Les bibliothèques s'intéressent de plus en plus aux services accessibles à
partir de terminaux mobiles (smartphones, tablettes). De manière plus pregnante
peut-être dans le monde anglo-saxon mais pas uniquement. Dans cette optique,
Aaron Tay a publié l'été dernier un billet intitulé :What
are mobile friendly library databases offering? A survey. Ce
dernier voulait faire le point sur ce que les fournisseurs de bases de données
pouvaient proposer d'accessible à partir de terminaux mobiles.

1. Accéder à une base de données en situation de mobilité
?
A commencer par une question centrale : les usagers sont-ils seulement
intéressés par la possibilité d'accéder à leurs bases de
données préférées en situation de mobilité ?
Pour y répondre, Aaron Tay s'appuie sur deux études : la première, publiée
en 2009 par la Cambridge and
Open University et portant sur des usages de 2008, estime qu'il n'est
pas intéressant pour une bibliothèque d'investir dans les contenus
mobiles (e-Books et e-périodiques), peu d'usagers étant prêts à lire
ce genre de document encore. Des conclusions confirmées par une étude de la
California Digital Library,
publiée en 2010, selon laquelle seuls 10% des étudiants
étaient prêt à lire des contenus scientifiques sur leurs terminaux mobiles,
notamment à cause de la taille des écrans, de la difficulté de prendre des
notes et du manque de possibilité d'utiliser des outils de références
bibliographiques.
On pourrait ajouter les conclusions d'une troisième étude oubliée par notre
collègue de Singapour et arrivant peu ou prou aux mêmes conclusions : Si les
étudiants surfent aisément à partir de leurs terminaux mobiles
(44% des étudiants écossais surfent au moins une fois par jour à partir de leur
téléphone) selon une étude du Scottish Library and Information Council
(SLIC) publiée en septembre 2011 et portant sur 2010, seuls 5%
d'entre eux affirment utiliser leur mobile pour lire du contenu
électronique au moins une fois par jour et 10% s'en servent pour lire
la presse électronique. Apparemment, l'étude se concentre sur les smartphones,
dont l'écran n'est certes pas vraiment adapté à une lecture scientifique.
Plus intéressante néanmoins cette enquête du même Aaron Tay et de Tiffinni
A. Travis (Bib. California State University) présentée au Congrès de
l'IFLA 2011 à Porto-Rico et intitulée Is mobile really necessary? The
usability of mobile databases qui démontrait notamment que
53% des étudiants seraient susceptibles de faire des recherches dans le
catalogue de la bibliothèque à partir de leur téléphone “fréquemment”
ou “occasionnellement” (bizarrement, l'intervention n'apparaît pas dans la
recension des communications à traduire ou traduites sur le site de
l'AIFBD).
Quoiqu'il en soit, l'accès à des contenus sur terminaux mobiles n'est pas
encore prêt, ou plus exactement, les étudiants ne sont pas encore complètement
passés à ce genre d'usage, puisque les éditeurs, eux, commencent à passer le
pas.

