau.
7. Salaire et conditions de
travail
Les salaires sont encore très disparates et il est
impossible d’en dresser un tableau d’ensemble.
Les bibliothèques sont ouvertes jusqu’à 80 heures par
semaine sur cinq jours pour une durée hebdomadaire de travail de 35h à 40h. Les
vacances varient de 15 à 20 jours ouvrables. Le chomage n’existe pas
« pour un bibliothécaire compétent ». L’insécurité de l’emploi existe
lorsque les employeurs discourent sur la justice sociale, au lieu de la
pratiquer.
Les offres d’emploi paraissent dans des revues
professionnelles et parviennent aux écoles de bibliothéconomie. Pour le
recrutement, ce qui prime partout est une personnalité ouverte :
un bibliothécaire n’est pas seulement le détenteur d’un baccalauréat en
bibliothéconomie ; c’est un être complexe qui, en plus de son savoir,
devra mettre toutes ses qualités personnelles au service des autres.
... ce qui forme, vous en conviendrez, une jolie conclusion.