2. Qui offre quoi ?
Afin de savoir à peu près ce qu'il en est de l'offre pour mobiles des
principales bases de données, je vous renvoie aux travaux de Gerry
McKiernan, responsable de la section Sciences et technologie à la
bibliothèque de l'Iowa State University. Ce dernier s'est fait une
spécialité des liens entre bibliothèques et terminaux mobiles, notamment via
son blog : Spectrum.
Voilà donc quelques mois que Gerry McKiernan publie des articles dans la
revue professionnelle Searcher : The Magazine for
Database Professionals où il revient sur ses thèmes de prédilection.
Sept articles pour l'instant reviennent sur l'utilisation professionnelle de
terminaux mobiles. Je passe sur les premiers, publiés en 2010 à partir
d'observations de 2009 sur le web mobile et les
premières applications professionnelles (quelques bases de données dans ce
premier article), puis une revue de ce que peuvent offrir les trois grands
Apple,
Android et
Blackberry, pour arriver au dernier article en date (été 2011) sur
les offres des bases suivantes :
- Alexander Street Press
- American Chemical Society
- Cengage Learning
- EBSCO Publishing
- Infotrieve
- Institute of Electrical and Electronics Engineers (IEEE)
- NewspaperDirect, Inc.
Il s'agit alors d'étudier et de lister le type de contenu accessible, les
options de recherche proposées, les différences observées en fonction des
terminaux.
(d'autres articles évoquent les
manuels numériques et expose l'exemple d'une
université catholique ayant fait le choix du mobile dans sa stratégie).
Dans son billet, Aaron Tay quant à lui fait le choix de ne pas étudier de
bases de données médicale(comme Pubmed) ni certaines bases
statistiques, ou d'autres centrées sur certains journaux comme Wiley-Blackwell
Journals, NEJM. Il compare
en revanche :
- Annual Review (iPhone app)
- arXiv (iPhone app)
- Cambridge Journal Online (mobile web)
- Ebscohost (iPhone app)
- Ebscohost (mobile web)
- IEEExplore (mobile web)
- IOPScience (iPhone app)
- JSTOR (mobile web)
- Nature (iPhone app)
- PLOS (iPhone app)
- ScienceDirect (iPhone app)
- Scopus (iPhone app)
- SSRN (iPhone app)
3. Des interfaces adaptées
Les fournisseurs de bases de données ont commencé à développer des
interfaces spécialement adaptées aux terminaux mobiles et revoilà notre
collègue de Singapour tenter une étude comparative de ces dernières afin de
souligner :
- ce qui diffère de la version web
- ce qui est propre à la version mobile.
Il l'explique dans son article : son étude n'est pas et ne se veut pas
exhaustive, mais il n'empêche que le tableau qui se trouve
en fin d'article demeure très intéressant à étudier.
Mais d'abord, trouve-t-on plutôt des applications spécifiques ou une
ergonomie web adaptée aux mobiles pour les fournisseurs de Bases de
données ? L'intérêt d'une application dans ce cas serait de pouvoir enregistrer
des articles jugés pertinents dans son terminal et y revenir même hors
connexion internet, ce qui est également possible bien sûr dans la
version web mobile, à condition cette fois d'être authentifié et de posséder un
compte en ligne (une question qu'on retrouve traitée dans ces deux articles
d'un collègue américain, Stephen Francoeur
ici et
ici).
Et à dire vrai, on trouve de tout : Elsevier par exemple propose
des applications spécifiques pour Scopus et Sciencedirect,
tandis que JSTOR ou Cambridge Journal Online ont opté pour le
web mobile et Ebscohost propose les deux.
Je ne vais pas traduire complètement son étude que je vous engage à
parcourir avec intérêt mais souligne ici quelques unes des principales
conclusions :
- Du point de vue de la recherche, peu portent uniquement sur le
titre dans l'interface mobile : ce qui est mis en avant est une
recherche simple sur tous les champs par défaut. (C'est le cas
également de la plupart des interfaces mobiles de catalogues de bibliothèques).
Seul Ebscohost permet des requêtes plus complexe en listant les champs
utilisables et leurs raccourcis (TI pour titre, TX pour texte intégral, AU pour
auteur...)
- Aucune option de tri des résultats n'est non
plus proposée. Mais il semble exister des possibilité de rebonds : à partir
d'une notice, vous pouvez cliquer sur le nom de l'auteur, le sujet ou la source
de l'article pour relancer une recherche dans certaines bases (IEEE,
ebscohost...). Seule l'application de Annual Reviews propose
d'affiner les résultats à partir de facettes.
- Très peu de BdD proposent de fonctionnalités
de partage hors l'application iPhone de Scopus qui
permet de twitter un article ou celle de la revue Nature qui liste un
grand nombre d'outils comme Connotea, Facebook, Google reader,
Instapaper, Pinboard, Readitlater,
Tumbler, Twitter, Papers (un outils genre
EndNote)... il serait intéressant, note Aaron Tay, de vérifier si seul l'URL de
l'article est mémorisé ou si cela concerne également le contenu de l'article.
Soit dit en passant, très peu de logiciels de gestion de références
bibliographiques possède leur propre application mobile.

Et vous, vous avez déjà essayé ce genre d'application ?